mondialisme.org

Des rats et des grèves

vendredi 20 avril 2007

Ce texte paru dans Echanges n° 107 !hiver 2003-2004) accompagne un ensemble sur une Série de grèves sauvages dans les postes britanniques.

« Comment deux rats morts ont plongé Royal Mail dans le chaos » : ce titre accrocheur de l’hebdomadaire britannique The Observer du 2 novembre 2003 ne donne certes pas une vision exacte de la grève des postes, mais il est quand même proche d’une réalité dans le sens que la situation et la tension à la base (déjà en temps normal mais encore plus après le vote de la « restructuration » par seulement 30 % de l’ensemble des salariés de Royal Mail, encadrement compris) dans les centres postaux est telle que le moindre incident peut dégénérer d’un incident purement local en une grève généralisée.

Cela se passe début octobre 2003 dans une banlieue lointaine de l’est de Londres, dans le centre de distribution de Leytonstone. Depuis plusieurs jours, dans les toilettes des hommes, se dégage une odeur pestilentielle telle que personne ne les utilise plus. Différentes protestations auprès de la direction du centre n’y ont rien fait. De guerre lasse, dans la dernière semaine d’octobre, plus de cent travailleurs du centre se mettent en grève - sauvage, c’est-à-dire sans tenir compte des obligations légales de préavis. C’est seulement à ce moment que les managers se bougent. Une descente des services d’hygiène et des recherches poussées permettent de découvrir dans un coin deux rats crevés en décomposition.

Comme d’habitude, les managers tentent de dérouter le courrier laissé en instance par la grève sauvage vers d’autres centres proches. Mais ces autres centres sont déjà troublés par des conflits du même genre, bien que partis sur d’autres motifs. Dans un autre dépôt de la banlieue de Londres, à Southall, les postiers se sont mis en grève lorsqu’un des managers du centre a ordonné aux chauffeurs de distribuer les lettres ; comme aucun d’eux n’a voulu le faire, il a décidé leur mise à pied et leur a ordonné de sortir. Il a essayé de faire tourner le centre avec des jaunes, des intérimaires et des cadres. Les « mis à pied », en costume de ville, se mirent en faction autour du dépôt et confisquèrent les sacs postaux. Un piquet de grève fut installé aux entrées du dépôt. Un autre conflit du même genre éclate au même moment dans le centre voisin de Dartford.

Devant le chaos de la situation, le courrier de ces centres est détourné vers un autre centre, celui de Greenford ; dans tout ce courrier se trouvait déjà celui venant de Leytonstone. A Greenford, la réponse de la première postière à être priée par un cadre de se mettre à trier ce « nouveau » courrier fut immédiate : « Ce n’est pas mon boulot, je ne le ferai pas, je débraie. » En quelques minutes ses camarades de travail suivent son exemple et, à la fin de la journée, 800 des 950 travailleurs du centre sont en grève. La grève sauvage ainsi enclenchée dans différents centres se télescope avec la seconde grève officielle et légale, celle-ci de 24 heures, lancée à Londres par le CWU qui revendique une augmentation de la prime spéciale de vie chère accordée aux postiers de la région de Londres (« London Weighing »), afin de la porter à 4 000 livres sterling (5 600 euros).

Comme la direction de toute la zone tente d’obtenir pour le retour au travail après cette journée de grève légale toute une série de réformes rejetées par la base au cours des mois précédents et que, dans les faits, ce retour s’accompagne de tentatives de les mettre tout de suite en pratique (encore la conséquence du vote du 17 septembre), la grève s’étend. Elle cesse d’être une simple grève de solidarité comme à Southall et Greenford pour devenir un mouvement d’ensemble de rejet de tout changement dans l’organisation du travail. Le vendredi 31 octobre au soir, 35 000 postiers de la région de Londres sont en grève sauvage.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0