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Dans le monde, une classe en lutte avril 2009

mardi 28 avril 2009

La crise continue de déferler dans le monde entier

Ce n’est ni une crise financière, ni une crise due à l’incompétence ou à l’avidité de quelques dirigeants, ni une crise due à la démission des politiques devant les impératifs du monde capitaliste, ni une crise due à la mise en œuvre durant des décennies d’une politique libérale à laquelle aurait pu s’opposer une politique de « régulation » du système capitaliste. C’est ce système capitaliste lui-même qui est en crise (voir à ce sujet la première page du précédent bulletin, janvier 2009). Tout ce qu’on nous annonce comme les « maux » divers qui en seraient la cause et qu’il faudrait éliminer pour la surmonter ne sont à la fois que des palliatifs temporaires, des masques d’espoirs fallacieux et tous les plans de relance ne feront que relancer la crise.

Tout cela est d’abord destiné à prévenir la révolte de ceux qui subissent le plus durement les conséquences de cette crise. De ceux du monde entier sans lesquels le capitalisme ne serait rien, ceux dont l’exploitation du travail fait la richesse et la puissance du capital. Il n’est pas possible dans ces lignes de retracer les causes profondes de la crise du capital. Le capital rénové, reconstruit, régulé, rafistolé, sous quelque forme que ce soit reste LE capital. Et c’est du capital que nous ne voulons plus.

Ce n’est pas un des moindres paradoxes de la crise qu’alors que plus de la moitié de la population du monde vit dans la misère, elle se manifeste comme une crise de surproduction entraînant fermetures d’usines, licenciements, chômage, réduction des salaires et de tous avantages. La capacité du capital à surmonter cette crise, ou tout au moins de le tenter, réside dans la possibilité : – de faire accepter aux travailleurs la réduction drastique de leur niveau de vie ; – de mater les révoltes que cette réduction pourrait entraîner.

Ce sont les points essentiels qui nous intéressent aujourd’hui, parce qu’ils concernent l’ensemble des travailleurs, et c’est autour de ces deux thèmes que nous voulons présenter la situation actuelle. Il ne fait aucun doute que ce que nous présentons comporte bien des lacunes. D’une part, tout ce qui peut nous parvenir à ce sujet est d’une telle abondance qu’il est impossible de tout citer. D’autre part, bien des luttes du monde entier ne nous sont pas connues (on a déjà de la peine à savoir ce qui se passe dans l’Hexagone). Mais ce qui se passe ici ou ailleurs, et qui peut avoir l’air d’une lutte ponctuelle, est un symptôme d’une situation qui peut se généraliser et doit être considéré comme un élément d’une lutte d’ensemble qui monte en puissance.

Tous les gouvernements (c’est-à-dire les capitalistes) sont bien conscients d’une tension sociale latente et, en toute incertitude devant des explosions sociales, prennent des mesures préventives. Ces mesures sont à la fois un renforcement des appareils et des dispositions légales répressives, et des démonstrations de force inégalées en toutes circonstances. Il s’agit, tout en faisant faire aux flics et et aux juges des exercices sur le terrain, de créer une atmosphère de dilution et d’absorption face à des tensions dont personne ne sait où et comment elles surgiront. En première ligne dans cette lutte de classes, les syndicats jouent leur rôle traditionnel de diffusion de ces tensions sociales. Ils ne peuvent guère prévenir les explosions ponctuelles de violence mais ils peuvent encore organiser ces contre-feux que sont les manifestations-promenades nationales. Un des membres du cartel syndical a déclaré récemment : « Il faut qu’il y ait de plus en plus de monde dans la rue et éviter que ne se développent des conflits durs dans les entreprises. »

Le 1er mai, nous assisterons à la troisième manifestation-promenade de l’année. L’unité nationale des appareils ne peut faire illusion : au contraire. Elle porte la marque de cette même tension sociale et d’une pression de base qui les contraint à une unité qui n’est jamais porteuse d’une radicalisation de la lutte.

Les poussées de violence au niveau des entreprises qui se répètent ponctuellement un peu partout en France expriment une autre forme d’unité de base dans l’action, et une cassure entre les bases syndicales et les appareils que ceux-ci essaient de combler par ces contre-feux espacés dans le temps.

LES DIFFERENTES FORMES D’IRRUPTION DE LA VIOLENCE DE CLASSE DANS LE MONDE

Toute forme de refus, même non violente est en elle-même une violence contre le système, une transgression des règles dont le système nécessite l’observance pour son fonctionnement. Occupations d’usines, séquestrations de dirigeants, manifestations de rue peu orthodoxes se répètent depuis des mois. Le pouvoir politique a une double attitude dans la répression. D’une part, ces actions ouvrières n’entraînent pas jusqu’à présent de répression violente, manifestement pour éviter une riposte ouvrière particulière ou collective de solidarité sur le site concerné ; les gouvernants peuvent également penser que les syndicats peuvent jouer leur rôle de contrôle social. D’autre part, par crainte d’actions directes, soit dans leurs déplacements individuels, soit dans leurs concertations collectives, les gouvernants s’entourent de protections policières hors de toute proportion avec ce qui se faisait habituellement. Sur ce plan, il y a des précédents anciens et/ou récents dont nous parlons ci-après et ces « précautions » ne sont peut-être pas si surfaites que cela.Pour le moment, les luttes ne mettent pas en cause le système lui-même, bien qu’indirectement elles le fassent en s’attaquant à la propriété et aux dirigeants de l’entreprise, symboles même des bases du système. Pour le moment aussi, les revendications ne concernent pas les fermetures ou les licenciements (les travailleurs impliqués semblent bien conscients qu’une reprise d’activité sous une forme quelconque dans le contexte mondial est quelque chose d’impossible) mais concernent les indemnités, soit pour le respect des obligations financières légales, soit pour davantage que celles-ci .Il n’est pas possible, dans la situation actuelle des luttes de dire comment elle peuvent se généraliser et de qu’elles innoveront par rapport aux luttes antérieures

Tout de que l’on a pu voir dans les derniers mois Plus qu’une manifestation. Est-ce un commencement ?

Chine – *4/4/2009 - Une marche vers la capitale. Dans le Hebei, province au sud de Beijing, Baoding, une usine textile, est fermée depuis une semaine pour un transfert d’un exploiteur à un autre, laissant les 4 000 travailleurs sans ressources. 1 000 d’entre eux décident de marcher sur la capitale distante de 140 km mais ils sont stoppés après 40 km , après palabres, menaces et dissuasions. Seuls quelques irréductibles sont encore sur les lieux. D’une certaine façon, les travailleurs de Continental qui veulent marche sur l’Elysée pour u accompagner leurs délégués procèdent de la même démarche politique.

Le blocage de l’usine par des piquets de grève.

France – *23 février 2009 – Les travailleurs d’Eurostyle (garnitures plastiques de voitures), sous-traitant de l’automobile à Châteauroux (Indre), bloquent l’usine. L’entreprise qui emploie sur toute la France 1000 travailleurs est en faillite et un repreneur en licencierait la moitié. Ils sont rejoints dans leur grève avec blocage par les autres usines du groupe de Lieu-Saint-Amand (Nord), Saint-Clément (Yonne) et Falaise (Calvados). Le but est de paralyser les constructeurs-clients pour qu’ils interviennent pour faire augmenter les indemnités de licenciement. Le 24 février, les travailleurs de Plastic Omnium de Saint-Romain-de-Colbosc (Seine-Maritime), qui doit fermer en juin, ont obtenu après seize jours de blocage une hausse de leurs indemnités. *Début mars, Graphic Packaging, trust mondial de l’emballage et du conditionnement (15 000 travailleurs dans le monde) implanté à Masnières près de Cambrai (Nord) (127 travailleurs) et à Pont-de-Claix près de Grenoble (Isère) annonce la fermeture de cette dernière usine pour le 9 mars. Les ouvriers de l’Isère tentent de bloquer l’usine du Nord le 23 février. Mais c’est sans lendemain et le 27 février, ils acceptent le plan social et lèvent le blocus de leur usine pour reprendre quelques jours de production. Etats-Unis – *21/3/2009 –Les travailleurs Dover Chemical Co à Dover (Ohio) en sont à leur sixième semaine de grève après avoir rejeté par 104 contre 2 le nouveau contrat proposé par le direction. Le piquet de grève a été attaqué. *20/3/2009 – Dans le mine de Rosebud dans le Montana ( Western Energy) 300 mineurs sont en grève pour les salaires et une amélioration du nouveau contrat offert par la firme. *28/1/2009 – Chez un sous-traitant de l’aéronautique, Vought Aircraft à Nashville dans le Tennessee , les 900 travailleurs mettent fin à trois mois et demi de grève suite à la menace d’embaucher des travailleurs de remplacement (qui, d’après la loi américaine, peuvent prendre la place des travailleurs en grève même après la reprise du travail). Ils doivent accepter un nouveau contrat lequel, contre une augmentation immédiate de 0,75 $ de l’heure et 0,50 les deux années suivantes, supprime pour les entrants la retraite, impose le gel des salaires pour ceux qui ont moins de 16 ans d’ancienneté et prévoir un plan de départ volontaire pour ceux qui ont plus de 16 ans d’ancienneté, avec de 20 à 25 000 dollars d’indemnité

Les occupations dans le monde

France- Plus d’une centaine de travailleurs sans-papiers occupent toujours sans faiblir depuis de dix mois l’annexe de la Bourse du travail de Paris qui est devenue une sorte de squat permanent, sans qu’une expulsion policière ou syndicale ait été tentée. *Le 5 mars, 40 sans-papiers occupent un centre de tri de déchets de Montlignon ( Val-d’Oise) pour obtenir leur régularisation. La société Val d’Horizon, filiale de SITA, les embauche à la journée et la preuve de leur contrat temporaire ne leur est remise que lors de leur paie mensuelle.- * 6 mars 2009 – Nantes ( Loire-Atlantique) : Gross International ( matériel d’imprimerie), filiale à 100 % d’un fonds de pension américain pratiquant le LBO veut liquider l’entreprise pour capitaliser en argent frais son acquisition. La première étape est la fermeture de l’usine de Nantes, avec transfert de toute la production à l’autre usine du groupe à Montataire (Val-d’Oise), au nord de Paris : les 300 travailleurs réagissent, occupent l’usine et demandent l’annulation du transfert et la réintégration du directeur, licencié pour s’être opposé à l’opération. L’occupation prend fin le 11 mars sur la promesse transmise par un délégué CFDT que des discussions vont commencer pour que certains services soient maintenus à Nantes.

Canada – *mars 2009 – A Bauer Industries à Windsor ( ville frontalière très proche de Detroit), fournisseur de General Motors, 35 ouvriers bloquent l’usine pendant cinq jours pour empêcher tout mouvement de pièces et de matériel après l’annonce qu’ils n’auront pas de travail jusqu’à nouvel ordre *.6 mars 2009 – A la suite d’une grève de trois semaines, la firme Simmons a fermé en septembre 2008, définitivement, son usine de matelas de Toronto, jetant à la rue 150 travailleurs. Mais sans leur payer les indemnités légales. De guerre lasse, 30 ouvriers occupent l’usine le 6 mars et sont décidés à y rester tant que la banque de la firme n’aura pas fourni une lettre autorisant un crédit permettant de payer l’arriéré de six semaines de salaires. *12 mars 2009 – A l’annonce de leurs licenciements parce que Chrysler a rompu le contrat de sous-traitance, les 80 ouvriers des firmes sœurs Aradco et Aramco à Windsor bloquent les usines pour empêcher la sortie des stocks et des machines outils. Aidés par des travailleurs des usines voisines, ils stoppent tout mouvement de camions pour finalement entrer dans les usines et les occuper jour et nuit. L’occupation se termine le 19 mars après que le syndicat CAW ait obtenu de Chrysler un accord d’indemnisation voté par 64 % des ouvriers qui évacuent alors les usines.

Venezuela – *De janvier à mars, différents sites de montage automobile sont occupés pour des questions de salaires et d’avantages sociaux. Mitsubishi , Hyundai et Fusi en janvier, et le 24 mars, 1 600 ouvriers de l’usine Toyota de Cumana.

Grande-Bretagne – *2/4/2009 – Visteon, filiale équipementière de Ford (33 500 travailleurs dans le monde), avec trois usines au Royaume-Uni où la direction annonce le licenciement de 565 travailleurs sur 610 : d’abord à Finaghy près de Belfast (Ulster), où 200 ouvriers occupent immédiatement l’usine, à Basildon ( banlieue est de Londres) puis à Enfield ( banlieue nord de Londres) où 130 ouvriers s’installent sur le toit de l’usine. Ils envoient des piquets à l’usine proche Ford de Dagenham. En France, conflit latent à l’usine Visteon de Gondecourt (Nord), après la suppression de 101 postes d’intérimaires.

Hollande -*16 mars 2009 - Après une grève d’avertissement sur le tas le 6 mars, les 500 nettoyeurs d’avions de l’aéroport de Schiphol près d’Amsterdam se sont mis en grève générale le 16 mars, occupant les lieux. Après une tentative avortée de faire déclarer la grève illégale par un tribunal, les compagnies tentent de briser la grève avec des jaunes mais le 31 mars, la grève était toujours reconduite de 24 heures en 24 heures. Parmi les revendications, l’obligation de fournir des transports, des locaux propres et la sécurité d’emploi.

Russie –* 31/3/2009 – Mine de Chikha près de Rostov. Les mineurs restent au fond de la mine et jurent de ne remonter qu’après paiement de trois mois d’arriérés de salaires.

Irlande – *Waterford Crystal, verrerie, a cessé toute activité en janvier dernier. Le 30 janvier, une partie des 480 travailleurs licenciés ont bousculé les gardes de l’usine vide et l’ont envahie. Ils ont été rejoints par 200 ouvriers d’autres usines de la ville licenciés en 2008. L’usine occupée est devenue une sorte de QG des chômeurs du coin, aménagé pour toutes formes de survie. Grève et occupation se terminent le 22 mars après huit semaines avec l’intrusion d’un repreneur qui ne maintiendra que 176 postes de travail sur 480 ; 800 travailleurs au chômage se partageront 10 millions d’euros (12 500 par tête).

L’occupation et la reprise d’activité en autogestion

Cela n’est possible que dans de petites unités économiques qui fabriquent un produit vendable directement au public, souvent au prix d’énormes difficultés juridiques autant que d’approvisionnement. Pour le moment, on n’en parle qu’en Argentine, dans la foulée de l’insurrection de 2001. Récemment, deux petites entreprises abandonnées par leur patron ont été « reprises » et tentent de s’autogérer sous forme de coopératives : une fabrique de pâte Disco de Oro (11 familles en vivaient) semble avoir surmonté des difficultés de fourniture de farine ;- une usine textile ( filature et tissage de coton), Febatex à Quilmès, dans la banlieue de Buenos Aires : après des licenciements successifs malgré une charge de travail de 12 heures par jour, s’est vue d’abord couper le courant et cherche une reconnaissance juridique.

Blocage de voies de communication

France -* 6/3/2009 – Des étudiants et des profs bloquent pendant trois quarts d’heure les voies de la gare Montparnasse à Paris. Ils sont attaqués par la police alors qu’ils se retirent.

Egypte- *5 /2/2009 – 500 cheminots des ateliers Kom Abu Radi à al Wasta au Caire en grève sauvage tentent de bloquer la gare principale Ramsès et se bagarrent avec les forces spéciales de sécurité venues les en chasser. Le conflit concerne une promesse de primes majorées impayée. Menace de reprendre la grève si de nouveaux engagements présentés par le syndicat officiel ne sont pas tenus.

Bangladesh – *9/3/2009 – Pratiquement tous les conflits font sortir les travailleurs des usines pour bloquer les principales routes alentour. A Chittagong, principal port du pays, les ouvriers d’Azam Knitting bloquent l’autoroute proche de l’usine pour des salaires impayés. A Jurain, près de la capitale Dhaka, plusieurs centaines d’ouvriers de General Garment manifestent et bloquent également un axe routier proche pour une revalorisation du salaire aux pièces.

Séquestrations

Chine – *25/2/2009 –Usine Panasonic Electronic Devices à Beijing : les travailleurs licenciés occupent l’usine pendant six heures et y séquestrent trois des dirigeants.

France –* 2/2/2009 – L’usine Brocard et Roux (BRS) de Devecey, près de Besançon (Doubs), équipementier, veut délocaliser en Slovaquie et entreprend de déménager clandestinement le matériel tout en mettant en faillite. Les 40 ouvriers bloquent les camions de déménagement, séquestrent le patron anglais et l’accompagnent au tribunal pour la liquidation judiciaire qui autorise la poursuite de l’activité. Le patron doit rapatrier tout le matériel déjà transféré. *13/3/2009 – Pontonx-sur-l’Adour (Landes) : usine Sony ( électronique), séquestration du P-DG dans l’usine bloquée contre la fermeture du site le 17 avril mettant 311 travailleurs à la rue. Une journée de négociations suffit pour obtenir une indemnisation conséquente : 10 000 euros par travailleurs, en plus d’un mois de salaire par année d’ancienneté, avec un plancher de 45 000 euros. *24/3/2009 – Usine pharmaceutique 3M à Pithiviers (Loiret). Le trust veut supprimer 110 emplois sur 235. La grève illimitée a débuté le 20 mars pour une meilleure indemnisation et pour des garanties d’emploi. Le directeur est séquestré le 24 et libéré le 25 à minuit avec l’ouverture de pourparlers. Reprise le 2 avril après un vote à 80 % pour un accord comportant le report des licenciements à novembre 2010, une prime plancher de départ de 30 000 euros, une prime de transfert de 5 000 à 7 000 euros et des garanties d’emploi de quinze mois pour les licenciés. *30 et 31 mars 2009 – Deux usines Caterpillar ( trust mondial : 22 000 travailleurs) de Grenoble et d’Echirolles (banlieue d e Grenoble) annoncent 733 licenciements sur 2 800 travailleurs. Les usines sont occupées et 4 directeurs sont séquestrés mais libérés le 1er avril. Depuis, les tractations continuent pour augmenter les indemnisations (dernières propositions patronales : 60 % du salaire mensuel par année de présence avec un plafond de 10 000 euros) *31/3/2009 – A la sortie d’un comité d’entreprise européen du groupe PPR (grands magasins et industrie du luxe, plus de 141 % de bénéfices en 2008) au cours duquel a été annoncé la suppression de 1 800 postes dans les enseignes La Redoute (vente par correspondance), Conforama ( installations d’intérieur), FNAC (livres, disque, électronique, fermeture de FNAC Bastille, 400 licenciements), Grand Hôtel, Monoprix, le « grand patron » Pinault ( ami de Sarkozy) est bloqué dans un taxi par un barrage de poubelles et 100 travailleurs du groupe, rue de Javel dans le 15e arrondissement de Paris et copieusement injurié. Il doit être délivré par les flics au bout d’une heure. *30/3/2009- FCI Microcommunications (cartes à puce, firme passée de fonds de pension en Areva et autes mains). Usine de Mantes-la-Jolie (Yvelines, banlieue ouest de Paris) fermée pour délocalisation à Singapour . 400 travailleurs sont en grève avec occupation jour et nuit depuis cinq semaines pour une meilleure indemnisation. 2 directeurs séquestrés pendant quatre heures doivent être délivrés par les flics. Malgré un jugement d’expulsion, l’occupation est maintenue. *29/1/2009 – Fulmen, batteries de voitures et de camions, usine du trust Exide Technologies, doit être fermée : les travailleurs en grève contraignent le patron à manifester avec eux à Auxerre (Yonne) lors de la journée de grève intersyndicale, l’ayant obligé à revêtir un tee-shirt portant le nombre de travailleurs licenciés. *11/3/2009 – A l’automne 2007, les deux usines du trust Continental de Clairoix (Oise) et de Sarreguemines avaient accepté, sous les chantage à la fermeture, l’abandon des 35 heures et le passage aux 40 heures. Au début de l’année, le trust du pneumatique annonce qu’il va fermer deux usines européennes, celle de Hanovre (5 000 travailleurs) et celle de Clairoix (1 100 travailleurs) à la date limite du 31 mars 2010, les premiers licenciements débutant en octobre 2009. Cette usine se met en grève et la colère éclate lorsque les ouvriers font au directeur une haie d’honneur sous une pluie d’œufs et de godasses ; il reçoit même un coup de bâton sur le crâne. Le 25 mars, alors que les représentants syndicaux sont reçus à l’Elysée, 1 000 travailleurs, épaulés par d’autres travailleurs de la région parisienne tentent de gagner l’Elysée mais, bloqués par les flics place Saint-Augustin, y font un barrage de pneus enflammés. Un comité central d’entreprise qui devait se tenir près de l’usine a été « délocalisé » à Nice pour fuir loin de l’action ouvrière. L’occupation de l’usine et différentes manifestations dont celle de Paris qui a vu pour la première fois une grande avenue de la capitale barrée par une barricade de pneus en flammes, mais n’ont guère modifié présentement la situation. Cela fait longtemps qu’une manifestation de travailleurs dans la capitale réussit à bloquer une grande avenue. Dans le même temps, Continental embauche en Roumanie et envisage de délocaliser en Chine. Le niveau de la combativité ouvrière peut être donné par ce propos d’un ouvrier de Clairoix : « Il nous faut des sous pour payer un train pour aller jusqu’à Hanovre ( le 23 avril au CE du groupe), mais ça peut aussi nous servir pour acheter des kalachnikov, des bazookas, des tanks… » Il y a une forte volonté pour tenter d’ouvrir le conflit vers l’extérieur, non seulement vers les usines du coin mais aussi vers des sites placés dans la même situation comme les aciéries de Gandrange. Pour le moment, le mouvement semble stagner, pris dans des problèmes juridiques. Les difficultés du groupe Continental ne sont pas tant dues à la crise qu’à une reprise hasardeuse par un autre trust allemand : Schaeffer, un petit qui, tentant d’absorber un gros, ne peut faire face aux remboursements des crédits bancaires ayant permis cette opération.

.La désobéissance civile

France – *Dans le dernier bulletin, nous avons parlé des enseignants du primaire qui refusent d’appliquer des réformes qu’ils jugent inutiles et dangereuses. Plus de 2 000 se sont déclarés comme « désobéissants » mais ils seraient plus nombreux à adopter cette pratique sans le dire, car se déclarer entraîne des sanctions, pas seulement financières. Distinctement de cette pratique dans l’Education Nationale, un réseau nommé Les Désobéissants s’est constitué autour d’un Manifeste des désobéissants qui compterait plus de 4 000 personnes pouvant se trouver impliquées dans des actions tant individuelles que collectives.

Mutineries

Bangladesh – *25/2/2009 – 45 000 paramilitaires se rebellent depuis la capitale jusque dans les zones frontalières. Ils exécutent 73 officiers (toute la hiérarchie de leur corps). Leur rébellion n’est aucunement politique mais économique : ils demandent une hausse de salaires, des primes diverses et des jours de repos. Encerclés par l’armée régulière, ils finissent par capituler ; plus de 200 sont immédiatement arrêtés. Mais plusieurs centaines réussissent à s’enfuir avec leurs armes et ce qu’ils ont dérobé aux officiers.

.L’occupation des espaces publics

Quand les manifestations cesseront-elles d’être des promenades contrôlées et quelques escarmouches de « fins de manifs » ?

Irlande – *Dublin – 21 février - Plus de 120 000 manifestants dans la rue à l’appel du syndicat ICTU, entre autres contre la baisse de 7 % des salaires et des retraites des fonctionnaires. Dans le calme. Ce qui permet d’organiser une autre manifestation tout aussi inefficace

Ukraine –* 24/12/2008 – A l’appel des syndicats, des milliers de travailleurs manifestent à Kiev, la capitale, contre licenciements et réductions de salaires.

France – *Une troisième manifestation-promenade conviée par tous les syndicats « unis » est prévue pour le 1er Mai, les deux précédentes n’ayant rie stoppé, surtout pas la vague de licenciements.

Japon – *Nouvel an 2008 : 6 500 travailleurs temporaires licenciés sans indemnités et SDF improvisent une cité de tentes dans le parc adjacent au ministère du Travail. Aujourd’hui, au Japon, plus d’un tiers des 55 millions de travailleurs sont des intérimaires sans aucune garantie d’emploi et sans aucune possibilité d’une aide quelconque s’ils sont licenciés. Des rassemblements publics se déroulent régulièrement dans les grands centres industriels regroupant les travailleurs licenciés. Les syndicats tentent de canaliser ces mouvements en créant des syndicats pour les chômeurs ou pour les travailleurs étrangers. Comme le déclare le secrétaire général de Rengo, la principale confédération syndicale japonaise : " Nous pensons que les mouvements actuels doivent être guidés par un souci de solidarité plus que par une volonté d’affrontement ." *Mars 2009 – Cerizay (Deux-Sèvres), entreprise Heuliez, sous-traitant de l’automobile, pratiquement en faillite. Plus de 100 travailleurs sont menés en bateau autour du financement d’un projet d’une voiture électrique. Manifestations diverses et interventions politiques n’apparaissent que des atermoiements.

Les récupérations

France ( Voir précédent bulletin) *Le 18 février, pique-nique sauvage au supermarché Casino de Paris (20e ), à l’appel d’un collectif d’organisations et de coordinations diverses, en toute impunité. Des actions semblables à Rennes et à Grenoble.

Le passage à l’étape supérieure, des cailloux aux plombs : la crise, l’huile sur le feu qui couve dans les banlieues

France – *14 mars 2009 – Quels que soient les incidents ponctuels (souvent un mort suite à des bavures policières) qui sont l’étincelle d’une explosion locale temporaire, ces explosions qui ne sont pas nouvelles montrent pourtant des caractères originaux, inquiétants pour le pouvoir. D’une part, la répétition d’invasion d’établissements scolaires avec affrontements violents de bandes (que le pouvoir entend juguler dérisoirement par l’installation de caméras-vidéos de surveillance et par la criminilisation d’un nouveau délit : l’appartenance à une bande).D’autre part, l’usage des armes dans ces explosions ponctuelles de violence Le 2 février, à Grigny dans l’Essonne (banlieue sud-est de Paris), quatre policiers sont touchés par des tirs de carabine ; *le 8 mars à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne, banlieue est de Paris), un CRS est blessé par un tir ; le 14 mars aux Mureaux ( Yvelines, banlieue ouest de Paris), dix flics sont blessés par balles ; dans la nuit du 14 au 15 mars, le commissariat de Montgeron (Essonne) reçoit la visite nocturne des plombs d’un fusil de chasse. De tels tirs ne sont pas totalement nouveaux mais étaient restés isolés alors que leur répétition témoigne d’un accroissement des tensions et d’une détermination nouvelle. On peut ajouter à ce palmarès l’utilisation d’armes à feu contre la police dans les récentes émeutes de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion

.La criminalité

France – 21/1/2009 – En 2008, les statistiques officielles de la criminalité révèlent une forte augmentation des braquages contre les petits commerces et un essor jamais connu d’escroqueries et autres infractions économiques et financières ( notamment par Internet).

Quand rien d’autre n’est possible

France- *Sur le site de Lacq, l’usine chimique de Pardies (Pyrénées-Atlantique) d’Acetex Chimie, filiale de la multinationale américaine Celanese Corporation, annonce sa fermeture le 23 mars. Cette fermeture entraîne non seulement le licenciement de 350 travailleurs mais aussi d’usines voisines qui en dépendent : Yara (127 travailleurs) et Air Liquide ( 29 travailleurs). Tous entreprennent une grève de la faim symbolique se relayant pas groupe de trois chaque jour à partir du 28 mars.

Russie – *13/3/2009 – L’Aciérie ( aciers spéciaux pour l’aéronautique, le spatial et les sous-marins) de Zlatoust (9 000 ouvriers), ville de 200 000 habitants à 160 km de Tcheliabinsk dans l’Oural, veut réduire les salaries d’un tiers et menace de licencier si non-acceptation (salaire de base : 5 000 roubles mensuels : 140 $) . La grève de la faim de 16 ouvriers sur le site est déclarée « illégale ». La plus grande aciérie de Russie Severstall a licencié 9 500 travailleurs. Pour toute la Russie, en janvier et en février, officiellement, 800 000 travailleurs ont été licenciés, le taux de chômage atteint 8,1 %.

Les ambiguïtés de la lutte de classe Immigrés et préférence nationale

Union européenne - Le problème est double : d’un côté, il y a les immigrants, clandestins ou pas, venant de tous les pays du monde hors UE ; d’une autre côté, les immigrants venant d’un Etat de l’UE pour travailler dans un autre Etat de l’UE et à qui sont garanties la liberté de circulation et d’établissement dans toute l’UE. Tant que l’économie était prospère, ces deux sortes d’immigrants étaient tolérés, ce qui n’excluait pas des conflits. Leur cause n’était pas tant due à une compétition économique car, souvent, les premiers prenaient les emplois que les nationaux ne recherchaient pas, ces derniers trouvant facilement des emplois moins durs et mieux payés. Mais, vivant dans des conditions précaires, ces immigrants de tous ordres, bien que contribuant à la prospérité des Etats « accueillants » (doublement, directement par leurs conditions de travail et de salaires et indirectement par la pression sur le niveau global des salaires), étaient souvent considérés comme des « marginaux », un sous-prolétariat plus ou moins dangereux. Les tensions entre « nationaux » et « non-nationaux » étaient exacerbées par les différences culturelles et de modes de vie, et elles ont parfois dégénéré en des affrontements violents. La crise économique a accru ces tensions, d’autant plus que le chômage a poussé les nationaux vers les emplois occupés par les immigrants. Des sondages récents dans les pays « riches » de l’UE ont montré l’ampleur d’un revirement d’opinion et quelques conflits ont confirmé cette opposition entre « nationaux » et « immigrants ». Deux pays retiennent particulièrement l’attention des enquêteurs : l’Espagne, où les 5 millions d’immigrants venus d’Afrique, d’Europe de l’Est et d’Amérique Latine dans les dix dernières années doivent affronter la réalité d’un chômage qui atteint 20 % de la population active. La Grande-Bretagne, qui a attiré 1 500 000 Polonais (la moitié dans la capitale) arrivés après 2004, et où des événements récents que nous évoquerons dans le prochain bulletin ont entraîné des débats politiques autant qu’idéologiques.

Etats-Unis – *mars 2009 – Chacun sait qu’aucune disposition technique ( notamment la barrière à la frontière mexicaine) ou répressive n’endigue le flux de tous les Latinos qui, au péril de leur vie, tentent d’entrer sur le territoire américain. On essaie de limiter le flux par tous les moyens, même les plus indirects. Dans la loi sur le sauvetage des banques votée récemment par le Congrès, un disposition a été introduite subrepticement, limitant l’accès aux banques ayant obtenu des avances de l’Etat pour les firmes ayant obtenu des visas pour l’embauche de travailleurs immigrés.

Grande-Bretagne - *Arme de dissuasion – 17/3/2009 – Le ministre britannique de l’Immigration a annoncé être en négociation avec son homologue français pour construire à Calais un centre de rétention spécialement destiné à ceux qui rêvent de traverser la Manche, et qui n’ont pas le profil pour y accéder. La Grande-Bretagne financerait des charters pour les reconduites dans les pays supposés d’origine, à grands renforts de publicité pour dissuader les candidats éventuels d’entreprendre le voyage.

Dubaï –* 17/3/2009 – Ne pas confondre. Il ne faut pas confondre les expatriés — les expats — et les immigrants. Les premiers sont des cols blancs bien payés qui n’ont rien de commun avec ce sous-prolétariat d’esclaves drainés de tout le Sud-Est asiatique vers les émirats pétroliers. Mais la crise les frappe tout autant. Pour eux, le gouvernement de Dubaï aménage les règles qui contraignent un immigrant au chômage à quitter le pays dans les trente jours, avec interdiction d’aller s’embaucher directement dans une autre entreprise. Ils s’aperçoivent aussi qu’ils ne sont pas mieux lotis que le tout-venant des immigrants : ils peuvent avoir du mal à se faire payer leur dernier salaire, quand aux indemnités de licenciement et autres avantages d’une vie apparemment dorée, comme l’écrit un commentateur, « l’Eldorado s’est évanoui dans le désert ». Plus de 3 000 voitures sont abandonnées sur le parking de l’aéroport de Dubaï par des immigrants cols blancs qui se sont endettés et qui, ayant perdu leur emploi, échappent ainsi en s’enfuyant clandestinement à la prison pour dette, encore pratiquée dans cet eldorado. Plusieurs dizaines de milliers d’expats auraient regagné la mère-patrie de cette façon. Chine -*Février 2009 – On trouve pas mal d’articles sur les fermetures d’entreprises en Chine et sur les licenciements conséquents (souvent avec salaires impayés), ce qui déclenche des révoltes locales que les gouvernements locaux tentent d’endiguer en se substituant aux patrons défaillants pour régler les dus, tout au moins en partie. Mais peu de chose sur le sort des quelque 20 millions de migrants qui furent les premiers jetés à la rue ( ils seraient 15 % parmi les 130 millions de migrants). Un certain nombre ont pu retourner dans leur campagne d’origine ce qui, dans les régions pauvres, est une chute dans la misère.

Espagne – *Février 2009 – Depuis que la crise frappe durement l’Espagne ( chômage à 14 %), la chasse aux clandestins s’est intensifiée. Une circulaire policière ordonne aux flics « d’interpeller les sans-papiers où qu’ils soient, où bon leur semble », avec des quotas d’arrestations hebdomadaires ; les Marocains seraient davantage ciblés car leur rapatriement ne coûte pratiquement rien ( ils n’ont que le Détroit à traverser). Depuis 2007, plus de 100 000 sans-papiers ont été ainsi expulsés.

Italie – *Février 2009 – L’étape que constituait l’île de Lampedusa pour prendre pied sur le territoire italien a changé de rôle : ce qui était un centre d’accueil autorisant quelque espoir ( 30 000 immigrants en 2008) a été transformé en centre d’expulsion. Le 24 janvier, 700 immigrés de ce centre se sont révoltés, ont enfoncé les grilles de clôture et ont manifesté dans la ville de Lampedusa. Le 18 février, les prisonniers ont mis le feu au centre pour protester contre le rapatriement de 107 Tunisiens ; 60 immigrants blessés lors de l’intervention des flics.

.Ukraine – *Décembre 2008 – Le commerce des immigrants. Pour ceux-ci, la mafia ukrainienne est beaucoup moins chère que la mafia turque, ce qui fait que le flot de ceux qui veulent entrer dans l’Union européenne ne tarit pa . Pour tenter d’y remédier, un autre commerce s’est développé : l’UE finance ( 40 millions d’euros) la construction de centres de rétention en Ukraine contre les promesses d’un future entrée dans le cercle européen. Mais ceux qui se font prendre ne peuvent rester plus de six mois emprisonnés et tentent de nouveau et immédiatement leur « chance ».

Grèce, une situation de résistances exceptionnelles.

(voir précédent bulletin sur les émeutes de décembre 2008). *Janvier. Au moins 62 universités encore occupées et ouvertes à tous et aussi quelques lycées Les employés de la Compagnie des eaux à Thessalonique sont en grève contre la privatisation et la corruption des chefs, occupant le bâtiment de la compagnie (même s’ils sont terrorisés par les patrons). Le bâtiment du syndicat des Journalistes est occupé par des jeunes et des employés des médias (Athènes). Un café municipal est occupé par des anti-autoritaires pour fonctionner comme espace ouvert pour la contre-information, la discussion et la coordination des actions. *Fin janvier, pendant près de deux semaines, occupation de l’Opéra national par des danseurs, ouverte à tout le monde pour des discussions et des débats. Beaucoup d’actions à cette période étaient liées à l’attaque d’acide sulfurique contre une gréviste, Konstantina Kouneva (voir précédent bulletin) femme de ménage, meneuse d’une grève. La société pour laquelle elle travaillait était dirigée par un député du Parti socialiste. *Mardi 3 mars, à une heure du matin, après avoir demandé aux voyageurs de sortir (c’était le dernier arrêt), quelques passagers masqués et déguisés ont brûlé entièrement un train et le feu s’est étendu aux autres wagons, causant 16 millions d’euros de dégâts. La société ferroviaire ISAP était l’employeur de Konstantina Kouneva *Vendredi 6 mars, des activistes ont occupé une gare de la société ISAP mettant hors d’action les distributeurs de billets. *Samedi 7 mars, les bureaux de la Compagnie nationale d’électricité, une autre entreprise qui emploie des femmes de ménage alors en grève, étaient incendiés et 7 véhicules de cette société étaient détruits. Précédemment, les bureaux avaient été occupés par des manifestants par solidarité avec K. K., comme d’ailleurs quelques bureaux d’ISAP. Il y eut beaucoup d’attaques contre les distributeurs de marchandise et les magasins (particulièrement ceux des vendeurs de voitures de luxe). *Début janvier, des chaînes d’épiceries étaient attaquées et les chariots remplis avec de la nourriture et d’autres marchandises furent donnés aux gens faisant leurs courses dans les marchés. Mais plus récemment (dimanche 8 mars), il y eut des incendies contre un grand centre commercial dans le sud d’Athènes (Dafni), qui fut complètement détruit. Le 8 mars aussi, le Secrétariat général d’employés (à Kalithea) et le bureau de l’Inspection du travail (à Agioi Anargyroi) étaient sérieusement endommagés. *En janvier et février, il y eut beaucoup d’actions de la part des fermiers/paysans demandant une augmentation des subventions, des retraites, et la baisse du prix de l’essence. En janvier plusieurs autoroutes ont été bloquées en Grèce pendant quelques jours, et en Crète ils ont occupé des pistes de l’aéroport, imposant l’annulation de plusieurs vols. 500 millions d’euros d’augmentation des subventions ont été obtenus, mais la Crète n’était pas incluse dans cet arrangement. *Début février, 1 000 fermiers de Crète sont arrivés au port du Pirée pour une « opération escargot » à Athènes mais les flics les ont bloqués et attaqués avec des bombes lacrymogènes et des matraques ; les fermiers ont répondu avec des pierres et autres projectiles, ont brûlé des poubelles et attaqué les flics avec des tracteurs. En réponse à la brutalité des flics, il y eut une grève sauvage, générale et spontanée en Crète qui a duré plusieurs jours : tous les fonctionnaires sont sortis de leurs bureaux, les chauffeurs de taxis se sont mis en grève, les stations-service et même les magasins ont été fermés. Les fermiers ont occupé deux bureaux du ministère de l’Economie et ont bloqué la Banque de Grèce. *Mardi 24 février, des fascistes ont lancé une grenade contre un centre d’immigrés à Athènes, où avaient lieu deux réunions. Par chance, la grenade a rebondi et explosé dans la rue. Deux jours plus tard, il y eut une manif contre cette attaque et un grand groupe d’anarchistes est sorti de la manif pour attaquer les bureaux d’un quotidien de droite, avec des marteaux de forgeron et autres choses. Plusieurs voitures appartenant à des journalistes étaient aussi brûlées. *Une deuxième manif, le 5 mars, était attaquée par les flics et il s’ensuivit une grande émeute. Quelques banques et des magasins pour riches furent attaqués et le bureau de l’organisation fasciste la plus associée aux flics (Aube dorée, responsable de beaucoup d’attaques contre le mouvement) fut complètement détruit par le feu. Il y eut aussi une émeute à Salonique ce jour-là. *Lundi, 2 mars à Patras, un immigré Afghan a tenté de monter à l’arrière d’un camion et un autre camion a accéléré pour l’écraser entre les deux véhicules. Dans l’ambiance des attaques racistes, souvent soutenues par les flics, la réaction de plus de 1 000 Afghans ainsi que celle d’autres personnes du coin fut de faire des barricades enflammées et d’affronter les flics soutenus par des fascistes locaux. Les lacrymogènes et les attaques brutales ont poussé les Afghans à se retirer dans la zone ghettoïsée. Plus tard, des Grecs du coin ont empêché les fascistes étatiques d’attaquer ce ghetto en jetant des bouteilles et d’autres projectiles depuis les balcons. Mercredi, 4 mars, des jeunes se sont rassemblés sur le lieu de l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos. Ils ont essayé d’arrêter la construction d’un immeuble à côté du lieu en attaquant les véhicules de construction et en brûlant et détruisant un grand bulldozer. Les flics ont attaqué avec des lacrymogènes. *De même, quand fin janvier et début février fut occupé un des rares parcs à Athènes, où la mairie voulait construire un parking privé. Des barricades furent érigées et les bulldozers détruits, les flics ont attaqué avec des matraques et encore des lacrymogènes, mais les occupants ont répondu avec des pierres et des barricades sur la route principale, pendant que quelques manifestants attaquaient 2 commissariats locaux, brûlant des véhicules de police. L’occupation du parc a continué pendant plusieurs semaines, avec des fêtes et des discussions auxquelles tout le quartier a participé. *Le mouvement des lycéens continue. Un exemple : vendredi 27 février, des élèves de 2 collèges publics à Athènes ont attaqué une école privée réservée aux enfants de la classe dominante. Ils ont cassé une des entrées et le poste de garde, inscrivant des graffitis anarchistes, et ils ont jeté des feux d’artifice et des oranges contre des cars. En essayant de pénétrer dans le bâtiment principal du collège, ils se sont heurtés aux flics qui ont essayé d’interpeller une fille de 12 ans et un gars de 13 qui furent frappés. Mais, entourés par des élèves et des profs, qui les ont accusés de brutalité, ils ont dû les relâcher. *9 mars : l’Assemblé ouverte pour la santé a occupé une partie d’un hôpital de la Croix-Rouge à Athènes pendant quatre heures, demandant « des soins médicaux gratuits pour tous ». Il y eut également 3 attaques contre des banques, 2 avec des pierres et des bâtons, une avec une bombe, cette dernière revendiquée par Lutte révolutionnaire, un groupe probablement manipulé par l’Etat. 11 mars : des dockers licenciés au Pirée ont essayé d’occuper le ministère de la Marine commerciale, mais ils furent repoussés par des flics avec du gaz et des flash-balls. Ils ont cassé les grilles de l’entrée principale. *A peu près deux semaines auparavant, il y avait eu des confrontations similaires au Pirée suite à un « accident » survenu en juillet 2008 et dans lequel 8 dockers étaient morts (en juillet, les dockers du Pirée s’étaient attaqués aux flics, brûlant plusieurs de leurs véhicules). *Le 11 mars, les travailleurs du ministère de la Culture, qui n’étaient pas payés depuis quatre mois, ont bloqué l’Acropole. Affrontements entre les manifestants, solidaires des interpellés de décembre, et les flics quand les manifestants ont arrêté quelques bus à Athènes et les ont couverts de graffitis. *12 mars : les ambulanciers ont bloqué le ministère de Macédoine et de Thrace à Salonique, demandant une amélioration de leurs conditions de travail. 13 mars : 2 manifs pour soutenir un anarchiste poursuivi pour des attaques de banques se sont vite transformées en émeutes. A Athènes, le quartier le plus bourgeois, à côté du parlement grec, était attaqué, des dizaines de magasins et de voitures de luxe, ainsi que des banques, furent vandalisés. De même à Salonique, où il y eut beaucoup de banques saccagées. *Egalement le 13 mars à Patras, il y eut un grand affrontement entre étudiants et flics quand les étudiants essayèrent de perturber une réunion (ayant pour objet des « reformes éducatives ») entre le ministre de l’Education et des dirigeants de l’IUT. *14 mars : malgré le harcèlement des flics, les habitants d’Exarcheia ont continué à transformer le parking (situé à côté du lieu de l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos) en parc avec des arbres et des aires de jeu pour les enfants, et ont organisé des concerts, etc. Pendant la nuit, autour du ministère de la Culture situé non loin de là, il y eut des affrontements entre anarchistes et flics. Ailleurs à Athènes, les habitants d’une banlieue ont manifesté pour la destruction d’un bâtiment affreux réservé à l’élite (le club de Da Vinci et Ferrari), demandant la transformation de l’endroit en espace vert non commercial. Ils ont bloqué l’entrée et jeté des œufs contre la façade, puis ils ont bloqué la route principale et ont marché sur la mairie, où ils ont encore jeté des œufs. *Il semble que la Grèce se dirige rapidement vers une autre grande confrontation entre les forces brutales qui maintiennent cette société malade et celles qui s’y opposent, confrontation peut-être plus explosive qu’en décembre, avec des forces d’Etat et des médias davantage préparés. Après avoir consulté le chef de la police britannique et des conseillers pour la sécurité de l’Etat américain, le gouvernement vient de donner carte blanche aux flics anti-émeute pour exercer sans limites la force contre les manifestants. De plus, le gouvernement a annoncé la création d’une force de 300 policiers armés et montés sur des motos très rapides pour patrouiller dans le centre d’Athènes, et l’utilisation de chiens par des patrouilles à pied. Le ministère de la « Justice » a aussi annoncé une nouvelle loi qui punira les personnes portant, dans les manifs, des capuches, des masques et autres vêtements cachant le visage. Il voudrait aussi supprimer la loi de 1974 qui déclare les universités zone protégée, où les flics ne peuvent pénétrer.

*Lundi,16 mars : occupation du bureau du président de l’université Aristote de Thessalonique, pour demander la fin des contrats d’esclaves offerts par des sociétés de sous-traitance (ce qui permet aux employeurs d’éviter les lois sur l’emploi). Les occupants ont été expulsés le 31 mars, ce qui a déclenché plusieurs occupations dans différentes universités de Grèce. Mercredi 18 mars : Katerina Goulioni — une prisonnière et une des plus actives organisatrices des droits de prisonniers (en particulier, des protestations contre les inspections vaginales, qu’elle a désigné comme « viol informel ») — est morte, battu par des policiers lors d’un transfert. Plusieurs compagnons de son ancienne prison se sont mis en grève de la faim. La lutte contre la condition de mort-vivant des prisonniers continue en Grèce : dimanche 22 mars, une prison pour femmes à Thèbes s’est soulevée en solidarité à Katerina Goulioni : une partie de la prison était gravement brûlée pendant qu’à l’extérieur, il y avait une échauffourée entre manifestants et les flics anti-émeute. Simultanément, dans une prison à Athènes (Koridallos), il y eut une protestation de 200 prisonniers en solidarité avec le soulèvement de Thèbes. La veille, il y eut un soulèvement contre la surpopulation dans une prison (Chania) à Crète : les prisonniers ont occupé la cour de la prison et ont construit des barricades. Une manif à l’extérieur a occupé une station de radio pour émettre des informations sur le soulèvement.

*Jeudi 19 mars : des infirmières, en grève pendant 48 heures dans tout le pays, ont occupé le ministère de la Santé et de la Solidarité sociale ; elles en ont été expulsées par les flics anti-émeute..

*30 mars : des centaines de bergers ont occupé le ministère de l’Agriculture et ont entouré le ministre dans sa voiture, déclenchant l’intervention de flics anti-émeute.

Une nouvelle grève générale syndicale début avril fait plus figure de contre-feux par rapport à la situation qui est ainsi décrite, que soutien à cet arrière-plan d’agitation violente qui se poursuit. Informations plus complètes sur le site http://www.endangeredphoenix.com/

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