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La crise : aux Etats-Unis, conséquences sociales, restructurations et mesures d’adaptation (I)

jeudi 12 novembre 2009

La crise économique touche surtout les plus démunis. Et les Etats qui voient leurs ressources diminuer coupent d’abord leurs budgets sociaux. Cependant des résistances apparaissent

Ce texte est paru dans Echanges n° 130 (automne 2009), avec La crise économique : en France, le rôle des amortisseurs sociaux, La crise économique : en Espagne, des palliatifs improvisés et Or et dollar, les reliques de la barbarie capitaliste. La suite en est parue dans le n° 131 (hiver 2009-2010) : La vie de ceux qui n’ont pour survivre que leur force de travail à vendre.

Les conséquences de la crise évoluant très rapidement, les chiffres, surtout les pourcentages, que nous citons, outre qu’ils peuvent parfois diverger selon les sources, peuvent avoir varié depuis la rédaction de ce texte ; ils ne sont donc représentatifs que de tendances.

Avant tout développement, il paraît important de rappeler que les Etats-Unis restent de loin la première puissance capitaliste mondiale du point de vue économique et militaire. Troisième Etat du monde par leur superficie, presque équivalente à celle de la Chine, peuplé de 304 millions d’habitants, les Etats-Unis peuvent satisfaire leurs besoins énergétiques à 72 % ; pour nombre de ressources naturelles, minières et agricoles, ils sont dans les trois premiers mondiaux. Malgré les délocalisations, malgré une baisse de 12,5 % en 2008 et de 0,5 % dans les derniers mois, la production industrielle reste une des premières du monde (celle d’acier est la deuxième du monde).

Les investissements en recherche et développement, notamment dans les nouvelles technologies, sont aussi les plus importants du monde : soulignons seulement que les crédits de recherche des seules universités de Californie sont supérieurs au budget du CNRS en France. On insiste souvent, pour évoquer la faiblesse de l’économie américaine, sur l’importance du déficit public et de la dette des particuliers et des entreprises (c’est effectivement un des caractères de la crise actuelle) et, surtout, sur l’importance du déficit de la balance commerciale (on affirme souvent à tort que la Chine, qui interviendrait pour 40 % dans ce déficit, détiendrait une des clés de la situation des Etats-Unis) (1). En fait, ce déficit vient souvent de productions financées par des capitaux américains (qui récupèrent ainsi une bonne partie de la plus-value) dont les marchandises importées à bas prix pèsent sur le niveau des salaires aux Etats-Unis même. L’origine de la crise aux Etats-Unis doit être recherchée dans l’économie mondiale et non dans des causes intrinsèques à ce pays, même si elles existent aussi.

Quant à la puissance militaire de cet Etat, malgré des échecs successifs et l’enlisement dans d’insolubles conflits, elle s’appuie toujours sur un nombre imposant de bases réparties dans le monde entier, et dont l’effet dissuasif est certain. L’assurance de la domination des Etats-Unis peut être encore illustrée par le fait que leurs droits de douanes sont parmi les plus faibles du monde (3,5 %), faisant d’eux un des champions du libéralisme, conforté par de faibles coûts de production garantis par des subventions (comme pour les produits agricoles).

A l’origine du désastre des « subprimes »,

la lente distorsion des revenus

et le déclin du pouvoir d’achat des travailleurs

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent sa monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleurissent autour d’elles priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans toit sur la terre que leurs parents ont conquise »

(Thomas Jefferson, 3e président des Etats-Unis, 1802)

« Il est préférable que la plupart des citoyens de notre nation ne comprennent pas le fonctionnement de notre système bancaire et monétaire parce que, si c’était le cas, je pense qu’ils commenceraient une révolution dès demain matin. » (attribué à Henry Ford [2])

Au moins dans la dernière décennie, le revenu des familles américaines a régulièrement décliné. Des estimations situeraient ce déclin moyen du revenu réel, entre 2000 et 2008, à 1 000 dollars par foyer. Bien sûr cette moyenne touche inégalement les différentes catégories sociales. Considérons l’exemple de l’industrie automobile : depuis plus de dix ans, afin d’endiguer la concurrence internationale, en particulier celle des entreprises japonaises implantées dans le sud des Etats-Unis, les « trois grands » (General Motors, Ford, Chrysler) ont réduit progressivement salaires et avantages (retraite et maladie) : entre 1989 et 2004, elles ont accru leur productivité de 28,6 % alors que les salaires n’augmentaient que de 4,1 %.

Le déclin des revenus, pour l’ensemble des Etats-Unis, peut être mesuré par d’autres chiffres : de 1982 à 2005, le revenu moyen a augmenté de 147 % ; si les prix à la consommation n’ont augmenté alors que de 106 %, les dépenses de santé augmentaient de 251 % et celles d’éducation de 439 % : il en ressort globalement un appauvrissement. D’autres évaluations expriment la même tendance : de 1989 à 2004, le revenu moyen des familles a augmenté de 35 % mais les cotisations retraite de 119 % , le logement de 56 %, l’endettement de 119 % (dont 103 % de crédits hypothécaires). De même de 2000 à 2008, quand le revenu moyen progressait de 3 %, le coût d’une assurance santé augmentait de 58 %. On peut mesurer l’importance des mesures prises par les trois « grands » de l’automobile dans le fait qu’ils assurent retraite et garanties maladie à plus de 2 millions de travailleurs et de retraités.

Le déclin des revenus peut être évalué d’une autre façon : après 2000, le taux moyen de l’épargne personnelle aux Etats-Unis était voisin ou en dessous de zéro, d’où la tentation de maintenir un niveau de vie avec le crédit bon marché, en espérant que la situation s’améliorerait ; ce qui n’arriva pas avec les conséquences bien connues. Ce déclin ne fera que s’accentuer avec la crise des « subprimes ». Le PIB va diminuer de 6,3 % au quatrième trimestre 2008, et de nouveau de 6,1 % au premier trimestre 2009 ; en décembre 2008, on estimait que la consommation des familles avait baissé de 14,7 % au cours de l’année (3).

Une question que l’on peut se poser, concernant la diminution des revenus d’une bonne partie de la population résultant du renchérissement des produits « de confort » : logement, santé, retraite, est celle du développement exponentiel des crédits de toutes sortes, notamment des prêts hypothécaires.

La réponse est double :

– d’un côté, les besoins des créanciers, les établissements financiers de toutes sortes qui, disposant de capitaux de plus en plus importants du fait de l’accumulation de plus-value venant de l’exploitation mondiale, devaient faire fructifier ces capitaux ; l’explosion de la bulle informatique les avait conduit à des opérations financières spéculatives (comme les LBO, rachats par effet de levier) mais aussi sur l’immobilier pour particuliers, qui paraissait plus sûr. D’une certaine façon, on a assisté à une division dans les opérations de crédit : d’un côté un marché de gros réservé au monde des affaires et des entreprises, de l’autre une sorte de supermarché populaire du crédit, où des démarcheurs vendaient des prêts comme des aspirateurs avec toutes les déviances de la persuasion, dans une concurrence acharnée pour gagner des clients ;

– d’un autre côté, des clients qui, croyant à l’ascension sociale et aux vertus de la propriété (peut-être un vestige de la « conquête » sociale), se laissaient aisément persuader de souscrire de tels prêts pour s’assurer à la fois une sécurité et la possession d’un symbole de cette ascension sociale. C’est précisément, avec la baisse du niveau de vie, ce souci de maintenir artificiellement ce « rang social » et son symbole sécuritaire, qui va être la faille dans laquelle va tomber le secteur financier. L’avalanche de prêts hypothécaires a eu un double effet : un essor de la construction et de toute la consommation liée à l’habitat d’un côté, de l’autre un renchérissement du prix de l’immobilier, puisque l’argent coulait à flot et que le rythme de la construction ne suivait que lentement.

La dégradation des revenus ne ralentit nullement, dans un premier temps, la croissance de ce marché hypothécaire. La raréfaction des nouveaux clients exacerba encore plus la concurrence entre organismes de prêts, ce qui fit que ces prêts furent consentis à des clients aux revenus manifestement insuffisants, mais à qui on fit miroiter notamment des taux réduits de démarrage – mais on put voir des débiteurs défaillants dès la première traite de remboursement. D’un autre côté, ceux qui avaient déjà un prêt hypothécaire se crurent propriétaire d’un bien dont la valeur augmentait sans cesse : il leur fut offert de nouveaux prêts garantis par cette valeur spéculative. On pourrait dire que cette extension délirante du crédit individuel était une sorte de substitut de la lutte de classe, car elle permettait des solutions immédiates et faciles à la diminution des revenus salariaux.

L’ensemble du système ainsi conçu ne pouvait fonctionner que s’il pouvait s’auto-alimenter, c’est-à-dire que si les emprunteurs remboursaient régulièrement leurs emprunts : ce que Madoff pratiquait à titre individuel avec quelques gros clients, tous les organismes de crédit, appuyés sur l’ensemble du réseau bancaire, le réalisaient à grande échelle avec une masse énorme de petits clients. Du fait de la lente dégradation des revenus, le système a atteint un point de saturation tel qu’il s’est enrayé et a commencé à dégringoler dans un mouvement de plus en plus rapide – la crise économique a commencé à frapper les couches prolétaires les plus fragilisées entraînant une chute beaucoup plus brutale. Ce qui est certain, c’est que le mouvement de déclin, non seulement de ce marché hypothécaire risqué (les « subprimes ») mais aussi de l’activité économique des Etats-Unis, a commencé bien avant 2008 : fin 2008, cela faisait vingt-quatre mois que le bâtiment avait commencé à péricliter, et vingt-sept mois que l’industrie connaissait un sort identique.

Aujourd’hui, il n’est pas de secteur qui ne soit pas touché par le chômage ; en avril, le taux officiel se situe à 10 % de la force de travail mais le taux réel serait de 16 %. ; pour ce seul mois d’avril, ont été licenciés 149 000 personnes dans l’industrie, 46 000 dans la distribution, 110 000 dans le bâtiment, 135 000 dans la finance et 269 000 dans les services divers. Parallèlement, les salaires restent pratiquement bloqués quand ils ne sont pas « révisés » à la baisse. Si l’émission de signes monétaires a pu entraîner une inflation qui se serait située à plus de 6 % récemment, d’autres facteurs comme le bradage des marchandises font ressortir à d’autres moments des tendances à la déflation. La poursuite de ce développement rend particulièrement hasardeux toute prédiction concernant ce cycle infernal d’interdépendance : plus les revenus baissent du fait du chômage, de la pression sur les salaires ou de l’inflation, plus le marché du crédit s’effondre, plus le secteur des biens de consommation se rétrécit, plus l’ensemble des secteurs de l’économie voit la crise s’installer et se développer.

Dans un numéro spécial du Financial Times (12 mai 2009), consacré à « L’avenir du capitalisme », un article affirmait qu’il n’y avait pas « d’alternative crédible à l’économie de marché ». Curieusement, toute la classe politique de tous bords, y compris les « réformistes révolutionnaires », accrédite finalement les théories de l’économie libérale telles que l’un de ses maîtres, Richard Posner, membre éminent de l’Ecole d’analyse économique de Chicago, résume ainsi : « Les financiers portent une responsabilité initiale dans la dépression, mais on ne peut pas plus les en blâmer qu’on blâmerait un lion d’avoir mangé un zèbre. Le capitalisme est darwinien. »

Les limites actuelles

des moyens traditionnels

de la lutte de classe

Une part importante de la population, celle qui en raison de ses revenus et de ses activités pouvait se considérer comme faisant partie des « classes moyennes » (4) se trouve doublement pénalisée, à la fois par la perte de son emploi et, partant, de ses revenus et par la perte de ses possessions, ou seulement l’une ou l’autre. Impossible d’avoir cette fois recours à ces fameux crédits hypothécaires, soit que l’on ait été dépossédé par éviction du bien qui leur servait de base, soit parce que la chute du marché immobilier interdit les prêts de substitution. La question qui se pose, la seule qui nous intéresse, c’est comment les travailleurs, quel que soit leur « rang » dans l’échelle sociale, se défendent dans ce qui est pour tous une dégradation de leurs conditions de vie, dégradation qui peut les frapper différemment en fonction de leur place dans la hiérarchie sociale des travailleurs.

Pour répondre à cette question, on est bien contraint de séparer d’une part les réactions par rapport au travail lui-même, contre leur licenciement ou le durcissement de l’ensemble de leurs conditions d’exploitation et d’autre part les réactions contre la dégradation des conditions de vie, à commencer par les conséquences des reprises de logements par les créanciers (les ravages des « subprimes »).

Contre les licenciements, il n’y a guère de luttes (contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays), si ce n’est quelques rares occupations d’usines, comme à Chicago, dépendant de la construction (Republic Windows and Doors fabriquant portes et fenêtres – voir Republic Windows and Doors : une hirondelle (grève à Chicago) ne fait pas le printemps, Echanges n° 127, hiver 2008-2009) et au Canada (Windsor, Ontario, proche de Detroit) dépendant de l’automobile. Toutes visaient, comme en France d’ailleurs, à obtenir le respect voire l’amélioration d’engagements financiers en cas de licenciements. Même si elles ont atteint plus ou moins ces objectifs, elles n’ont pas eu, comme l’espéraient les milieux « révolutionnaires », l’effet d’amorce d’autres luttes et, jusqu’à présent, sont restées des cas isolés – qu’il s’agisse des ouvriers de HartMarx (confection hommes) à Chicago ou de ceux d’une filiale à Rochester (New York). Et elles n’ont comporté aucune tentative, ni d’obtenir la réouverture de l’entreprise, ni de reprendre la production en autogestion.

Quant aux travailleurs encore en activité (c’est encore la plus grande partie d’entre eux, 80 % à 90 %, malgré l’importance du chômage), on peut penser qu’ils ne tentent pas de se lancer dans des luttes et qu’ils courbent le dos sous l’orage de peur de perdre leur emploi. Il y a des exemples de luttes pour le renouvellement des contrats en cours, car les dirigeants tentent, profitant de la situation d’ensemble, de réduire certains avantages, mais pratiquement toutes se sont soldées par des échecs, parfois après des mois de grève.

Ce qui se passe pour les « trois (ex)grands » de l’automobile, General Motors, Ford, Chrysler – tous pratiquement en faillite après des années de concessions syndicales et de restructurations – montre que les travailleurs ne font qu’accepter de nouvelles concessions pour garder leur emploi, même avec des conditions de travail particulièrement dégradées. Une des conditions imposées par le gouvernement pour le renflouement des trésoreries de ces sociétés était l’alignement des salaires sur ceux des entreprises automobiles japonaises sans contrat du sud des Etats- Unis. Mais celles-ci viennent d’imposer à leurs travailleurs une baisse des salaires, en alignant les taux sur les taux minimum de l’Etat dans lequel leurs usines sont situées. Une course sans fin dans la baisse des rémunérations, que les entreprises menacées par la chute des ventes engagent, avec chantage aux licenciements, pour tenter de préserver leurs marges. Plus du quart des salariés seraient touchés, notamment ceux des entreprises où le syndicat n’est pas reconnu. Que ce soit dans les « grands » de l’automobile ou dans les entreprises sans syndicat donc sans contrat collectif, l’aggravation des conditions d’exploitation est acceptée sans beaucoup de luttes par crainte de grossir les rangs des chômeurs.

Le New York Times du 18 juin 2009 constate que les « travailleurs américains ne sont pas descendus dans la rue alors que le chômage s’accroît, que les entreprises réduisent les salaires et les avantages », ajoutant « qu’il se voient encore partie d’une classe moyenne montante ». Par contre, il admet que « …pour les jeunes, cette génération a trouvé des moyens plus effectifs de changer le monde… ils n’attendent pas que les choses empirent de telle sorte que le désespoir les force à descendre dans la rue. » Les travailleurs américains se sont tenus à l’écart de toute manifestation pour des raisons que vont de la crainte de voir leur emploi délocalisé au souci de préserver leur image de membres de la « classe moyenne » ; beaucoup développent un sentiment de culpabilité et une sorte de honte de ce qu’ils considèrent comme un échec personnel. En 2008,159 grèves ont été recensées, contre 1 352 en 1981 !

Pas de solutions individuelles face au déclassement social

Les résistances, si l’on peut les appeler ainsi – plutôt des palliatifs que l’on imagine temporaires – sont ainsi venues des réponses à un déclassement lent ou brutal d’un statut social (lié plus aux revenus qu’à une fonction quelconque sous le capital et procédant plus d’un imaginaire social, d’un conditionnement idéologique, que de la réalité d’un pouvoir quelconque dans le système capitaliste. Ce qui procure le sentiment que l’on appartient à une « classe moyenne »).

Il était inévitable que ces « solutions » fussent d’abord individuelles et qu’elles le soient encore. Il s’agit de préserver, non la survie comme pour les plus pauvres, mais un statut qui, soutenu par le revenu familial, s’apparente plus à un état d’esprit basé en partie sur le paraître et comportant l’affirmation d’un confort, d’une sécurité et d’un espoir d’aller « plus loin ». Ce déclassement de ceux qui se considéraient « classe moyenne » a fait que ceux-ci n’ont pas d’abord réagi par rapport à l’exploitation (perte de salaires, d’avantages, licenciement, etc.), mais aux symboles du statut social : perdre « sa » maison, c’est perdre un élément essentiel de ce statut idéalisé.

Les journaux américains sont remplis de témoignages détaillant les diverses manières individuelles de pallier, voir cacher ce déclassement. Ceci souvent indépendamment du problème du prêt hypothécaire que nous examinerons séparément.

Un seul exemple d’une telle situation : un couple avec deux enfants, lui venant d’être licencié, elle employée. Ils n’ont pas de dette hypothécaire et ils tentent simplement de survivre, même pas de maintenir le « standing ». Ils ont coupé dans le superflu (cinéma, restaurant, soins du corps) et concentrent leur souci sur le logement : ils se voient couper pour non-paiement successivement le téléphone, le câble… et finalement leur voiture est « reprise ». Lorsqu’il retrouve un travail, le première chose qu’il récupère est la voiture (une nécessité absolue aux Etats-Unis vu la dimension des villes et le manque de transports urbains).

Une étude a montré dans quel ordre sont prises les mesures d’économies par les personnes ou foyers en difficulté financière :

– restreindre les dépenses d’électricité et de chauffage ;

– rechercher un emploi supplémentaire ou des heures supplémentaires ;

– reporter des dépenses de santé (soins dentaires, examens de contrôle, radios…) ;

– prélever sur l’argent épargné ou sur le compte individuel de retraite ; – emprunter à des amis ;

– vendre les bijoux de famille ou les déposer au Mont de Piété ;

– prendre des locataires ;

– accepter n’importe quel emploi. Brice Rump, président de l’Agence de travail temporaire Toledo Job, déclare : « …le niveau des gens qui viennent à l’agence est incroyable… je vois quantité de gens talentueux qui tentent d’attraper n’importer quoi. Chacun rétrograde » ;

– pour les jeunes, de se tourner vers les « carrières militaires » (5) ;

– pour les vieux dont la retraite est insuffisante dans le naufrage des systèmes de retraite, le « retour au travail » dans ces emplois temporaires où ils entrent en concurrence avec les jeunes : on compterait aujourd’hui plus de 25 % des plus de 60 ans à vouloir travailler jusqu’à leur mort, contre 15 % avant la récession (6).

On pourrait dire que c’est la situation de chacun dans tous les pays industrialisés en cas de difficultés financières personnelles. Mais l’accélération du chômage (officiellement plus de 650 000 chômeurs en plus en février 2009. Depuis le début de la crise en décembre 2007, plus de 7 millions d’emplois ont été « perdus » dont près de 900 000 emplois temporaires) modifie quelque peu ces « priorités » de restriction. Cette montée du chômage ne s’est nullement ralentie : la seule semaine du 18 juillet 2009 a vu 30 000 chômeurs de plus ; on compte alors 4,4 millions d’Américains au chômage depuis plus de vingt-sept semaines et plus de la moitié d’entre eux n’ont droit à aucune indemnisation.

Un recensement de 2008 compte près de 40 millions d’Américains en-dessous ou au seuil de pauvreté, établi à 10 830 dollars par an (7 500 euros au cours actuel soit environ 630 euros mensuels) pour un individu (le double pour les familles). Le recours au Welfare (assistance sociale) n’est pas toujours possible, car déterminé par le montant des revenus et une certaine fierté peut en faire retarder la demande. Il en est de même pour tout ce qui concerne les couvertures santé que nous examinerons plus loin. L’extension des difficultés des entreprises rend problématique la recherche d’un emploi, même à temps réduit ou dans les « petits boulots ». Des exemples : dans un petit Etat comme Rhode Island, qui a connu dans les années 1960 un certain développement industriel puis le boom immobilier, a connu la récession dès 2005 avec l’envolée du chômage. Une offre de 80 emplois qualifiés a vu se présenter plus de 500 candidats. La chute du montant des retraites a conduit les retraités à chercher un emploi complémentaire dans des domaines où leur expérience professionnelle en fait des concurrents redoutables, notamment pour les jeunes.

L’indemnisation du chômage est elle-même sujette à caution. Là où existait dans le contrat de travail des assurances-chômage, les dirigeants d’entreprise tentent par tous les moyens de faire passer les licenciements pour d’autres motifs de départ, afin d’éviter une augmentation des primes d’assurance : un quart des chômeurs indemnisés de cette façon se sont lancés dans de longues procédures pour faire reconnaître leur droit à indemnisation. Hors assurance-chômage, l’indemnisation légale peut varier du tout au tout d’un Etat à l’autre.

Le déferlement des conséquences du défaut de paiement des prêts hypothécaires ne peut être séparé de la lente baisse des revenus des années antérieures, baisse qui s’est accélérée en 2007-2008 et qui s’accélérera encore en 2009 comme conséquence directe de la montée du chômage. On doit pourtant distinguer entre ce qui fut la défaillance des emprunteurs « inconscients », victimes de ce que l’on a appelé les « subprimes », des emprunteurs « normaux », que la crise économique (le chômage) a poussé à devenir des débiteurs « défaillants ».

Quelle est la part des deux ? Ce sont les premiers qui ont en quelque sorte amorcé le processus qui a fait boule de neige à mesure que toute l’économie de consommation s’est trouvée touchée. Cela dit, il ne faut pas mésestimer dans ce processus l’incidence aux Etats-Unis de la crise économique mondiale qui n’a fait que renforcer la caractéristique nationale des prêts « risqués » qui à leur tour ont approfondi la crise financière mondiale.

Le marché immobilier et celui des prêts hypothécaires, « toxiques » ou pas « toxiques », est dans une sorte de chaos. D’un côté le prix des immeubles dégringole, non seulement privant les créanciers de leur gage mais aussi appauvrissant les « propriétaires » défaillants ou pas. En mai, les prix de l’immobilier avaient baissé de 30 %, rejoignant dans certains cas les prix de 1920, et un emprunteur sur cinq devait à l’organisme de crédit plus d’argent que la valeur de la maison achetée.

Les organismes créanciers se trouvent contraints de faire des choix destructeurs de leur propres avoirs, totalement dépréciés. En Californie, en mai 2009, un programme immobilier requérait pour son achèvement 1 million de dollars, les maisons étant invendables au prix coûtant ; leur destruction coûtait 100 000 dollars et la banque a décidé de les passer au bulldozer. La même chose est arrivée à Cleveland (Ohio), où toute une rue « repossédée » par les créanciers a été pillée et vandalisée dans de telles proportions qu’il a été plus « avantageux » de les détruire.

Sur ce terrain financier, on assiste à toutes les solutions de fortune : des spéculateurs rachètent en bloc les immeubles vides vandalisés pour une bouchée de pain et les revendent sur Internet, à bas prix, à des gogos qui se trouvent propriétaires endettés de maisons inhabitables parce qu’ils ne peuvent en assumer la restauration. D’autres, à partir du même achat en bloc, revendent 500 dollars l’unité, en proposant en outre à crédit, pour 400 dollars par mois – moins qu’un loyer – tout le matériel nécessaire à cette restauration. Entre les faillites des organismes de crédit, la circulation des titres de prêt, bien des débiteurs ne savent pas qui détient leur créance. Même globalement, il est difficile d’avoir des statistiques autres que parcellaires. Mais quelques chiffres disponibles peuvent donner une idée de l’ampleur des évictions, la « repossession » des habitations hypothéquées par les prêteurs (la plupart du temps des établissements de crédit adossés au circuit bancaire). Fin 2008, dans l’Etat du Maryland, sur un million de prêts, 100 000 sont « défaillants ». Sur l’ensemble des Etats-Unis, rien qu’en avril 2009, 150 000 défaillances supplémentaires sont enregistrées. Les saisies immobilières sont inégalement réparties : la moitié d’entre elles sont concentrées dans 35 Etats sur 50 dont, au premier rang, la Californie, le Texas et le Nevada.

Ceux qui sont expulsés et qui, souvent, en quelques semaines ont « tout perdu » (ils restent souvent redevables car la valeur de la maison reprise par la banque ne compense pas le montant du prêt), cherchent d’abord des appuis parmi leurs proches, dans des solutions de fortune, parce qu’ils ne sont pas totalement démunis et parce qu’ils espèrent encore que cela ne durera pas et que « les choses s’arrangeront ». Mentalité américaine ou mentalité « classe moyenne » ? Toujours est-il que les journaux abondent de témoignages concernant des « solutions » provisoires qui, même si elles témoignent d’une certaine détresse, ne pourront rester provisoires longtemps, surtout s’il s’agit de familles. En même temps, ces témoignages individuels teintées d’espoir ont aussi quelque peu une dimension collective et indiquent qu’il existe encore de ces solutions « possibles », même si l’avenir reste incertain. Qu’adviendra-t-il si ce provisoire dure, si le nombre des gens vivant d’expédients augmente considérablement ? Qui peut dire si cela ira dans le sens des réponses collectives qui paraissent s’amorcer face aux expulsions de logement ?

Bornons-nous à brosser le tableau de ce que ce provisoire est aujourd’hui :

– le partage du logement avec des parents ou des amis, même si cela signifie vivre dans un garage. Mais c’est la moins pire des solutions, qui relève aussi d’une appartenance de classe ;

– le repli sur les motels : un diplômé de bonne classe moyenne, 44 ans, au chômage, vit dans une pièce d’un motel sordide avec femme et trois enfants. L’environnement n’est pas le milieu qu’il pouvait fréquenter auparavant : disputes conjugales, bagarres d’ivrognes, prostitution… De plus, s’il doit payer de 800 à 1 400 dollars par mois, il devra évacuer vingt-huit jours plus tard, autrement le séjour se transformerait en location, ce que le tenancier ne veut absolument pas ;

– la vie dans une caravane ou des mobile homes, dans des sortes de cités qui préexistaient, mais très encombrées ;

– les foyers d’urgence, solution d’autant plus temporaire que ces foyers peuvent être fermés dans la journée et tout l’été. Les conditions de vie dans ces « shelters » sont décrites par un SDF : « J’ai été arrêté parce que je refusais d’aller dans un refuge et ai été emprisonné à Rikers. Je n’ai pu m’empêcher de rire quand j’ai vu que les draps de mon lit étaient marqués “Département des sans-logis”, parce que prison et refuge sont une seule et même chose. C’est un exemple du front uni entre les services pour SDF et le système pénal ici à New York. Ce système est tout entier contre nous. Nous sommes traités comme du bétail, nourris comme des oiseaux et, pire, traités comme des détritus de la vie commune, mis de côté sur le bord du trottoir (7) » ;

– des cités sauvages de tentes, qui ont surgi un peu partout dans le pays dans des endroits isolés, ou des sortes de bidonvilles dont l’insécurité tient moins aux habitants eux-mêmes qu’aux répressions policières ou au maintien de tolérances toutes provisoires ;

– des parkings gardés où l’on peut dormir dans son automobile ;

– les bibliothèques publiques sont devenues des lieux où l’on ne vient pas seulement pour trouver de la chaleur ou pour dormir, mais aussi pour trouver des interlocuteurs et des conseils suppléant les centres communautaires surchargés ou inexistants.

Même si les recensements sous-estiment la situation des enfants, notamment de ceux des familles urbaines, même si déjà avant la récession le nombre des enfants vivant dans la pauvreté augmentait de façon significative, tous les indicateurs montrent que dans la période récente la proportion d’enfants vivant dans les familles monoparentales ou dans les foyers de chômeurs a sensiblement augmenté. Et cette situation s’aggravera encore, alors que bien des Etats pris à la gorge par la nécessité de résorber leur déficits suppriment les programmes d’aides aux familles démunies (8).

L’entrée dans l’illégalité :

une amorce de solutions collectives

Mais tous n’essaient pas de trouver ces solutions de fortune et sombrent dans le désespoir, ce qui ne veut pas dire que ceux qui cherchent ces solutions échappent à des tensions psychologiques pouvant entraîner des problèmes relationnels plus ou moins violents. Plus de la moitié des adultes d’âge universitaire ont des troubles psychiques (un quart ne sont pas traités) – dépression, anxiété –, souvent noyés dans l’alcool ou les drogues. Au-delà des perturbations domestiques (éclatement des familles, disputes conjugales, violences conjugales jusqu’au crime, en augmentation de 18 %), la croissance des suicides a atteint un taux jamais vu ; de 28 % en 2008 par rapport à 2007.

D’autres actes de désespoir individuel comme l’incendie de la maison « repossédée » (qui peut être aussi une fraude à l’assurance), la résistance armée aux agents d’expulsion, peuvent dégénérer soit dans les « mass murders » dont la fréquence augmente dangereusement, depuis le « suicide » familial collectif jusqu’aux massacres dans les écoles ou ailleurs, soit dans l’accroissement de la criminalité ordinaire (par exemple à Detroit [800 000 habitants], en juin 2008, 30 meurtres ont été recensés – ce qui est dans la moyenne mensuelle [9]). Un seul exemple de ces résistances du désespoir : un vieux de 78 ans barricadé dans son appartement résiste à son expulsion les armes à la main ; il faut un siège de cinq heures par cent policiers appuyés par des hélicoptères, une véritable opération militaire, pour finalement l’abattre. Ce n’est pas un cas isolé.

De même il y a une recrudescence des attaques de banques ou de caisses de commerces, non plus par des gangs locaux ou le « crime organisé », mais par de simples particuliers (« dramatique », dit un rapport du FBI) de 22 % dans le sud de la Californie, de 421 % dans le seul comté d’Orange (Californie), de 54 % à New York, souvent pour des sommes dérisoires (1 410 dollars « pour payer mon loyer », dit l’une d’elles ; 1 000 dollars « pour éviter l’expulsion », dit une autre). Actuellement, aux Etats-Unis, on compte 7,3 millions de prisonniers, y compris les prisonniers sur parole (un adulte sur 31) et leur nombre s’accroît.

Pour tenter d’exploiter le besoin d’argent nécessaire aux dépenses quotidiennes, les banques ont tenté de développer le système des cartes de crédit, une sorte de report des difficultés qu’elles connaissaient dans le secteur des prêts hypothécaires. La dimension prise par cette nouvelle menace spéculative a conduit en mai 2009 le gouvernement à réglementer l’utilisation de cette forme de crédit, imposant aux banques une sélection plus sévère des porteurs de cartes et imposant un délai de quarante-cinq jours avant tout changement du taux d’intérêt (de tels changements étaient pour partie la cause des défaillances dans le cadre des « subprimes »). Aujourd’hui, la dette moyenne par famille s’élève à 10 500 dollars, et le total de ces dettes personnelles (hors « subprimes ») s’élève à 2 500 milliards de dollars. La courbe des défaillances de remboursement des crédits sur carte suit exactement la courbe de progression du chômage.

Mais, à l’inverse il y a tout un ensemble de réactions que l’on pourrait qualifier de positives, soit individuelles soit collectives.

Au lieu de faire brûler la maison dont ils sont dépossédés, certains des expulsés la vident totalement de toutes ses installations fixes, jusqu’au dallage de l’entrée, ne laissant que les murs. Ils peuvent être « aidés » en cela par des gangs organisés qui se sont fait une spécialité de « vider » de la même façon les maisons inhabitées après l’expulsion ou l’abandon d’un occupant défaillant. Nous verrons ci-après les conséquences de ces maisons vandalisées dans le grand ballet de l’immobilier aux Etats-Unis. Le squat est une des fores de cette récupération individuelle mais squatter sa propre maison ou une maison abandonnée, c’est de la récupération permanente et un affrontement direct et constant avec l’autorité du propriétaire. Souvent, cette forme d’action, pour individuelle qu’elle paraisse (elle concerne une famille ou un groupe de copains), revient à une action collective car, même lorsqu’il s’agit du refus d’évacuer et, donc, de squatter sa propre maison, cela ne peut se faire qu’avec un soutien ouvert ou indirect. Cette résistance a pris des formes très diverses mais toutes, semble-t-il, hors des partis ou des syndicats, s’apparentant plus aux groupes de solidarité, d’entraide, apparus dans les manifestations des latinos contre le projet de loi durcissant la répression contre les immigrants (voir Le géant s’éveille : comment, aux Etats-unis, s’est construit le mouvement contre la nouvelle loi pénalisant les immigrés, Echanges n°117, été 2006, et Les centres ouvriers : une nouvelle forme d’organisation prolétarienne, Echanges n° 126, automne 2008). Ces formes impliquent un changement de mentalité dans les relations de voisinage qui pourrait signifier l’apparition d’une communauté d’intérêt de classe et de la solidarité consécutive.

Là encore, on ne peut citer que des exemples car il s’agit de mouvements locaux qui ne se fédèrent que rarement au-delà d’un Etat. Leur diversité semble être aussi conséquente que leur nombre. Ils se meuvent en général de part et d’autre de la frontière de la légalité, de l’occupation pacifique à la violence pour empêcher les expulsions ou les ventes aux enchères.

En Floride, un groupe d’avocats bénévoles, Take back the law, anime une autre association, National Coalition for the Homeless, qui fédère une douzaine d’organisations similaires dans les Etats-Unis. Ils organisent une sorte de désobéissance civile, recensant les candidats SDF pour leur indiquer les maisons vides qu’ils ont repéré par ailleurs, tentant souvent de prendre de vitesse les prédateurs ou squatters. Ils donnent des conseils juridiques, à commencer par « produce the note », un acte qui peut bloquer une expulsion parce que dans la faillite des sociétés immobilières et la reprise des créances dans le chaos de la finance immobilière, personne ne sait plus qui est finalement le véritable détenteur de la dette.

Dans le Minnesota, une organisation similaire, Human Rights House, a organisé une sorte de réseau clandestin baptisé « Chemin de fer souterrain du monde moderne ».

Women in Transition, dans le Kentucky, fait la chasse aux propriétés à squatter pour les redistribuer.

Metro Atlanta Task Force for the Homeless entend rester plus dans la légalité : cette organisation locale démarche les banques pour négocier l’occupation légale des maisons abandonnées.

Un groupe de chômeurs du bâtiment de Cleveland (Ohio) répare bénévolement les maisons abandonnées pour les remettre à des SDF. Un groupe de New York, dans une brochure Housing, Race and the Shelter Industrial Complex (10), définit comme suit la tâche qu’il s’est assignée : « La raison pour laquelle nous nous battons pour le logement sans discrimation de race, de couleur ou de statut économique, est que jusqu’à un certain point, d’une manière ou d’une autre, chacun connaît des temps difficiles, et que personne ne veut connaître une plus grande déchéance que celle qu’il subit déjà. Rien qu’à Manhattan il y a assez de maisons abandonnées pour loger tous les SDF de New York. Picture The Homeless (PTH), avec ses alliés, l’a prouvé. Et pourtant il y a encore des hommes, des femmes et des enfants à la rue à New York, donc nous continuons notre combat. Nous voulons aussi faire prendre conscience du fait que si c’est le problème de chacun, nous avons besoin de tous pour le régler… Pour organiser des campagnes, il est difficile de trouver du temps afin de remplir un agenda politique plus poussé, surtout que des nouveaux affluent sans cesse. Beaucoup d’entretiens ne permettent pas de franchir une étape élémentaire. Il est important que ces entretiens ne se déroulent pas seulement dans une organisation particulière ; c’est une des raisons pour lesquelles PTH adhère à d’autres groupes comme Right to the City ou Coalition to save Harlem… »

Quelle est la dimension de telles organisations qui semblent avoir fleuri partout sur le territoire national ? Ce sont, sans doute, les mêmes qui organisent ou participent à des actions plus radicales – depuis des manifestations jusqu’à des actions directes contre les banques ou contre leurs dirigeants, en passant par des oppositions de fait aux expulsions ou la présence aux séances de tribunaux. Un slogan ambigu court sur Internet : « Le gouvernement ne veut pas réglementer les banques, alors on va les attaquer. » On ne sait pas quelle est l’importance nationale de ces Rapid Defence Team qui entendent organiser des mobilisations et intervenir contre les expulsions. On ne peut que citer le florilège de ces actions directes :

– plus de 30 banques ont reçu en octobre 2008 des enveloppes contenant une poudre blanche (menace réelle ou feinte ?) ;

– occupation, à l’appel d’ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now) d’une banque à Oakland par 40 personnes, bientôt virées par la police ;

– de telles occupations sont signalées dans différentes villes, mais elles dépassent les agences bancaires pour se reporter dans les tribunaux où se déroulent les procès contre les débiteurs défaillants, préalables à l’expulsion ; le nombre des « perturbateurs « peut monter jusqu’à 100 manifestants. Partout, la police intervient ;

– en février 2009, à Greenwich (Etat de New York), plus de 300 manifestants se regroupent devant le domicile de deux dirigeants de banques qui ont refusé de renégocier les prêts, les bloquent dans leur maison et couvrent les murs des environs de graffitis hostiles ;

– des mouvements sauvages sont signalés à Boston, Detroit, Memphis, Cleveland ;

– une organisation Bail out People Movement organise une manifestation à Wall Street ;

– le 9 avril, des milliers de manifestants, la plupart immigrants, défilent dans les rues de Los Angeles pour les droits des immigrés en raison de l’aggravation de leur condition sous l’impulsion de l’organisation Mexican National Brotherhood ;

– on assiste à une explosion de menaces (leur nombre a plus que doublé en six ans) contre les procureurs et les juges, à un point tel que certains d’entre eux doivent bénéficier d’une protection 24 heures sur 24, changer de route, installer des systèmes de sécurité… et a conduit à l’installation d’un centre national high-tech destiné à rechercher l’origine des menaces. Des bombes auraient été déposées devant certains tribunaux. Avant de procéder à une expulsion, les shérifs se font précéder de « spécialistes » qui s’assurent que la maison est bien vide et qu’il n’y a pas, comme cela s’est produit, de chien agressif ou de bombe artisanale (des conseils sont même donnés sur Internet pour piéger ainsi les « autorités ») ;

– une autre initiative qui relève de l’humanitarisme et vise à suppléer aux carences des services sociaux est cette clinique en plein air sur un stade de Los Angeles qui, du 11 au 18 août, a soigné et même opéré plus de 3 000 patients incapables de se payer un soin quelconque pour des maladies parfois graves (11). Les coupes claires dans les services de l’éducation semblent également provoquer des sursauts locaux qui apparaissent pourtant bien sporadiques ;

– le 21 mai, à Detroit, plus de 100 étudiants manifestent contre le licenciement de deux directeurs d’universités qui se sont opposés à un projet de 50 écoles, le licenciement de 33 principaux et de 900 enseignants ; – à Los Angeles, neuf enseignants sont en grève de la faim pour protester contre le licenciement de 2 250 enseignants ;

– à Santa Cruz, 100 enseignants et étudiants ont formé un Student of Colorado Collective contre les restructurations et l’augmentation des droits universitaires ; 450 d’entre eux manifestent le 22 mai et occupent les bureaux de l’université (deux arrestations).

D’autres initiatives, individuelles ou collectives se manifestent : repossession de terrains vagues ou publics pour y pratiquer des cultures de subsistances, à Detroit ou ailleurs ; travail gratuit offert par des chômeurs qui veulent garder la main pour l’avenir, ou ne pas sombrer, mais ce phénomène dont nous ignorons la dimension (il existe un site Internet qui recense de tels volontaires et les entreprises, généralement des start-up, disposées à les « accueillir ») laisse pour le moins perplexe ; on pourrait voir cela comme les différents systèmes de formation de chômeurs en France mais dus, là, à des initiatives privées (12).

Quel sens accorder à tout ce foisonnement de résistances tant individuelles que collectives, d’actes de désespoir comme d’actes offensifs, de démarches de survie, toutes actions souvent à la limite de la légalité ? D’un côté, on peut saluer ces initiatives qui, bien que n’empruntant pas des chemins traditionnels, témoignent de tentatives de changer quelque chose dans le système capitaliste. Mais d’autre part, on peut aussi en conclure que la tolérance du système (même si la répression en fixe les limites) réduit ces phénomènes sociaux de réponse à la crise à des adaptations, aidant l’ensemble du système capitaliste à surmonter sa crise sans en contester ni en menacer les fondements. C’est l’avenir qui tranchera. On peut quand même penser que, d’une manière ou d’une autre, ces expériences innovantes laisseront des traces.

Un article récent du Washington Post demandait : « Où sont passées toutes les protestations ? », pour conclure qu’il existait un grand mécontentement mais fort peu de manifestations. Pourtant , quand on voit que le gouvernement a rapatrié d’Irak des unités spéciales antiterroristes pour assurer la sécurité intérieure en cas de troubles sociaux, rôle normalement dévolu à la Garde nationale, ne peut-on penser que, lorsqu’il s’agit d’ordre social, la classe dominante est plus consciente des dangers qui la menacent que les groupes politiques traditionnels ? Et qu’elle accorde à des signes nouveaux et des méthodes inhabituelles de résistance plus d’importance que ces groupes, prisonniers de schémas orthodoxes de la lutte de classe ?

Ceux qui ont vécu les dernières manifestations antiguerre du Vietnam, en 1968, et tout le mouvement hippy, cherchent en vain à retrouver les mouvements et les actions qui ont marqué leur jeunesse. Il en est de même pour ceux qui remontent plus loin dans les luttes ouvrières pour tenter de retrouver des signes de grands mouvements des années 1930 ou des années 1970. « Ils peuvent observer que toutes ces luttes ont été suivies de quarante ans de conservatisme et d’offensive du capital. A quoi ont bien pu servir ces affrontements et pourquoi alors les renouveler ? Les limites de la protestation sociale et politique par les voies traditionnelles conduisent au cynisme. » L’auteur de l’article en conclut que le manque de symboles n’est pas du tout un manque de passion, et que les jeunes d’aujourd’hui ont une approche des problèmes qui les touchent totalement différente, utilisant tout un ensemble de techniques qu’au nom d’une éthique dépassée, les parents considèrent avec mépris.

Ces jeunes seraient plus intéressés par un affrontement direct avec le pouvoir que par des manifestations, et ce qu’ils font serait beaucoup plus efficace. La conclusion de l’article pose que cette situation constitue le socle d’un engagement politique que nous ne voyons pas.

La débâcle

de tous les services publics

Parmi tous ceux qui sont pris dans la tourmente des réductions de revenus, du chômage et des « repossessions » , et dont le nombre s’accroît sans cesse, on trouve ceux qui peuvent « s’en sortir », ceux qui trouvent des expédients pour ne pas subir trop durement ce qu’ils considèrent comme une « mauvaise passe » et ceux qui sombrent, qui désespèrent ou qui s’organisent pour résister et trouver une solution temporaire.

On parle beaucoup dans ce tableau des « classes moyennes », cette couche prolétaire qui vivait quelque peu le « rêve américain » sans trop se soucier des problèmes économiques, financiers, politiques, militaires qui s’accumulaient peu à peu. On parle beaucoup moins des autres prolétaires, américains, petits Blancs ou Afro-Américains, immigrants légaux ou illégaux qui, pour une bonne part, vivaient déjà cette précarité qui déborde aujourd’hui leur milieu traditionnel et pour qui la crise n’est, aggravée, que la continuation de ce qu’ils vivaient déjà depuis des années.

Les Etats en faillite.

La crise ne frappe pas seulement toute l’activité économique et le secteur financier. Mais aussi tous les appareils administratifs des collectivités diverses, depuis l’Etat jusqu’au moindre village, depuis les organisations politiques ou syndicales jusqu’aux collectifs variés de solidarité et d’entraide : tous dépendent de l’activité économique pour leur financement, fût-il minime, et l’afflux des « gens dans le besoin » rend leur activité encore plus précaire. Hallye Jorda, porte-parole du contrôle financier de l’Etat fédéral, peut annoncer : « On est à court d’argent, donc on vit en prélevant dans les fonds spéciaux comme le portefeuille dédié aux catastrophes naturelles. ». L’ensemble des services publics est touché. Ces dysfonctionnements sont si généraux et si polyvalents qu’on ne peut en citer que des exemples.

Les Etats vont cumuler en 2009 un déficit de 121 milliards de dollars et cherchent à le combler par des restrictions de tous ordres : fermeture des refuges, des écoles, des prisons, licenciement de fonctionnaires, réduction des aides… Les plus touchés sont ceux qui avaient emprunté pour financer des travaux publics d’aménagement et ne peuvent plus faire face aux remboursements. Les aides de l’Etat fédéral sont conditionnées à l’exécution de « réformes ». Un exemple en est donné par le secrétaire fédéral de l’éducation qui, visitant Detroit, soulignait qu’il était « absolument fondamental d’imposer de nouveaux règlements aux écoles renforçant les contrôles et introduisant le salaire au mérite ».

Wilmington (Ohio) est une petite ville de 12 000 habitants. La suppression, pour réduction d’activité, du hub de DHL (messageries et logistique, filiale de l’allemand Deutsche Post) entraîne le licenciement de 8 000 travailleurs (7 000 familles se retrouvent sans ressources). La ville, dont le fonctionnement dépendait totalement des impôts versés par l’entreprise et les travailleurs, se retrouve en faillite. Elle ne peut même plus assumer le service de l’hôpital local, à un moment où nombre de chômeurs se retrouvent sans assurance maladie. La soupe populaire, qui a dû créer 200 places supplémentaires, a du mal à accomplir son soutien quotidien.

Pontiac (Michigan), une ville de l’automobile proche de Detroit, perdra 20 % de ses impôts et doit réduire la moitié de son secteur enseignant ; 20 écoles sont fermées, ce qui touche 7 200 élèves.

Fin 2008, Birmingham (Alabama) (agglomération industrielle du Sud, 1 million d’habitants) se retrouve avec 3,2 milliards de dettes dans ce qui est considéré, pour une ville, comme la plus grande faillite de l’histoire américaine. Elle a emprunté aux banques pour la modernisation d’un réseau d’égouts et ne peut plus faire face aux échéances. La ville est passée sous contrôle fédéral.

Mansfield (Ohio), ville de 50 000 habitants, voit 1 200 travailleurs de General Motors à la rue et affiche 1 million de dollars de déficit. Flint (Michigan), autre ville de l’automobile, est véritablement ravagée ; elle doit fermer sa caserne de pompiers (90 licenciés) et même ses policiers. On pourrait multiplier les exemples à l’extrême.

L’Etat de Californie (taux de chômage 11 %), en janvier 2009, se retrouve avec 41 millions de dollars de déficit après une baisse du rendement des impôts et l’impossibilité de les augmenter (proposition rejetée par référendum le 19 mai). Parmi les mesures envisagées pour « redresser la barre » la suppression de l’assistance aux vieux, aux familles dans le besoin, des bourses d’études et le licenciement de 1 700 enseignants dont 600 dans le secondaire. Outre la polémique sur la fermeture des prisons et la vente éventuelle des locaux pénitentiaires, la suppression des garderies d’été prive 250 000 étudiants de tout revenu d’appoint. Dans l’Illinois, les réductions de l’aide aux démunis éliminent 240 000 assistés dont 160 000 malades mentaux.

Le 15 avril, le Centre des priorités politiques et budgétaires (CBPP, Center on Budget and Priorities Policy) annonce que 47 Etats sur 50 sont virtuellement en faillite, et que 40 d’entre eux ont réduit tous leurs services y compris les services d’assistance divers (18 sur la santé, 21 sur l’enseignement primaire, 28 sur le secondaire et les universités, 37 sur les effectifs de leurs agents)*.

Les restrictions concernant l’éducation tiennent non seulement aux restrictions de crédits des administrations diverses mais aussi au renchérissement des droits et des cours dans l’ensemble des établissements des trois niveaux de l’éducation mais beaucoup plus marqués pour le secondaire et le supérieur. Beaucoup d’étudiants ne peuvent même plus obtenir les prêts ; les « petits boulots » de complément ne sont plus accessibles en raison de leur raréfaction et de la concurrence des chômeurs et des retraités qui doivent compléter leur maigre retraite. Une enquête sociologique récente a conclu au sujet des Etats-Unis : « Nous sommes dans un pays où la population âgée est plus instruite que la population jeune. » Un autre aspect des restrictions budgétaires concerne les prisons, à un moment où l’appareil répressif est plus que jamais sollicité. Par exemple, faute de moyens, New York envisage de fermer quatre établissements pénitentiaires. En Californie, on assiste à un chantage : on vend les prisons de l’Etat et on libère les prisonniers si vous n’augmentez pas les subventions fédérales. Dans certains coins reculés où la prison est le plus important employeur, on assiste même à des mouvements populaires sur le thème « Sauvez nos prisons ».

H. S.

(à suivre : Aux Etats-Unis : conséquences sociales, restructurations et mesures d’adaptation à la crise (2))

ANNEXE

Les limites de notre étude

—— Un seul pays ? Parler de la crise, de ses effets et des mesures prises partout pour en endiguer les conséquences économiques et sociales, ne saurait concerner un seul pays : c’est un problème du capitalisme mondial même si chaque nation, inégalement touchée,peut être conduite à prendre des mesures spécifiques. Nous en sommes bien conscients, tout comme de l’interdépendance des effets et de telles mesures au-delà des frontières. Au sujet des nécessaires considérations théoriques générales (sur lesquelles existent des désaccords aussi bien du côté capitaliste que des réformateurs ou des « révolutionnaires »), il est bien difficile de dégager la réelle portée des mesures de sauvetage prises par les gouvernements, et leurs conséquences à moyen et long terme. Une seule certitude semble émerger : la tendance (qui n’est pas nouvelle mais qui s’est accélérée) à trouver de nouvelles sources de profit (restaurer le taux de plus-value) et dans la production de nouvelles marchandises et dans la modification des conditions d’exploitation du travail. Les tendances qui se manifestent déjà vont dans le sens des restructurations, des concentrations et des modifications des courants commerciaux. Ce sont les travailleurs qui en subissent le plus durement les effets. Plus que jamais, la lutte de classe reste l’élément essentiel des possibilités de survie du système.

Finalement, le seul sujet qui préoccupe vraiment tous les pouvoirs est de savoir quelle est la profondeur de cette crise. Est-ce une nouvelle de ces crises périodiques qui ont régulièrement secoué l’économie capitaliste et qui furent apparemment « surmontées » en quelques mois, ou bien est-ce une crise de la dimension de celle des années 1930 (qui ne fut d’ailleurs « résolue » que par la guerre mondiale) ? Une telle question se relie à celle que nous posions : quelles peuvent être les possibilités de survie du système ? Il semble, d’après des graphiques comparatifs établis sur la base 100 en juin 1929 et en avril 2008 pour une période d’une année, que la chute de la production industrielle mondiale suit des courbes identiques (Financial Times du 17 juin 2009).

—— Crise financière ou crise économique ? Une autre discussion, plus concrète, mais que nous ne voulons pas ouvrir ici, est de savoir si nous sommes en présence d’une crise financière ou d’une crise économique de surproduction. Le fait que la chute dans la crise ait été, aux Etats-Unis notamment, marquée par un effondrement financier peut conduire à penser qu’avec l’essor démesuré du crédit et l’autonomisation du capital financier par rapport au capital industriel, cette crise est avant tout une crise financière. Cette considération peut se trouver renforcée par l’ensemble des mesures d’urgence prises dans la plupart des Etats pour éviter l’effondrement de tout le système bancaire. Pourtant, les milieux économiques et les dirigeants politiques sont particulièrement attentifs à tous indices de production et de consommation qui pourraient indiquer la « fin de la crise », car c’est effectivement la reprise de la production capitaliste (donc de l’exploitation du travail dans d’autres conditions que celles qui ont conduit à cette crise) qui peut conduire éventuellement à cette « sortie de crise ».

—— Un élément essentiel. Nous ne voulons pas dans ce texte répondre à cet ensemble de questions. Même si nous insistons sur le caractère mondial de la crise, des mesures prises pour la surmonter et des résistances de classe, ce n’est pas privilégier un cas particulier que de considérer ce qui se passe aux Etats-Unis comme un élément essentiel dans l’évaluation des conséquences de la crise et dans les incidences des mesures prises nationalement pour tenter de la surmonter. Rien qu’à considérer l’estimation des pertes financières mondiales, celles concernant les Etats-Unis se chiffrent à 2 700 milliards de dollars sur un total mondial de 4 400 milliards de dollars, soit 60 % de ce total : les mesures américaines pour endiguer les conséquences de ces pertes sont donc essentielles, ce qui justifie de consacrer à ce pays un intérêt particulier.

Nous voulons montrer concrètement comment la crise s’exprime aux Etats-Unis, quelles en sont les conséquences d’abord sociales et quelles mesures sont prises sur tous les plans pour répondre à ces conséquences sinon pour surmonter la crise elle-même.

Quant à une conclusion, elle ne pourra être qu’à la mesure des incertitudes de la situation mondiale, tant dans l’évolution économique que dans les résistances de classe, et ne répondra certainement pas d’une manière satisfaisante aux questions que chacun peut se poser surtout pour un avenir proche.

NOTES

(1) Quelques chiffres pour relativiser l’essor économique de la Chine, dont on dénonce par exemple l’expansion en Afrique : en 2008, le montant des échanges de l’Afrique s’élevait à 425 milliards de dollars avec l’Union européenne, 224 milliards avec les Etats-Unis, 267 milliards avec le Japon, 186 milliards avec la Corée du Sud et…74 milliards de dollars avec la Chine, soit à peine 6 % du total – la Chine est par ailleurs surpassée par l’Inde et la Malaisie pour les seuls investissements. Autre exemple, le déploiement nucléaire : le nombre d’armes nucléaires recensé est de 10 500 aux Etats-Unis, de 14 000 en Russie, de 320 en France et de 180 à 240 en Chine (autant qu’en Israël). Même avec la réduction des arsenaux nucléaires (entre 1 700 et 2 200 pour la Russie et les Etats-Unis en 2012), la Chine resterait bien loin derrère les Etats-Unis (Le Monde du 24 avril 2009).

(2) Cette phrase souvent citée figure, selon le site internet en.wikiquote.org, dans un article de Russel Maguire, « In the Mercury’s Opinion : How Internationalists Gain Power » dans American Mercury d’octobre 1957, p. 79. La citation est précédée de la phrase « M. Henry Ford Sr dit en substance », ce qui indique que la citation peut être une simple paraphrase.

(3)Cette chute des revenus ne frappe pas toutes les classes sociales. De 2001 à 2007 on assiste à une distorsion dans l’échelle des revenus : pour le 1 % des plus riches le revenu s’accroît de 10 % par année ; pour les 99 % restant, il n’augmente que de 1,3 % par an, moins que le taux d’inflation. Les 15 000 familles les plus riches (0,1 % de la population) voient leurs revenus s’accroître de 5,46 % en 2006 et de 6,04 % en 2007 (ce taux annuel n’était que de 0,9% en 1979).

(4) Le terme « classes moyennes » pour parler de travailleurs est ambigu. Un exploitant agricole, un artisan, un commerçant... sont des travailleurs « propriétaires de leurs moyens de production »… en réalité propriétaires de dette. Faisant partie des classes moyennes, ils ont l’esprit d’entreprise...Pour ce qui est des prolétaires (n’ayant que leur force de travail à vendre), il y a effectivement une hiérarchie dans le salariat, qui va du sans-travail aux cadres. Mais la position « classe moyenne », en fait l’« aristocratie ouvrière », correspond plus à une hiérarchie mondiale de la force de travail, sans reprendre l’idée d’Engels considérant que pour l’Angleterre l’aristocratie ouvrière était payée avec les miettes du festin capitaliste. Point de vue fort discutable, car le taux d’exploitation y était plus élevé qu’ailleurs. Dans le contexte actuel, la grande disparité des revenus salariaux, à l’intérieur d’un même pays et internationalement, définit, indépendamment de toute place d’autorité et/ou de pouvoir, une sorte de hiérarchie des revenus dans laquelle les couches élevées peuvent bénéficier de conditions de vie impossibles à atteindre pour les couches les plus basses.

(5) Vu l’afflux de candidats fuyant la misère, l’armée a pu relever les conditions d’admission qui avaient été très abaissées pour assurer un minimum de remplacement dans l’armée de métier. En même temps l’âge limite a été relevé de 35 à 42 ans pour répondre à un afflux de demandes dont la courbe recouvre celle du chômage (« In sign of the times, older folks sign up for Army », Baltimore Sun, 16 août 2009).

(6) « Older workers rush back into jobs market as downturn wrecks their retirement plans » (Financial Times, 10 mai 2009).

(7) Left Turn, janvier-février 2009 : « Housing, Race and the Shelter –Industrial Complex » signé « par un tas de gens de Picture the homeless ». Picture the homeless est une organisation créée à New York par des sans-logis : www.picturethehomeless.org

(8) « Study : recession likely to leave kids worse off », The Washington Post.

(9) Chaque année on recense aux Etats-Unis 30 000 morts par armes à feu, une moyenne de 84 par jour.

(10) Voir note 7.

(11) Cette « clinique ouverte » a été créée par l’organisation humanitaire Remote Aera Medical (RAM) pour proposer des soins médicaux gratuits aux populations les plus démunies d’Amérique du Sud. Tout un symbole d’avoir à promouvoir la même activité au sein de ce qui fut l’Etat le plus riche des Etats-Unis.

(12) « Crisis spurs people to work for free- good or bad ? » (Agence Reuters, 13 juillet 2009).

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