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Inventaire de la confusion : Démocratie, droits de l’homme, droits démocratiques

lundi 21 novembre 2011

Démocratie : Jusque dans les années 1980, les courants léninistes, staliniens et trotskystes ont toujours dénoncé (avec souvent de bons arguments) la démocratie bourgeoise, le parlementarisme, l’absence de représentativité des élus. Cette critique rejoignait celle de l’extrême droite, même si, bien sûr, l’objectif politique n’était pas du tout le même. L’extrême gauche prétendait arriver un jour à la suppression de l’Etat (en passant par l’étape intermédiaire de la dictature du prolétariat).

L’extrême droite, quant à elle, n’a jamais cru en les vertus de la démocratie ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Ses conceptions élitistes et véritablement autoritaires ne lui ont pas permis de faire semblant d’adopter la démocratie bourgeoise, voire d’évoluer sur cette question, comme l’ont fait beaucoup de groupes d’extrême gauche, notamment depuis la disparition de l’URSS, malheureusement dans une direction opportuniste, en s’adaptant à la social-démocratie de gauche.

Il faut néanmoins rappeler que Marx n’était pas du tout indifférent aux droits démocratiques des prolétaires, comme le rappelait Maximilien Rubel dans une interview au Monde en 1983 : « Marx a passé les quatre décennies de sa carrière de communiste militant à vitupérer, en défenseur “bourgeois” des droits de l’homme, les trois formes majeures du ”totalitarisme” de son temps : le bonapartisme, le tsarisme et l’absolutisme prussien. (…) Ajoutons que c’est par choix qu’il s’est rangé dans le camp de la démocratie “bourgeoise” : victime dès ses débuts littéraires de la violation des droits de l’homme en Allemagne, en France et en Belgique, il s’est réfugié en Angleterre, cette métropole du capital lui ayant offert un asile sûr où il pouvait non seulement continuer à écrire librement, mais aussi mener campagne pour le droit d’association et le suffrage universel. »

[Voir aussi le numéro 23-24 de Ni patrie ni frontières qui contient de nombreux textes qui abordent cette question soit sous l’angle théorique (Mansoor Hekmat), soit sous l’angle pratique dans différents pays : Etats-Unis, Népal, Birmanie et Argentine.]

Droits de l’homme et droits démocratiques : cible favorite de l’extrême droite (selon les fascistes de Troisième Voie, l’universalisme égalitariste et matérialiste de l’idéologie des droits de l’homme suscite des « ethnocides ») ; de l’ultragauche ; d’intellectuels réacs (« la France est devenu l’hypermarché des droits de l’homme ») ; mais aussi des tiersmondistes de toute tendance, y compris des partisans de l’islam politique.

Toute critique des droits démocratiques doit donc être soigneusement décryptée, au regard du projet politique qui la sous-tend. La dénonciation de l’idéologie des droits de l’homme est parfaitement justifiée quand cette idéologie sert à camoufler une intervention militaire occidentale en Irak, en Libye ou en Afghanistan. Par contre, la critique des droits de l’homme (droits qualifiés d’occidentaux, eurocentristes, sexistes, colonialistes, racistes, etc.) est sujette à caution quand la véritable intention est de justifier un régime théocratique, d’imposer la domination d’une religion, ou de défendre des valeurs et des traditions « autochtones » sexistes, patriarcales, ou profondément contraires aux libertés individuelles.

Extrait du n° 36/37 de Ni patrie ni frontières : "Extrême gauche, extrême droite : inventaire de la confusion"

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