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Combat communiste : "Le terrorisme et les révolutionnaires" (1978)

vendredi 19 mars 2004

(Nous republions ci-dessous un article paru dans Combat communiste en 1978, suivi d’une critique actuelle de ce texte et de ses présupposés idéologiques sous le titre "Attentats et accidents de travail" Y.C..)

Le terrorisme et les révolutionnaires

(Combat communiste n°37, 25 mai 1978)

Les révolutionnaires se trouvent aujourd’hui confrontés en Europe occidentale au problème du terrorisme. Si l’utilisation du terrorisme par des organisations nationalistes n’a pratiquement jamais cessé dans les pays coloniaux et s’est parfois prolongée dans les métropoles comme à l’époque de la guerre d’Algérie, il faut remonter plusieurs dizaines d’années en arrière pour retrouver des actes terroristes exercés dans les grands États capitalistes contre des membres de la bourgeoisie et de l’appareil d’État par des organisations se réclament - plus ou moins confusément - de la classe ouvrière et du socialisme.

La position des révolutionnaires est évidemment beaucoup plus difficile dans la mesure où ces actions sont effectuées, non plus à des milliers de kilomètres, mais dans leur propre pays ou dans les États immédiatement voisins. La bourgeoisie met en effet en marche sa gigantesque machine de bourrage de crânes et reçoit le soutien empressé des staliniens, réformistes et libéraux.

Dans une situation où de tels actes sont, sinon condamnés du moins incompris par la majeure partie de la classe ouvrière de la classe ouvrière ou la laissent indifférente, les révolutionnaires doivent-ils hurler avec les loups, doivent-ils s’indigner avec autant de vigueur que la presse bourgeoise et stalinienne pour démontrer qu’ils n’ont rien à voir avec les terroristes ?

C’est ce qu’a fait la majeure partie de l’extrême gauche (et notamment les groupes qui se rattachent à la Quatrième Internationale) en Allemagne et en Italie. C’est aussi ce qu’ont fait fait en France la LCR, Lutte ouvrière et l’OCI. Ainsi LO n’a pas hésité à écrire dans son éditorial du 13 mai 1978 que l’exécution d’Aldo Moro soulève « l’horreur et l’indignation des travailleurs ». LO se contente de cette condamnation morale et espère sans doute ne pas heurter le public dont elle a pu pagner la sympathie grâce à sa campagne électorale opportuniste et démagogique.

De son côté, la LCR vient de consacrer - numéros 648 à 651 de Rouge - une série d’articles théoriques au terrorisme. La LCR établit une distinction entre les terroristes « infantiles » (ceux des débuts du mouvement ouvrier) et les terroristes « séniles », ceux que nous connaissons aujourd’hui. Seuls les premiers seraient des « camarades dans l’erreur », les seconds ne méritant pas notre solidarité contre la répression de l’État. Grâce à cette « subtile » distinction, la LCR peut se permettre de rappeler les positions de principe de la Troisième Internationale qui, tout en condamnant politiquement et tactiquement leur action, apportait sa solidarité à des terroristes emprisonnés et les confiat même « à la protection du prolétariat » (cité par Rouge).

La LCR n’est nullement gênée de refuser sa solidarité aux militants des Brigades rouges et de la Fraction Armée rouge puisqu’il ne s’agit que de « terroristes séniles »… Cela n’empêche pas la même série d’articles de faire l’apologie du terrorisme nationaliste et de la Résistance française : le terrorismes serait une méthode légitime quand on a affaire à un « occupant » (sic) ou à un régime dictatorial. Il serait hautement condamnable quand il s’attaque à des démocrates bourgeois. Rouge affirme même que le terrorisme de la Résistance est d’autant plus positif qu’il a débouché sur la violence des masses en 1944-1945 !

Ce terrorisme a en effet débouché sur la poursuite de la guerre impérialiste après la chute du régime de Vichy et la continuation de la boucherie entre prolétaires français et allemands. Car le but ne se sépara pas des méthodes : les attentats organisés par les résistants gaullistes et staliniens contre l’armée allemande ne visaient pas à frapper une classe, mais un ennemi indifférencié : le « boche » (« A chacun son boche », titrait L’Humanité en 1944) et les SS, officiers nazis, n’étaient pas distingués des ouvriers sous l’uniforme. Ces actions étaient un aspect de la guerre impérialiste.

Nous voyons donc que si la LCR fait l’éloge du terrorisme nationaliste de la Résistance (dont la quasi-totalité de la bourgeoisie fait l’apologie aujourd’hui), elle capitule aussi devant l’opinion démocratique en refusant sa solidarité à des camarades, dont l’action est sans doute totalement inefficace, mais qui ne s’attaquent qu’à des membres de la bourgeoisie et à des symboles de l’État bourgeois. Cette capitulation obéit à un souci de respectabilité qui est étranger aux principes révolutionnaires.

Le rôle des révolutionnaires est aujourd’hui d’aller à contre-courant de la campagne de bourrage de crânes de la bourgeoisie et d’affirmer sans relâche que le véritable terrorisme est celui de l’État et du patronat. Si nous devons expliquer qu’on n’abat pas la bourgeoisie en exécutant un par un ses représentants qui trouveront toujours des successeurs et qu’une minorité armée ne peut remplacer la classe ouvrière, ces actes ne nous indignent pas. Nous réservons notre indignation aux dizaines de milliers d’ouvriers victimes des accidents du travail dus à la course au profit, aux travailleurs qui tombent en ce moment sous les balles des mercenaires du shah d’Iran, aux populations victimes des bombardements terroristes de l’armée française en Afrique.

Pour nous la mort d’un Moro n’est rien de plus - selon la formule de Lénine à propos de l’attentat qui coûta la vie au roi du Portugal au début du siècle - qu’un accident du travail d’un homme d’Etat bourgeois.

La mise en scène grotesque des Brigades rouges, le simulacre de « tribunal du peuple » n’ont certes rien à voir avec les méthodes des communistes révolutionnaires. Mais, même s’ils se trompent et si leurs actes peuvent être nuisibles à notre cause, nous sommes, face à la répression, solidaires de ceux qui, au péril de leur vie, ont pris les armes par haine de la bourgeoisie, de son système, de ses politiciens et de ses flics.

C’est d’ailleurs en affirmant clairement et hautement cette solidarité que nous pourrons espérer détourner de la voie sans issue du terrorisme individuel les travailleurs révoltés, les désespérés qui sont tentés de s’y engager. Les révolutionnaires doivent d’autant moins jeter la pierre qu’ils portent une part de responsabilité dans leur désespoir en s’étant jusqu’à présent montrés incapables de fournir une alternative à ces révoltés.

Combat communiste

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