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Le vrai terrorisme, c’est celui de l’État !

mardi 23 mars 2004

(Le titre de cet éditorial de Combat communiste paru en 1977 introduit un thème courant dans l’extrême gauche, celui du "vrai" terrorisme. L’article de Gerry Byrne ("Madrid, 11 mars 2004, et "moralisme" : leur morale et la nôtre") publié sur ce même site et dans "Ni patrie ni frontières" n° 8-9 pose justement quelques questions pertinentes sur ce concept du "vrai" terrorisme. Y.C.)

Combat communiste n° 31, 15 novembre 1977

Au moment où la meute des chiens de garde du capital hurlait après les « terroristes de la bande à Baader », une information discrète, venue d’Amérique latine, nous apprenait que la bourgeoisie de l’État d’Équateur avait fait massacrer 120 ouvriers de la plus atroce façon, les mercenaires précipitant les grévistes dans des cuves de sucre en fusion ! Malgré son caractère effroyable et spectaculaire, la grande presse n’a guère accordé de place à cette « nouvelle ». 120 ouvriers assassinés par le capital comptent moins pour les bourgeois que l’exécution d’un ancien officier SS, sacré patron des patrons (1) en Allemagne démocratique.

Telle est l’hypocrise criminelle de la bourgeoisie et de ses serviteurs. Elle condamne toute violence qui porte contre l’oppresseur, mais dans le même temps elle passe sous silence le terrorisme à grande échelle de l’État. Les bourgeois acclament même le terrorisme qui sert leurs intérêts. Massu, Bigeard, mercenaires de l’État français, responsables, avec les gouvernements de « gauche » ou de droite qu’ils servaient, de la mort de plus d’un million d’Algériens, spécialistes de la torture et du « nettoyage » des populations, sont décorés et nommés généraux ou ministres. Les bombardements systématiques de villages, des hôpitaux, des écoles au Vietnam, l’emploi du napalm et des bombes à billes par l’armée américaine sont présentés par les journaux comme la « défense du monde libre ». Les représailles de l’État d’Israêl contre les camps palestiniens de réfugiés tuant femmes et enfants sont justifiés par la même presse au nom de la légitime défense.

L’emploi de la torture dans la quasi-totalité des prisons du monde ne suscite pas l’indignation de cette racaille hypocrite. Les milliers d’ouvriers assassinés froidement ou mutilés dans les bagnes industriels, sous l’appellation discrète d’accidents du travail ; les travailleurs immigrés tués au coin d’une rue par des racistes ou dans un commissariat ; les chômeurs, les expulsés, les vieux acculés au suicide par cette société : voilà quelques aspects du terrorisme quotidien que font régner les exploiteurs. Cette société pourrie, qui ne doit sa survie qu’aux millions de cadavres d’opprimés qui jalonnent sa route, ne mérite pas de vivre et sa morale hypocrite est puante.

Baader et ses camarades de la Fraction Armée Rouge se sont levés contre cette société inhumaine en revendiquant la légitimité de la violence et du terrorisme contre la violence et le terrorisme bourgeois. Certes, les coups qu’ils ont portés à l’État capitaliste allemand sont restés, et ne pouvaient rester, que des assauts dérisoires et inefficaces. Car seule la violence collective des travailleurs pourra mettre fin au système d’exploitation et non l’action isolée de petits groupes.

Mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas seulement contre une petite poignée de désespérés isolés que la bourgeoisie met en place son gigantesque appareil de répression. Si les exploiteurs profitent de cette occasion pour se livrer à une opération de bourrage de crânes sans précédent, c’est pour préparer la défense de leurs privilèges contre les travailleurs. Car ce qu’ils redoutent, ce sont les affrontements violents que ne manquera pas de susciter, tôt ou tard, la crise de leur système d’exploitation. Par avance, ils veulent faire condamner la violence des opprimés et justifier leur violence d’exploiteurs.

Cette violence vient encore de se manifester de la façon la plus ignoble par l’assassinat déguisé en suicide de Baader et de ses camarades. A la différence des bourgeois hypocrites, les révolutionnaires revendiquent ouvertement le droit pour les exploités et les opprimés d’utiliser la violence. Et si nous condamnons la politique du groupe Baader, c’est parce qu’un petit groupe minoritaire ne peut remplacer l’action consciente et organisée de la classe ouvrière.

1. L’article fait allusion à Hans-Martin Schleyer, président du patronat allemand, enlevé puis exécuté par la Fraction Armée Rouge.

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