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Bové : quand la « gauche roquefort » flirte avec la gauche pourrielle

vendredi 23 février 2007

« La gauche a besoin de toutes ses voix au premier tour pour gagner au second », a déclaré José Bové dans une interview à Libération du 23 février 2007.

Ainsi, il est évident que, avant même d’avoir recueilli leurs 500 signatures, Bové et ses amis appelleront à voter pour ce que ce monsieur appelle « la gauche » au second tour, donc pour Ségolène Royal si elle arrive en première ou en seconde position. Si telle est leur position, pourquoi dans le même temps faire semblant de dénoncer depuis des années les méfaits de la « gauche sociale-libérale » au pouvoir ou dans l’opposition ? Ces dénonciations vigoureuses du « social-libéralisme », qui se sont faites plus bruyantes depuis le référendum contre le Traité constitutionnel européen et la prétendue « victoire » du Non, ne seraient-elles que du vent, de la poudre aux yeux ? L’explication de ces rodomontades est assez simple. Les Verts et le PCF se sont divisé le travail avec le PS : « Au premier tour, vous, Ségolène, ratissez à droite et au centre, nous “gauche de la gauche” nous ratissons à gauche, voire à l’extrême gauche. Et au deuxième tour... on vous donnera nos voix. » Et le PCF d’ajouter, tout comme les Verts : « On vous donnera nos voix, bien sûr, mais...en échange d’un certain nombre de circonscriptions aux prochaines législatives, voire de postes ministériels dans le futur gouvernement de la gauche. »

Qu’exigeront en échange Bové et ses copains du PCF (1), de la LCR, des Indigènes de la République, du Collectif des Musulmans de France ou du MIB ? L’avenir nous dira si les appétits de pouvoir réel (politique) et symbolique (médiatique) de ces gens-là les pousseront à se démasquer rapidement ou à continuer à tromper un peu plus longtemps leurs partisans sincères.

En tout cas, à en croire les volte-face et les coquetteries de l’idole de la gauche roquefort depuis des mois (le summum du ridicule ayant été le Bovéthon) et sa langue de bois actuelle, il est clair qu’on ne peut lui accorder aucune confiance, même pour répondre par oui ou non à une simple question sur ses démarches auprès du PS.

Patrick Braouzec, député stalinien et porte-parole de l’équipe Bové, prétendait dans Le Monde du 22 février que jamais, au grand jamais, les comités Bové n’avaient contacté la direction du PS pour obtenir des signatures d’élus « socialistes ». Et quand Libération demande à Bové le lendemain « Avez-vous contacté la direction du PS » que dit-il ?

1) Il ne répond pas à la question ( c’est sans doute ce qu’il appelle « faire de la politique autrement » ? !)

et 2) il affirme que « des élus qui parrainent notre candidature ont demandé à leurs responsables de parti de lever la consigne de blocage ».

Si l’on décrypte ce charabia, cela signifie : « Nous n’avons rien demandé directement, mais les élus que nous avons contactés l’ont demandé pour nous »

Toutes ces pitoyables cachotteries cachent la fonction de la candidature Bové : récupérer, au bénéfice de la « gauche social-libérale », les voix des abstentionnistes ou de tous ceux qui - écoeurés par les trahisons du PS, du PCF et des Verts quand ils étaient au pouvoir, ou dans l’opposition - ne savent pas quoi faire de leur bulletin de vote.

Libre à chaque individu conscient de voter pour la gauche, ou la « gauche de la gauche ». C’est certainement plus sympathique et plus honorable que de voter pour la droite ou l’extrême droite. Mais on peut aussi s’abstenir, en refusant de cautionner cette « démocratie » truquée. De toute façon, cela ne changera rien de fondamental aux rapports de force entre les exploiteurs et les exploités. Ce n’est pas sur le terrain électoral que nous pourrons infliger des défaites à l’Etat et aux patrons. Mais au moins que ceux qui veulent utiliser « l’arme » de leur bulletin de vote sachent qu’ils votent consciemment pour des pantins, des carriéristes et des hypocrites. Y.C.

PS. : Quant à Olivier Besancenot (LCR), Gérard Schivardi (PT) et Arlette Laguiller (LO) nous sommes prêts à parier un exemplaire de Ni patrie ni frontières qu’ils n’appelleront pas à l’abstention au second tour si Mme Royal est présente... La principale différence avec les organisateurs de la campagne Bové, c’est qu’ils roulent plus franchement pour leur petite boutique et les subventions électorales qu’ils récolteront.

Si nous nous trompons sur les consignes de vote des trois organisations ci-dessus mentionnées, nous nous engageons à envoyer à toute personne qui nous en fera la demande (yvescoleman@wanadoo.fr) un exemplaire gratuit de notre revue ! Par contre, si nous gagnons notre pari, nos contradicteurs devront nous commander le prochain numéro. Avis aux amateurs...

1. Jacques Perreux, vice-président du Conseil général du Val-de-Marne est le directeur de son équipe de campagne, Patrick Braouzec, député de Seine-Saint-Denis un de ses principaux porte-parole. Sans compter Fernanda Marruchielli (élue du 20e arrondissement et membre de la Direction nationale du PCF), Daniel Fontaine (maire d’Aubagne), Robert Bret (sénateur des Bouches-du-Rhône), Chistophe Cavard (vice-président du conseil général du Gard), Patricia Latour (élue d’Aubervilliers), Alain Bertho (ancien membre du Comité national du PCF) et bien d’autres staliniens et néostaliniens.

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QUELQUES PRECISIONS

Le stalinisme existe-t-il encore ?

Il peut sembler bizarre, sectaire ou « ringard », de continuer à appeler aujourd’hui les dirigeants ou les militants du Parti communiste français des « staliniens » ou « néostaliniens » alors qu’ils organisent des débats et des meetings communs avec leurs ex-adversaires trotskystes et que le bloc soviétique a aujourd’hui disparu. Suite à la lettre d’un lecteur, voici quelques précisions rapides pour lancer le débat. Ceux qui souhaitent y participer peuvent écrire à yvescoleman@wanadoo.fr et nous publierons leurs contributions.

Tout d’abord deux brèves définitions.

Stalinien : personne ou groupe qui identifie le « socialisme » aux sociétés mises en place en URSS, en Europe de l’Est, en Chine, à Cuba, au Vietnam, au Cambodge, en Corée du Nord, qui regrette leur disparition et leur prétendu « rôle positif » à l’échelle nationale comme internationale.

Néostalinien : individu ou groupe qui prétend avoir pris certaines distances avec le modèle précédent mais n’a pas fait un bilan complet ni des responsabilités de son propre parti dans la perpétuation de ce modèle idéologique et pratique, ni des responsabilités criminelles des partis communistes au pouvoir dans l’avènement de sociétés totalitaires et de régimes « capitalistes d’Etat ».

Dans les pays d’Europe occidentale où il n’a pas pris le pouvoir, le stalinisme se caractérise à la fois par :
- une méthode de contrôle des syndicats : par la violence physique pouvant aller jusqu’à l’assassinat politique (qui fut largement pratiqué contre les trotskystes, les bordiguistes et les anarchistes pendant les années 20 et 30 et durant la deuxième guerre mondiale, notamment en Espagne, en France, en Italie, en Grèce et au Vietnam), la calomnie, toutes sortes de manipulations financières, psychologiques et matérielles (attribution de postes de permanents, attribution de boulots moins pénibles en accord avec la hiérarchie de l’entreprise, etc.),
- des liens financiers de dépendance avec les pays du bloc soviétique (quand celui-ci existait), à la fois à travers des entreprises qui faisaient du commerce avec les régimes staliniens et à travers des abonnements de masse, des voyages payés, etc.,
- une conception du socialisme, considéré comme un étatisme, opposé à l’auto-organisation des travailleurs, aux comités de grève, aux coordinations non chapeautés par les syndicats et les partis, et bien sûr aux conseils ouvriers (ne pas oublier que l’insurrection hongroise de 1956 fut dénoncée par les PC occidentaux, les PCF et PCI en tête, comme un « complot fasciste », et, on le sait aujourd’hui, Togliatti secrétaire général du PCI donna son approbation à l’intervention russe du 23 octobre 1956),
- la cogestion des entreprises nationalisées comme base d’appui de l’extension du secteur d’Etat et base de pouvoir pour les sommets de la bureaucratie syndicale et politique,
- le soutien aux intérêts de la technocratie d’Etat, des ingénieurs et des cadres qui jouent, ou sont susceptibles de jouer un rôle décisif, dans la gestion des entreprises,
- le soutien des intérêts du Capital national contre les Etats « étrangers » et les « multinationales étrangères »,
- le soutien aux PME nationales contre les grandes sociétés capitalistes nationales,
- le soutien des intérêts de l’impérialisme national (critiques très discrètes contre l’envoi de troupes nationales à l’étranger et contre le pillage des ressources du tiers monde par l’impérialisme national ; absence de soutien aux mouvements ouvriers et démocratiques dans les colonies et néocolonies de l’impérialisme national ; soutien et participation indirecte à la répression : cas des massacres de Sétif et Guelma, le 8 mai 1945 ; soutien à la guerre d’Indochine en 1947, silence sur les massacres à Madagascar en 1947)
- le soutien de l’industrie d’armement et de l’industrie nucléaire, plus généralement le culte de la science et du progrès technique,
- la gestion des municipalités de façon, entre autres, à noyauter les associations pour contrôler les réactions de contestation et encadrer politiquement la population,
- le clientélisme municipal (attribution d’appartements, de boulots, etc.),
- le clientélisme culturel : la manipulation d’intellectuels et d’artistes complaisants qui, en échange d’un soutien dans la Presse du Parti, d’invitations aux fêtes du Parti, de commandes des municipalités et du Parti (statues, tableaux, livres, etc.) défendaient hier les régimes staliniens et aujourd’hui tentent de donner un visage « non sectaire » au Parti,
- le soutien aux associations de travailleurs étrangers qui sont contrôlées par les régimes du tiers monde et infiltrées par les polices politiques de ces pays (ex. l’Algérie),
- le soutien aux régimes populistes du tiers monde contre leur classe ouvrière et leurs paysans pauvres (cf. Venezuela aujourd’hui, mais aussi précédemment Angola et Ceylan, par exemple),
- une rhétorique anti-OTAN et anti-américaine qui ne servait hier qu’à camoufler leur soutien aux entreprises militaires de l’URSS et au pillage de l’Europe de l’Est par la bureaucratie soviétique ; et qui aujourd’hui sert à vanter les mérites de chaque impérialisme national, de l’ONU et éventuellement encore de la Russie.

Les néostaliniens ne sont guère différents des staliniens sur la plupart des points ci-dessus évoqués. A part leur prise de distance prudente vis-à-vis de certains « abus » de ce qu’ils osent appeler le "socialisme réel", pour l’essentiel leurs méthodes et leurs objectifs sont les mêmes. Seule leur phraséologie change et certains n’hésitent plus aujourd’hui à s’immerger dans le mouvement altermondialiste pour mieux le contrôler ou à faire alliance avec des groupes trotskystes pour gauchir leur image de marque.

Plus généralement, le stalinisme est une des expressions de la tendance du Capital à intégrer brutalement la classe ouvrière et ses organisations comme le fascisme, le nazisme ou le péronisme, contrairement aux méthodes en apparence plus "douces" comme le New Deal ou le Front Populaire qui, à la même époque, ont tenté d’accorder quelques "avantages" aux travailleurs sans pour autant détruire les syndicats et partis prétendant défendre les intérêts des prolétaires. Ce qui distingue le stalinisme de la social-démocratie, c’est d’une part son origine, puisqu’il est issu de la défaite de la première révolution ouvrière du XXe siècle et, d’autre part, son efficacité redoutable : en contrôlant militairement et économiquement une partie de la planète, en lançant un formidable processus d’accumulation primitive, en déportant des centaines de millions de paysans, le stalinisme a instauré un régime de terreur contre-révolutionnaire fondé sur une gigantesque entreprise de mystification idéologique. Ce régime a non seulement assassiné des millions d’exploités dans ses camps de travail, ses prisons et devant ses pelotons d’exécution, mais il a servi de repoussoir pour des dizaines de millions de travailleurs, notamment dans les pays occidentaux où ces partis n’ont pas instauré leur dictature sur le prolétariat. Il les a jetés dans les bras de la social-démocratie ou des partis de droite, voire d’extrême droite, pour une très longue période, renforçant l’idée fausse que communisme égale dictature policière, et que toute révolution mène à une catastrophe pour l’humanité. Nous payons encore aujourd’hui le prix de cet amalgame.

Y.C. 24.2.2007

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