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Peut-on discuter du terrorisme d’extrême gauche… Ou faudra-t-il attendre encore un siècle ?

mardi 13 juillet 2010

La revue "Ni patrie ni frontières" a publié plusieurs articles sur les différentes définitions et formes de terrorisme, notamment dans ses numéros 2, 11-12 (sommaire) et 19-20, articles rassemblés en 2009 dans un recueil de textes intitulé "De la violence politique" (compilation n° 4).

Ceux qui s’intéressent à la discussion sur le stalinisme et le philostalinisme de l’extrême gauche, discussion qui est en partie liée au débat précédent, pourront lire les articles suivants : 839, 1420, 1488, 1517 ainsi que les réponses de Temps critiques et de Jacques Wajnsztejn : 1513 et 1515.

La réponse de « Temps critiques » intitulée « Le communisme une médiation ? » contient de nombreux points de discussion intéressants mais aussi des procédés qui me semblent stériles. Cet article se contentera de souligner ce qui constitue à la fois :

- une méthode de discussion nocive dans l’extrême gauche et l’ultragauche (considérer que quiconque est en désaccord avec vous est influencé par la propagande de l’ennemi de classe et refuse toute solidarité avec les victimes de la répression étatique, ce qu’insinue à plusieurs reprises Temps critiques) ;

- un mode de pensée qui empêche délibérément toute discussion (cf. le bouquin de Scalzone et Persichetti "La Révolution et l’Etat" qui renvoie tout bilan critique aux calendes... grecques) quand on aborde les questions de la lutte armée en Europe dans les années 70.

Je me contenterai d’une liste de questions, indiquant ainsi les points sur lesquels il serait temps de trancher, de façon franche et claire sans botter en touche. Sauf si l’on préfère s’égarer dans des considérations tellement générales qu’on perd tout lien avec la réalité concrète des luttes et de la répression.

À) Sur l’appréciation de la situation en Italie

- Pourquoi la classe ouvrière italienne n’est-elle pas montée « à l’assaut du ciel » en Italie (ou en France d’ailleurs) ?

- Est-il possible de raisonner en d’autres termes que de chercher des responsables : le PCI ou les Brigades rouges ?

- Existe-t-il des situations où l’affrontement armé produit des résultats catastrophiques ? Lesquelles ? Comment doit-on agir dans ces situations ? Par le silence ? En encourageant les camarades qui risquent leur vie à affronter encore davantage la répression de l’Etat ?

B) Sur les dangers (réels ou supposés) d’une analyse rétrospective

- Doit-on juger d’un événement historique seulement à partir de la conscience qu’en avaient certains des acteurs 40 ans auparavant ? Quel crédit accorder aux récits des militants de l’époque, quand leurs souvenirs sont publiés de nombreuses années après ? Avec quels critères précis fait-on le tri dans ces souvenirs ?

- Quel profit peut-on tirer des acquis de la recherche historique sur les événements ?

- Pourquoi de nombreux groupes d’extrême gauche ou libertaires n’ont-ils pas fait le choix de la lutte armée ? Quels arguments avaient-ils à l’époque ? Ces arguments étaient-ils justifiés ou pas ?

- Les seuls arguments recevables et les seules analyses intéressantes sont-elles celles de ceux qui ont fait le choix de la lutte armée ?

- Quels étaient les liens, les complicités, les connexions entre les groupes d’extrême gauche pratiquant la lutte armée et

* les services secrets des Etats staliniens

* le Parti communiste italien

* les services secrets italiens

* les mouvements de guérilla d’autres pays

* certains Etats du Moyen-Orient ou d’ailleurs (Cuba, Corée du Nord)

* le milieu mafieux local ?

Ces questions ont-elles été abordées et par qui ? Quelles informations diffusées à l’époque se sont révélées fiables et quelles sont celles qui relevaient de la désinformation, d’un côté comme de l’autre ?

Les groupes pratiquant la lutte armée ont-ils commis des erreurs et lesquelles ? Ces erreurs étaient-elles inévitables ? Etaient-elles seulement dues à la pression des « jeunes révoltés » qui voulaient foutre en l’air le système ou de l’Etat qui voulait les abattre ?

C) Sur la solidarité face à la répression hier comme aujourd’hui

- Existe-t-il une seule forme de solidarité, celle fondée la loi du silence, le travestissement de la vérité historique, la dissimulation de complicités ou de relations avec l’ennemi de classe, etc. ? Peut-on envisager des formes de solidarité critique ? Lesquelles ?

- Peut-on à la fois (comme je le pense) réclamer la libération des militants d’Action directe et considérer que leur projet, tout comme celui de la RAF et des Brigades rouges, ne dépassait pas les limites du gaucho-stalinisme anti-impérialiste ?

Le lecteur soucieux de vérifier ce jugement qui peut sembler sectaire ou méprisant, s’il ne s’est jamais plongé dans la littérature de ces groupes, pourra par exemple lire ce texte de la RAF écrit en 1972 ; ou cet autre des BR de 1975 ; ou encore ce florilège de textes d’AD des années 1982-1984.

- Toute personne qui critique Action directe, la RAF ou les Brigades rouges est-il un auditeur acritique de Radio Free Europe (alimentée par la CIA), un partisan de la répression de l’Etat contre le terrorisme d’extrême gauche, etc. ?

- Quelles sont les critiques autorisées par « Temps… critiques » ?

D) Sur la nature des groupes terroristes d’extrême gauche

- N’étaient-ils composés que de « jeunes révoltés » et de militants qui faisaient du bricolage idéologique mêlant joyeusement Rosa, Mao et Bakounine ?

- Quel était le parcours politique de leurs dirigeants ?

- Quel était leur discours politique, leurs forces et leurs faiblesses ?

- S’agissait-il de groupes qui se contentaient de réagir seulement à la violence de l’Etat ou de groupes qui avaient une stratégie politique précise ? et dans ce cas laquelle ? Cette stratégie était-elle justifiée ? Fut-elle discutée ? Comment et par qui ?

- Etaient-ils composés de militants qui suivaient la stratégie fixée par des chefs indiscutés ou de « jeunes révoltés » au sens critique affiné qui pouvaient à tout moment remettre en cause la ligne officielle ?

- En quoi ces groupes se différenciaient-ils des Partis staliniens ? des Etats staliniens ? des mouvements de libération nationale ?

- Quelles sont les analyses de ces groupes qui présentent encore un intérêt aujourd’hui ?

- Quelles critiques furent formulées à l’époque contre ces groupes par les libertaires, les ultragauches, etc. ? Etaient-elles toutes erronées ? Faisaient-elles toutes le « jeu de la bourgeoisie » ? Ou bien certains groupes ou individus ont-ils mieux analysé la situation politique, ses potentialités que d’autres ?

Si « Temps critiques » voulait bien se coltiner avec ces questions précises d’une façon autre que polémique et dilatoire, peut-être avancerions-nous un peu.

Sinon, je crains que, tout comme ceux qui continuent à voir la révolution d’Octobre avec les yeux de John Reed dans ses « Dix jours qui ébranlèrent le monde » ou de Trotsky dans sa mythologique « Histoire de la révolution russe », dans un siècle on continuera encore à voir l’Italie, l’Allemagne ou la France des années 60 et 70 à travers le filtre des communiqués des BR, de Prima Linea, de la RAF ou d’Action directe…

Est-ce vraiment souhaitable ?

Y.C.

13/07/2010

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