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Un siècle et demi d’immigration

mardi 21 septembre 2004

La France a toujours été un pays d’immigration. Entre 1851 et 1911, le pourcentage d’immigrés est passé de 1 à 3 % de la population française. Ces migrants venaient surtout de Belgique, d’Italie et d’Espagne. Au XXe siècle, la première vague importante d’immigration a eu lieu entre 1920 et 1930. Le pourcentage d’immigrés en France est passé donc de 3 à 6,6 % en 1931. Dans les années 30, la France a connu une importante arrivée d’ouvriers polonais (600 000) et d’Espagnols (500 000) après la défaite de la Révolution espagnole.

Ces chiffres peuvent donner l’impression que les musulmans (à l’époque, les sociétés traditionnelles du monde arabo-musulman étaient encore très influencées par la religion et on peut douter que l’athéisme y ait été très répandu) ne constituaient pas une minorité religieuse importante en France avant la Seconde Guerre mondiale. Mais l’on doit prendre en compte l’Empire français (l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ainsi que l’Afrique occidentale et l’Afrique orientale françaises) et le fait que pendant la Première Guerre mondiale, et juste après, on fit venir en France 200 à 300 000 travailleurs d’Afrique du Nord. Jusqu’à l’indépendance, en 1962, l’Algérie était considérée comme un département français mais les Algériens n’étaient pas citoyens français et donc privés du droit de vote.

On les appelait des « Musulmans » (avec une majuscule), mais ce mot les désignait comme un groupe ethnique, non comme un groupe religieux. C’est pourquoi en Algérie il y avait l’étrange concept de Musulmans chrétiens. La non-reconnaissance de la religion musulmane par l’Etat français a donc une très longue histoire.

Après la Seconde Guerre mondiale, le pourcentage d’immigrés est passé de 4,4 % à 6,6 % en 1975. Il a donc rattrapé plus ou moins le niveau des années 30. Ce pourcentage n’a guère changé au cours des 30 dernières années : aujourd’hui les immigrés représenteraient 7,4 % de la population française. Pour apprécier exactement combien d’étrangers vivent en France il faut établir la distinction entre les étrangers et les immigrés. Un immigré est quelqu’un qui est né à l’étranger et est venu en France mais peut avoir acquis la nationalité française relativement rapidement. Un étranger est quelqu’un qui a un passeport d’un autre pays et n’est donc pas un citoyen français.

Les immigrés deviennent régulièrement Français et leurs enfants sont automatiquement « naturalisés » s’ils sont nés en France. C’est pourquoi l’on peut considérer la question de l’immigration de trois points de vue, ce qui donne lieu à 3 statistiques différentes, qui s’emboîtent les unes dans les autres comme des poupées russes. En France, il y a 3,6 millions d’étrangers, ou 4,3 millions d’immigrés ou 6,1 personnes qui vivent dans une famille où soit le père, soit la mère est un immigré.

Les principales « nationalités non européennes » sont les Algériens (600 000), Marocains (600 000), Tunisiens (200 000), Turcs (200 000) et les personnes venant des différents Etats d’Afrique (150 000). La population africaine vivant en France a triplé entre 1982 et 1990 et encore doublé depuis. Les principales « communautés européennes » sont les Portugais (600 000), les Italiens (200 000) et les Espagnols (200 000).

Si l’on comptabilise tous les immigrés, les « non-Européens » représentent 55 % et les Européens 45 % de l’immigration. Depuis 1990, les immigrés non européens représentent donc une petite majorité de la population des migrants. A ces immigrés il faut ajouter ceux qui sont Français de naissance mais qui viennent des DOM-TOM : Guadeloupe, Martinique, Polynésie, Nouvelle-Calédonie. Les 400 000 Antillais représentent une importante fraction des employés peu qualifiés de la fonction publique (services postaux et hôpitaux, mais aussi, dans une moindre mesure, police et douanes). Mais aucun d’entre eux n’est considéré comme un migrant !

Le pourcentage de femmes parmi les immigrés est beaucoup plus important qu’avant 1974 parce que les frontières ont été fermées en juillet 1974 pour les « non-Européens » et que seule l’immigration familiale et les demandeurs d’asile ont le droit de venir en France. Cet élément peut expliquer pourquoi le problème du hijab a pris davantage d’importance récemment, mais ce n’est certainement ni la seule raison ni la principale.

Des discriminations importantes

Les migrants venant du « Sud » sont victimes de toutes sortes de discriminations comme le montrent les statistiques. Les immigrés travaillent principalement dans l’industrie automobile, le bâtiment, le nettoyage et les hôpitaux, dans des boulots mal payés. 20 % des travailleurs non qualifiés sont des étrangers. 46 % des étrangers sont ouvriers (contre seulement 26 % des Français). 80 % des Turcs sont ouvriers, 50 % des Algériens et des Tunisiens appartiennent à la classe ouvrière.

Ces discriminations ont aussi touché les vagues antérieures d’immigration, mais elles n’ont pas donné à un mouvement de protestation religieuse, puisque la majorité des immigrés italiens, polonais et espagnols partageaient la même religion que la religion dominante en France, ce qui n’est pas le cas des travailleurs venus d’Afrique du Nord.

Emplois à temps partiel et chômage

42 % des immigrées ont un travail à temps partiel, contre 31 % des Françaises. 20 % des hommes immigrés sont au chômage contre 10 % des Français. 23 % des immigrées sont sans emploi contre 14 % des Françaises.

Taux de chômage en l’an 2000 selon la nationalité Nés en France : 11 % Nés à l’étranger mais naturalisés :14 % Algériens : 30,8 % Marocains : 35,8 % Tunisiens : 19,5 % Autres Africains : 25, 6 %

Mariages 40 % des immigrés africains sont musulmans. Seuls les Mandés pratiquent la polygamie : ils représentent 25 % des 200 000 Africains de France. 50 % des garçons et 25 % des filles nés en Algérie mais vivant en France se marient en France avec un citoyen français dont les deux parents sont nés en France. Les hommes et les femmes turcs se marient rarement avec des Français, même s’ils ont été élevés en France. (Y.C.)

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