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La Dame Patronesse du Poitou et le Lider Maximo de Neuilly

mercredi 2 mai 2007

De retour d’une partie de pêche fort agréable dimanche, je me suis à lire quelques-unes des professions de foi des candidats au fromage présidentiel, plus précisément celles de Schivardi, Buffet, Laguiller, Bové et Besancenot, le club des 5 version gauche de la gauche. Relisez-les et vous pourrez constater avec moi que ni Schivardi, ni Buffet, ni Bové, ni même Arlette n’emploient le mot... « capitalisme ». Marie-Georges nous parle de « libéralisme » et de « mondialisation libérale » ; Arlette nous parle de « l’économie de marché » ; José nous parle de « libéralisme économique » ; Gérard nous parle de... Maastricht.

Heureusement, le petit facteur communiste révolutionnaire nous dit que le « capitalisme devient chaque jour de plus en plus brutal et sauvage » et il nous appelle à nous en « prendre aux profits des capitalistes ». Merci donc à toi, ô petit facteur, de sauver le camp de ceux qui entendent défendre les travailleurs et travailleuses. Merci de nous rappeler que les mots sont importants, qu’il est important d’appeler un chat un chat, de ne pas céder à la loi de l’euphémisme qui cherche à endormir la conscience de classe, ou à son contraire la « boursoufflure communicationnelle » qui joue sur la peur et l’émotion et non sur la raison et le sens critique. (...) Ca y est, les urnes ont rendu leur verdict : nous aurons donc le choix entre Nicolas Sarkozy, le lider maximo de Neuilly-sur-Seine, et Ségolène Royal, la Dame patronesse du Poitou-Charentes. C’est ainsi. Il n’y aura encore pas de candidat socialiste au deuxième tour. Ne me demandez pas si c’est une signe de bonne santé, vous connaissez déjà la réponse.

Que dire donc de ce premier tour qui en appelle un deuxième, sauf si on s’appelle Jospin ? N’ayant ni le temps, ni l’énergie de me lancer dans une grande analyse de cette chose, je vais vous glisser en désordre quelques-uns de mes sentiments.

Commençons par Gérard Schivardi, le cache-sexe sauce occitane du Parti des travailleurs. Avec les trotskystes lambertistes, nous ne sommes jamais surpris. Le premier tour n’était pas encore joué qu’ils faisaient dire à leur candidat que le temps était venu de construire un authentique parti ouvrier. C’est leur façon à eux d’intégrer les pauvres bougres qui ont le malheur de trouver intéressant la démarche schivardienne. L’Organisation communiste internationaliste est devenu le Parti communiste internationaliste, le Parti communiste internationaliste s’est transformé en Mouvement pour un Parti des travailleurs, le Mouvement pour un parti des travailleurs est devenu le Parti des travailleurs... et bientôt le Parti des travailleurs deviendra peut-être le Parti ouvrier de France ou le Parti ouvrier français ou je ne sais quoi d’autre. Rassurez-vous, cela n’aura aucune incidence sur notre quotidien, et guère plus sur les luttes sociales. Le Parti des travailleurs tourne à vide, c’est-à-dire sur lui-même. Grand bien lui face de changer d’intitulé...

Dans la famille troskyste, intéressons-nous maintenant à Arlette Laguiller. Vieillie, assagie pour ne pas dire un tantinet désabusée, sans énergie, elle me semble avoir fait la campagne de trop. Une sorte de vraie fausse campagne où l’on sait à l’avance que le vote utile va balayer tout sur son passage. Et quand j’ai appris que LO n’appelait même pas à renvoyer dos à dos Ségolène et Nicolas, j’en suis tombé des nues ! Arlette a écrit : « C’est donc pour m’associer aux souhaits qui sont sans doute ceux de la majorité du monde du travail, ce monde qui a toujours été et est encore mon seul camp, que je choisis de voter et d’appeler à voter pour Ségolène Royal. »

Phrase terrible puisqu’elle intervient après un paragraphe qui dit ceci : « Aussi bien Ségolène Royal que Sarkozy sont dans le camp du capital, dans le camp des spéculateurs, des exploiteurs et des licencieurs et en sont de bons et loyaux serviteurs. L’un et l’autre ne feront que favoriser la grande bourgeoisie, comme ils l’ont tous deux fait dans les gouvernements auxquels ils ont participé soit actuellement, soit il y a cinq ans. »

Déjà en 1981, elle appelait à « voter pour François Mitterrand », en précisant que c’était « sans illusion aucune sur ce qu’il apporterait, mais par solidarité avec les millions d’électeurs de gauche, de travailleurs, de gens du peuple, qui souhaitaient mettre fin à des années et des années de pouvoir politique de la droite et qui espéraient beaucoup de la gauche ». Un quart de siècle plus tard, Lutte ouvrière nous ressort la même rengaine alors que le PS de 2007 n’a plus grand-chose à voir avec celui de 1981. En 1981, le PS parlait de nationalisations, de rupture avec le capitalisme, d’autogestion, de baisse du temps de travail. Aujourd’hui, il nous parle de réhabilitation de la « valeur travail », de modernisation du dialogue social « par le compromis gagnant-gagnant », de nous réconcilier avec les petites et moyennes entreprises. Le PS n’est même plus social-démocrate ! Mais de cela, visiblement, Lutte Ouvrière n’en tire aucune leçon.

La LCR, quant à elle, continue son petit bonhomme de chemin. Elle a trouvé en Besancenot un excellent représentant et un bon client pour le système médiatique puisqu’il va là où l’on invite. L’homme est doué, habile, pas impressionnable ; il cause bien, simplement, clairement, sans jargon, à tel point que les journalistes ne parviennent pas à lui faire endosser le costume du « gauchiste ». Les médias ont réussi à « folkloriser » Arlette, son côté ouvriériste et nonne rouge. Pour l’heure, ils ne sont pas encore parvenus à faire de même avec le petit facteur. Et lui, au moins, il n’a pas mis « capitalisme » dans la malle à gros mots.

Bové, autre adorateur des médias, n’a pas réussi son pari : incarner cette gauche de la gauche antilibérale et mouvementiste. Il s’est ratatiné comme un épi de maïs non OGM vaincu par la sécheresse. Personne n’a voulu de son « insurrection électorale contre le libéralisme économique ».

Il en va de même pour Marie-Georges Buffet. Le PCF est mort. Il ne vit que localement, grâce à des équipes municipales et quelques députés. Le pire, c’est que sa survie dépend entièrement du PS. Rompre avec le PS pour fonder une force de gauche non gouvernementale, c’est prendre le risque de primaires à gauche aux législatives et aux municipales : en clair, suicider l’appareil !

Et il en va de même pour les Verts, plus minables que jamais. La scène politique leur a au moins appris quelque chose : ils sont biodégradables.

D’où l’angoisse qui doit étreindre le PCF à l’heure où les socialos-cathos sauce Royal-Delors rencontrent en loucedé les cathos-sociaux sauce Bayrou. Car la tentation est grande, côté aile droite du PS, de troquer le dernier quarteron de « staliniens » pour un bout de route avec des centristes avec lesquels ils partagent globalement une même vision du capitalisme : un capitalisme qu’il faut tempérer, encadrer, moraliser. Enfin l’occasion leur est donnée de faire leur Bad-Godesberg. Bad-Godesberg est une ville de Rhénanie du Nord. En 1959, le parti social-démocrate allemand y tenait là son congrès. Il en a profité pour renoncer au marxisme, introduire dans son programme des références à l’éthique chrétienne, louer la libre concurrence et la libre initiative de l’entrepreneur, louer en clair l’économie de marché, renoncer aux nationalisations, faire du parti un espace ouvert à toutes les classes de la société et non plus un parti essentiellement tourné vers les salariés, les ouvriers, etc. En clair, liquider ce qu’on appelait alors le socialisme et dénoncer le « communisme réel ». En France, où le PCF fut longtemps le premier parti de gauche... et le dernier parti communiste d’Europe à prendre ses distances avec Moscou, le PS n’a pas réussi à faire son Bad-Godesberg : il a du composer pendant longtemps. Avec un UDF à 19% et un PCF à moins de 2%, la tentation est grande, d’autant plus qu’on connaît le tendre penchant du camp Royal pour Tony Blair qui a rénové le Parti travailliste anglais en s’attaquant violemment à la vieille garde et aux syndicats. Très sincèrement, j’aimerais bien qu’en cette année 207 le PS fasse son Bad-Godesberg. Cela aurait le mérite d’ouvrir un champ à la gauche de ce centre-là. Et je préfère voir les socialistes chanter la Marseillaise la rose au poing, planter des drapeaux tricolores sur leur pelouse, plutôt que de les entendre ahaner l’Internationale les deux pieds dans le fumier néo-libéral. Et ce sentiment, croyez-moi ne date pas de dimanche dernier...

Patsy

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