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Esquisse biographique de G. Munis (1912-1989)

mardi 26 juin 2012

Manuel Fernández-Grandizo y Martínez (18 avril 1912/4 février 1989), plus connu sous le nom de G. Munis, est né à Torréon (Mexique), dans une famille originaire d’Estrémadure, en Espagne. Il s’intéresse très jeune au mouvement ouvrier. Liant l’activité théorique à l’activité pratique, il participe aux grèves des ouvriers agricoles à Llerena (Estrémadure) au début des années 1930. Début 1934, il est nommé représentant de l’Izquierda Comunista (Gauche communiste) – trotskyste – à l’Alliance ouvrière de Madrid. Suite à l’insurrection d’octobre 1934, il est emprisonné. Il fait partie de ceux, avec Esteban Bilbao, qui s’opposent à la fusion de l’Izquierda Comunista avec le Bloc Obrer i Camperol (Bloc ouvrier et paysan), dirigé par Maurin, et qui allait donner le POUM (Partido Obrero de Unificación Marxista).

En novembre 1936, il fonde avec d’autres camarades la Section bolchevik-léniniste d’Espagne, favorable à la création d’une Quatrième Internationale, qui publie, à partir de janvier 1937, un bulletin : La Voz Leninista (« La Voix léniniste »). Dans cette publication, ils critiquent le POUM et la CNT pour leur collaboration avec le gouvernement de la bourgeoisie républicaine, et appellent à la formation d’un « Front ouvrier révolutionnaire » dont le but doit être la prise du pouvoir, la poursuite de la révolution et la direction de la guerre civile.

À la fin du mois d’avril 1937, Munis et le poète surréaliste Benjamin Péret se rendent à Paris pour prendre contact avec l’organisation internationale trotskyste. Munis retourne fin mai en Espagne. Au cours de l’insurrection (3-8 mai), connue comme les Journées de Mai 37, seuls le Regroupement des Amis de Durruti et la Section bolchevik-léniniste d’Espagne distribuent des tracts appelant à la poursuite de la lutte, en s’opposant au cessez-le-feu que les dirigeants de la CNT et du POUM demandaient à grands cris. Ce sont les uniques groupes qui veulent aller jusqu’au bout contre la provocation stalino-républicaine désireuse de rétablir définitivement l’autorité de l’État bourgeois, réduit pratiquement à néant immédiatement après le 19 juillet 1936. De plus, ils savent qu’avant la répression franquiste, dans le cas d’une victoire militaire de Franco, les révolutionnaires subiront la répression féroce du parti aux ordres de Moscou, qui n’a qu’un seul but : rétablir l’ordre et détruire le mouvement révolutionnaire.

Munis et la majorité des militants de la Section bolchevik-léniniste d’Espagne sont arrêtés le 13 février 1938 sous l’accusation d’avoir assassiné un capitaine des Brigades internationales : Leon Narwicz. Cet agent polonais du Service d’information militaire (SIM) s’était infiltré dans le POUM et la Section bolchevik-léniniste d’Espagne. Après un mois d’isolement complet et de tortures dans une « Tcheka » stalinienne dirigée par Julián Grimau, ils sont incarcérés le 11 mars 1938 à la prison Modelo de Barcelone. La peine de mort est requise contre Munis, Jaime Fernández et Domenico Sedran (« Adolfo Carlini »). En octobre, Munis témoigne au procès contre le POUM et assume être le dirigeant des trotskystes, ce qui libère les poumistes d’une telle accusation. Munis réussit à s’échapper, grâce à la débandade provoquée par l’avancée des troupes franquistes, et passe en France avec un groupe de prisonniers politiques. Fin 1939, grâce à sa nationalité mexicaine, il s’embarque pour le Mexique, où il établit des liens personnels et politiques étroits avec Léon Trotsky et sa femme Natalia Sedova. Trotsky le charge de la direction de la section mexicaine. En mai 1940, Munis participe à la conférence dite d’« alarme » de la Quatrième Internationale.

En août 1940, après l’assassinat de Trotsky, il prend la parole aux funérailles de ce dernier, et intervient plusieurs fois dans le procès intenté contre son assassin (Ramon Mercader) comme partie prenante de l’accusation. Dans les années 1940, avec Benjamin Péret, également exilé au Mexique, et Natalia Sedova, il critique la politique du Socialist Workers Party (SWP), l’organisation trotskyste américaine. Il l’accuse d’avoir trahi l’internationalisme prolétarien et le défaitisme révolutionnaire au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les divergences entre le Groupe espagnol et la direction de la Quatrième Internationale se révèlent de plus en plus importantes et insurmontables. En 1946, Munis écrit une brochure Les révolutionnaires devant la Russie et le stalinisme mondial, dans laquelle il définit la nature de l’État russe comme un capitalisme d’État et le parti de Moscou comme un parti contre-révolutionnaire et anticommuniste. Il refuse donc définitivement la « défense inconditionnelle de l’URSS ».

C’est en 1948, alors que Munis et Péret sont déjà repartis vivre en France, que se produit la rupture définitive et officielle avec la Quatrième Internationale, à son deuxième congrès. En Espagne, en mars 1951, pendant la grève générale des tramways à Barcelone, le Groupe communiste-internationaliste, dirigé par Munis et Jaime Fernández, distribue des tracts dans lesquels il défend le caractère spontané du mouvement face à la propagande franquiste qui l’attribuait aux francs-maçons et aux staliniens, payés par « l’or de Moscou ».

À cause de ces tracts et d’une brochure contre la politique contre-révolutionnaire des staliniens en Espagne et le franquisme, Munis et les autres camarades du GCI sont détenus en décembre 1952, les uns à Madrid, comme Munis, puis d’autres à Barcelone, dont Jaime Fernández. Condamné à 10 ans de prison, Munis obtient la liberté conditionnelle en juin 1957. Il retourne alors en France où il renoue avec son activité politique. Fin 1958, il fonde avec Benjamin Péret, Jaime Fernández et d’autres anciens camarades de lutte, le FOR (Fomento Obrero Revolucionario) qui publie la revue Alarma. Benjamin Péret meurt le 28 septembre 1959. À Milan, Munis écrit deux de ses textes théoriques les plus importants : Les syndicats contre la révolution (1960) et Pour un Second manifeste communiste (1961), texte signé par le FOR. En 1975, il publie en France un autre livre très important sur la révolution et la contre-révolution en Russie, Parti-État, Stalinisme, révolution.

Munis et Jaime Fernández (J. Costa) multiplient les contacts en Espagne vers la fin de la dictature franquiste, et mettent en garde la classe ouvrière contre ce que va signifier une transition démocratique dans ce pays, toutes forces capitalistes confondues (staliniens et « socialistes » inclus) : la persistance de la dictature du capital sur le monde du travail, l’encadrement syndical des luttes, et la répression en cas de débordements ouvriers. Le premier numéro de la troisième série d’Alarma, cette fois éditée en Espagne par de jeunes camarades espagnols, paraît en avril 1977. C’est à cette date également qu’il rédige Réaffirmation, épilogue de son livre sur la guerre civile espagnole, Jalones de derrota, promesa de victoria, republié par la maison d’édition Zero-Zyx. Consacrant sa vie au travail organisationnel du FOR, Munis n’a jamais abandonné son travail théorique et militant. Au moment de sa mort, il laisse un manuscrit, non encore édité, sur l’État, son histoire et le besoin impérieux de sa destruction à notre époque.

Munis est mort à Paris le 4 février 1989. Depuis, la publication de ses œuvres complètes est en cours en Espagne. Son livre sur la révolution espagnole a été traduit et publié en français et en italien par les éditions Science Marxiste. Et en France paraît ce premier tome, avec beaucoup d’inédits en français, de ses œuvres choisies.

(Le tome 1 des Oeuvres choisies de G. Munis a été édité par le Comité d’édition des oeuvres de Munis et publié aux Editions Ni patrie ni frontières. Pour toute commande - 12 euros, frais de port - écrire à yvescoleman@wanadoo.fr)

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