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Extrême gauche/Extrême droite. Inventaire de la confusion (5) La Casa Pound

vendredi 9 septembre 2011

Cet article de Mouvement communiste est extrait du n° 36/37 de la revue Ni patrie ni frontières "Inventaire de la confusion" et de la partie réservée aux militants de la confusion.

Présentation

Casa Pound Italia est un groupe fasciste (26) apparu officiellement en 2008. Son nom fait référence à la Casa Pound, un squat romain, dans le quartier de l’Esquilin (via Napoleone III), occupé par ledit groupe depuis décembre 2003, et dont le nom rend hommage au poète fasciste et économiste américain Ezra Pound (27).

Cette formation est issue de la coagulation depuis 1989, de divers groupes. Casa Pound Italia a fait partie du regroupement Fiamma Tricolore de 2006 à 2008. Son dirigeant le plus en vue est Gianluca Iannone (28) (né en 1973), musicien du groupe Zetazeroalfa.

« Casa Pound hurle :

L’homme a besoin d’être libéré.

Le marché tue l’âme.

La loi du profit balaye tout ce qui bloque sa route

Ouvriers, peuples, communautés,

Amour, joie, sacrifice et diversité. Détruits (29). »

Un peu d’histoire

Le groupe se rattache au courant Terza Posizione mais pas seulement, car beaucoup d’anciens de cette organisation, et non des moindres, sont dans « l’aire » de Casa Pound Italia, lui fournissant un cadre théorique soutenu. Créée en 1977, Terza Posizione succède à Lotta Studentesca fondée en 1976 (30). Lotta Studentesca était issue du MSI (31) ou d’Avanguardia Nazionale (32), par décantation successive à partir de 1968 et des luttes étudiantes, et principalement présente à Rome et dans le sud de l’Italie. Terza Posizione s’inspirait du fascisme italien mais aussi du péronisme argentin (33) , était nationaliste, avant-gardiste et comprenait son combat comme celui de toujours entre « le marchand et le guerrier » – ses militants étant, bien sûr, les « guerriers ».

Voici quelques exemples de leurs positions et slogans :

« Ni Front rouge, ni réaction, lutte pour la troisième position. » « Ni avec les USA, ni avec l’URSS. » « Le peuple doit conquérir l’autonomie, la liberté, l’indépendance. Nous devons refuser les schémas. Tous les schémas que le pouvoir nous impose […. Non, plus de droite, du centre, de gauche. Hors des sièges des partis. En désertant leurs initiatives. Ni bourgeois, ni prolétaires. Mais hommes. Hommes libres qui, en s’organisant et se battant dans les usines, les bureaux, sur les marchés, dans les villes, découvrent un sens nouveau depuis longtemps perdu. Le sens de l’unité, de la créativité qui fera et qui est déjà en train de faire de ces hommes libres un peuple.

Lorsque les représentants du pouvoir actuel auront été isolés et renversés, celui-ci se placera lui-même à la tête de son destin. Il donnera une autre qualité à la vie. Il créera une culture propre, pure, authentique. Il rendra la liberté à notre nation. »

Terza Posizione était violemment opposé au MSI qu’il ne considérait pas comme révolutionnaire depuis sa tentative d’attaque de la faculté des Lettres en mars 1968 (34) . D’ailleurs Adinolfi regrette, aujourd’hui, que les « gauchistes » n’aient pas fait alliance avec eux dans le mouvement étudiant (35) contre la réaction. Ils avaient d’ailleurs salué l’expulsion du stalinien Luciano Lama (secrétaire de la CGIL de 1970 à 1986, et sénateur du PCI), par le « mouvement », de l’université de la Sapienza à Rome le 17 février 1977.

Victime de la répression judiciaire, en septembre 1980, le groupe Terza Posizione disparaît. La plupart des militants émigrent en France pour éviter des poursuites judiciaires ou sont emprisonnés.

Implantation

Né à Rome, où il reste le groupe le plus important, Casa Pound est présent dans plusieurs villes d’Italie, parfois de façon sporadique (Turin, Milan, etc.) par des collages, mais aussi de façon ouverte ; la maison occupée devient alors leur siège local.

Casa Pound Italia est présente :

• à Brescia, Bologne, Bolzano, Cuneo, Novare, Vérone, dans le Nord,

• • Pistoia, Prato, Viterbe, La Spezia, Sienne, dans le Centre,

• • Bari, Palerme, Salerne, Frosinone (dans le Latium) Arezzo, Naples, Lecce, au Sud.

• Il est difficile d’estimer le nombre de militants (moins de 2 000) et de sympathisants (moins de 9 000). Ce qui est sûr c’est qu’elle dispose d’un noyau dirigeant extrêmement formé.

Elle possède une organisation étudiante : le Blocco Studentesco (dirigé par Francesco Polacchi) fondé en novembre 2006. Le premier numéro de la revue éponyme a paru en novembre 2007. Cette organisation a été scindée en deux en 2009, le Blocco Studentesco Scuola (pour les lycées) et le Blocco Studentesco Università pour les universités.

Le Blocco Studentesco a fait élire 120 représentants et recueilli 37 000 voix rien qu’à Rome.

Idéologie

Principe

Les pivots de son idéologie sont la lutte pour l’aide sociale, ainsi que contre l’usure et la vie chère.

Les militants de la Casa Pound proposent à la fois une analyse du monde pour hier, aujourd’hui et demain mais aussi une vérification pratique par l’action aujourd’hui. Ils prétendent ne pas vouloir faire de la politique « politicienne », mais répondre aux besoins concrets aujourd’hui, ces besoins allant de la culture aux besoins élémentaires, principalement le droit au logement dont ils ont fait leur cheval de bataille à travers les occupations de maisons.

Ils veulent également gagner une légitimité visible (alors que la droite en Italie se recompose) et se montrent pragmatiques : cette attitude leur permettant de se présenter aux élections municipales au sein d’autres listes de droite et d’avoir des conseillers élus dans quelques villes (à Prato et Sant’Oreste).

L’emblème de Casa Pound Italia est la tortue (aux bordures tricolores rouge, blanc, vert), symbole de patience.

Casa Pound nie vouloir se constituer en parti, et ses membres ne se considèrent pas d’extrême droite : « Pour nous, les étiquettes “de droite” ou “de gauche” sont dépassées et doivent être reléguées à l’Histoire. Les défis et les problèmes que présente le troisième millénaire ne sont ni de droite ni de gauche, pas plus que leurs solutions. »

La nation

Au-delà de discours ou de pratiques « modernes », Casa Pound Italia est avant tout un groupe nationaliste, la nation étant conçue comme une « communauté de destin » : « L’idée de la reconquête nationale présuppose la complète récupération de la souveraineté de la part de la communauté nationale, représentée par un État qui se doit d’être éthique et organique, et doit être l’expression et la référence spirituelle de la communauté elle-même ».

La famille

Elle est la base de la nation. Tout en s’appuyant sur une culture « jeune », Casa Pound Italia veut que la famille retrouve sa vitalité comme unité de base de la nation, d’où son action en faveur d’un revenu versé aux mères élevant leurs enfants, à travers sa campagne « Tempo di essere madri » pour les femmes travailleuses. Sans être machistes, et tout en cultivant le culte du guerrier, si les militantes de Casa Pound Italia participent aux affrontements, une fois qu’elles sont devenues mères elles doivent réduire leurs activités.

L’individu, la communauté

« Un lâche meurt chaque jour, un héros meurt une seule fois. »

Un de leurs piliers idéologiques reste le culte du combat, de la confrontation physique et de la discipline du corps qui, en même temps qu’une approche et un anti-conformisme rebelles, attire de plus jeunes militants. Plusieurs activités de Casa Pound Italia se concentrent sur la création d’un univers culturel et moral partagé, dans lequel les militants peuvent investir la totalité de leurs vies. L’association s’oppose donc aux séparations qui fragmentent la vie présente des êtres humains.

Le sens de la création d’une communauté est absolument central. Cette communauté s’identifie dans une identité commune, fondée sur un style de vie partagé, sur un modèle moral, dans une culture nationale. En ce sens, Casa Pound Italia essaye activement d’inventer des réponses communautaires pratiques aux besoins, matériels et moraux, qui ne trouvent pas de réponses ailleurs, comme les besoins de logement, de vie sociale, de sécurité et d’identité collective.

Le fascisme historique

Les militants de Casa Pound Italia se proclament « fascistes du troisième millénaire », ce qui leur permet de se revendiquer du fascisme tout en s’affirmant modernes, donc de prendre ce qu’ils souhaitent dans le fascisme. Casa Pound Italia reprend principalement le programme social du fascisme (« La Charte du travail ») appliqué lors de la république de Salo (1943-1945), tout en faisant référence à la grandeur, à la lutte, et aux réalisations du fascisme.

« Notre culture est celle de l’action. D’Annunzio et les Arditi de Fiume comme Mario Carli ou Guido Keller, Marinetti et les futuristes, Mussolini et ses intuitions et sa grande humanité, sa politique au service de la nation, Pound et sa poésie sublime et sa compréhension de l’économie ainsi que sa dramatique incarcération… voici quelques-unes de nos références. Ce que nous avons fait et continuons à faire, c’est étudier en profondeur ces illustres prédécesseurs, ces hommes uniques qui ont eu avant tous une vision lucide de ce que devrait être un monde plus juste. »

L’Etat

Casa Pound Italia critique l’Etat actuel comme un mauvais Etat corrompu et elle aspire à un vrai Etat, celui de la communauté. Naturellement anti-mondialiste, l’association veut que chaque nation jouisse d’un Etat.

L’immigration

Casa Pound considère que la mondialisation contraint les pauvres à fuir vers un « supposé Eldorado européen ». Cristiano Coccanari (36) expliquait : « Il en résulte une guerre dramatique entre pauvres ; celle-ci crée chez les Italiens un chômage qui augmente à cause du profit réalisé sans discrimi-nation sur le dos des “nouveaux esclaves” ». Il concluait : « Nous réclamons aussi le blocage des flux migratoires qui ont désormais dépassé le seuil de tolérance. »

En 2009, au moment de l’intervention israélienne à Gaza, Casa Pound avançait le slogan « Ni avec le sionisme dominateur, ni avec l’obscurantisme religieux. »

Lors des événements de Rosarno (en Calabre), en janvier 2010, les ouvriers agricoles immigrés des orangeraies se révoltèrent contre leurs conditions et le racisme dont ils étaient victimes après la mort de deux d’entre eux, et ils s’affrontèrent ensuite à la police et une partie de la population. Casa Pound Italia y dépêcha des militants qui distribuèrent des tracts appelant « à la défense des habitants au nom de l’italianité » tout en « dénonçant les patrons exploiteurs » Vis-à-vis des immigrés, tout en les rendant pas responsables de leur présence en Italie, Casa Pound Italia ne se propose pas de les intégrer dans la « communauté nationale » ni bien sûr de les organiser.

La lutte des classes

Dans la lignée du fascisme social et du corporatisme, l’association nie la lutte de classes, elle n’y fait jamais référence. Plus exactement, Casa Pound Italia défend les droits des ouvriers (au sein de la communauté nationale) et d’abord les droits des Italiens. Elle ne se préoccupe pas d’intervenir dans les usines, mais elle apporte son soutien aux luttes défensives des ouvriers comme, par exemple, les travailleurs d’Alitalia, en 2008. A cette occasion, elle a, dans toute l’Italie, rempli des fontaines de bouteilles contenant le message « SOS Naufrage ».

Casa Pound Italia a aussi organisé, en 2010, une action qui visait des centaines de concessionnaires Fiat afin de dénoncer le traitement déplorable que la société impose à ses employés.

Comme beaucoup de groupes fascistes, Casa Pound Italia s’intéresse à l’ouvrier en tant qu’individu, aux ouvriers lorsqu’ils souffrent et résistent de façon défensive, jamais quand ils luttent en tant que collectivité. Cela dit, Casa Pound Italia ne s’est jamais opposé à des grèves.

Internationalisme

Nationaliste, Casa Pound Italia veut que tout peuple se constitue en nation en s’appuyant sur l’Etat. Elle reprend au tiers-mondisme la notion de défense des peuples opprimés (principalement le peuple palestinien mais aussi le peuple karen, etc.) et certaines figures héroïques de combattants comme Che Guevara. Casa Pound Italia reprend ainsi à une partie de l’extrême gauche le thème du combattant « anti-impérialiste ».

Pratique

Axes

Casa Pound Italia organise son activité sur quatre plans :

• la politique, • • la culture, • • la solidarité, • • le sport. •

La politique

Comme dans d’autres domaines, Casa Pound Italia tire parti (ou essaye de profiter) du moindre événement pour peu qu’elle puisse y imposer ses mots d’ordre et ses actions de prédilection. Elle organise également des campagnes de fond permanentes comme celle du droit au logement, de la lutte contre la vie chère et sur l’immigration.

Ainsi l’association a pendu de nombreux mannequins dans les rues de Rome afin de dénoncer le coût exorbitant de la vie et des loyers, le pouvoir des banques et de la mafia de l’industrie immobilière. Casa Pound Italia a interrompu une émission de télévision qui mentait (selon elle) à propos des évènements de la Piazza Navona (cf. plus loin). Elle a aussi « assassiné » des mannequins représentant le Père Noël devant des banques.

Elle adopte une attitude pragmatique et ambiguë notamment vis-à-vis des élections locales et des liens avec les partis de droite. En effet, derrière le rejet de la corruption et de l’inefficacité de l’Etat, Casa Pound Italia ne répugne pas à passer des accords locaux avec des partis de droite pour se présenter aux élections. Elle prétend ainsi pouvoir influer sur les problèmes concrets de la population non seulement grâce à ses organismes de base, mais aussi grâce aux moyens légaux. Tout en s’affirmant différente, opposée au système, l’association cherche aussi à s’attirer la bienveillance de la base des partis de droite.

C’est au sein de la jeunesse scolarisée que Casa Pound Italia, via son organisation Blocco Studentesco, est très active. Elle a participé au mouvement de grève contre la réforme Gelmini (37) en octobre 2008.

Lors des manifestations étudiantes contre la réforme, sur la Piazza Navona à Rome, le Blocco Studentesco participa à la manifestation derrière une banderole « Ni rouge, ni noir, seulement la pensée libre » et tenta de prendre la tête du cortège, ce qui provoqua des affrontements avec les étudiants de gauche. À l’époque, Casa Pound Italia et le Blocco Studentesco se présentèrent dans les médias comme des défenseurs de la liberté d’expression et comme des victimes.

La culture

C’est certainement sur ce terrain que Casa Pound Italia a rencontré ses plus grands succès. Iannone, son dirigeant, est aussi le fondateur et le chanteur du groupe musical Zetazeroalfa, depuis 1997. Partisan de la théorie du « squadrisme médiatique », c’est-à-dire des actions spectaculaires et éclair visant à diffuser les idées forces du mouvement et à impressionner ses ennemis politiques, il a ainsi développé le courant du « turbodynamisme (38) ». L’association reprend à son compte dans ses publications et ses affiches l’esthétique produite par les futuristes italiens des années 1920, alors vitrine esthétique du fascisme. Place donc aux lignes droites, aux angles, au mouvement évocateur de l’action, de l’énergie et de l’audace, mais aussi à tout ce qui peut se référer à l’héroïsme, présenté comme vertu suprême d’un art de vivre quotidien.

Ces affiches sont désormais monnaie courante dans certains quartiers de Rome et admises par la population. Le terme « fasciste » y est normalisé grâce à l’effort de propagande de Casa Pound Italia. Désireuse d’incarner une solution culturelle alternative au conformisme de la gauche et de la droite bourgeoises, l’association offre à plusieurs artistes des espaces d’exposition ainsi qu’une revue artistique.

Dans sa ligne « d’ouverture non conformiste », elle organise des réunions-débats avec des historiens et des hommes politiques qui n’appartiennent pas forcément à la mouvance fasciste (39).

Pour ce qui concerne son activité médiatique, l’association utilise plusieurs outils :

• une radio libre, Bandiera nera,

• • une chaîne de TV, Tortuga TV,

• • une librairie à Rome, La testa di ferro via San Martino ai Monti (40) ,

• • un pub Cutty Sark toujours à Rome et un salon de tatouages.

• • et un fanzine, Disturbo 451.

• La solidarité

Dans ce domaine également, Casa Pound Italia réussit à offrir à ses militants et sympathisants des actions ayant un effet immédiat. L’organisation se déploie sur deux terrains : l’action caritative et l’aide sociale. L’action caritative

Lors du tremblement de terre de l’Aquila (en avril 2009), Casa Pound Italia monta une intervention rapide pour aider les sinistrés, en intervenant plus rapidement que les secours officiels.

Elle prétend aussi vouloir aider les pays africains à développer leur propre capacité à se développer.

L’aide sociale

Soucieuse de pallier les déficiences de l’Etat, Casa Pound Italia a créé des noyaux régionaux (au Latium et en Campanie) d’organismes de protection civile chargés d’aider les Italiens les plus démunis.

Elle lutte pour obtenir la préférence nationale dans le logement avec sa structure Mutuo Sociale.

L’association a lancé une campagne Tempo di essere madri (41) en soutien aux femmes (et mères) travailleuses débordées entre le travail salarié et le travail domestique (« Pour être mères, pour être travailleuses, pour être nous »). Elle fait campagne pour l’adoption d’une loi, via un référendum, autorisant les femmes à travailler à mi-temps, en étant payées à plein temps. Le sport

En organisant des activités sportives Casa Pound Italia poursuit plusieurs buts :

• faire en sorte que toutes les activités de ses militants restent au sein de l’association,

• • attirer des sympathisants par le biais d’activités non directement politiques à des prix raisonnables,

• • lutter contre « les drogues et les modèles culturels médiocres »,

• • et fortifier les militants par la pratique d’efforts physiques.

• Ainsi Casa Pound Italia a créé au plan local :

• à Lecce, un club de football,

• • à Bolzano, un club de hockey,

• • à Rome, une école et une équipe de rugby (nées lors de l’occupation de la Casa d’Italia Colleverde). ainsi qu’une équipe de water polo (42) .

• Et au plan national :

• un club de boxe,

• • un club de parachutisme : Instinto Rapace,

• • un club de plongée sous-marine : Diavoli di mare,

• • un club de moto : Scudere 7punto1,

• • un club d’alpinisme et de spéléologie : La Muvra.

Conclusion ?

Casa Pound Italia ressemble beaucoup à d’autres groupes fascistes de par le monde qui se réfèrent au « programme social du fascisme ». Sa force et son originalité reposent sur sa capacité à être visible et utiliser les médias ; sa prise en compte de l’aspect culturel dans la musique et l’art, ce qui lui permet de se créer ainsi un milieu de sympathisants larges ; mais surtout, sur le fait qu’elle a repris au mouvement ouvrier autonome de 1968-1980, des buts et des moyens d’action comme les occupations de maisons.

Les axes de son intervention (droit au logement, lutte contre la vie chère, etc.) sont concrets et peuvent rencontrer l’assentiment d’une partie de la population ouvrière, principalement à Rome.

Si Casa Pound Italia remporte des succès dans l’occupation de l’espace public, elle n’obtient pas, heureusement, les mêmes résultats dans les usines. Cela tient à la faiblesse de sa critique du capitalisme (limitée à la critique de l’usure) et à sa négation de la lutte des classes, négation héritée du fascisme mussolinien.

Sa force en tant qu’organisation, Casa Pound Italia la tient de ses origines et de l’existence de cadres ayant reçu une formation politique complète qu’ils viennent d’organisations du passé (comme ceux de Terza Posizione) ou qu’ils aient été politisés plus récemment (comme Iannone) et soient capables d’intégrer habilement certaines pratiques de l’ancienne extrême gauche.

Le fait que Casa Pound Italia se conçoive comme une organisation « complète », grâce aux activités qu’elle propose à ses militants et sympathisants (culture, sport, solidarité) lui permet de leur offrir un milieu où les objectifs ont une vérification immédiate sans pour autant oublier le « programme maximum ».

Néanmoins, la quantité d’activités proposées risque d’user certains membres, même si, pour l’instant, on ne constate aucune trace de scissions ou d’abandons massifs. Hormis sur le terrain des luttes autonomes de la classe ouvrière, Casa Pound Italia a donc, malheureuse-ment, un bel avenir devant elle, même si les affrontements, avec les antifascistes, lors des manifestations de 2008 montrent que l’association ne dupe pas tout le monde.

Son pragmatisme électoral, dans le cadre de la recomposition de la droite, l’amènera peut-être à s’intégrer davantage au jeu politique classique, et à montrer qu’elle n’aura servi qu’à drainer l’énergie militante des jeunes vers les partis et les politiciens traditionnels. Mais rien n’est moins sûr.

Mouvement communiste

Notes

25. Le nom officiel est CasaPound Italia, Associazone Culturale e di Promozione Sociale, donc officiellement ce n’est pas un parti politique. Leur site est http://casapounditalia.org/

26. Eux se qualifient de « droite non conforme ».

27. (1885 1972) Né aux Etats-Unis, mort à Venise.

28. A commencé à militer, en 1987, dans l’organisation de jeunesse du Movimento Sociale Italiano.

29. Leur site est http://casapounditalia.org/

30. Dont les principaux dirigeants étaient Adinolfi (1954-) rentré en Italie en 2000, Dimitri (1956-2006), Fiore et Spedicato (1947-1992).

31. Le MSI fut fondé en 1946 par des fascistes. Son symbole était la flamme tricolore, symbole des Arditi (soldats sélectionnés pour leur courage et qui participaient à de petites unités d’assaut pendant la Première Guerre mondiale. Après 1918, la majorité des Arditi rejoignirent les fascistes, une minorité formant les Arditi del popolo, plus « à gauche »). La majorité du MSI est entrée dans Alleanza nazionale en 1996 ; la minorité a créé le Movimento Sociale Fiamma Tricolore

32. Alleanza nazionale fut créée en 1960 et dissoute en 1976. Cette organisation nationaliste-révolutionnaire se réclamait du fascisme, prônait la nécessité d’un coup d’Etat en Italie, et soutenait les régimes militaires d’Amérique latine (Chili, Bolivie, Argentine) avec laquelle son dirigeant, Stefane Delle Chiaie, entretint des liens étroits.

33. Et principalement des Montoneros, fraction de gauche du péronisme, réengagée à partir de 1975 dans la lutte armée.

34. Lors des luttes étudiantes (qui vont durer de novembre 1967 à novembre 1968 et embrasser successivement presque toutes les universités d’Italie), se déroule en mars 1968, à Rome, l’occupation de la faculté de droit à laquelle les fascistes (non-membres du MSI) participent à côté des « gauchistes ». Pour reprendre l’initiative, le MSI romain emmené par les députés Almirante, Cradonna et Turchi attaque les étudiants qui font front et les repoussent. Selon Terza Posizione, c’est cette tentative avortée du MSI qui va exclure du mouvement étudiant les fascistes hostiles au MSI.

35. Voir le livre de Gabriele Adinolfi Nos belles années de plomb (Editions de l’Aencre, 2004).

36. Directeur de Radio Nera.

37. Du nom de la ministre de l’Education, membre de Forza Italia, Mariastella Gelmini. Cette réforme, devenue loi 169/2008 le 1er octobre 2008, consistait entre autres à : remplacer, dans le primaire, les 3 maîtres pour 2 classes par un maître unique et supprimer ainsi 85 000 postes d’instituteurs vacataires ; augmenter la durée hebdomadaire d’enseignement de 24 à 30 heures minimum, etc. Elle fut suivie par la loi 180/2008, le 1er novembre 2008, qui concernait, cette fois-ci, l’Université. Elle consistait, entre autres, à diviser les universités en deux catégories ; les « mauvaises » n’ayant plus droit au renouvellement des enseignants, des chercheurs ou des personnels administratifs.

38. Une des premières performances de cette école artistique « alternative et non conformiste » consista à projeter, sur les murs de Rome, d’immenses portraits de l’écrivain fasciste français Robert Brasillach (1909-1945) grâce à des rétroprojecteurs.

39. Ainsi le 6 février 2009, 500 personnes sont venus assister, à la Casa Pound de Rome, à une conférence de Valerio Morucci, à l’occasion de la sortie de son livre Patrie galere. Cronache dall’oltrelegge (Patries Prisons. Chroniques d’outre-loi). Morucci, ancien militant et dirigeant romain de Potere Operaio, passé aux Brigades rouges et responsable de l’enlèvement d’Aldo Moro, s’était vu interdire l’accès de l’Université (où il devait tenir sa présentation) par les staliniens (les ex du PCI) du Parti Démocrate ; fort intelligemment Casa Pound Italia lui proposa un « espace de liberté » et Morucci crut malin d’accepter leur proposition tout en dénonçant Casa Pound Italia comme des « ennemis ».

40. La librairie propose les œuvres des écrivains réactionnaires, ceux de la révolution conservatrice allemande, mais aussi Codreanu, Nietzsche, Mishima, Drieu la Rochelle, etc. On y trouve également les « œuvres » politiques des nazis et des fascistes comme Hitler et bien sûr Mussolini.

41. Voir leur site spécifique : http://www.tempodiesseremadri.org/

42. Cette équipe joue en Ligue B du championnat italien.

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