mondialisme.org

Indymedia en France et aux Pays-Bas face à l’antisémitisme

jeudi 15 septembre 2011

De Fabel van de illegaal 52/53, été 2002

L’antisémitisme

sur le site d’Indymedia

aux Pays-Bas

« La place des Juifs est au fond de la mer Rouge. » Tout le monde peut exprimer ses opinions sur Indymedia, y compris les antisémites. Les militants internautes de ce « projet médiatique indépendant » ont apparemment moins de problèmes avec la censure qu’avec l’antisémitisme.

Afin de ne pas dépendre des médias commerciaux, la gauche radicale a toujours eu ses propres projets : journaux, magazines, chaînes de radio ou de télévision, et maintenant sites Web. Les médias contestataires existent pour transmettre des informations que l’extrême gauche considère importantes, et souvent ils servent de forum pour développer des analyses de gauche et pour discuter des formes de résistance. En général, c’est le comité de rédaction ou l’organisation dont dépend le média qui décide des discussions et des analyses qui seront publiées. Dans le cas du journal de De Fabel van de illegaal (La Fable de l’illégalité) contre le racisme, c’est tout le groupe qui détermine la « ligne », sur la base de la pratique politique de De Fabel et des discussions qui y sont liées. En ce moment, les principaux problèmes pour De Fabel sont la répression croissante contre l’immigration illégale, la résurgence de l’extrême droite, le nationalisme, l’antisémitisme et le fondamentalisme, et la résistance contre tous ces phénomènes. De plus De Fabel lutte pour que la gauche radicale mène un combat plus efficace, dans un cadre d’analyse antipatriarcal en ce qui concerne la politique démographique. Les membres du comité de rédaction écrivent les articles ou demandent à d’autres personnes de fournir une contribution. Dans nos colonnes, nous ne publions pas des textes dont nous jugeons qu’ils n’apportent rien aux analyses ou aux discussions qui nous intéressent.

Une attitude post-moderne

Un média post-moderne comme Indymedia fonctionne d’une façon très différente et la discussion sur la liberté d’expression et contre la censure y a pris une place centrale. En théorie, toute personne est libre de fournir une contribution à un site Indymedia. On a l’impression de se trouver devant un écheveau de pièces totalement hétéroclites qui ne cesse de grandir. Des pensées fugaces, gribouillées en quelques secondes, se mélangent à des analyses fines et détaillées, élaborées au terme de longues discussions. Tous les textes sont mis sur le même plan – en ce sens Indymedia ne diffère guère du reste de l’Internet. Les militants, et en général tous les gens intéressés par un sujet, ont bien du mal à déceler quels sont les articles importants au milieu de cette cacophonie postmoderne. Les opposants de gauche n’ont même pas besoin d’avoir recours à la « censure », car en agissant de cette manière l’extrême gauche rend les informations sérieuses inaccessibles.

Les bénévoles d’Indymedia encouragent les discussions sur leur site Web et créent un espace pour le débat à la fin de chaque article afin que chaque lecteur puisse réagir. De nombreux internautes le font. Cependant les discussions et les échanges ne sont pas menés de manière méthodique ou guidée, mais entièrement laissés au hasard. Étant donné que, dans les cercles post-modernes, tout le monde a le droit d’exprimer sa propre opinion et sa propre vérité, les critiques de fond sont rapidement assimilées à de la censure.

Il s’ensuit un fatras d’opinions contradictoires, sans qu’il en émerge une position révolutionnaire ou au moins une conclusion pratique. De toute façon, l’usage des pseudonymes rend une telle approche impossible.

La poubelle

Une grande partie des discussions sur Indymedia commencent lorsque quelqu’un fait passer un texte exprimant une opinion considérée comme de droite. Cela provoque, avec raison, l’opposition d’individus de gauche. Il en résulte un débat où les principes de la gauche ne sont jamais remis en discussion. Ce type de débats n’aide pas la gauche à progresser. En fait ce sont simplement des discussions sur des idées de droite.

En principe, une personne de gauche n’est pas censée justifier le racisme ou l’antisémitisme, ni même faire preuve de compréhension ou d’empathie à leur égard. Pourtant, au nom d’obscurs critères, le comité de rédaction d’Indymedia accepte ce type de contributions. Et s’il les rejette, elles ne disparaissent pas dans la poubelle de la censure. Ces articles restent visibles, et donc les saloperies de droite ne sont jamais vraiment éliminées d’un site Indymedia. Pourtant, il est difficile de considérer l’élimination de la propagande de droite sur un site Internet comme de la censure. Ce combat devrait constituer une partie importante de la lutte de la gauche radicale.

En raison de sa politique de « publication ouverte », Indymedia risque de devenir le reflet des opinions dominantes dans la société, opinions qui sont, comme nous le savons, de plus en plus à droite. Au point que lorsque des opinions de droite se trouvent sur des sites Web alternatifs, la « normalité » de ces opinions en sort renforcée. Et c’est exactement ce qui se passe avec l’antisémitisme qui se répand. À côté de critiques justifiées d’Israël, Indymedia abrite désormais plus d’une centaine de textes antisémites. Et seule une poignée d’entre eux se trouvent dans la poubelle. Le comité de rédaction considère évidemment que le reste est acceptable, ou au moins que ces textes ne sont pas antisémites. Les militants de gauche ne connaissent pas bien l’antisémitisme et peut-être est-ce la raison pour laquelle, parmi toutes les opinions de droite, l’antisémitisme a, le premier, franchi la porte d’Indymedia.

Eric Krebbers, 2002

****

Indymedia : une porte ouverte à l’antisémitisme

(Sur le site http://membres.multimania.fr/razor22/ on trouvera plusieurs textes décrivant la situation au sein d’Indymedia en France et en Belgique en 2002 et pourquoi plusieurs administrateurs finirent par démissionner. NPNF)

Le principe de fonctionnement d’Indymedia est l’open publishing : chaque internaute est en même temps le public et l’acteur du site Indymedia sur lequel il peut librement envoyer une contribution qui peut aussi bien être un texte, une photo, un dessin, une vidéo ou un enregistrement sonore. Ces contributions font de l’internaute un acteur des différentes luttes auxquels il participe, il n’est plus seulement le lecteur passif d’un journal électronique, il est lui-même un des « journalistes » qui contribue en temps réel à l’écrire. Il peut en plus ajouter des commentaires aux autres publications pour les préciser ou pour les contredire. Cette sorte de ligne d’information en continu a permis, lors des différents contre-sommets, d’avoir une bonne vision d’ensemble de ce qui se passait. Les publications peuvent aussi être des analyses, des réflexions, un point de vue individuel, de groupes antimondialistes, d’orgas, ou de toutes autres personnes qui acceptent les règles de la charte Indymedia. Il n’y a pas de censure immédiate, le texte apparaît sur la colonne de droite qui sert au publishing en même temps pour l’internaute et pour les responsables du site. Les responsables font alors le tri des contributions et suppriment de la colonne toute contribution qui est en opposition avec la charte qui refuse toute publication raciste, sexiste, appel au meurtre, appel à la guerre La page centrale est la partie éditoriale du site. Elle est entièrement construite par l’équipe interne d’Indymedia en utilisant une sélection des contributions des internautes.

Le problème c’est qu’au nom de la liberté de penser, d’écrire et de communiqué défendu par Indymedia, ces sites sont en train de devenir des porte-voix de l’antisémitisme. La raison principale est l’absence de rigueur des gestionnaires des sites qui répugnent à utiliser la censure. Les sites Indymedia (une soixantaine dans le monde) sont maintenant au service des « idées » qu’ils sont censés combattre. Ces sites anti-capitalistes, libertaires, égalitaristes, qui défendent les peuples contre les multinationales propagent une rhétorique révisionniste, antisémite.

Les opérations militaires lancées par l’armée israélienne ont fait sauter le dernier tabou contre l’antisémitisme. L’antisémitisme s’exprime de la manière suivante sur les sites Indymedia : « Sharon est un boucher, il commet des crimes pire que les nazis, les kamikazes utilisent la seule arme qu’ils ont, c’est-à-dire leur corps, vive la lutte contre le sionisme, Sharon est un nazi, sionisme = nazisme ! ! ! »

L’anticapitalisme (anarchiste/marxiste/libertaire), une bonne dose d’anti-américanisme comme vague fond idéologique, la légitime solidarité avec le peuple palestinien opprimé ont ouvert la porte à quelques malades antisémites qui répandent leur venin sur les sites Indymedia. Cette véritable propagande finira par influencer les internautes naïfs, la propagande ça marche !

Ludo Franck

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0