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1995 (7) - Annexes : Restaurer le taux de profit - Sur la défense du « service public » - Bibliographie - Sigles

mercredi 21 juillet 2004

Sommaire : 1995 - 1 : Avant l’explosion : que faisait-on vivre au prolétariat ?

ANNEXE 1

RESTAURER QUELQUE PEU LE TAUX DE PROFIT

....Ce qui caractérise le capitalisme désormais, c’est son bas taux de profit. D’une telle situation il découle une morosité économique qui confine au marasme. Le investissements sont insuffisants car les rentabilité du capital est faible. Les capitaux tendent alors, comme on l’a vu, à s’éloigner de la sphère productive pour se transformer en purs produits financiers spéculatifs. Du même coup, le chômage s’accroît avec les risques de « fracture sociale » qu’il risque à la fin d’entraîner, mettant en danger la « cohésion sociale ». Restaurer quelque peu le taux de profit, afin de redonner à l’économie un certain dynamisme, devient donc la priorité de priorités.

Pour arriver à un tel résultat un des moyens est de soumettre la force de travail à une exploitation plus intensive de manière à ce qu’elle dégage une part de plus value relative plus grande. Il s’agit là des fameux « gains de productivité » . Or quand on observe l’évolution de ceux-ci on s’aperçoit que depuis 1973 ils ont fléchi ; : alors qu’entre 1960 et 1073 la progression des gains de la productivité du travail était pour l’ensemble des pays de l’OCDE de 4,4 % en moyenne par an, entre 1973 et 1992 ils n’ont été que de 1,6 %. Ceux-ci n’ont donc réussi à contrecarrer que très partiellement la chute du taux de profit. Les « nouvelles technologies » n’ont pas débouché sur les résultats escomptés. Au contraire, en précipitant l’importance du capital fixe au détriment du capital vivant, elles ont eu pour effet de faire baisser le taux de profit, l’insuffisance des gains de productivité n’étant pas à même de compenser cette baisse.

Force est par conséquent pour la capital de changer son fusil d’épaule. Alors que dans les années 1980 il ne cessait d’exalter les « mutations technologiques » et autres « modernisations »« avec les avantages qu’elles procureraient : ce serait bientôt « les usines sans ouvriers » avec à leur place des robots et pour tous le travail à mi temps, les loisirs, la culture, la formation permanente, maintenant, il a mis une sourdine à tout de baratin moderniste pour en revenir à un langage beaucoup plus réaliste, beaucoup plus rude, en un mot plus franchement capitaliste : « baisse du coût du travail » comme il dit !

En clair, baisser les salaires réels. Non seulement ceux des travailleurs producteurs de plus value mais aussi des travailleurs réalisateurs de plus value dont les rétributions diminuent les profits en raison du caractère improductif de leur activité. D’où les injonctions répétées d’organismes internationaux tels le FMI

Dons en guise de « politique » salariale, le marché de l’emploi comme régulateur, telle est l’unique philosophie du capital « mondialisé » afin d’opérer une baisse des salaires favorable au taux de profit. Un tel processus n’est encore qu’en cours ....Quoiqu’il en soit, un certain décalage apparaît entre les pays anglo-saxons où les salaires régressent (Etats-Unis, Canada, Australie, Royaume Uni) et les autres pays capitalistes où les salaires ont tendance à stagner, voire à continuer d’augmenter d’une manière assez vigoureuse comme en Allemagne. Laquelle de ces deux tendances finira par l’emporter sur l’autre ? Comme d’habitude la capitalisme américain montre aux autres pays capitalistes la voie à suivre. Pour restaurer le taux de profit il est vital désormais non seulement d’en finir avec le « fordisme »(le partage des gains de productivité avec les salariés) mais aussi de baisser les salaires. En tout état de cause, ce vers quoi l’on se dirige, c’est vers la paupérisation caractérisée dune masse de plus en plus grande de travailleurs.

LE GRAND MOYEN : LE RETOUR AU LIBÉRALISME

A partir de la fin des années 70 a commencé à se faire entendre au sein du monde capitaliste tout un discours visant à souligner que désormais seules « les forces du marché » étaient à même de redynamiser l’économie. A cet effet, il fallait ouvrir résolument les frontières de manière à ce que se constitue de par le monde une vaste zone de libre échange. C’est ce qu’on appelle le « retour au libéralisme ».

Un tel retour fut présenté aussi bien par ses partisans que par ses détracteurs, comme un « choix », judicieux pour les premiers, erroné pour les seconds. On va voir qu’il n’en fut rien et qu’il correspondait en réalité à une nécessité pour le capital.

Pour comprendre cela il faut retourner quelque peu en arrière. En effet, si l’on jette un coup d’oeil sur l’ancien capitalisme d’avant 1974 quel visage offrait-il ? Celui d’un capitalisme bricolé, à moitié étatisé, fonctionnant sur la base d’une« économie mixte » qu’un marxiste comme Paul Mattick définissait ainsi : « L’économie mixte signifie qu’une fraction de la production nationale est, après comme avant, production de profit pour compte privé, tandis qu’une fraction de la production nationale, plus petite, ne rapporte pas de plus-value » . Un tel capitalisme était issu de la crise de 1929. Celle-ci avait révélé d’une manière dramatique l’insuffisance de la demande. Aussi, pour sortir de la crise et éviter qu’une telle crise se reproduise, les gouvernements en étaient arrivés à la conclusion qu’il fallait élever la consommation publique cela au moyen de la dépense publique : c’était à l’Etat d’activer la demande. Ce qui fut réalisé durant les années 1930 avec le financement par celui-ci de grands travaux et, après 1945, à l’aide de toute une série de commandes aux entreprises privées : infrastructures routières, sportives, hospitalière, construction de logements sociaux, commande d’armements, etc.

Mais d’où l’Etat tirait-il l’argent lui permettant de financer ses commandes ? Essentiellement de l’impôt sur les bénéfices des entreprises privées. On en arrivait alors à la situation suivante : l’Etat en passant ses commandes aux entreprises privées leur restituait une partie de la plus value qu’il leur avait prise, mais sans que celle-ci constitue une plus value nouvelle puisqu’elle prenait son origine dans des prélèvements effectués préalablement par l’Etat dans le secteur privé sous forme d’impôts.

Un tel fonctionnement « mixte du capitalisme n’était viable que si le secteur privé dégageait une quantité de plus-value suffisante pour financer la »consommation publique« ce qui impliquait un taux de profit relativement élevé. La chute de celui-ci, consécutive, consécutive comme on l’a vu à l’élévation spectaculaire de la composition technique et organique du capital allait déboucher sur la crise générale de 1974 qui fut une crise non de surproduction mais de rentabilité du capital. Dès lors la recette « keynésienne » de la « consommation publique » avait vécu...

La remise en cause de « l’économie mixte » était à l’ordre du jour. Sous la houlette de droite des néo-libéraux, comme celle de gauche des sociaux démocrates, un désengagement progressif de l’Etat en tant qu’agent économique direct était entrepris : privatisation de toute une série d’entreprises étatiques, ou bien leur restructuration en vue de les supprimer comme « services publics » afin de les soumettre aux critères de rentabilité. En tant que redistributeur social l’Etat était également visé : diminution des charges pesant sur les entreprises avec pour conséquence une réduction de « l’Etat-providence », celui-ci voyant ses ressources diminuer d’autant.

L’enjeu d’un tel « retour au libéralisme » est donc clair, il s’agit de se donner les moyens de restaurer le taux de profit, cela en laissant aux seules lois du marché le soin d’agir celui-ci décidant du prix de la force de travail, éliminant les entreprises publiques déficitaires et allant jusqu’à contourner les Etats-nations en mettant en place un libre échangisme sans rivage, « mondialisé » où règnent en maîtres les entreprises multinationales : on en compte de par le monde 37 000 avec 200 000 filiales ; elles emploient 73 millions de salariés et autant chez leurs sous-traitants ; en 10 ans leurs investissements directs se sont multipliés par 4, les 4/5 e restant au Nord et le 1/5 e restant au Sud ; de plus elles se sont transformées en « firmes réseaux » (en groupes à la fois industriels et financiers) ce qui accroît leur autonomie...

C. B.

ANNEXE 2

SUR LA « DEFENSE DU SERVICE PUBLIC »

...Entre autres choses, l’étatisation de certaines branches de l’économie comme les transports ou l’énergie n’a jamais correspondu (sauf dans l’esprit tordu du PCF e autres réformistes) à cette notion du « service public » dont se gargarisent les fonctionnaires pour justifier leur statut particulier. Ce que recouvre cette étatisation n’est rien d ‘autre que le service du capital en général (prise en charge d’investissements lourds en capital fixe et peu rentables, ce qui facilite la valorisation des capitaux privés en abaissant les coûts de transport de la main d’œuvre et des marchandises, le coût de l’énergie, etc.) Et de comprendre aussi que dans la crise actuelle la destruction massive de capitaux est inéluctable sauf à instaurer une autre mode de production que le capitalisme...

...Pour faire bonne mesure afin de convaincre les autres salariés de se joindre au mouvement, on a encore ajouté diverses sauces au plat principal de la retraite des cheminots, notamment le drapeau hypocrite de la défense du « service public » censé mettre les « usagers » de son côté.

Mais si les fonctionnaires parlent de « service public » c’est pour affirmer qu’il exige leurs petits avantages particuliers. Comme si l’ouvrier qui fabrique du pain ou des vêtements n’était pas d’utilité publique lui aussi, sans avoir pour autant le statut de fonctionnaire. Faudrait-il, puisque la plupart des métiers répondent à un besoin social immédiat, que tout le monde soit fonctionnaire, que l’Etat fasse de chacun son employé ? ...

T. T.

ANNEXE 3

BIBLIOGRAPHIE

Les statistiques citées au début de la brochure sont tirées des Données Sociales 1996, Insee, 550 pages, 245 F.

Mis à part quelques exceptions, nous n’avons pas mentionné ou cité les textes nombreux su les luttes de décembre parus dans les journaux ou bulletins d’organisations auxquels chacun peut se référer et dont on peut souvent, connaissant les positions habituelles au sujet des luttes, se douter du contenu et des conclusions.

Textes cités (copie disponible à Echanges) :

* sous les initiales T. T.. « La colère des couches moyennes » de Thom Thomas auteur aussi de plusieurs ouvrages économiques. La position qu’il développe dans ce texte peut être rapprochée d’une théorie d’un groupe anglais sur les« classes moyennes » développée dans une brochure en anglais « Pourquoi les révolutionnaires ont échoué » (The Splat Collective c/o 5 Cadbury Road, Moseley, Birmingham)

* sous les initiales C. B., les extraits viennent d’une brochure « Enquête sur le capitalisme dit triomphant », de Claude Bitot, dans laquelle est analysé le problème de l’accumulation du capital dans la période actuelle d’une fin de cycle, qui peut être un signe précurseur de la fin du capitalisme. Ce texte contient une critique de la panacée présentée comme « l’économie de marché » avec son cortège de ruines et de misère.. L’auteur a publié récemment un ouvrage « Le communisme n’a pas encore commencé » (édition Spartacus)

* Sous les initiales R. C.., un texte « Décembre 95, reprise et difficultés de la lutte de classe » Robert Camoin (10/2/96) contient les rappels historiques des 50 dernières années avec des conclusions sur la « conscience de classe » autour de la formule « Le parti a besoin du prolétariat pour se constituer ; en retour le prolétariat a besoin du parti ». Un vieux débat que toutes les tentatives de maintenir ou de construire un parti montrent où il se situe réellement.

* sous l’initiale G., un bref texte « Brèves remarques à propos des grèves récentes », Gérard anime le bulletin « Le Point d’interrogation »

* Pour ceux qui voudraient un tableau plus complet mais bien dans les normes syndicales de la grève à la SNCF, les numéros de La Vie du Rail des 6, 13, 20 et 27 décembre 1995.

* On ne peut citer ou commenter différents articles parus à l’étranger qui vont de l’apologie « révolutionnaires » des grèves de décembre, à la comparaison entre les réaction des travailleurs français aux mesure d’austérité et la passivité des ouvriers américains, en passant avec le délire obsessionnel des romans policiers sur le complot permanent de la bourgeoisie et des syndicats pour tenir en laisse un prolétariat en position permanente de se libérer de ses chaînes

ANNEXE 4

LISTE DES SIGLES

AG : assemblée générale (dans ce texte des travailleurs d’un secteur ou d’une entreprise)

ANPE : Agence nationale pour l’emploi : organisme officiel où doivent s’inscrire les chômeurs s’ils veulent être indemnisés, mais qui y restent quand même après avoir perdu leurs droits s’ils n’ont pas retrouvé un job.

BTS : brevet de technicien supérieur : diplôme d’études techniques après le baccalauréat.

CADES : Caisse d’amortissement de la dette sociale. Organisme créé en même temps que le RDS qui fait appel à des capitaux privés (essentiellement bancaires) pour financer immédiatement les trous de la Sécurité sociale et que viendra rembourser le nouvel impôt au fur et à mesure des prélèvements ce qui permet aux banques de prélever au passage des intérêts .

CDD : contrat à durée déterminée : invention récente pour assurer la flexibilité du temps de travail ; coûte moins cher à l’entreprise que le travail intérimaire.

CES : Contrats emploi-solidarité : une des nombreuses créations d’emplois au rabais - la dernière d’une longue série permettant aux patrons d’avoir de la main-d’œuvre à des taux défiant toute concurrence

CFDT : Confédération française des travailleurs, syndicat issu d’une scission du syndicat chrétien CFTC, resté néanmoins confessionnel et plus ou moins de tendance social démocrate.

CFTC : Confédération française des travailleurs chrétiens : le titre donne la tendance de ce syndicat, largement diminué depuis le départ de ceux qui ont formé la CFDT.

CGC : Confédération générale des cadres : syndicat regroupant les cadres d’entreprise axé sur le professionnalisme cadre.

CGT : Confédération générale du travail, syndicat toujours dominé par le Parti Communiste Français, bien que les remous qui agitent ce parti depuis la fin de l’Union soviétique y trouvent leur écho assourdi. CNPF : Confédération nationale du patronat français, le plus important des syndicats patronaux qui regroupe essentiellement les grandes entreprises.

CSG : contribution sociale généralisée : le premier impôt inventé par le socialiste Rocard pour renflouer théoriquement la Sécurité sociale et dont le taux augmente régulièrement.

Crous : organisme s’occupant des œuvres sociales universitaires. EDF : Electricité de France, trust d’Etat tout-puissant ayant le monopole de la production et distribution de l’électricité.

FEN : Fédération de l’éducation nationale : fédération des syndicats de l’enseignement public aux liens étroits avec le Parti socialiste, largement amoindri par la scission ayant donné le FSU, mais ayant conservé l’appareil et de nombreuses antennes de pouvoir économique.

FGAAC : Fédération générale autonome des agents de conduite. Syndicat autonome professionnel regroupant les conducteurs de trains.

FN : Front national, parti politique d’extrême droite dirigé par l’histrion Le Pen.

FO : Force ouvrière : syndicat né en pleine guerre froide en 1947 d’une scission de la CGT, avec le soutien des Etats-Unis ; on y trouve, autour de positions social-démocrates, une alliance de trotskistes et d’anarcho-syndicalistes.

FSU : Fédération syndicale unitaire, scission de la FEN, plus ou moins dominée par le parti communiste.

GDF : Gaz de France, trust d’Etat ayant le monopole de la distribution du gaz, jumelé à EdF.

HBL : Houillères du bassin de Lorraine : organisation régionale du trust d’Etat Charbonnages de France.

PDG : président-directeur général : le sommet décisionnel de la hiérarchie d’entreprise.

PTT : poste, télégraphe, téléphone - ancien nom de La Poste et des Télécoms, autrefois réunis et séparés en vue de leur privatisation.

RATP : Régie autonome des transports parisiens : organisme public regroupant le métro parisien, le métro express régional (RER, Réseau express régional), les bus et tramways dans la proche banlieue et lié à la SNCF pour l’exploitation des lignes de banlieue et dans la grande banlieue avec des réseaux de bus privés.

RDS : Remboursement de la dette sociale : nouvel impôt supposé boucher le trou de la Sécurité sociale.

RMI : Revenu minimum d’insertion : la charité publique pour les chômeurs ayant perdu leurs droits.

SDF : sans domicile fixe : jargon technocratique pour éviter de parler des clochards sans domicile .

SMIC : salaire minimum interprofessionnel de croissance : le minimum qu’un patron devrait verser à un exploité, mais qui subit de nombreuses entorses légales et illégales qui en font de plus en plus un maximum. SNCF : Société nationale des chemins de fer français, monopole d’Etat des chemins de fer.

TVA : taxe sur la valeur ajoutée : impôt sur la consommation fournissant près des deux tiers des recettes de l’Etat.

Unef : Union nationale des étudiants de France : syndicat étudiant (voir tableau dans le texte).

Unef-ID : Union nationale des étudiants de France-Indépendante et Démocratique, autre syndicat étudiant, scission du précédent (voir tableau dans le texte).

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