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Dans le monde, une classe en lutte mai 2012

vendredi 4 mai 2012

OU-VA-T-ON ?

Qui ne se pose pas cette question aujourd’hui ?

Dans le monde entier, le capitalisme tente, avec des mesures parfois contradictoires, d’endiguer, sinon de résoudre sa crise qui, dans ses effets directs, dure depuis maintenant quatre années. Une seule chose est claire dans toutes ces tentatives : quelles que soient les différences des mesures dites d’austérité prises dans des cadres nationaux ou plus larges, ces mesures n’ont qu’un but commun : réduire les coûts de production des marchandises pour restaurer le taux de profit. Il est évident que ces mesures d’austérité auront pour effet immédiat de réduire la consommation et qu’elles accentueront en conséquence encore la crise en réduisant la production des marchandises. Peu importe d’ailleurs pour tous les dirigeants : plus il y aura de chômeurs , de travail à temps partiel ou autres pressions sur les conditions de travail, plus les travailleurs seront supposer accepter de vendre leur force de travail à n’importe quelles conditions, c’est-à-dire celles que prétendront leur imposer les capitalistes. Tout peut se passer comme cela – sans même d’ailleurs qu’il y ait une certitude de réussite car la masse de capitaux en mal de profit est telle qu’elle crée de différentes façons des déséquilibres permanents pour les entreprises , les Etats et l’ensemble du système. Tout peut se passer comme cela sauf si.. Sauf si la lutte de classe s’en mêle. Cette lutte existe car elle n’a jamais cessé et ne cessera qu’avec la fin de l’exploitation du travail. Elle existe, dispersée, localisée, morcelée, sans autre ambition que de préserver l’acquis , de retrouver un travail, d’amortir le choc du licenciement, à adoucir les conséquences trop brutales des restructurations et de l’austérité. Le plus souvent des formes de lutte trop classiques bien contrôlées, mais parfois prenant des formes non prévues que l’on pourrait penser prémonitoires d’autres combats plus globaux ; Souvent aussi déviées également sur des affrontements politiques qui ne mettent nullement en cause le système. Dans la période récente, des formes de luttes différentes sont apparues qui avaient pu apparaître dans le passé mais étaient restées isolées et pratiquement méconnues. Qualifiées suivant les circonstances de « printemps arabe » , de mouvement des « indignés », d’Occupy, elles ont présenté des caractères communs, malgré leur flou et leur diversité : d’importantes mobilisation dans des occupations d’espaces publics, leur rapide expansion par delà les frontières, expansion quasi spontanée dans une forme nouvelle d’internationalisme. Mais n’échappant pas non plus aux manipulations dans le jeu des grandes puissances. En aucun point du monde tous ces mouvements contrôlés ou sauvages, quelle que soit leur force et leur durée n’ont en aucune manière stoppé le mouvement propre du capital pour tenter de résoudre sa crise dans les conditions que nous avons évoquées. La crise et ces conséquences sur les luttes offre même l’opportunité pour le capital de se restructurer dans son organisation mondiale et de renforcer ses moyens techniques et politiques de domination. Si nous pouvons espérer ce que tous ces mouvements de lutte, à tous les niveaux ont révélé de potentialités, bien que non développées, vers un bouleversement du système ( certains ont pu croire que cela allait se produire), le capital sait aussi que c’est de tels développements qu’il craint le plus et que l’unification des mesures prises dans le monde entier pour son sauvetage posent par leur uniformité les conditions même d’une révolte globale Et il s’y prépare. A nous aussi de nous y préparer.

Velléités ou symptômes précurseurs d’autres mouvements plus unifiés ?

(voir les précédents bulletins) Pour remettre les pendules à l’heure, l’importance relative des économies de différents pays (en 2009, PIB évalué en milliards de dollars et population en millions d’habitants) :

Allemagne France UK Italie Inde Russie Espagne Pologne 3286 2 562 2 250 2055 1 632 1478 1 410 469 82 63 62 60 1 200 141 46 38

Partout dans le monde, d’énormes injections de capitaux vers les banques et les entreprises essaient de colmater la dérive globale de l’économie. Cela n’a pourtant rien changé, cette économie sous perfusion tentant de rétablir le taux de profit en exerçant une énorme pression sur l’ensemble qui constitue le coût de l’exploitation de la force de travail. On tombe dans un cercle vicieux où cette réduction du revenu des exploités réduit d’autant une consommation supposée redonner un coup de fouet à l’activité économique. Depuis un an, bien des pays dans le monde ont été, à des degrés divers, secoués par des mouvements de lutte qui ont eu, parfois, des conséquences politiques importantes, mais qui, après une année, montrent qu’ils n’ont finalement pas ébranlé le système de domination en place nationalement, et encore moins le système capitaliste. On ne peut pourtant sous-estimer un ensemble de résistances persistantes mais restant presque toujours distinctes, dont le commun dénominateur est d’être la conséquence immédiate de la crise mondiale. Une crise non résolue et dont l’évolution détermine précisément une dynamique nouvelle de ces résistances. Le passé de celles-ci est important, quelles qu’en aient été les issues et quelles que soient les orientations nouvelles, et il ne nous paraît pas inutile, en quelques lignes, d’en faire le point présent, pays par pays. Comme nous l’avions précédemment souligné, certaines de ces résistances ont largement débordé les cadres nationaux dans une sorte d’internationalisation, même si des caractères et des évolutions nationales ont pu en limiter la portée et l’efficacité.

RUSSIELa crise frappe la Russie dont l’activité économique dépend aujourd’hui essentiellement des exportations de matières premières (dont le pétrole et le gaz en forment 40 %). De 2006 à 2010, 20 % des emplois ont disparu dans l’agriculture, et la production industrielle a chuté de 17 % ; pendant la même période, l’exode des capitaux vers l’étranger s’est accentué. Le gouvernement, pour prévenir les faillites, a injecté des fonds, principalement dans le secteur bancaire. Le fossé entre riches et pauvres, comme partout, s’est élargi : s’il y a 30 % de plus de milliardaires, 53 % de la population doit vivre avec moins de 400 euros par mois. La frange classe moyenne gagnant entre 1 000 et 1 400 euros mensuels ne représente que 7 % de la population. Entre 20 et 25 % de la population active travaille au noir, sans aucune garantie sociale. C’est dans cette dernière couche sociale que semblent se manifester les oppositions récentes. Les médias ont donné une large place aux manifestations qui se sont récemment déroulées à Moscou notamment, les 10 et 24 décembre dernier et de nouveau en février, réunissant des oppositions diverses d’une foule relativement importante mais au point de représenter une vague susceptible d’ébranler le régime (de telles manifestations ne furent pas rares dans le passé récent en 1991, 1992 et 2005). Elles se sont répandues dans différentes villes de province mais avec une faible participation. Elles regroupent en général des citoyens ordinaires non activistes, mais en majorité des classes moyennes autour de revendications « démocratiques » qui ne permettent pas de dissimuler l’hétérogénéité des groupes ou partis (le plus souvent de droite) appelant à ces manifestations (transparence et honnêteté politiques, critique du tandem dirigeant, peu de confiance dans le système politique actuel). Il peut s’y mêler aussi des revendications plus concrètes comme le niveau de vie, l’amélioration des services sociaux. La crise, pour les travailleurs, signifie une pression sur les éléments de l’exploitation, notamment sur les salaires (comme dans bien des pays, leur diminution et/ou des délais de paiement ou le non-paiement). On ne possède guère de détails sur les résistances ouvrières mais seulement des chiffres globaux qui en témoignent : entre janvier et septembre 2011, il a été dénombré 200 grèves contre 158 pour la même période de 2010 . Quelques exemples récents : Tout compris Kaluga (150 kilomètres au sud-ouest de Moscou) – Usine Benteler (sous-traitant de Volkswagen). 400 travailleurs en grève totale (début mars, une grève du zèle n’avait donné aucun résultat) pour les salaires et les conditions de travail, pendant trois jours. Déclarée illégale, elle se termine sur intervention policière. Contraints de quitter l’usine qu’ils occupent, ils se replient sur la cafétéria alors que l’usine est encerclée par les militaires. Un accord serait intervenu sur les salaires mensuels qui passeraient à 458 euros. Toujours Kaluga – 13/04/2012 – Grève à l’usine de pièces détachées Faurecia aussi pour les salaires et les conditions de travail.

ÉGYPTEEntre les affrontements politiques autour du pouvoir de l’armée, la montée de l’islamisme radical, les revendications ouvrières non résolues malgré de nombreux conflits, la fuite des capitaux et les réticences des investisseurs étrangers, le chaos économique n’a été qu’en s’aggravant depuis une année. D’où le recours au FMI et à la Banque mondiale qui prétendent imposer les médecines habituelles : privatisations (auxquelles s’opposent les travailleurs des entreprises d’État et l’armée qui en a le contrôle de presque la moitié). Plus de 40 % de la population vit avec moins de 1,60 euro par jour. Chômage et inflation endémiques réduisent encore plus cette misère. Les salaires mensuels oscillent entre 30 et 200 euros. L’effondrement économique amène les militaires à solliciter l’aide du FMI qui prétend imposer des privatisations et la suppression de l’aide alimentaire. D’un côté, les manifestations répétées de Tahrir Square regroupent des éléments qui peuvent s’opposer par ailleurs. La dernière en date, le 20 avril, réunissait contre le pouvoir militaire les éléments qui s’estiment dépossédés de leurs espoirs profonds de changement, et les islamistes qui voudraient que les militaires leur laissent une place plus importante dans la direction du pays. D’un autre côté, malgré une répression de plus en plus dure contre les « leaders » des grèves (arrestations sous le coup de la criminalisation des conflits de toute façon illégaux), malgré la condamnation des autorités religieuses, les grèves se poursuivent dans tous les secteurs quasi quotidiennement. Il est pratiquement impossible de les citer toutes, le plus souvent centrées sur les salaires mais aussi contre les mesures de privatisation. Un simple aperçu des grèves dont le mouvement, indépendamment des affrontements politiques, est irrépressible :
- 28/02/2012 – Nile Cotton Giuning Co à Minya (Haute-Égypte). Pour obtenir le paiement des salaires impayés depuis six mois, les travailleurs bloquent régulièrement la voie ferrée, immobilisant plus de 1 700 trains.
- 3/03/2012 – Mine d’or de Sakari dans le désert, est du pays. Grève déclarée illégale pour les salaires et les conditions de travail.
- 25/03/2012 – Des centaines d’agents des transports publics de la région du Caire manifestent devant le Parlement pour un rattachement au ministère des Transports, ce qui signifierait un changement de statut, en particulier de salaires.
- 27/03/2012 – 1 500 chauffeurs de bus en grève dans 27 garages dans la zone du canal de Suez ; la grève se termine en dix jours après l’échec d’une tentative de l’armée sur un service de remplacement. Accord sur les salaires mais rien sur la volonté d’un remplacement des dirigeants désignés par l’ancien gouvernement.

États-UnisPratiquement aucun changement dans l’ensemble de la situation (voir précédent bulletin) malgré les déclarations d’une « reprise », le taux de chômage notamment reste constant. Alors que le mouvement Occupy (Wall Street ou autres lieux sur tout le territoire) s’estompe à la fois par la répression, les récupérations, le manque d’extension et le défaut de perspective, d’autres luttes semblent prendre le relais et/ou des liaisons luttes ouvrières et des militants d’Occupy semblent s’établir (voir précédent bulletin avec Occupy Oakland).

À la persistance de la crise correspond une montée des grèves (chiffres donnés seulement pour les entreprises de plus de 100 travailleurs par le Labor Statistics) :
- 2009 – 13 000 travailleurs avec 124 000 jours de grève
- 2010 – 45 000 travailleurs avec 302 000 jours de grève
- 2011 – 113 000 travailleurs avec 1 million de jours de grève. Quelques exemples parmi d’autres :
- 7/03/2012 – À l’appel du collectif Occupy Education Evolution, une marche de 10 000 étudiants (99 miles march or Education and Social Justice) contre une augmentation de 300 % des droits universitaires et des privatisations converge sur Sacramento, capitale de la Californie. Ils sont accueillis par plusieurs centaines de flics qui les virent sans ménagement lorsqu’ils tentent d’occuper le Capitole, siège du gouvernement de l’État. 76 arrestations.
- 2012 – Les infirmières de différents trusts hospitaliers de Californie déclenchent actions après actions pour leurs conditions de travail et la sécurité des patients, compromise par les restrictions d’effectifs. Le 15 février, 17 000 infirmières d’un des syndicats du trust Kaiser Permanente se mettent en grève de solidarité avec les infirmières d’un autre syndicat ; le trust poursuit le syndicat qui ne s’était pas opposé à cette grève. Le 21 mars, les 4 000 infirmières de San Francisco du trust Sutter Health Hospitals, après des mois de discussion sans résultat sur les mêmes problèmes de sécurité et de conditions de travail, se mettent en grève dix jours. 23/02/2012 – Republic Doors and Windows à Chicago. Cette usine de portes et fenêtres avait été occupée en décembre 2008 par ses 250 travailleurs pour protester contre leur licenciement sans indemnités. Il leur avait fallu six jours de cette occupation, qui avait eu un grand écho dans le pays, pour trouver un repreneur et contraindre une banque à octroyer un crédit. Le même scénario s’est répété le 23/02 après une annonce de fermeture et de licenciement. Immédiatement, les seuls 70 travailleurs survivants de l’opération antérieure se sont mis en grève avec occupation de l’usine. Ils ont été soutenus par des militants d’Occupy mais c’est seulement après onze heures d’occupation qu’il leur a été accordé un délai de trois mois pour trouver un repreneur (est-ce ce soutien extérieur qui a accéléré cette décision ?). Certains parlent de former une coopérative dans ce but.

ESPAGNE- 29/03/2012 – La grève générale d’une journée, organisée par les syndicats contre les mesures d’austérité, paralyse tout le pays, avec des manifestations dans toutes les villes regroupant plusieurs millions de participants. Dans certaines agglomérations, les manifestants s’attaquent à des objectifs précis d’une manière moins pacifique, notamment à Barcelone où 10 000 flics ont été déployés dans des affrontements qui laissent 100 blessés et s’accompagnent de79 arrestations.

GRÈCE- 9/04/2012 – Après le suicide sur la place Syntagma, lieu des grands rassemblements, d’un ex-pharmacien de 77 ans acculé à la misère par les mesures d’austérité, des milliers de manifestants se rassemblent et sont attaqués par la police. Depuis, ils sont des centaines à défiler devant le lieu de cette immolation qui est devenu le symbole des résistances à ce qu’imposent au pays les dirigeants de l’Union européenne.

GRANDE-BRETAGNE- 17/04/2012 – La mesure de la crise économique et du chômage. Un nouveau centre neurologique P J Care s’ouvre à Peterborough (au nord de Londres) et embauche 20 employés. 2 000 candidats se présentent.

THAILANDE- 17/02/2012 – Durement réprimées lors de l’occupation pendant plusieurs semaines du centre de Bangkok (91 morts, des centaines de blessés), les « chemises jaunes » (influencées par le démagogue milliardaire exilé Thaskin) développent dans les campagnes un mouvement de « villages rouges » qui tentent de s’auto-organiser pour gérer le quotidien (approvisionnement en nourriture notamment). Il y en aurait plusieurs centaines.

CHINELa crise signifie une chute des exportations, un ralentissement de l’économie nationale, des restructurations dont des délocalisations vers l’intérieur ou d’autres pays asiatiques (Bangladesh, Vietnam), des licenciements, des pressions sur les conditions de travail dont les salaires et, en contre-coup, des séries de grèves (50 000 usines auraient ainsi fermé début 2012). Un prétendu manque de main-d’œuvre réapparaît chaque année à la fin du Nouvel An chinois : il est certain que les migrants retournés pour cette fête au pays tardent à rentrer, ne rentrent pas ou en profitent pour changer d’exploiteur. En général, au bout de plusieurs semaines, tout rentre dans l’ordre. Mais les changements démographiques ont fait que les exploiteurs se trouvent devant les jeunes de la seconde génération (qui correspondent maintenant à 60 % de ces migrants), plus instruits, plus exigeants, et n’acceptant plus les conditions très précaires de ceux de la génération précédente. Ils cherchent l’emploi le mieux payé et les meilleures conditions de travail et de vie. Mais le turnover important montre que finalement, ils ne trouvent guère ce qu’ils cherchent, même si certaines entreprises, pour les retenir, améliorent quelque peu les conditions d’exploitation. Et l’impossibilité de « trouver mieux » fait que le dernier – et plus fréquent – ressort est de lutter pour contraindre le patron à cette amélioration recherchée. Les remous dans l’appareil dirigeant, les conflits de clans dans le parti dominant et la mise au grand jour de scandales, qui ne sont que le quotidien de la gestion capitaliste d’État ou libéral, sont la traduction à ce niveau des prises de décision des profonds remous sociaux aggravés par la crise. Outre ce qui est dit dans d’autres rubriques de ce bulletin, voici les conflits les plus récents :
- 23/03/2012 – 1 000 travailleurs d’une usine de plastique à Shenzhen qui ferme pour cause de délocalisation sont en grève pour le paiement d’indemnités de licenciement. 27/03/2012 – 500 travailleurs en grève dans le Fujian manifestent contre la privatisation de leur entreprise et reprennent le travail sur la promesse d’une enquête sur les malversations entourant cette opération. Le capital poursuit ses restructurations

Allemagne – 28/02/2012 – Une loi de 1972 autorisait les CDD, leur durée de 3 mois a été au cours des années portée successivement à 6, 9, 12 et 24 mois aujourd’hui. Ces contrats temporaires se multiplient (plus d’un million actuellement). BMW, dans son usine de Leipzig, emploie ainsi 1 100 temporaires contre 2 800 permanents au salaire mensuel de 1 000 euros, et envisage d’accroître ce recrutement de précaires. Une tentative d’en faire juger l’illégalité par un tribunal a donné raison aux patrons, ce qui ouvre la porte à la généralisation de ces embauches.
- 11/04/2012 – Même le secteur de la machine-outil qui faisait la réputation de l’Allemagne est touché par la crise. Heidelberg Print Machine (HDM, matériel d’imprimerie), qui a déjà licencié 4 500 travailleurs il y a trois ans, veut en virer 2 000 autres avec l’accord du conseil d’entreprise dominé par le syndicat IG Metall. Le but est de passer de 25 000 travailleurs à 14 000. Une autre entreprise du même secteur veut licencier 2 000 travailleurs.

Canada – 9/02/2012 – Les 500 travailleurs d’Electro Motor Diesel (locomotives), filiale du trust Caterpillar, rejettent un nouveau contrat qui réduit les salaires de 50 %, supprime la retraite et autres avantages sociaux. Ils sont lockoutés depuis six semaines. Le syndicat CAW discute avec la firme de la fermeture de l’usine pour fixer les indemnités de licenciement. Union européenne – 18/03/2012 – Le capital exploite au niveau européen les différences de salaires entre les pays membres. Seuls certains d’entre eux ont un salaire minimum, différencié et pas toujours respecté, allant de 272 euros mensuels en Bulgarie à 1 495 au Luxembourg (en France, il est de 1 398 euros). Il n’existe ni en Allemagne (seules les provinces décident), ni en Autriche ou en Italie, au Danemark, en Suède ou en Finlande. Ces différences permettent les délocalisations basées sur la compétitivité qu’autorisent ces grandes différences.

États-Unis – Fiat possède un des « grands » de l’automobile US (à près de 60 %). Comme les autres « grands », le passage par la faillite puis par le renflouement gouvernemental, accompagné d’impératifs de restrictions diverses, est soutenu par le syndicat UAW. Les usines américaines ont été fermées en 2000 pendant deux mois, ce qui a permis d’imposer des réductions de salaires de près de moitié. En plus de la charge de travail, les ouvriers doivent maintenant assurer tout l’entretien des machines et des ateliers sans augmentation de salaires.

Grande-Bretagne – 14/04/2012 – Les conséquences des restructurations/privatisations du système de santé. Pour libérer des places à l’hôpital public lorsque des urgences se présentent alors qu’il n’y a aucun lit disponible, on en « libère » autoritairement en évacuant, même en plein milieu de la nuit, des patients dont l’hospitalisation n’est plus rigoureusement nécessaire. Chaque année, 400 000 patients sont ainsi renvoyés chez eux, sans souci des conditions parfois scandaleuses de transport et d’accueil à leur domicile. Monde – 12/04/2012 – Le Cloud Computing (informatique en nuage ou dématérialisée)) est la dernière concentration de supers ordinateurs qui assument l’ensemble des fonctions, dont le stockage des données sur le plan mondial. Seuls les pays bien équipés en fourniture d’énergie, de câblage en fibre optique et d’un abondant approvisionnement en eau (maintien d’une température comprise entre 16 et 20 °C consommant plus de 40 % de l’électricité utilisée par ce qu’on appelle des « fermes ») sont concernés.
- Avril 2012 – Quand tous les pays croulent sous la masse des déchets que l’irrationalité d’un capitalisme débridé accumule, posant jusqu’à présent d’insolubles et coûteux problèmes d’évacuation, de stockage, de recyclage ou d’incinération, différents pays comme la Suède ont complété le maillon manquant dans ce cycle infernal. Des usines d’incinération modernes, paraît-il non polluantes, deviennent des centrales électriques inversant le problème : de déchets, les ordures deviennent des sources de matières premières, et au lieu de payer pour les détruire, la Suède paie pour avoir ce combustible. Naples est ainsi devenue une mine d’or qui permet à la Suède de combler ses carences énergétiques.

Grèce – 10/04/2012 – Alors que dans la masse des réformes, les fonctionnaires se voient imposer un code de bonne conduite pour revaloriser leur standing (ne pas fumer, ne pas vouvoyer les usagers, etc.), ils peuvent être loués à des particuliers pour des tâches relevant de leur compétence. Les policiers seraient particulièrement appréciés : 309 euros de l’heure pour un simple flic, 200 euros pour une vedette marine, 500 euros pour un hélico, etc., suivant un barème officiel avec lequel chacun peut faire son marché, s’il en a les moyens.

Italie – 30/03/2012 – Marchione, P-DG de Fiat et de Chrysler, menace de fermer 2 usines italiennes et de transférer le siège du trust aux États-Unis. La seule raison de rester en Italie serait que le gouvernement « crée un environnement de travail flexible pour une parfaite adaptation aux marchés des fournitures et des ventes ».

La grève et rien d’autre

Chine – 20/02/2012 – Grèves des employés municipaux dans différentes villes, notamment dans le Guangdong où les municipalités prises dans les restrictions de crédits et de recettes tentent de réduire les salaires, notamment en y imputant les cotisations sociales.
- 18/02/2012 – Ningbo près de Shanghai. Des centaines de travailleurs de 4 usines locales de Foxconn (30 000 travailleurs) sont en grève contre le non-paiement de compensations pour avoir travaillé pendant le Nouvel An chinois et contre les menaces de licenciement en vue du transfert des usines vers l’intérieur du pays.
- 23/02/2012 – 100 travailleurs à Huizhou (usine de circuits électriques) en grève contre une réduction des primes de 25 %.

Inde – 10/04/2012 – Depuis févier dernier des escarmouches entre la direction et les travailleurs de l’usine de Nokia Siemens Network India (téléphones portables) à Oragadam (Tamil Nadu près de Chennai) autour de la tentative de former un syndicat indépendant. 52 ouvriers sont licenciés suite à ces actions et les 260 travailleurs permanents de l’usine se mettent en grève illimitée. Ils se voient interdire l’entrée de l’usine.

Espagne – 2/04/2012 – Les 500 pilotes de la compagnie Iberia – fusionnée maintenant avec British Airways – poursuivent un bras de fer avec leur patron qui veut transférer une partie de la compagnie chez une filiale low cost – Iberia Express – dans laquelle les salaires seront réduits de moitié et les conditions de travail beaucoup plus contraignantes (cette création concernerait finalement près de 8 000 emplois). Une douzaine de grèves d’une journée, même appuyées par le personnel de cabine, n’ont guère réussi à faire obstacle au projet qui connaît un début de réalisation avec 4 avions et 500 travailleurs uniquement sur les vols intérieurs, mais avec projets d’extension. Cet échec est en partie dû à celui de la grève des contrôleurs aériens en février 2011 qui ont repris le travail sans rien obtenir, suite à un jugement le leur ordonnant. Les pilotes envisagent de monter d’un degré leur lutte en faisant grève chaque lundi et vendredi, du 9 avril au 20 juillet.

Australie – 3/02/2012 – L’Australie est un grand pourvoyeur mondial de charbon. Cette exploitation minière est dominée par la multinationale BHP Billington qui, en particulier, exporte le charbon extrait à Wollongong (Nouvelles Galles du Sud) près de Sydney par le terminal charbonnier de Port Kemble Coal Terminal. 100 travailleurs sont en grèves périodiques d’une journée pour les salaires et les conditions de travail lors du renouvellement du contrat collectif de trois ans. Le problème de renouvellement de contrat par le même trust est identique dans les mines de West Cliff mais une grève conjointe projetée a été annulée par le syndicat Cfmeu.

France – 29/03/2012 – Les éboueurs de Lyon se mettent en grève le 12/03 dans 4 arrondissements de Lyon et 2 communes urbaines contre une restructuration impliquant une privatisation qui modifierait leurs conditions de travail. Ils cessent la grève le 30 mars avec de vagues promesses de discussion. L’intersyndicale laisse aux assemblées le soin de décider de la reprise dépôt par dépôt, sans soutenir réellement. Une stratégie habituelle.

Argentine – 6/03/2012 – Dans 6 des 23 provinces, les enseignants sont en grève les 28 et 29 février pour une augmentation de salaires de 28 % pour rattraper une inflation qui dépasse 20 % sur une année. États-Unis – 25/02/2012 – Castlewood Country Club à Pleasantown. Pour avoir refusé un nouveau contrat qui voulait leur imposer la charge totale des cotisations maladie, ce qui aboutissait à une réduction de salaire de 35 %, les travailleurs de l’usine sont lockoutés depuis deux ans. Ils manifestent avec les Occupy d’Oakland pour la réembauche de 61 d’entre eux.
- 6/04/2012 – Les 254 travailleurs de Nichols Aluminium à Davenport (Iowa), en grève depuis deux ans et demi, doivent reprendre le travail devant la menace de faire fonctionner l’usine avec des jaunes et des « travailleurs de remplacement » qui, légalement, deviendraient des travailleurs permanents, non syndiqués bien sûr ; la grève avait été déclenchée par le refus d’accepter une réduction des salaires d’embauche (two tier system) et la réduction des cotisations patronales maladie.

Pays-Bas – Mars 2012 – En grève depuis cent cinq jours, les agents de nettoyage du pays ont obtenu 4,85 % d’augmentation et des concessions sur la sécurité de l’emploi et l’assurance maladie. Canada – Début avril 2012 – Les 400 travailleurs de Haley Industries (aéronautique) de Renfrew (Ontario) votent la grève à 96 % après leur rejet d’un nouveau contrat réduisant les salaires et les avantages retraite.

Afrique du Sud – 7/03/2012 – Grèves et manifestations dans tout le pays à l’appel du syndicat Cosatu contre les péages d’autoroute et les bureaux de placement privés, passage obligé pour trouver un emploi (jusqu’à 70 % des travailleurs sont contraints d’y avoir recours, situation qui rappelle les temps lointains de l’exploitation notamment en France avec les bureaux de placement payants). Ceux qui y ont recours ont leur salaire en général amputé de 30 % et c’est pain bénit pour les exploiteurs qui bénéficient d’une flexibilité totale.
- 24/03/2012 – 3 500 mineurs de la mine de platine Modikwa sont en grève depuis trois semaines pour une augmentation des salaires, des primes, et la fin des différentiations salariales (qui oscillent entre 385 $ et 2 175 $) ; ils ont refusé une proposition d’augmentation de 10 % et poursuivent la grève.

.Allemagne –30/4/2012– Le syndicat de la métallurgie IG Metall a lancé une série de grèves tournantes pour appuyer les négociations salariales. Le syndicats propose 6,5 % d’augmentation et le patronat offre 3 %. Mais comme toujours il s’agit de grèves limitées à la fois quant à leur durée et leur localisation. Début, à la suite d’une même campagne de grèves le syndicat des services publics Verdi avait obtenu une augmentation de salaires de 6,3 % sur deux années pour quelque 2 millions de fonctionnaires et agents des communes. D’autre part, un salaire minimum a été instauré le 25 avril mais il n’est pas national, il sera défini par une commission spéciale, ne s’appliquera pas aux branches ayant déjà un saalire plancher et comportera des exceptions.

La grève et autre chose

Canada – Mars 2012 – Comment naît une grève sauvage Le jeudi 22 mars, la ministre du Travail, qui avait au début du mois fait réprimer une grève – illégale – des pilotes et du personnel au sol, visite le soir l’aéroport de Toronto et y rencontre les dirigeants. Un petit groupe de bagagistes la reconnaît, l’escorte avec des applaudissements hostiles alors qu’elle emprunte les escaliers mécaniques en ordonnant à ses gardes du corps « d’arrêter ces animaux ». Peu de temps après, les sanctions tombent : 3 des applaudisseurs sont suspendus soixante-douze heures. Aussitôt, dans la nuit, une grève sauvage est déclenchée et 37 des grévistes sont licenciés sur le champ. Le vendredi 23 mars, au matin, la grève se répand alors que le syndicat déclare publiquement « qu’il n’est pour rien dans la grève » (pour éviter des sanctions). La grève se propage à l’aéroport de Montréal. Et ensuite dans tous les aéroports de Vancouver à Québec City. Quatorze heures après le début de la grève sauvage, un jugement met les grévistes en demeure de « cesser ou partir » ; les sanctions, amendes et condamnations pénales sont si lourdes si la grève se poursuit que le travail reprend, mais les 3 sanctionnés le restent. Il semblerait que le mouvement se poursuive par l’utilisation des congés maladie. Finalement, un accord syndical met fin au conflit avec la levée de toutes les sanctions et la réintégration des 37 ayant fait l’objet de mesures de suspension.

Grande-Bretagne – 15/03/2012 – Mayr Melnhof Packaging (filiale de l’Australien Bootle, 32 usines dans 15 pays). Contre une proposition de 49 licenciements et une réduction des salaires entre 1 000 et 2 000 £ rejetée à 138 contre 1, après une série d’arrêt de travail sans résultat, la grève illimitée est votée à 98 % le 10/02. La réplique ne se fait pas attendre, le 18/02, c’est le lockout. C’est alors que se produit une tentative d’occupation de l’usine mise en échec par l’opposition du syndicat Unite et une intervention policière. Unite accepte aujourd’hui de négocier les indemnités de licenciement, c’est-à-dire d’entériner le diktat patronal.

Inde – Mars 2012 – Maruti Suzuki à Manesar (voir précédent bulletin). Suite aux grèves et devant l’agitation persistante (notamment une sorte de grève perlée), la firme a accepté d’accorder des augmentations de salaires, davantage de vacances et de diminuer la charge de travail. Dans le secteur environnant l’usine, ce succès a modifié le rapport de forces et une solidarité s’est créée dans les conflits autour des mêmes questions

France-La restructuration des aciéries sur le plan mondial se traduit en France par la fermeture de celles de Lorraine, toutes exploitées par le trust mondial de l’acier ArcelorMittal. Entre promesses électoralistes et actions contrôlées par les syndicats, les travailleurs sont réduits à tenter des formes de lutte diverses qui n’ont guère jusqu’ici fait fléchir le trust : occupation du TGV, blocage des usines ou des bureaux, manifestations à Paris dont une devant le siège de campagne de Sarkozy où ils sont accueillis par les flics…

Belgique – 28/02/2012 – Sprimont (près de Liège), usine Meister Benelux, sous-traitant de l’automobile, a déjà connu un licenciement collectif en septembre dernier et les 100 restants sont maintenant menacés d’être licenciés pour délocalisation. Lors de l’annonce le 20 février, ils séquestrent la direction qui embauche 20 gros-bras pour « nettoyer » l’usine.

Indonésie – 24/03/2012 – 400 mineurs de la mine de charbon Thiens à Bornéo en grève se rassemblent devant les bureaux de la compagnie mais sont attaqués par la police. 20 d’entre eux sont sérieusement blessés, 12 autres arrêtés. Antérieurement, ils avaient fait grève quarante-sept jours en novembre et décembre 2011 pour obtenir une convention collective et en janvier, pendant vingt-huit jours, ils avaient poursuivi une grève perlée. L’action récente visait à obtenir la réintégration de 260 d’entre eux, licenciés suite aux mouvements antérieurs.

Les manifestations et rien d’autre

Portugal – 22/03/2012 – La seconde grève générale contre les mesures d’austérité lancée par les syndicats est moins suivie que la précédente, perturbant seulement certains services essentiels.

Les manifestations qui tournent à l’émeute

Depuis pas mal de temps maintenant, les manifestations organisées par des organisations officielles (partis et/ou syndicats) ou marginales (groupes anticapitalistes) qui se veulent pacifiques sont de plus en plus débordées ; attaquées par les forces de la répression, elles prennent alors un tout autre caractère, celui d’un affrontement direct avec les pouvoirs en place et le système dans son ensemble.

Allemagne – 31/03/2012 – Francfort-sur-le-Main. Une manifestation anticapitaliste tourne à l’émeute après que le siège de la Banque centrale européenne a été arrosé de peinture et des véhicules de police retournés : 465 arrestations, 16 flics blessés.

Canada – 23/02/2012 – 70 000 étudiants manifestent à Montréal contre une augmentation des droits universitaires de 75 %, ( de 1 700 euros à 3 200 euros)à l’appel d’une Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante » (Classe). Ils bloquent un pont et sont attaqués par la police qui avait antérieurement sévi violemment contre des tentatives d’occupation de la bourse locale et de bureaux universitaires. 37 arrestations. Depuis, des centaines d’étudiants défilent de jour ou de nuit dans les rues de Montréal surveillés par la police et des hélicos qui, à l’occasion chargent et arrêtent Dans le pays, près de 100 000 étudiants sont en grève illimitée.

Pérou – Février 2012 – Les concessions minières faites aux multinationales par le gouvernement posent aux paysans indiens de sérieux problèmes de pollution, notamment quant à l’approvisionnement en eau. Cela provoque une multitude de conflits locaux. Plusieurs milliers manifestent dans la capitale Lima. Parallèlement, début mars, depuis dix jours les 100 000 mineurs artisanaux manifestent dans la région de Madre de Dios à la frontière du Brésil contre une régulation de leurs activités, souvent illégales, avec une accusation de pollution et de déforestation. Les affrontements avec plus de 1 000 militaires font 3 tués, 40 blessés et 50 arrestations. Un accord intervient le 20 mars pour une réglementation de leurs activités minières mais pour une période limitée.

Francee -21/02/2012 – La Réunion – Une manifestation des routiers contre la hausse du prix des carburants (plus de 20 barrages routiers) se double le 1er mars de quatre jours d’émeutes, notamment dans le quartier du Chaudron (15 000 habitants) : 9 flics blessés, 76 arrestations. L’annonce d’une baisse des prix de 60 produits (qui ne fait que compenser partiellement une hausse antérieure) et la répression (condamnations à de lourdes peines de prison ferme) mettent un terme à ces émeutes récurrentes dans ce quartier de Saint-Denis-de-la-Réunion.

Argentine – 6/03/2012 – Dans la province de Catamarca (nord-ouest), une des plus pauvres du pays, les paysans se sont soulevés contre l’exploitation d’une mine d’or à ciel ouvert, une menace de pollution et notamment des cours d’eau. Depuis plusieurs semaines, les routes sont coupées, isolant la région du reste de l’Argentine. Une situation similaire dans la province de La Rioja.

Les blocages divers

Chine – 14/02/2012 – Le ralentissement du développement économique restreint la consommation d’acier (moins 18 %) et place les aciéries dans des difficultés qui, comme toujours, se règlent sur le dos des travailleurs. Hangzhong Iron and Steel Group, trust privé né de la fusion de plusieurs entreprises d’État dans le Shaanxi : les 5 000 travailleurs en grève pour les salaires manifestent hors de l’usine, bloquent les routes alentour et se battent avec les flics. 12 arrestations. Toujours dans le Shaanxi, les mineurs de fer de Yanagiba Iron Ore bloquent la sortie de la mine les 23 et 24 février, toujours pour les salaires. Ils sont virés violemment. – 24/02/2012 – Les 600 travailleurs de Siemens Switchgear (téléphones mobiles) de Shanghai, pour s’opposer au licenciement de 4 d’entre eux pour une simple absence, déclenchent la grève. Comme la direction envoie à chacun une lettre menaçant de les licencier pour le même motif, ils bloquent les entrées de l’usine.
- 23/02/2012 – 200 travailleurs d’une usine japonaise de Dongguan de pièces détachées pour motos et frigos occupent l’usine contre une menace de délocalisation. Ils sont évacués sans ménagement par les flics. La même situation se répète avec 1 000 travailleurs d’une usine de chaussures de Shaoxing qui, eux, bloquent les axes routiers mais sont attaqués par 100 flics de la police des émeutes.

Faire la peau des dirigeants

Inde – Dans le précédent bulletin, nous avons évoqué une grève pour les salaires et pour un statut de travailleur permanent à Yanam (Andhra Pradesh), au cours de laquelle les travailleurs avaient attaqué et vandalisé l’usine, les habitations des dirigeants, tué l’un d’entre eux et pillé les magasins environnants. C’est une situation relativement fréquente en Inde et notamment en septembre dernier à Adigear (Manesar), dans une usine textile Adigear International où un dirigeant a été lynché. Les salaires d’août ayant été impayés, lors d’une altercation, un agent de sécurité frappe un ouvrier. Une révolte immédiate fait fuir cadres et employés de sécurité et c’est un des directeurs généraux qui subit le poids de la vindicte ouvrière. Sérieusement brutalisé, il doit être évacué vers un hôpital

Mutineries

Honduras – 16/02/2012 – La mutinerie dans la prison de Comayagua, proche de Tegucicalpa, dans le centre du pays, déchaîne une répression qui laisse 377 morts. Un incendie dans une cellule s’étend mais les secours ne viennent qu’une heure plus tard ; les gardiens se sont enfuis sans ouvrir les cellules ; parmi les morts, les uns ont été asphyxiés, les autres assassinés par la police qui tire comme sur des lapins sur ceux qui ont réussi à sortir de l’enfer et qui tentent de s’enfuir.

Les syndicats et les relations syndicales évoluent aussi

Allemagne – Février 2012 – Des catégories professionnelles de travailleurs peuvent disposer, en raison de leur place dans l’appareil de production ou de gestion du système capitaliste, d’un pouvoir (et souvent de conditions de travail et de salaires spécifiques) qui rend difficile leur assimilation dans des accords collectifs de branche dominés par de puissantes bureaucraties syndicales. D’où des résistances et la tendance de constituer des syndicats professionnels disposant, du fait de la position de leurs membres, de la possibilité d’imposer des accords dérogatoires aux conventions conclues par les deux principales confédérations syndicales, celle de la métallurgie, IG Metall et celle des services publics, Verdi. La position de ces confédérations, notamment dans la métallurgie, est aussi minée par le fait qu’en raison de la crise, et à travers la cogestion, dans les petites et moyennes entreprises, les sections syndicales de base, sous la pression des nécessités de survie de l’entreprise, concluent des accords dérogatoires également aux conventions collectives de branche qui régissent les relations de travail. Dans les précédents bulletins, nous avons évoqué à diverses reprises la création et l’activité dans des conflits du syndicat GdF des agents de conduite. Les contrôleurs aériens ont ainsi constitué leur syndicat professionnel qui, par diverses actions, a réussi à perturber mais pas à bloquer l’aéroport de Francfort (3e aéroport européen). Ils envisageaient, pour le 29 février, une grève totale illimitée lors de laquelle ils auraient été rejoints par tout le personnel de bord. La direction de l’aéroport a fait interdire par le tribunal non seulement la grève des 200 contrôleurs mais aussi toute grève de solidarité des autres contrôleurs sur le territoire national, ou de tout autre catégorie de travailleurs des services aériens.

France – 18/02/2012 – Le rapport parlementaire sur la gestion des syndicaux patronaux, ouvriers ou agricoles (voir précédent bulletin) a finalement été publié. Il énumère toutes les « subventions » que tous reçoivent de l’État, des entreprises, sans compter les prébendes dans les nombreux organismes paritaires de gestion des accessoires du salaire (retraite, chômage, formation, etc.). Côté patronal, les cotisations ne couvrent que 62 % des dépenses et les syndicats affiliés reçoivent 82 millions annuels de la gestion paritaire. Côté syndicats ouvriers, les cotisations n’assurent que 3 à 4 % du budget alors que leurs ressources globales atteignent entre 3 et 4 milliards. Et ce qui est révélé n’est que la partie émergée de l’iceberg. 8/12/2011 – En 2013, en application de la loi du 20/08/2008 sur la représentation syndicale, cette représentation pour les confédérations sera établie au niveau national en fonction des résultats des élections d’entreprise. En seront éliminées celles qui n’auront pas réuni 8 % des voix, ce qui donne lieu à une compétition acharnée et à des compromis étranges. Ce sont seulement les confédérations représentatives qui auront accès aux discussions avec patrons et/ou gouvernement pour fixer le cadre national de l’exploitation de la force de travail.

États-Unis – Longview (port céréalier proche d’Oakland, Californie, voir précédent bulletin). Les 221 dockers, soutenus par les participants à Occupy Oakland, ont finalement accepté de mettre fin à leur lutte contre une tentative d’éliminer la représentation syndicale et le contrat collectif, après un accord syndical qui renouvelle ce contrat collectif mais dans des termes moins favorables que le contrat antérieur. La firme EGT qui les emploie se réserve le droit de licencier tout docker qui aurait participé à 3 grèves jugées illégales, et d’embaucher en cas de conflit des jaunes non couverts par le contrat collectif. Elle se réserve aussi le droit de modifier unilatéralement les conditions de travail, notamment les horaires.
- 27/03/2012 – Le même problème des raffineries (voir précédent bulletin) et les mêmes manœuvres syndicales. Tesoro possède 7 raffineries aux USA et tente – sous menace de fermeture – d’éliminer les contrats collectifs passés avec le syndicat USW. 4 de ces raffineries ont déjà été dégagées de toute obligation contractuelle et l’expiration du contrat à la raffinerie de Wilmington (Delaware) entraîne la menace, en cas de grève, d’assurer le fonctionnement avec des jaunes (travailleurs de remplacement non syndiqués). Le syndicat USW adopte une attitude conciliatrice et est prêt à accepter des concessions pour maintenir sa présence. Déjà, pour une autre raffinerie du groupe Kapolei à Hawaï, le syndicat USW avait passé un contrat plus ou moins secret avec le trust alors que dans 2 autres raffineries, des menaces de grève se précisaient avec la fin du contrat.

Canada – 30/03/2012 – Suite à des grèves sauvages, une législation antigrève vient d’être adoptée laquelle suspend le droit de grève et impose un arbitrage obligatoire unilatéral.

Les forces modernes de la répression et les moyens d’y faire face

Grande-Bretagne – 11/04/2012 – Les contrôles policiers sont étendus à l’ensemble des médias (portables et autres gadgets électroniques). Les audiences des tribunaux traitant les « découvertes » de cet espionnage seront tenues secrètes. Le Royaume-Uni détient le record de 4,2 millions de caméras de surveillance, dont 12 000 dans le seul centre de Londres. Des opérations « coup de poing » mobilisant dans une seule opération 5 000 flics sont menées dans le cadre d’une politique, « la police totale », similaire à la tolérance zéro américaine. Avec un luxe de moyens, ces opérations visent un secteur géographique défini (souvent près des discothèques, des stades, etc.) où un grand nombre de « suspects » sont conduits dans des centres de détention mobiles (une grande tente cloisonnée en cellules et lieux d’interrogatoires). Des équipes spéciales avec des chiens policiers sont par ailleurs déployées dans les transports pour renifler les voyageurs immédiatement arrêtés, s’ils sont suspects, par des accompagnateurs-flics en civil. Monde – 19/04/2012 – Pour 200 euros, on peut trouver sur Internet des « spoofers », petits appareils facilement dissimulables qui permettent de perturber sérieusement tout le fonctionnement des GPS dans un rayon qui peut atteindre 1 kilomètre. C’est utilisé par les routiers américains pour déjouer les balises de surveillance contrôlant leur temps de travail et l’usage de leur camion. Cela peut être un instrument redoutable pour déjouer tous les moyens de contrôle dont sont dotés flics et patrons. À double utilisation, répressive et défensive, d’autres engins pas plus gros que le pouce peuvent être glissés subrepticement dans une poche, voiture ou bagage quelconque, permettant d’espionner les allées et venues de celui qui s’en trouve involontairement porteur. Aussi en vente libre.
- 28/02/2012 – Des drones ont été construits de la taille d’une mouche ordinaire ou d’une araignée, capables de s’introduire n’importe où, à travers la plus petite ouverture, et d’enregistrer les conversations, prendre des photos, ou répandre une toxine mortelle. Ces engins sont développés aux USA sous le nom de Micro Autonomous System and Technology (Mast) par l’armée et des laboratoires universitaires. De plus, ils sont particulièrement bon marché, tous les pays pourront s’en procurer et même des particuliers. Autre particularité, ils sont difficilement détectables. Un pas de plus dans ces technologies létales : la mise au point de robots de la dimension de nanoparticules que l’on peut introduire subrepticement dans le sang ou les poumons et qui sont capables de dérégler le métabolisme du « patient ».

France – 7/04/2012 – Ikea (multinationale suédoise de l’ameublement) employait des détectives privés d’une société de conseil (le plus souvent des flics retraités ou ex-flics ayant gardé des connexions avec les services de police) pour espionner et sanctionner non seulement ses centaines d’exploités dans toute la France mais aussi ses clients. 19 policiers en service ont été sanctionnés pour avoir participé à cette chasse aux « déviants ».

États-Unis – 16/03/2012 – Obama a signé un décret : « Préparation des ressources pour la défense nationale » qui lui donne tous pouvoirs pour décider de toutes les ressources nationales (force de travail, nourriture, industries, etc.), quand la « défense nationale le justifie ». Une formule assez vague pour couvrir n’importe quoi. Des pouvoirs spéciaux sont ainsi délégués aux secrétaires d’État de l’agriculture, de l’énergie, de la santé, des transports, de la défense. Le décret donne le pouvoir de saisir par la force toute production et matériel agricoles.
- 26/03/2012 – Le gouvernement construit en grand secret un centre de grande dimension à Bluffdale (Utah) capable de stocker toutes les informations recueillies sur les Américains, incluant les communications par mail, les appels des portables, les recherches avec Google, les reçus de parking, les itinéraires suivis par GPS, les achats de livres, etc. La montée de la répression

États-Unis – 27/02/2012 – Une nouvelle loi concerne l’utilisation des drones (voir précédents bulletins). Largement utilisés au Moyen-Orient et pour la surveillance des frontières, leur champ d’action sera élargi à tout le territoire américain. 30 000 drones y seront déployés avec non seulement la capacité de photographier mais aussi de suivre tout individu dans ses déplacements, et d’intercepter toute connexion électronique. Ils seront armés, ce qui autorisera des assassinats ciblés comme cela est pratique courante en Orient.

Grande-Bretagne – 30/03/2012 – 2 000 chauffeurs de camions-citernes approvisionnant les stations-service votent la grève contre les restructurations, les salaires et les conditions de travail (par exemple, pour la suppression des lourdes amendes en cas de retard de livraison). Avant même que le syndicat Unite (qui a déclaré par ailleurs tout faire pour éviter la grève) ne lance la grève, contraint et forcé par la base, le gouvernement menace de décréter l’état d’urgence et envisage d’utiliser l’armée. Une des compagnies, Norbert Dentressangle, a immédiatement licencié 6 chauffeurs, les seuls syndiqués.

Italie – 26/03/2012 – Le gouvernement discute avec les syndicats pour une réforme du code du travail qui supprimerait les dispositions présentes contraignant les entreprises de plus de 15 travailleurs à réembaucher les travailleurs licenciés sans raison valable ; ils seraient seulement indemnisés de 15 à 27 mois de salaire.

IMMIGRATION

Arabie saoudite – 6/04/2012 – Soumises à des violences et surexploitées 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, les domestiques étrangères – entre autres indonésiennes –, sont victimes de vindictes sans preuve de la part de ceux qui les traitent pire que des esclaves. 25 d’entre elles ont été condamnées à mort et ensuite expulsées suite à des manifestations de soutien à Malang (Java). Une autre domestique moins chanceuse avait été décapitée ce jour-là après avoir tué sa patronne qui l’insultait et la rudoyait sans cesse, et qui avait refusé de lui rendre ses papiers pour qu’elle puisse retourner en Indonésie. Ces sévices sont si fréquents et les réactions en Indonésie si constantes que le gouvernement indonésien a dû menacer d’interdire cette émigration si les conditions de cette exploitation ne s’amélioraient pas.

Grèce – 8/01/2011 – Un barrage de 3 mètres de haut à la frontière avec la Turquie est supposé stopper le passage des émigrés vers l’Union européenne. Depuis le 1/11/2010, une création européenne, le Rapid (Rapid Border Intervention Team), regroupant 200 flics de 25 pays et supposée surveiller cette frontière, s’est révélée inefficace.

Israël – 28/02/2012 – Entre Israël et l’Égypte, une barrière de 5 mètres de haut de mailles d’acier, surmontée de barbelés rasoirs et munie de sensors électroniques, est érigée, couvrant les 266 kilomètres de cette frontière. C’était à travers le désert du Sinaï une zone de passage des migrants (55 000 depuis 2006 et récemment 2 500 par mois, largement exploités en Israël dans l’économie souterraine). Une barrière du même genre est en construction le long de la vallée du Jourdain sur la frontière avec la Jordanie.

Russie – 9/04/2012 – Des millions d’émigrés d’Asie centrale (sans compter les Chinois qui repeuplent la Sibérie orientale) suppléent aux carences des forces de travail dans l’immense territoire russe sous-peuplé. Dans la région de Moscou, leurs conditions de vie dépassent l’imagination. 17 immigrés tadjiks périssent dans l’incendie d’un local exigu sans accès vers l’extérieur. De tels incendies dans des locaux de fortune sont fréquents (7 morts en 2011).

France – 24/04/2012 – Depuis trois semaines, 10 marins russes formant l’équipage d’un cargo frigorifique panaméen, l’Antigone Z, propriété d’un armateur grec et affrété par un Hollandais venu charger 1 200 tonnes de poissons à Douarnenez (Bretagne), prennent en otage le navire et sa cargaison (1 million de dollars) pour se faire régler 6 mois de salaires (228 000 euros) et exiger leur rapatriement.

MARUTI SUZUKI

(voir précédents bulletins)

Fragments du journal des travailleurs de l’usine après leur lutte

La période de lutte du 7 au 14 octobre chez Maruti Suzuki fut exceptionnelle. Il n’y avait aucune tension dans le travail, aucune tension lorsqu’on entrait dans l’usine ou lorsqu’on la quittait, il n’y avait pas de tension pour prendre le bus, pas de tension pour cuisiner, pas de tension pour savoir quel jour on était. On se parlait constamment. Nous n’avions jamais été aussi proches les uns des autres que pendant ces sept jours là…… Le rythme de la chaîne de montage d’une voiture toutes les 45 secondes a été réduit à une voiture par minute La police a quitté l’usine en décembre. La direction de la compagnie ne comprend rien de ce qui s’est réellement passé au cours des derniers mois et pourquoi. Par conséquent, ils craignent maintenant d’aller trop loin avec les travailleurs. Ils ont commencé à nous flatter, à nous faire des concessions. Mais il reste une distance. Une distance entre les dirigeants et les travailleurs. La direction dit : cette distance a été inventée, elle doit être fermée. Les hauts dirigeants disent à l’ensemble de l’encadrement qu’ils doivent établir des relations directes avec les travailleurs permanents et les techniciens en formation. La direction a créé deux nouveau sites pour que les travailleurs envoient des mails et établir ainsi un contact direct avec l’encadrement. Inquiets quant aux nombreux débats et les larges discussions entre les travailleurs des éléments ont fait courir le bruit que la compagnie espionnerait les communications téléphoniques. Si la compagnie et l’Etat ont peur alors que nous pouvons communiquer et répandent de telles rumeurs, on doit communiquer encore plus de sorte qu’ils soient de plus en plus inquiets. En septembre et octobre 2011 quand de nombreux travailleurs de Maruti Suzuki de Manesar se parlaient sans retenue en toute liberté, des rumeurs avaient déjà été répandues que la direction et l’Etat avaient conspiré quand il apparut que l’on jetait quelque suspicion qui assombrissaient de nouveau les perspectives. L compagnie et l’Etat étaient très faibles, et ils avaient beaucoup à craindre des échanges entre les travailleurs. Après que le président et le secrétaire du syndicat et les 28 autres travailleurs mis à pied acceptèrent de partir avec leurs indemnités, les adhésions au syndicat, continuèrent. D’abord les membres tentèrent de désigner des représentants syndicaux sur la base des origines régionales. Ceci entraîna d’interminables disputes. De nouveau représentants furent désignés. La compagnie savait tout cela parfaitement. Les travailleurs avaient trop fait confiance au président et au secrétaire, qui avaient quitté avec de grosses indemnités. Quand vint la question de désigner un autre président, on en vint à discuter qui pouvait bien être président. Réellement nous ne pouvions pas juste fermer les yeux et faire confiance à quiconque. Bien sûr, si la compagnie tentait de s’en mêler, la grève pouvait toujours reprendre. Nous devions prendre cette décision nous-mêmes seulement après avoir réellement réfléchi et discuté. La compagnie n’avait pas payé des indemnités à ces 30 mecs pour qu’ils laissent les choses en l’état. Ils les avaient payés pour qu’ils prennent toujours le côté de la compagnie. La sphère du syndicat et des représentants officiels est toujours celle choisie par la compagnie Dans les débats, des questions comme celles-ci : « Nous devons faire pression sur l’administration de Chandigarh dans le but d’obtenir que le commissaire du travail enregistre le syndicat », « Qu’est-ce qui changera avec cet enregistrement. » « Pourquoi en aurions-nous besoin ? » « Vous avez vu que ce commissaire vint à la porte de l’usine quand nous étions en grève, et vous avez vu quel était son rôle « C’est vrai, mais néanmoins, si le gouvernement nous accepte on pourra avoir quelque aide de sa part » « Quelle sorte d’aide ? Vous avez vu quelle sorte d’aide le gouvernement et la compagnie nous ont apporté. Pourquoi vouloir réduire le poids de 3 500 ouvriers à celle de 950 syndiqués ? » » Non, nous devons rester unis tous les 3 500 » « Mais comment ? Seulement les ouvriers permanents peuvent être membres su syndicat. Selon la législation des ouvriers en formation, des apprentis et ceux

Sur la pauvreté dans le monde, le rapport de la Banque mondiale

On y analyse combien de gens vivent dans le monde avec moins de 1,25 dollars par jour et on quantifie comment ce chiffre a évolué durant la période de 1981-2008. Selon les calculs de l’étude, il y avait 662 millions de personnes en moins qui vivaient dans ces conditions en 2008 qu’en 1981. On en a conclu que la pauvreté avait diminué au niveau mondial. Étant donné que cette période a surtout été libérale, c’est-à-dire que la majorité des pays du monde, sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, ont suivi des politiques néolibérales, cette diminution est présentée comme la preuve du grand succès de telles politiques. On a vu apparaître différents articles de célèbres économistes libéraux (en réalité, néolibéraux) chantant les louanges du néolibéralisme. Mais une telle euphorie ignore quelques faits élémentaires. Un de ceux-ci est que la majorité de la diminution du pourcentage des personnes qui vivent avec moins de 1,25 dollars par jour se concentre en Chine (et en deuxième position en Inde). Or, la Chine n’a pas suivi les politiques néolibérales dans son processus de développement. Au contraire de la sagesse conventionnelle néolibérale des USA et de l’Union européenne, l’Etat chinois est hautement interventionniste, avec un contrôle total de la banque publique et du crédit, entres autres exemples. En Inde, la situation est similaire. En dehors de ces deux pays, le pourcentage de la population vivant dans l’extrême pauvreté augmente, et non diminue, et en particulier dans les pays qui ont suivi avec plus de docilité les recettes néolibérales. Quant aux autres pays concernés par la baisse de la pauvreté, comme par exemple le Venezuela, le Brésil, l’Argentine et d’autres pays de l’Amérique latine, cette diminution de la pauvreté est justement due à la révolte contre les politiques néolibérales. Rompant avec ces dernières, les politiques de ces pays sont davantage interventionnistes et d’orientation redistributive, avec une participation active de l’Etat dans l’activité économique. Comme le montrent les rapports publiés par le « Center for Economic and Policy Research » de Washington, les conséquences du néolibéralisme dans le monde en termes de développement sont négatives. Les taux de croissance économique et de production d’emploi ont été plus importants dans les pays qui ont ignoré les postures néolibérales que dans ceux qui les ont suivies.. Mais le plus grand problème du rapport de la Banque mondiale est la définition même qu’ils font de la pauvreté extrême, utilisant comme indicateur la consommation de 1,25 dollars US comme le seuil de la pauvreté. Bien sûr, utiliser 1,25 dollars US ne veut pas dire que, dans le monde, sont pauvres ceux qui consomment moins de 1,25 dollar par habitant. Une telle somme, en dollars US, pourrait être une quantité respectable d’argent pour un pays pauvre. Le seuil de la pauvreté extrême ne se situe pas à 1,25 dollar US dans les pays en voie de développement. Le véritable seuil de la pauvreté extrême est plutôt le pouvoir d’achat en monnaie locale dont la valeur est comparable à un pouvoir d’achat de 1,25 dollars aux USA. Cet indicateur, comme l’ont bien montré Robin Broad et John Cavanagh dans leur livre Development Redefined. How the Market met it Match, est simpliste et extrême. En effet, il ne tient pas compte des biens de consommation qui ne sont pas commercialisés. Par exemple, deux pays peuvent être au seuil de 1,25 dollars par habitant et par jour, et cependant, celui qui a des services publics abondants sera moins pauvre que celui qui ne détient pas de tels services. Le fait est que la Banque mondiale ne valorise pas les services publics, mais bien le secteur privé. De la sorte, un tel indicateur sous-estime délibérément l’effet positif des services publics en matière de réduction de la pauvreté dans un pays.

(Dans le monde une classe en lutte)

Existe depuis bientôt vingt années. Conçu alors par quelques camarades pour la diffusion sur papier d’informations sur les luttes, il s’est quelque peu transformé, mais aussi bien des choses ont changé depuis. L’extension d’Internet et son accès facile à d’autres sources d’information, dont celles sur les luttes, ont peut être quelque peu modifié l’intérêt qu’il pouvait avoir à l’origine. D’autant plus que le contenu de chaque bulletin est aussi diffusé sur Internet. Mais tout le monde n’a pas accès à Internet et nous pensons que le papier reste nécessaire. La preuve en serait que la diffusion s’est maintenue à 2 000, 2 500 exemplaires sur 8 pages (trop denses d’après certains) adressés en paquets de 5 à 130 à plus d’une centaine de correspondants répartis dans toute la France, correspondants qui tous ont demandé ces envois et fixé le nombre qu’ils souhaitaient recevoir. La présentation a pu changer à plusieurs reprises, passant d’un classement par branche d’activité à un classement plus thématique en fonction de la caractérisation des luttes. D’autre part, des informations sur l’évolution des méthodes de domination sont aussi apparues. Nous l’avons créé parce que nous pensons que les luttes, leurs méthodes notamment sont modelées par les techniques de production, de domination sur la force de travail. Plus récemment, des difficultés matérielles sont apparues, qui n’existaient pas au départ et pendant des années, et nous en avons parlé dans un des bulletins. Certains camarades y ont répondu mais ce qui manque toujours, c’est une contribution régulière, même réduite (par exemple, 10 numéros, impression et frais postaux inclus, reviennent à 3 euros). En raison notamment d’Internet et de ses possibilités d’accès à l’information, en raison, dans certains cercles, de l’intérêt porté davantage à des analyses plus théoriques, certaines critiques ont pu être formulées quant à l’intérêt du bulletin et à la poursuite de ce travail. Les questions matérielles que nous venons d’évoquer ont donné davantage de relief à ces questions plus fondamentales. C’est pour en tirer éventuellement des conclusions que nous demandons à tous ceux qui reçoivent, comme à ceux qui, d’une manière ou d’une autre, lisent ce bulletin, de nous dire, en quelques mots ou en quelques pages : si le bulletin présente quelque intérêt, si oui, si le contenu devrait en être modifié, accessoirement si la forme, la manière de présenter les informations, leur conviennent et/ou de faire des suggestions à ce sujet. Merci à l’avance pour toute réponse au-delà des encouragements que nous recevons de temps à autre.

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