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L’Islam politique contre les femmes et la laïcité

vendredi 6 février 2004

Depuis une quinzaine d’années, la question du voile est régulièrement soulevée en France : elle est devenue un enjeu politique entre les défenseurs d’un islam politique et les partisans d’une laïcité « à la française ». Aujourd’hui, le gouvernement Raffarin propose une loi, qui suscite un difficile débat, qui sert de révélateur à bien des tensions. La manifestation en faveur du voile, sciemment surestimée et surmédiatisée par le gouvernement, est le signe de la tension recherchée.

Une stratégie internationale contre la laïcité

Si le port du voile s’est développé, il ne touche qu’une minorité des musulmanes pratiquantes. Considéré aujourd’hui comme un symbole religieux et mais aussi comme un insigne politique, le voile est un élément important dans l’extension des religions et des sectes à travers le monde. On aurait tort d’en faire un problème strictement français, alors que dans le monde entier les islamistes ont manifesté en sa faveur ; alors qu’on sait que les points de départ de son extension ont été la réaction islamistes en Iran puis en Algérie et en Afghanistan ; qu’il est lié à l’expansion de l’Islam le plus réactionnaire et de la Shari’a. La laïcité française, avec tous ses défauts, n’en est pas moins sous le coup d’une pression internationale, que ce soit au sein d’une Union européenne où elle est une exception ; des Etats-Unis d’Amérique, qui la considèrent comme une atteinte aux droits de l’homme ; des pays et des groupes islamistes, qui veulent la battre en brèche dans le seul pays « occidental » où l’islam est l’une des principales religions.

Il y a donc une stratégie convergente contre la laïcité française. Que signifie-t-elle aujourd’hui ? Cette laïcité connaît d’évidentes failles. La séparation de l’église et de l’état a finalement favorisé l’église catholique, qui s’est ainsi déchargée de la lourde gestion de ses lieux de culte tout en en bénéficiant gratuitement. L’Alsace et la Moselle, ainsi que plusieurs territoires d’outre mer, ne sont pas laïques, au point que la polygamie existe toujours à Mayotte. Les écoles privées bénéficient d’un financement public, qui n’a cessé d’augmenter de gouvernement en gouvernement. Enfin, de manière générale, les religions organisées sont devenues des interlocuteurs réguliers de l’Etat sur tous les sujets de société.

Cela ne signifie pas pourtant qu’il faille considérer la laïcité comme un simple souvenir d’une époque révolue ; au contraire, il nous faut lutter pour son extension maximale, et cela malgré une classe politique de plus en plus liée aux religions et aux sectes les plus diverses. Il ne s’agit pas, pour nous, simplement de « séparer l’église et l’état », mais de mettre en place une société libérée de l’une et de l’autre. La laïcité n’est jamais qu’un rapport de force : aucune religion ne se considère elle-même comme une simple affaire privée, toutes se considèrent comme une affaire publique, souhaitent que leurs préceptes régissent la société. Et c’est pour cela que nous, athées et matérialistes, devons les combattre.

Le voile contre les femmes

Cependant, la question du voile n’est pas juste une question de laïcité, elle a de nombreuses autres implications. Le voile n’est pas un symbole de l’islam, il est un symbole du contrôle de l’Islam politique sur le corps des femmes. La séparation entre les femmes et les hommes par des différences vestimentaires contraintes, des pratiques culturelles imposées, constituent un danger réel pour l’égalité entre les sexes. Le voile est là pour rappeler constamment que le corps féminin est perçu comme un danger pour le regard masculin. Le voile demeure le signe visible d’une exploitation de la femme, de son travail domestique et gratuit, de ses capacités reproductrices et de son cloisonnement dans la sphère du privée.

Rappelons que si certaines femmes musulmanes considèrent qu’elles se libèrent en portant le voile, d’autres - et elles sont nombreuses - subissent des pressions ou sont menacées quand elles ne le portent pas. De toute façon, il n’y pas a de libération possible là où il y a séparation imposée et durable des hommes et des femmes. Et puis, rappelons-le, céder à la pression islamiste sur le voile en France, c’est faire peu de cas du sort des femmes qui, par millions, subissent le voile imposé dans les pays et les régions où l’Islam politique est au pouvoir.

Quand on entend que le voile est synonyme de libération de la femme, on a l’impression d’entendre ces vieux tartufes du dix-neuvième siècle, qui considéraient que la religion chrétienne était l’ornement naturel des femmes. Ce n’est pas nouveau : les religions, et au-delà, toutes les idéologies totalitaires, ont toujours cherché à instrumentaliser les femmes pour asseoir leur pouvoir, cherché à utiliser leur capacité reproductrice et leur rôle social dans l’éducation pour s’ancrer en profondeur dans la société.

On ne peut pas d’ailleurs se limiter au seul voile, car la gamme des pratiques sociales exigées par l’Islam politique est vaste. Ces pratiques sociales ne sont pas uniquement issues du Coran, mais proviennent des usages défendues par les groupes et les états qui s’en réclament. D’une part, elle tend à imposer certaines possibilités qui assoient le pouvoir patriarcal du père, du mari, des mâles de la famille, sur la fille, la sœur, la mère, l’épouse, la veuve, qu’il s’agisse de la répudiation, de la polygamie, du « meurtre pour l’honneur », l’excision, etc. D’autre part, elle tente d’instituer une stricte séparation des hommes et des femmes, allant jusqu’à l’absurde comme le refus de voir un homme soigner ou accoucher une femme. Doit-on aller, comme ce fut le cas récemment en Iran, jusqu’à interdire à un homme de sauver une femme sous les décombres d’un séisme ?

Toutes les femmes immigrées ne sont pas musulmanes.

Aujourd’hui, on voit un certain nombre d’associations, d’organisations politiques de gauche se faire les défenseuses du voile, sur fond d’un anti-impérialisme et d’un antiracisme mal compris. Elles confondent « arabe » et « musulman » ; pire encore, elles assimilent parfois l’Islam, religion réactionnaire, à une force libératrice sous prétexte que les islamistes s’opposent aux Etats-Unis d’Amérique. En assimilant, exactement comme le désirent les musulmans intégristes, la pratique religieuse à une population, ces organisations de gauche se sont engouffrées dans une impasse nationaliste, tiers-mondiste et réactionnaire. Dire qu’être contre le voile, c’est du racisme, c’est une confusion ; dire que cela stigmatise les immigrés, c’est oublier que c’est le voile qui stigmatise les femmes immigrées. Il faut à la fois se battre pour défendre tous les immigrés, qu’ils soient croyants ou athées, sans préjuger de leur religion en fonction de leur origine géographique.

La gauche et l’extrême-gauche, à l’exception des libertaires, a renoncé au combat anti-religieux, laïque, athée et matérialiste. Même lorsqu’elle reste anti-chrétienne, plus par habitude que par analyse, elle a trop longtemps fermé les yeux sur le problème de l’Islam politique. Or l’Islam politique n’est pas juste une religion, c’est une force politique au niveau international, qui bénéficie du soutien de plusieurs états et d’organisations financières et militaires solides. Et cette force internationale défend une vision de la société fondamentalement réactionnaire, totalitaire, anti-sociale et anti-féministe. Nous n’avons pas d’autre choix que de la combattre.

Pour une société mondialiste et laïque

Naturellement, l’Islam politique n’est pas la seule force réactionnaire dans le monde. Toutes les religions le sont, à des degrés divers, et bien des idéologies non-religieuses le sont également. Mais dans le cas présent du débat sur le voile, c’est cette force qui est le fer de lance de l’opposition à la loi proposée par le gouvernement Raffarin. Céder sur ce point, c’est les renforcer, c’est leur donner raison contre les femmes en France et dans le monde ; cela, nous ne pouvons l’accepter. Faut-il pour autant accepter une loi présentée par ses opposants comme liberticide, opposée à la liberté individuelle de s’habiller comme on l’entend ? Oui, dans ses aspects anti-voile, comme nous défendrions n’importe qu’elle loi antisexiste ou antiraciste. Défendre une loi de droite ? Oui, comme nous défendons la loi Weil sur l’interruption volontaire de grossesse.

Cependant, nous ne pouvons nous contenter d’une loi qui tend, sur la base du rapport Stasi, à mettre en place un Islam « à la française », respectueux des principes républicains et que l’état aiderait par tous les moyens. De toutes façon, des vingt-six propositions de ce dernier, seule celle concernant le voile a été retenue, ce qui est significatif du peu de cas que le gouvernement fait de la laïcité. Et si nous ne pouvons rejeter totalement la loi sans dire aux filles et aux femmes forcées de porter le voile : « débrouillez-vous seules face aux islamistes », nous ne pouvons non plus souscrire sans réserve à un texte qui fait porter sur elles seules la responsabilité, qui évacue la pressions sociale, masculine et patriarcale qui s’exerce sur elles.

Nous devons nous battre pour plus de laïcité, et cela, nous ne pouvons le faire sans propager l’athéisme et le matérialisme. Les mondialistes révolutionnaires défendent une société planétaire, libérée du poids archaïque des religions et de toute forme d’oppression des femmes. C’est pourquoi nous associons à tous et toutes les laïques, les athées, les matérialistes et les féministes qui se regroupent pour lutter pour faire progresser la laïcité et le droit des femmes en France et dans le monde.

Réseau Mondialiste Révolutionnaire, Communiqué n° 1 - 25 janvier 2004

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