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Note sur l’édition allemande de « Ouvriers contre le travail » (« Workers against Work »)

jeudi 26 juillet 2012

Cette note a été publiée dans le n° 139 (hiver 2011-2012) d’Echanges. Voir à propos du livre Ouvriers contre le travail le texte de Michael Seidman L’Etrange Histoire de « Ouvriers contre le travail » Les vicissitudes d’un livre .

Le premier livre de Michael Seidman, Workers against Work : Labor in Barcelona and Paris during the Popular Fronts, University of California Press, 1991 a été traduit, tardivement, en français sous le titre Ouvriers contre le travail : Barcelone et Paris pendant les fronts populaires, éd. Senonevero, 2010 (voir Echanges n° 133, p. 63). La maison d’édition Graswurtzelrevolution vient d’en publier une version allemande : Gegen die Arbeit. Über die Arbeiterkämpfe in Barcelona und Paris, 1936-1938 (Verlag Graswurtzelrevolution, 2011). (Voir aussi l’article de Michael Seidman que nous avons publié en brochure Pour une histoire de la résistance ouvrière au travail.)

Cette traduction allemande est due au groupe Wildcat, dont Echanges rend régulièrement compte de la revue du même nom qu’il publie quatre fois par an, et une branche de Leipzig de la Freie ArbeiterInnen-Union (Syndicat libre des travailleurs et travailleuses, anarcho- syndicaliste), révisée par Andreas Förster. Elle a été préfacée par Marcel van der Linden et Karl Heinz Roth, accompagnée d’une préface inédite de Michael Seidman.

Voici ce que je pense de la préface de Marcel van der Linden et Karl Heinz Roth (je n’en ai lu qu’une épreuve préalable à sa publication en août 2011 ; il se peut que le texte en ait varié depuis) : tout comme les communisateurs de Senonevero, Van der Linden et Karl Heinz Roth ont cru que Workers against Work renforçait leurs propres analyses parce qu’ils n’ont pas compris que son auteur ne produisait pas de l’idéologie mais étudiait les résistances au travail sous leur aspect pratique. Une méprise heureuse pour Michael Seidman et la diffusion de ses idées, mais qui pâtit de ce que Van der Linden et Karl Heinz Roth ont voulu réduire l’analyse de Workers against Work aux thèmes à la mode, tout au moins en Europe, de la décroissance sans tenir compte des besoins humains (retournerons-nous à la chandelle, à la cueillette et la chasse, à la conservation des aliments sans réfrigération, à l’abolition des échanges, etc. ?).

Par ailleurs, j’estime que citer Gilles Dauvé et Karl Nesic à propos de Workers against Work, comme ils le font dans leur « IVe Thèse », n’a pas lieu d’être. En effet, depuis plus de quarante ans, Gilles Dauvé (qui signait autrefois Jean Barrot) rabâche des thèmes en contradiction totale avec les analyses de Michael Seidman : la lutte des classes interprétée à l’aune de réflexions sur la violence, une critique de la classe ouvrière du point de vue de sa soumission au travail, une apologie d’un programme préalable à toute révolution, et trouve ses arguments dans une pensée qui présuppose une vérité ­révélée par de grands prêtres. Il surestime le rôle de l’organisation politique dans la lutte de classe du prolétariat et sous-estime la maturité politique des ouvriers (je l’ai écrit dans le n° 135 d’Echanges, p. 52, par exemple). Ce n’est pas un hasard s’il se retrouve dans les idées des communisateurs et si les communisateurs se retrouvent dans les écrits anciens et nouveaux de Dauvé/Barrot. Je crois totalement incongru de rapporter ainsi les noms de Gilles Dauvé et Karl Nesic à propos de Workers against Work et j’estime que citer n’importe quoi et n’importe qui à n’importe quelle occasion est un procédé déloyal si l’on n‘explicite pas en quoi on compare les auteurs et ouvrages cités.

Auparavant, Workers against Work, rédigé comme thèse de doctorat il y a maintenant plus de vingt ans, n’avait été traduit intégralement qu’en japonais à la fin des années 1990 par un collectif universitaire (Rōdō ni hankōsuru rōdōsha. Jinminsensen ki no pari baruserona ni okeru rōdō, traduction de Mukai Yoshinori et Iwamura Hitoshi, Ōsaka Keizai Hōka daigaku shuppanbu, 1998).

Michael Seidman a décrit les vicissitudes de Workers against Work dans un texte qu’Echanges a publié sous forme de brochure bilingue (L’Etrange Histoire de « Ouvriers contre le travail ». Les vicissitudes d’un livre/The Strange History of « Workers against Work ». The Vicissitudes of a Book, septembre 2011). Graswurtzel en a publié une version allemande dans le n° 363 (novembre 2011) de sa revue, très largement différente de notre version française. Consulter : http://gegendiearbeit/gwr/november2... (en allemand).

J.-P. V.

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