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Témoignage d’un postier londonien

« Maintenant il est clair qu’ils doivent discuter avec nous »

vendredi 20 avril 2007

Ce texte paru dans Echanges n°107 (hiver 2003-2004) accompagne un ensemble sur une Série de grèves sauvages dans les postes britanniques.

(...) Le management paraissait mieux préparé que lors de la dernière grève sauvage en 2001. La grève avait quelque peu une allure de lock-out venant de la direction dans l’espoir de mettre en œuvre localement l’accord national.

D’un côté, il y avait moins de conflit entre les leaders syndicaux et la base que lors de la dernière grève, parce que depuis lors une direction syndicale « plus radicale » avait été élue. C’était les shop-stewards qui faisaient les communications et faisaient circuler l’information entre les différents centres en grève. Les publications syndicales étaient pires qu’inutiles... Meilleure est la feuille d’informations émanant du groupe de base « Postworker », influencé par le SWP (Socialist Workers Party, de tendance trotskiste). Là où nous travaillons, nous sûmes que les grèves sauvages avaient commencé par un représentant syndical, notre shop-steward. Il convoqua un meeting pour nous dire ce qu’il en était (les meetings se tiennent habituellement à la cantine ou sur le parking). Tout le monde était là. Et la première chose que l’on vit, ce fut que le principal manager présent voulait prendre la parole pour nous expliquer ce qui se passait ; il essaya de nous lire la déclaration du CWU, mais on ne lui a laissé aucune chance. La direction restait en contact dans ses bureaux avec le gars du syndicat, en conformité avec les instructions officielles, lui dictant ce qu’il devait faire dans une telle situation : le laisser prendre la parole, mais auparavant essayer de le persuader de se tenir en dehors de la grève.

Rester à la maison

Le délégué syndical essaya de s’en tirer en nous disant simplement ce qui se passait avec cette grève et en déclarant que c’était à nous de décider comment réagir. Quand un des postiers qui n’était même pas syndiqué lança un appel à la grève, le gars du syndicat nous dit : « C’est une suggestion, alors votons. » C’était seulement une formalité car tous votèrent la grève à main levée. Il y en avait bien dans le lot qui auraient souhaité ne pas commencer la grève immédiatement, mais seulement refuser de trier le courrier venant des autres centres en grève. Tôt ou tard, c’est ce qui serait arrivé et alors ce travail supplémentaire aurait dû être pris en charge par les cadres, qui auraient tenté de nous l’imposer. Et alors, nous aurions refusé et nous aurions débrayé...

Le choix qui était devant nous était soit d’attendre jusqu’au moment où on nous demanderait de faire ce travail de jaunes, soit, moins passivement, de dire : « Ils ont suspendu des postiers dans d’autres centres qui ont débrayé, alors débrayons en solidarité. » C’était cette dernière et plus agressive solution de riposte immédiate que le gars de la base non syndiqué proposait.

Pour la plupart de ceux travaillant dans le centre, être en grève signifiait rester à la maison. Il n’y avait réellement pas besoin de piquet de grève de masse, parce qu’il était clair que tout le monde était en grève. Pour 170 postiers du centre au plus, 20 à 30 formaient le piquet. Il y avait aussi dans le centre des travailleurs temporaires, mais ils ne traversèrent pas le piquet (ces travailleurs étaient des intérimaires qui venaient selon les besoins du centre). Il y a une séparation bien définie entre eux et nous. Il y a aussi des postiers avec un contrat à durée déterminée, mais eux travaillent en permanence à nos côtés et sont traités par les autres postiers et par le management comme les postiers sous contrat indéterminé (la plupart de ceux-là finissent par obtenir des contrats permanents).

Les seuls qui traversaient le piquet étaient le manager et les préposés au nettoyage, avec lesquels nous n’avions guère de contacts.

L’atmosphère autour de la grève allait des soirées barbecue à : « On va leur apprendre à se rendre compte que la grève pourrait durer longtemps. »

« On a gagné »

Après les négociations, le CWU et le management lancèrent un appel à une reprise du travail, alors qu’ils étaient parvenus à un accord. Le lendemain matin, parce que nous ne savions rien au sujet de cet accord, nous avons continué la grève. Un jour plus tard, il apparut clairement qu’il n’y aurait aucune sanction contre les grévistes et pas de retour sur le plan local aux tentatives de réorganisation que nous n’avions pas acceptées. Le sentiment général était « On a gagné ».

La cause fondamentale de la grève était une tentative de « mater » le syndicat et de mettre en place les changements que nous n’avions nullement votés.

Maintenant il est clair qu’ils doivent « discuter avec nous ». Si le management avait tenté de briser la grève, les choses seraient bien pires pour lui aujourd’hui. C’était une grève défensive mais victorieuse. Il était évident que nous avions brisé la législation anti-grève. Dans cette situation, les bureaucrates nationaux n’avaient pas vraiment essayé d’imposer le respect de la loi et les représentants syndicaux de base avaient activement œuvré contre ces lois. Nous avions aussi brisé la politique anti-grève de ces bureaucrates et nous avions réussi comme nous l’avions fait. »

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