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La révolte des cités françaises (6)

Approches théoriques sur l’évolution du capital et de la lutte de classe

mardi 6 juin 2006

Ce texte est extrait de la brochure : La révolte des cités françaises, symptôme d’un combat social mondial

APPROCHES THÉORIQUES SUR L’ÉVOLUTION DU CAPITAL ET DE LA LUTTE DE CLASSE

Les travailleurs ne sont pas du tout « révolutionnaires » ; ils luttent pour des intérêts immédiats qualifiés par leurs contempteurs divers de « matérialistes », égoïstes, intégrés, etc. Il est bien évident qu’ils n’ont ni plus ni moins que les autres d’« éthique de vie » ou de comportement au sein de la société capitaliste et qu’ils veulent y vivre en en profitant - ou, comme les autres, ils ont tellement d’« éthiques »différentes, y compris celles que les mêmes contempteurs qualifient de « primaires », qu’il est impossible d’en dégager une généralité. Inévitablement, l’exploitation du travail transforme ce matérialisme de vie, que l’on peut juger comme on veut, en un conflit de classe entre ce qu’on voudrait faire (peu importe ce que c’est) et ce qu’on ne peut pas faire parce que l’entreprise n’est aucunement le lieu de la réalisation de l’individu, mais celui de la réalisation du profit.

De ce conflit au niveau de l’individu surgit une tout autre « éthique », même si elle n’est pas exprimée... Et c’est dans les situations particulières créées au sein des entreprises ou dans toute autre situation partagée que dans ces comportements individuels, les travailleurs peuvent ou non se rencontrer et lutter pour la même chose, partageant alors la même « éthique »... Une structure se développe à ce moment-là, pas obligatoirement sous une forme ouverte...

On peut, à quelques mots près, appliquer ces lignes aux « émeutes de banlieues « et à leurs protagonistes. Comme le soulignait une enseignante, Barbara Lefebvre, dans une « tribune libre »publiée par Le Monde, « ces “faibles” dont on n’a jamais voulu exiger le meilleur n’ont de fait qu’une obsession, la thune, à leurs yeux seul vecteur de reconnaissance sociale (1). » Avant de traiter des problèmes que ces « émeutes » ont soulevés, nous voulons, en relation avec cette citation, bien situer ces protagonistes par-delà les polémiques quant à leur « classification ». Quelle que soit l’étiquette dont on les affuble, en termes traditionnels de classe ou en termes « moralisateurs » plus ou moins liés aux critères de la classe dominante, ils n’appartiennent en aucune façon à cette classe dominante ni à tout ce qu’on peut définir comme classe moyenne, haute ou basse, réelle ou assimilée : leur différenciation tient d’abord à leur origine sociale - prolétarienne sans aucun doute - même si certains les considèrent inclassables comme prolétaires en raison de leur inassimilation à une relation quelconque avec l’exploitation du travail ; et ceci bien qu’ils soient, de toutes façons, pour la plupart condamnés à devenir d’une manière ou d’une autre des prolétaires, ce qu’ils savent bien.

Et dans des conditions guère plus enviables que celles de leurs parents - ce qu’ils savent également. Cette marginalité prolétarienne est à la base de tous les autres problèmes qui ont été évoqués, dont l’existence et l’accumulation peuvent expliquer les sursauts localisés de révolte et leur aggravation cette généralisation des « troubles » de l’automne 2005.

La politique à l’insu de soi-même

Ce qui transparaît dans les derniers événements - qui existait auparavant mais restait méconnu et s’est concrétisé pour les étrangers aux milieux de l’immigration et des cités en cet automne 2005 -, c’est l’existence d’un courant « éthique » et d’une certaine façon « politique », à l’insu des protagonistes eux-mêmes qui, par-delà les divisions, les individualismes, les recherches de réalisations personnelles, les rivalités, tout un ensemble de rapports sociaux copiés sur les relations à l’intérieur du système, va les souder dans une action commune au point de la considérer comme leur, de la copier et de la propager.

On peut aller plus loin dans cette relation au système capitaliste en relevant les similitudes dans l’extension de cette lutte avec des tendances apparues au cours des vingt dernières années. Des mouvements diffus se sont répandus de même sur tout le territoire sans qu’ils aient été engagés par des organisations traditionnelles, partis ou syndicats. Bien sûr, ces organisations n’étaient pas absentes de la scène, mais leur présence en tant que telles n’était pas souhaitée. La diffusion des événements se faisait indépendamment de tout mot d’ordre de généralisation et souvent sur des questions en apparence assez mineures : on peut citer les grèves de 1995 comme celles de 2003 (2), tout comme plusieurs mouvements lycéens, le mouvement des chômeurs, ou encore la confusion des mouvements spontanés entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002...

On ne tire aucune conclusion de ces extensions informelles et souvent confuses, et on ne peut pas faire de pronostics concernant leur évolution. La manière dont les « émeutes des banlieues » se sont diffusées, quelles que soient les explications qu’on puisse leur donner, présente à notre avis des caractères similaires. Mais, tout en se rattachant à cette forme récurrente de contestation, les « émeutes » ont, par leur radicalité et parce qu’elles ne donnaient pas prise aux organisations traditionnelles même les plus marginales (à de rares exceptions), présenté un aspect spécifique. Restera-t-il isolé ou sera-t-il un nouveau caractère de la tendance dans laquelle il s’inscrit ?

Des masses d’exclus

L’autre point que nous voudrions souligner a déjà été abordé, dans le chapitre faisant ressortir que ce qui s’est passé en France n’est qu’un aspect d’un phénomène mondial à replacer dans la présente situation du capitalisme.

Le capital a déstabilisé et continue de déstabiliser la plupart des économies locales au fur et à mesure qu’il les intègre dans son circuit mondial. On les baptise « pays en voie de développement » quand leur caractère est le sous-développement. Le résultat est que se constituent des masses de plus en plus importantes, concentrées dans des îlots de misère, d’exclus « inutilisés » par le capital. Ce phénomène, s’il n’est pas nouveau, semble d’une part s’accélérer et d’autre part s’étendre dans les pays qui pouvaient autrefois tolérer et utiliser cette « armée de réserve ». La question qui se pose est celle de savoir si le stade présent du développement capitaliste a encore besoin d’une masse « d’inutilisables ». Qu’est-ce que cela signifie dans la dynamique du capital ? Quel est l’avenir du capital eu égard à ce problème ?

A propos du chômage, Marx parlait d’« armée de réserve », qui est « une condition d’existence de la production capitaliste dans son état de développement intégral » : « l’accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière [...] [Celle-ci] forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l’avait élevée et disciplinée à ses propres frais. » Il constatait déjà que « l’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve et, en augmentant la pression que cette dernière exerce sur la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital (3). » Il traitait ce problème de l’accroissement du nombre d’inactifs dans ces termes :

« L’armée industrielle de réserve est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accroissement, donc aussi la masse absolue du prolétariat et la force productive de son travail sont plus considérables. Les mêmes causes qui développent la force expansive du capital développent la force de travail disponible. La grandeur relative de l’armée industrielle de réserve s’accroît donc en même temps que les ressorts de la richesse. Mais plus cette armée de réserve grossit, comparativement à l’armée active du travail, plus grossit la surpopulation consolidée, excédent de population, dont la misère est inversement proportionnelle aux tourments de son travail. Plus s’accroît enfin cette couche des Lazare de la classe salariée, plus s’accroît aussi le paupérisme officiel. Voilà la loi absolue, générale, de l’accumulation capitaliste. L’action de cette loi, comme tout autre, est naturellement modifiée par les circonstances particulières (4). »

Le militant et théoricien ouvrier Paul Mattick commentait ainsi ce texte de Marx pour expliquer la situation présente : « Alors que le mode capitaliste de production se généralise de plus en plus, il n’absorbe pas la même quantité de force de travail qu’il s’assimilait à des stades antérieurs. En se développant, l’expansion du capital crée une population en surplus, incapable de vivre en dehors comme en dedans du système capitaliste. La grande masse de la population mondiale ne peut plus poursuivre une existence traditionnelle mais ne peut non plus trouver place sur le marché du travail... (5) »

Se basant sur des statistiques (qu’il juge d’ailleurs inadéquates, c’est-à-dire certainement minimisées), Paul Mattick montre qu’en 1975 la population souffrant du chômage se montait dans le monde à plus de 40 millions. Depuis, ces chiffres ont plus que décuplé, à la mesure de l’expansion du capitalisme dans le monde entier, notamment dans des pays comme la Chine et l’Inde. Mattick envisage la situation que nous connaissons actuellement : « ... dans la mesure où la croissance du capitalisme peut être tenue pour responsable de celle de la misère à l’échelle mondiale, par suite de l’impact de ce système sur les régions sous-développées, il faut rajouter cette misère à celle qui provient directement de l’accumulation du capital dans les pays capitalistes développés. »

On peut tirer deux conclusions de cette constatation eu égard aux questions concrètes que nous discutons à propos des « émeutes des banlieues ». D’une part la croissance de cette catégorie d’exclus qui ne sont « ni en dedans, ni en dehors du système » n’est pas un phénomène spécifiquement français, mais la conséquence de l’expansion du capitalisme mondial ; sous cet angle, il peut être relié aux phénomènes identiques dans le monde entier. D’autre part, ce phénomène d’exclusion ne saurait être résolu par les quelques mesures cosmétiques proposées par le réformisme, aussi hardies paraissent-elles, car il dépend des inexorables règles du procès capitaliste - et son développement dans un cadre national ou européen dépend étroitement de son évolution mondiale : seule la fin de ce procès pourrait y mettre un terme.

Pourtant, la dimension même de cette population mondiale d’exclus pose d’autres problèmes (qui sont aussi fonction de la croissance de la population mondiale, due pour partie au capital lui-même faisant reculer la mortalité par ses propres découvertes). Que peut-il se passer si son importance supplante en nombre ceux qui effectuent encore un travail dans le procès de production capitaliste ? Déjà, dans le monde entier, ces populations constituent peu ou prou une menace pour l’ordre public, supportant mal de vivre dans des conditions aussi misérables et aussi précaires (la révolte des banlieues françaises n’en est qu’une faible expression, même si elle menace assez sérieusement la paix sociale pour justifier une contre-offensive sécuritaire).

La limite de l’assistance sociale

Jusqu’à maintenant, la paix sociale pouvait être garantie en maintenant, par tout un arsenal d’aides diverses et diversifiées, nationales et internationales, la tête hors de l’eau de tous ceux qui sont ainsi en train de se noyer. Mais là se pose un dilemme pour le capital : l’arsenal en question signifie un prélèvement sur la portion de plus-value conservée par le capitalisme ou sur la partie concédée à ceux qui travaillent pour la reproduction de la force de travail. Que ces prélèvements deviennent trop importants en raison de l’accroissement constant de la population d’exclus, cela signifie moins d’investissements pour l’expansion nécessaire du capital et/ou une réduction du niveau de vie de ceux nantis d’un emploi (déjà attaqués sur tous les fronts par le capital qui cherche sans cesse à réduire les coûts de production et contrer la baisse du taux de profit). Une réduction des « aides de survie » risque d’entraîner des explosions sociales qui peuvent se révéler dangereuses pour le système, alors que les salariés sont eux-mêmes sur la défensive, dans la morosité sinon dans un état proche de la révolte.

Si l’on doit ramener cette question à sa dimension européenne voire hexagonale, les événements actuels se rattachent directement à une telle problématique.

Etudiants et exclus. Deux fractions du prolétariat

Le dilemme mondial d’un capital partagé entre la nécessité, d’un côté d’extraire toujours plus de plus-value et de réduire la part concédée aux salariés, et de l’autre de maintenir la paix sociale en garantissant aux exclus un minimum de consommation, trouve sa correspondance d’une part dans les émeutes de banlieues et d’autre part dans les manifestations du mois d’avril en France contre le « contrat première embauche » (CPE) institué par le gouvernement. La montée des résistances au CPE et autres inventions visant, sous prétexte de réduire le chômage, à extraire d’une manière ou d’une autre des fractions de plus-value, vient essentiellement de la fraction la plus « favorisée » du prolétariat. Ce sont les jeunes munis de diplômes et pensant échapper à la précarité qui forment la catégorie la plus fragile des entrants - éventuels - dans le monde du travail.

Même s’il paraît faire écho à la révolte des banlieues de l’automne, le mouvement contre le CPE ne s’y apparente pas. On ne saurait dire que l’une a influé sur l’autre mais il est évident qu’elles sont deux conséquences différentes de la même démarche du capital. Les intéressés en sont-ils conscients ? Une mère de famille de Clichy-sous-Bois, au chômage, interrogée par lequotidien britannique Financial Times (17 mars 2006) soulignait cette similitude de situation tout en insistant sur le fait qu’elles se plaçaient dans des contextes les éloignant l’une de l’autre : « Si ces étudiants venaient ici et voyaient à quoi ça ressemble, ils pourraient encore protester, mais au moins ils auraient une meilleure idée de pourquoi ils protestent. »

Peuvent-ils se rencontrer ?

La question de savoir, pour la France et ailleurs, si les deux courants de résistance peuvent se rejoindre - d’un côté des prolétaires tentant d’échapper à leur marginalité, de l’autre de futurs prolétaires tentant d’échapper au cadre de précarisation qu’on leur promet - ne dépend finalement pas d’eux.

On pourrait penser que le CPE ne concerne pas spécialement les jeunes de banlieue déjà profondément enfoncés dans l’exclusion et la précarisation. Mais on peut voir aussi que les jeunes « hors cités » connaissent, eux, largement des formes insidieuses et montantes de précarisation (sans bien sûr les ostracismes que subissent de diverses manières les jeunes des cités) (6). Cela ne dépend ni des uns ni des autres mais de l’évolution des événements, pourtant les deux lignes de résistance ne sont pas parallèles et peuvent tendre à se rejoindre.

L’ignorer ou prétendre que ces deux mouvements sont totalement étrangers l’un à l’autre, pas solubles l’un dans l’autre, c’est méconnaître la composition réelle du prolétariat et les formes de son action. Les pouvoirs sont d’ailleurs bien conscients des dangers qu’une telle fusion représenterait pour eux. Les différents ressorts de la politique sont là pour s’assurer que les mécontentements et désaffections ne puissent se polariser et prendre alors une dynamique propre. Par-delà les répressions, les représentations politiques et syndicales sont à l’œuvre pour canaliser les oppositions. Mais quelle que soit l’issue du présent conflit, il n’est, comme nous l’avons souligné, que l’aspect national d’un conflit mondial dans lequel on trouve les deux camps du prolétariat - encore plus éloignés que nous les voyons se manifester actuellement en France.

En marge se déroule un débat, que nous n’aborderons pas ici, qui ne doit pas être biaisé par la considération que la masse de surpopulation économique serait le seul « futur sujet révolutionnaire », objet de toutes les sollicitudes de ceux qui d’une manière ou d’une autre voudraient bien impulser les luttes vers les perspectives auxquelles ils aspirent eux-mêmes (les partis qui rêvent à la prise de pouvoir « révolutionnaire » par exemple). Pas plus qu’on ne doit se laisser entraîner dans le rêve d’une action commune des exclus et des non-exclus. On ne doit jamais sous-estimer la capacité du capitalisme de s’adapter aux conditions changeantes du procès d’accumulation. Mais il est certain que d’une certaine façon, les émeutes des banlieues sont révélatrices d’un problème fondamental pour le capital, problème qui évidemment comporte une dynamique difficile à prévoir et que les manifestations anti-CPE sont une autre expression de ce même phénomène : ignorer ce caractère fondamental dans toutes ses manifestations ne peut que conduire à des échecs.

C’est volontairement que dans tout cet exposé et ces commentaires nous avons laissé de côté les innombrables textes consacrés aux « émeutes des banlieues ». Non que nous n’en pensons rien ; mais nous estimons que de telles discussions ou relations des positions des uns et des autres n’apporterait guère à la compréhension des faits eux-mêmes et de leur sens dans la société française et le monde capitaliste global.

D’ailleurs, ces commentaires et jugements de valeur se situent dans un tel éventail - depuis la condamnation plus ou moins camouflée jusqu’à l’apologie non critique - qu’ils ne peuvent qu’alimenter la confusion, dissimulant mal le fait qu’ils discutent souvent d’un monde que leurs auteurs ne connaissent pas ou très mal.

Notes

(1) Le Monde du 8 mars 2006. Barbara Lefebvre, enseignante, a publié avec Eve Bonnivard Elèves sous influence (Audibert, 2005).

(2) Voir La Lutte de classes en France, novembre et décembre 1995. Témoignages et discussions sur un mouvement social différent, Echanges et Mouvement, mars 1996 ; et Pour une compréhension critique du mouvement du printemps 2003. De la grève des enseignants aux manifestations contre la réforme des retraites, Echanges et Mouvement, septembre 2004.

(3) Le Capital, Livre premier, ch. XXV : « L’accumulation du capital », partie III : « La production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve », Editions sociales, 1976, pp. 454 et 456.

(4) Ibid., partie IV : « Différentes formes d’existence de la surpopulation relative. La loi générale de l’accumulation capitaliste », p. 465. Traduction de Joseph Roy revue par Marx. On trouve ce passage dans la traduction de Maximilien Rubel dans la « Bibliothèque de la Pléiade », p. 1162 des Œuvres de Marx, « Economie », t. I.

(5) Paul Mattick, Théorie et réalité, éditions Ab irato. (Ce texte est le chapitre V du dernier livre de Paul Mattick, laissé inachevé à sa mort en1981 : Marxism, Last Refuge of the Bourgeoisie ? (Le marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ?).

(6) Un texte émanant d’étudiants (daté du 12 avril) illustre une recherche de convergence entre les deux mouvements (sur http://infos.samizdat.net/article41...) :

« [...] Il nous paraît impossible de rejeter ces jeunes sous le nom de “voyous”, tout en continuant à afficher une solidarité de façade à l’égard du “mouvement des banlieues” de novembre dernier. Il serait trop facile de voir en eux un mouvement social, posant des problèmes de fond, tant qu’ils restent en banlieue et brûlent là-bas des voitures ; pour ensuite n’y voir plus que des « voyous » quand ils viennent dans Paris et qu’ils s’en prennent à nous, étudiants et manifestants. ».

Et : « La rencontre conflictuelle de deux jeunesses dans les rues de Paris jeudi était un constat amer : enfin, la réalité de la colère de novembre nous éclatait à la figure. Nous, étudiants de la Sorbonne, reconnaissons n’avoir pas su prendre la mesure du mouvement des banlieues : comment avons-nous pu laisser passer le mois de novembre sans une fois organiser, sous quelque forme que ce soit, la manifestation de notre soutien ? En mars, notre silence de novembre retentit amèrement. Il est inacceptable que le mouvement étudiant, par crainte de discrédit auprès des médias et de l’opinion, en vienne à se désolidariser des jeunes de banlieue et s’autorise à condamner leur violence. Car c’est adopter le même ton, poli, que le gouvernement : c’est ne pas voir que ce discours d’anti-violence polie tait et cache la violence véritable, exercée au quotidien sur ces jeunes (contrôles policiers, discriminations à l’emploi, au logement, etc.). »

Signé « Des étudiants en Sorbonne ».

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