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La burqa, Sarkozy et la confusion de la gauche

jeudi 16 septembre 2010

Pour lutter contre un gouvernement réactionnaire, mieux vaut analyser correctement sa politique !

(Cet article est une version légèrement modifiée d’un texte paru dans Solidarity, le journal bimensuel de l’Alliance for Workers Liberty de Grande-Bretagne)

Tout a été dit mais…. Tout a été dit au sujet de cette loi dont le lancement a été, de facto, préparé par un député du Parti néostalinien (1) – , André Gérin, qui a présidé une commission parlementaire multipartite pendant plusieurs mois sur le sujet. Cette loi doit être discutée en septembre 2010 et toutes sortes d’explications ont été invoquées : Sarkozy est en chute libre dans les sondages ; il veut séduire les électeurs du Front national ; l’économie française connaît de graves problèmes et l’UMP est à la recherche d’une diversion ; le gouvernement veut justifier une intervention militaire française en Afghanistan ; les salafistes (2) tentent de s’infiltrer dans les quartiers populaires peuplés par une majorité d’étrangers ou de Français « musulmans » originaires de l’Afrique du Nord ou de l’Afrique subsaharienne ; cette nouvelle loi est la suite du débat vicieux sur l’identité nationale lancée par l’UMP ; parmi les 2000 ( !?) femmes qui sont censées porter la burqa en France, on compte de nombreuses jeunes Franco-Gauloises, nouvellement converties, qui se comportent comme les membres d’une secte et ne représentent pas la majorité des femmes « musulmanes » vivant en France, etc. Sans doute toutes ces explications rendent-elles compte d’une partie de la réalité, mais aucune d’elles n’explique le désarroi de la gauche et de l’extrême gauche face à cette nouvelle loi, présentée par le gouvernement français comme une loi « féministe » (!).

Abstention et critiques du projet de loi

Si l’on considère l’attitude prise par les deux principaux partis de la gauche réformiste, nous ne pouvons que constater une certaine division dans leurs rangs. En principe, les députés « communistes » s’abstiendront mais André Gérin votera pour cette loi. Le Parti socialiste voulait présenter un autre texte pour unir tous les partis « républicains » contre les dérives sectaires religieuses, mais il va finalement s’abstenir, même si plusieurs députés « socialistes » ont déjà annoncé qu’ils voteront peut-être la loi.

En ce qui concerne les trois principaux groupes d’extrême gauche, Lutte ouvrière, après avoir pris une position peu critique à l’égard de la loi, semble avoir changé sa ligne et désormais dénoncer clairement la manœuvre du gouvernement tout en soutenant la « lutte » médiatique du groupuscule satellite du PS qu’est Ni putes ni soumises.

Le NPA a publié deux communiqués de presse pour dénoncer la loi, mais ne s’est pas engagé dans une campagne nationale contre « l’islamophobie », à la grande déception de la fraction de ses militants influencés par l’idéologie postmoderne des Indigènes de la République et opportuniste du SWP britannique, qui considèrent que l’islam serait la « religion des pauvres », comme si le protestantisme, le bouddhisme ou le catholicisme n’étaient populaires que chez les milliardaires....

Quant au POI (le Parti ouvrier indépendant, héritier de l’OCI-PT, animé par les trotskystes dits « lambertistes »), il a pris position contre la loi, en soulignant, comme tous les adversaires de ce texte, qu’elle va obliger les femmes voulant porter la burqa à rester cloîtrées à la maison, mais la dénonciation de la future loi ne semble pas occuper une place centrale dans sa presse, car ses militants consacrent leur énergie à attaquer la politique du gouvernement sur les retraites et les fermetures d’entreprises.

Sarkozy profite de la division

Le fait que la gauche et l’extrême gauche soient incapables de prendre une position active et unie contre la loi anti-burqa souligne au moins le talent tactique de l’ex-maire de Neuilly qui prépare sa (très probable) prochaine campagne présidentielle. Durant les trois dernières années, il a su utiliser les divisions de la gauche, ses ambiguïtés envers le nationalisme français et le racisme institutionnel qui règne en France, sa réticence à défendre une position critique à l’égard de toutes les religions (y compris l’islam), son militantisme déclinant (pour ne pas dire inexistant) dans les quartiers populaires .

Des réponses abstraites

La gauche a seulement été capable de hisser l’étendard de la lutte contre le racisme, lutte plutôt abstraite, qui ne la différencie pas vraiment des partis majoritaires à droite et au centre, même si certains membres de l’élite politique expriment régulièrement une certaine forme de racisme, inconscient ou cyniquement électoraliste, envers les Africains du Nord, les Africains, les Roms, etc. Dénoncer le racisme de la droite uniquement à partir de petites phrases ne sert à rien. Il vaudrait beaucoup mieux s’attaquer de façon frontale aux discriminations sociales qui gangrènent la société française, à commencer par la représentation municipale et parlementaire des partis de gauche…du moins pour ceux qui feignent de croire à l’utilité des élections.

Quant à l’extrême gauche elle a évoqué d’une manière très générale le féminisme et les droits des femmes, mais sa présence dans les quartiers populaires est trop faible et trop discrète pour faire la différence. Lorsque certains républicains de gauche, féministes, gaullistes, militants d’extrême droite et postfascistes ont essayé d’organiser ensemble, le 18 juin 2010, un « apéro saucisson-pinard », dirigé contre les musulmans qui, faute de place, prient le vendredi, durant quelques minutes, dans une rue du 18e arrondissement de Paris, tous les partis de gauche et d’extrême gauche se sont rencontré et ont confectionné une toute petite affiche antiraciste, faute d’avoir pu se mettre d’accord sur le texte d’un tract commun.

Comme on pouvait s’y attendre avec une coalition aussi large (elle comprenait aussi un prêtre et un pasteur du quartier, des membres d’associations locales et des libertaires), il n’a été possible que de dénoncer « le racisme » et le « fascisme » d’une façon désincarnée, sans être en mesure de mobiliser les habitants, premiers concernés par cette manifestation xénophobe – qui a finalement été interdite à la Goutte d’or mais a tranquillement eu lieu sur les Champs-Elysées sans être dérangée par la moindre contre-manifestation !

Pour en revenir au titre du présent article, le problème posé par la loi sur la burqa est lié à au moins trois difficultés pour la gauche et l’extrême gauche, liées à la vacuité de leurs discours automatiques contre le pouvoir actuel.

Sarkozy = Pétain, ou le degré zéro de la réflexion politique

Première difficulté pour ces partis et ces groupes, l’incapacité de comprendre la tactique et la stratégie de Sarkozy (d’ailleurs, le président français a bien du mal à expliquer, lui-même, la cohérence de sa propre politique tant il tient des discours différents voire opposés !). L’extrême gauche présente souvent Sarkozy comme un « néo-libéral » qui veut privatiser tous les services publics, et même comme une copie du Front national, ou un digne héritier du maréchal Pétain. Il est bien évident que Sarkozy est un ennemi de la classe ouvrière, et qu’il va réduire – pour le moment – une bonne partie des services « offerts » par l’Etat-providence.

Mais sa force réside aussi dans sa capacité à jouer sur la tradition gaulliste-étatiste (unanimement partagée par la gauche réformiste, voire par les trotskystes qui croient encore que les nationalisations sont un progrès, une étape vers le socialisme) et essayer de faire croire aux électeurs que l’Etat français va sauver l’industrie, sauver l’euro, et empêcher la crise mondiale de toucher la France – un peu comme le nuage de Tchernobyl était censé contourner le territoire français et aller polluer directement l’Italie !

En se concentrant uniquement sur la dénonciation de son « libéralisme » ou de son « néolibéralisme » (concepts qui permettent à ATTAC and Co de plaider pour un capitalisme plus moral et plus équitable) la gauche prend un parti facile : dissimuler ce qu’elle partage en fait avec la droite gaulliste-étatiste, ses références à la Résistance bourgeoise, son nationalisme républicain, etc. De plus elle rend incompréhensibles les interventions de l’Etat dans l’économie, que ce soit pour venir au secours des banques et de l’industrie automobile ou sauver telle ou telle entreprise.

Confusion entre racisme institutionnel et islamophobie, en grande partie imaginaire

En ce qui concerne l’islam, la gauche et l’extrême gauche ont la même difficulté et la même incapacité à expliquer et comprendre la politique de l’UMP comme en témoigne leur dénonciation de l’« islamophobie » imaginaire de Sarkozy. C’est un non-sens d’appeler « islamophobe » un homme qui a forcé les grandes tendances de l’islam français à s’unir dans une organisation commune (le Conseil Français du Culte Musulman) afin d’organiser la coopération entre le ministre de l’Intérieur et les principales associations musulmanes, mesure qui ne peut que les rendre plus efficaces et plus puissantes…si elles savent s’unir entre elles ; qui a décidé que l’Etat français va financer la formation laïque de 50 imams chaque année à l’Institut Catholique de Paris ; qui a emmené avec lui en Irak les dirigeants des principales associations musulmanes françaises, afin que celles-ci puissent envoyer un message religieux aux ravisseurs de Florence Aubenas quand celle-ci était retenue en otage.

Avec la même cécité, la gauche et d’extrême gauche ont dénoncé André Gérin comme un « islamophobe » alors que ce néostalinien (élu comme député en 1985 et membre du Comité central du Parti « communiste » jusqu’en 2000) a coopéré pendant des années dans sa circonscription (Vénissieux, une banlieue de Lyon) avec toutes les associations musulmanes afin de gérer la paix sociale, qu’il a soutenu le retour en France de plusieurs Français musulmans détenus à Guantanamo (geste, comme chacun sait, typique de l’« islamophobe » moyen !), qui a invité Tariq Ramadan à la Commission parlementaire sur la loi antiburqa, et qui se réfère à toutes sortes d’autorités religieuses musulmanes pour prouver que la burqa est ... anti-islamique.

Des bonnes et mauvaises raisons de ne pas aimer toutes les religions, donc aussi l’islam

Troisième problème, plus délicat : la gauche et l’extrême gauche ne veulent pas se demander pourquoi une bonne partie des travailleurs franco-gaulois sont hostiles à la burqa et n’apprécient pas non plus la visibilité de plus en plus fréquente du hidjab dans les rues. Nous avions déjà écrit au moment de la discussion sur le voile, que le véritable sujet du débat n’était pas les quelques centaines de jeunes filles sur plusieurs millions d’élèves qui voulaient porter le voile en classe, mais la diffusion de plus en plus grande du hijab dans l’espace public.

À l’époque, la droite n’osait pas poser ouvertement la question d’interdire le port du hijab en dehors des écoles ou des administrations ; elle a désormais commencé à avancer sur ce terrain, de façon détournée, en s’attaquant au port de la burqa, sans pour autant rejoindre les républicains de gauche xénophobes de Riposte laïque et leurs alliés d’extrême droite qui voudraient interdire le port du hijab dans la rue, mais la voie est tracée vers d’éventuelles nouvelles mesures restrictives des libertés pour les musulmans – et donc pour tous les « citoyens » de ce grand pays « démocratique » qu’est la France.

Si la visibilité croissante du hijab gêne ou met en colère les travailleurs et les travailleuses franco-gaulois, ce n’est certainement pas parce qu’ils seraient plus féministes, par exemple, que les travailleurs britanniques ou allemands. Mais c’est probablement lié au fait que la République bourgeoise française s’est construite au cours d’un long conflit avec l’Église catholique. La religion est un sujet explosif : beaucoup de gens savent que lorsqu’on donne la main à un curé, il ne vous la lâche plus ; que l’Eglise catholique fait profil bas mais s’est toujours livré à un intense lobbying politique, y compris sur des questions comme l’avortement ou la contraception. En clair, beaucoup de travailleurs savent que les religieux veulent contrôler non seulement leurs ouailles mais toute la société. De plus, le développement visible d’une religion non « occidentale » au cœur de la France ne pouvait manquer de provoquer des réactions xénophobes ou au moins la méfiance et l’incompréhension.

L’absence de structuration de l’islam en France (absence liée à la fois à l’absence d’un clergé clairement identifiable et disposant d’une hiérarchie centralisé, et aux rivalités entre les Etats dits musulmans qui veulent contrôler politiquement leurs ressortissants et leurs lieux de culte) ; le fait que les immigrés musulmans aient longtemps hésité entre une migration temporaire et l’installation définitive en France avec leur famille ; le racisme structurel de ce que l’on ose appeler la société « d’accueil » française, tout cela et bien d’autres facteurs ont empêché que les musulmans puissent poser publiquement le débat sur la place de leur religion en France.

Un rejet diffus et sournois a donc pu s’installer, d’autant que le discours officiel était toujours celui de la France, « pays des droits de l’homme », même quand on torturait les Algériens dans les commissariats, qu’on les jetait à la Seine par dizaines ou qu’on les laissait croupir dans des bidonvilles, des foyers misérables ou des immeubles en ruine.

Aujourd’hui ce rejet n’est plus accepté par les enfants et les petits enfants des travailleurs du Maghreb qui ont immigré après la Seconde Guerre mondiale. Tous ceux qui ont pu faire des études supérieures, ou simplement grimpé un peu dans l’échelle sociale, n’acceptent plus d’être discriminés. Cela se traduit par un engagement politique plus fort, à droite comme à gauche, pour les carriéristes, et par la diffusion de l’idéologie identitaire post-moderne, dont les Indigènes de la République ou le CRAN sont des incarnations, mais qu’on retrouve dans tous les médias communautaires (radio comme Internet).

Dans ce rejet diffus d’une partie des Français contre les travailleurs issus du Maghreb et leurs descendants, qu’ils soient musulmans ou pas, la marge entre le nationalisme, la xénophobie et le racisme est assez mince, mais il ne faut pas pour autant se précipiter et mélanger aujourd’hui toutes les réactions négatives contre le hijab ou la burqa et les englober sous l’étiquette confuse et manipulatrice de « l’islamophobie » Il faut essayer de les différencier, même si nous devons toutes les condamner comme l’expression de divisions nuisibles parmi les exploités et qui ne profitent qu’à la classe dominante.

Car en même temps nous ne devons surtout pas renoncer à la liberté de critiquer, y compris violemment, toutes les religions (dont l’islam) et d’exprimer notre athéisme et notre matérialisme. Au nom d’un prétendu « respect » des croyances, des coutumes, des traditions ou de la liberté de choix vestimentaire on voit aujourd’hui des militants de gauche et d’extrême souhaiter un « bon Ramadan » à des musulmans, alors que cela ne leur viendrait pas à l’idée de souhaiter de « bonnes Pâques » à des travailleurs catholiques ou une « bonne Soukot » à des travailleurs juifs.

L’argumentaire de la gauche et de l’extrême gauche à propos de l’islamophobie n’est qu’une version light de celui de l’Organisation de la Conférence islamique (qui rassemble les Etats qui se disent musulmans) et de son lobby à l’ONU (3).

Les travailleurs français, même quand ils expriment des commentaires négatifs sur les « signes religieux ostensibles » que portent certaines musulmanes sont en même temps souvent prêts à exprimer leur solidarité concrète envers un « musulman » ou une "musulmane" quand il est arrêté ou menacé d’être expulsé de France, du moins s’ils le connaissent, s’ils travaillent dans la même entreprise, vivent dans le même quartier, si leurs enfants étudient dans la même école, etc. Il ne faut donc pas traiter systématiquement de racistes tous ceux qui n’aiment pas l’islam en tant que religion, et qui veulent que les religions contrôlent le moins possible sur les individus, croyants, incroyants, ou athées.

Limites du multiculturalisme

En France, la droite et la gauche prennent une orientation politique de plus en plus « multiculturaliste », qui devrait logiquement conduire à une modification de la loi de 1905 réglementant les relations entre l’État et les « cultes », à savoir les religions. Ce changement juridique aurait certainement des effets négatifs et donnerait plus de pouvoir aux autorités religieuses sur leurs fidèles et plus de pouvoir aussi dans la société. Mais même s’il existe beaucoup de débats sur une forme « ouverte » de laïcité, aucun parti politique important n’est prêt à appeler à un référendum qui obligerait à s’interroger sur la place des religions dans la France d’aujourd’hui ou à sérieusement lancer un débat national à ce sujet.

C’est pourquoi ce débat est à la fois permanent (tantôt dans les cercles fermés des élites politiques ou intellectuelles, tantôt dans les médias) et jamais terminé. Evidemment, ce débat est manipulé par tous les partis politiques, mais il touche à des questions auxquelles l’extrême gauche (ou la gauche) n’a pas de réponses solides et convaincantes. L’appel à la « solidarité des travailleurs » ou à l’« égalité des droits entre les hommes et les femmes, les nationaux et les étrangers », lorsque le chômage augmente de façon spectaculaire, lorsque de nouveaux partis populistes et postfascistes se mettent à défendre la laïcité, le féminisme, les homosexuels et les conquêtes des Lumières [comme par exemple le font Geert Wilders et son PVV, Parti des liberté (4)], ne suffit pas.

Il faut proposer une autre perspective générale, une vision du monde alternative à la lutte de tous contre tous et au culte de l’individualisme qui est au cœur du capitalisme moderne. Cette vision révolutionnaire nouvelle est tragiquement absente aujourd’hui, et, en son absence, l’extrême gauche ne sait que défendre les acquis de l’Etat providence ainsi que la démocratie et la République bourgeoises, comme on l’a encore vu avec son soutien à l’appel calamiteux « Non au pilori » pour la manifestation du 4 septembre 2010 contre la « xénophobie d’Etat ».

Y.C. (Ni patrie ni frontières)

31/08/2010

1. On trouve quelques exemples de ce néostalinisme dans un récent ouvrage de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues toujours passionnants quand ils écrivent sur les moeurs des classes dirigeantes. C’est ainsi que dans le "Président des riches" nos 2 sympathiques sociologues nous servent les clichés les plus éculés de la propagande néostalinienne, clichés qui sont en train de devenir le mantra de beaucoup de gens de gauche qui n’ont jamais rien compris au stalinisme (l’annonce récente de 500 000 licenciements dans la fonction publique cubaine leur ouvrira-t-elle les yeux ? J’en doute). Ils font allusion au "socialisme (???) des pays de l’Est", puis affirment que "l’Etat providence n’a pu exister que parce qu’il y avait le contrepoids des pays socialistes", oubliant les effets de la crise de 1929 sur l’organisation du capitalisme mondial, l’augmentation prodigieuse de la productivité du travail, donc du taux d’exploitation des prolétaires pendant les fameuses Trente Glorieuses, et les luttes de ceux-ci pour conquérir quelques droits supplémentaires.

2. Les « fondamentalistes » religieux, les « intégristes » musulmans, c’est-à-dire ceux que l’on appelle plus précisément les salafistes (ceux qui suivent la voie des « prédécesseurs » des « ancêtres », des compagnons du Prophète Muhammad, donc qui sont censés respecter la lettre de la parole d’Allah contenue dans le Coran) sont censés représenter entre 5 000 à 50 000 personnes (cette fourchette nous donne l’occasion d’admirer, tout comme pour les chiffres avancés concernant le nombre porteuses de burqa, la précision des informations fournies par les ex-Renseignements généraux). D’après les sociologues, sur les 4 millions de « musulmans » vivant en France, 2 millions seraient français, 2 millions seraient étrangers. Cet article, sauf dans quelques cas précis, utilisera presque systématiquement les guillemets pour le mot musulmans car les médias, les sociologues en quête de crédits, de postes ou de nouvelles chaires – ainsi que la gauche et l’extrême gauche – confondent délibérément, même si c’est pour des raisons différentes, l’origine nationale (le fait qu’une personne soit née, voire que ses parents soient nés, dans un pays où l’islam est la religion officielle) avec la pratique religieuse de ces personnes (qui ne touche, en fait, que 10% desdits « musulmans »… selon les mêmes sociologues qui voient en tout Algérien, Turc ou Pakistanais un musulman !).

3. Il ne m’est pas possible de développer ici mais, pour résumer à gros traits, là où les 57 Etats de l’OCI (islamique) et l’extrême gauche (et jusqu’à certains libertaires) se rejoignent c’est dans la dénonciation de l’universalisme occidental (censé être uniquement impéraliste, raciste, colonialiste) et des droits de l’homme. C’est ainsi que l’OCI qui est opposée à l’universalisme occidental envisage, après avoir adopté une Déclaration des droits de l’homme en islam en 1990 (http://www.aidh.org/Biblio/Txt_Arab...), de rédiger une Charte islamique des droits de l’homme. On attend toujours une analyse critique de ces positions par l’extrême gauche, et on pourra l’attendre longtemps…. C’est ainsi que l’OCI dénonce le traitement des travailleurs émigrés en France (traitement effectivement discriminatoire et contraire à toutes les belles lois démocratiques) mais n’a rien à dire sur la façon dont Kadhafi traite les émigrés dans son pays. Ou qu’elle s’indigne des lois contre le hijab et la burqa en France, mais bien sûr pas des applications de la charia dans les pays « musulmans ». L’extrême gauche est tout aussi silencieuse sur ces questions que l’OCI, car elle a pour l’essentiel renoncé à l’universalisme qui était celui des fondateurs du marxisme (et d’ailleurs aussi de l’anarchisme), universalisme qu’elle dénonce aujourd’hui en prônant le relativisme culturel, le multiculturalisme. En cela, elle ne fait que suivre de façon acritique les courants intellectuels à la mode, c’est-à-dire les apôtres du post-modernisme et de la "déconstruction" qui réduisent l’exploitation à des "discours" qu’il faudrait décortiquer pour les démolir (déconstruire) .

4. Les Pays-Bas sont un véritable laboratoire des nouvelles idéologies et pratiques réactionnaires. Cf. notamment le livre « Immigration et Intégration forcée aux Pays-Bas » publié par Ni patrie ni frontières.

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