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Chronique quotidienne : bêtisier politique et billets d’humeur (à partir du 1/9/2008)

mardi 27 janvier 2009

Cette rubrique sera alimentée chaque jour (si possible…), au rythme des livres ou des journaux que nous lirons, des émissions de radio ou de télévision que nous écouterons ou des mails que nous recevrons. Y.C.

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Juifs "ivres du sang des innocents" ?

Dans la mythologie antisémite, on trouve un thème récurrent celui du Juif buveur de sang. Les « antisionistes » d’À contre-courant syndical et politique expriment leur juste colère devant le « massacre de masse perpétré par l’Etat d’Israël ». Ils ont parfaitement raison, même si nous ne partageons pas tous les détails de leur analyse. Mais qu’est-ce qui a donc pu leur passer par la tête quand ils ont écrit, dans leur bulletin n° 201 de janvier-février 2009, que la soldatesque israélienne était « ivre du sang des innocents » ? que « Livni, Olmert, Barak se nourrissent du sang palestinien » ? que les « dirigeants israéliens engagés dans une campagne électorale plongent leurs mains dans le sang palestinien » ? Cette obsession pour le thème du sang et même du vampirisme (les soldats seraient « ivres » de sang, leurs dirigeants se « nourriraient » de sang), exprimée trois fois de suite en deux pages dans ce petit bulletin, est extrêmement malsaine et politiquement nuisible.

Ces mêmes camarades dénoncent justement, à propos de Tarnac, les effets de la « démocratie émotionnelle » et la façon dont les médias tentent de manipuler nos émotions. Il semblerait qu’ils titillent eux aussi les mécanismes du sentiment (et du ressentiment) quand ils « analysent » les méthodes barbares de Tsahal et les motivations des gouvernants israéliens. On ne voit pas ce que cette obsession (inconsciente ?) pour le « sang palestinien » versé par des Juifs ajoute à la compréhension des problèmes, mais on perçoit, par contre, très bien quel genre de passions souterraines cela peut entretenir ou réveiller.

En se plaçant sur ce terrain, les rédacteurs d’À contre-courant syndical et politique font appel, à leur petite échelle, aux mêmes mécanismes que les médias qui exploitèrent le lynchage de deux soldats israéliens à Ramallah ou les images des attentats-suicides palestiniens en Israël, pour renforcer le sinistre cliché opposé, celui de « l’Arabe sanguinaire ».

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27 janvier 2009

Mr J. O. (Jean Oblin) ou le « parler vrai » d’un certain « antisionisme » radical

À la manifestation du samedi 24 janvier, un groupe de personnes diffusait un tract de 6 pages comprenant 3 communiqués intitulés n° 4 ; n° 5 et n° 6. En dehors de sa forme mythomaniaque (Mr J.O. nous présente son parcours professionnel et son palmarès militant de la création d’une obscure « association prolétarienne FNL vaincra » en 1967, à sa participation à la lutte de Saint-Bernard pour la régularisation des sans-papiers, en passant par la marche des étudiants de la Sorbonne jusqu’aux usines Renault Billancourt dont il se présente comme l’inititateur en 1968 !), ce dernier avait au moins un énorme avantage par rapport à toute la propagande « antisioniste » que l’on peut habituellement lire sur Internet ou ailleurs. Il répondait clairement et franchement à la question : que ferait-on des Israéliens si on détruisait « l’entité sioniste » selon la terminologie du Hamas, de M. Oblin et de nombreux antisionistes ?

Pour Mr J.O., « il n’y a qu’une seule solution : que les Juifs qui n’étaient pas en Palestine avant 1933 prennent dès maintenant leurs dispositions pour quitter la Palestine et rejoindre les pays dont ils sont issus, à savoir la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, etc. » On remarquera que Mr J.O. ne mentionne pas les pays arabes et les 800 000 Juifs qui en ont été chassés ou en sont partis « volontairement » après 1948. Un oubli ? Pas plus qu’il ne mentionne le million de Juifs russes arrivés depuis la fondation de l’Etat d’Israël. En bon « anti-impérialiste » il ne mentionne que les grandes puissances occidentales. Un lapsus révélateur des lunettes politiques qu’il partage avec la plupart des groupes d’extrême gauche. Mais continuons notre lecture édifiante : « Quant aux Juifs qui étaient en Palestine avant 1933, ils devront signer une déclaration antisioniste reconnaissant la Palestine arabe. »

Et porter un pin’s représentant le drapeau palestinien ou celui du Hamas à la boutonnière ? Non, Mr J.O. ne va pas jusqu’à là, même s’il souhaite « le renforcement continu du Hamas » et sa « victoire éclatante ». Mais il est amusant que ce grand défenseur des immigrés en France prône exactement le genre de mesures qu’a toujours défendues l’extrême droite gauloise en ce qui concerne les étrangers qui souhaitaient être naturalisés. La peur de la « cinquième colonne » est la même chez tous les défenseurs du nationalisme et du chauvinisme. Il n’y a que le bouc émissaire local qui change à travers l’histoire. Pour les antidreyfusards c’étaient les Juifs, « agents allemands ». Pour l’extrême droite des années 20 et 30, ce furent les Italiens puis les Espagnols. Pour Israël aujourd’hui ce sont les Arabes israéliens, « agents du terrorisme ». Pour les défenseurs d’une « Palestine arabe » (comme Mr J.O.) ce serait les Juifs, agents de « l’impérialisme ».

Rien de nouveau sous le soleil du chauvinisme obscurantiste.

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26 janvier 2009

Norman Finkelstein ou le droit à l’ignorance

Norman Finkelstein, auteur du calamiteux ouvrage intitulé « L’ Industrie de l’Holocauste », s’est rendu au Liban pour rencontrer le Hezbollah le 20 janvier 2009.

Voilà ce qu’on peut lire à ce propos sur son site : « J’ai été content de rencontrer les gens du Hezbollah parce que l’on entend rarement leur point de vue aux Etats-Unis. Je n’ai pas de problème à dire que je veux exprimer ma solidarité avec eux, et je ne vais être ni un lâche ni un hypocrite à ce propos. Je ne m’intéresse pas au Hezbollah en tant qu’organisation politique. Je ne connais pas grand-chose à leur politique, et de toute façon ce n’est pas le problème. Je ne vis pas au Liban. C’est un choix que les Libanais doivent faire : qui veulent-ils avoir comme dirigeants, comme représentants. Mais c’est un principe fondamental. Les gens ont le droit de défendre leurs pays contre des envahisseurs étrangers, et ils ont le droit de défendre leur pays contre des envahisseurs qui détruisent leur pays. »

Etablissant ensuite une comparaison entre la résistance « communiste » (stalinienne, en fait) durant la Seconde Guerre mondiale et le Hamas il poursuit : « Si je dois honorer [les résistants communistes] je dois aussi honorer le Hezbollah. Ils font preuve de courage et de discipline. Je respecte cela. »

Pour lire l’interview en entier on se reportera au site http://www.normanfinkelstein.com/ar... ?pg=11&ar=1489

Finkelstein résume parfaitement ce que pensent la plupart des « antisionistes » : ils ne s’intéressent pas aux organisations politiques qu’ils soutiennent, ils ne s’intéressent pas aux positions que ces organisations défendent. Nous irons plus loin : ils ne s’intéressent pas non plus aux conséquences concrètes de ces positions ni aux actions que mènent ces organisations. Chacun doit s’occuper des problèmes de son pays et tout ira bien. Au nom de ce principe, M. Finkelstein aurait-il soutenu le gouvernement américain et les gouvernements européens qui justement laissèrent Hitler tranquille parce qu’il avait été choisi par le peuple allemand… Evidemment non !

De nombreux "antisionistes" soutiennent le Hezbollah ou le Hamas religieusement au nom d’un principe : tout peuple doit résister à une armée qui envahit son territoire. On se demande ce qu’aurait pensé M. Finkelstein des soldats allemands qui luttaient contre les troupes américaines qui « envahissaient » et « détruisaient » leur pays en 1944. Les aurait-il soutenus au nom de ce droit imprescriptible ? Evidemment non !

Quant au "courage" des combattants du Hezbollah ou du Hamas il est indéniable quand ils font face aux chars de l’armée israélienne, mais comment peut-on séparer mécaniquement le courage et la discipline de l’objectif politique que l’on poursuit et de l’idéologie que l’on défend ? (Rappelons que la Charte du Hamas est un texte antisémite qui rend "les Juifs" responsables des différents conflits mondiaux, du communisme, du matérialisme, de l’athéisme, etc. (1))

De plus, cet argument ne peut que l’amener sur un terrain glissant : Finkelstein loue-t-il le "courage" de ceux qui pratiquent les attentats suicides visant les civils israéliens et les "respecte"-t-il ?

Néanmoins, avec les justifications absurdes et les raisonnements bricolés qu’il avance, on comprend mieux pourquoi ce distingué « antisioniste » qui cultive le droit à l’ignorance reproduit des montages photographiques sur son site comparant systématiquement la barbarie nazie et la barbarie de Tsahal.

Il ne s’intéresse ni aux faits, ni au contexte, ni aux différences entre les situations et les programmes politiques, il mène une campagne qui repose uniquement sur l’indignation et la colère contre les crimes de guerre d’un seul camp.

Une telle attitude ne peut aboutir qu’à souder les Israéliens à « leur » gouvernement et empêcher toute solidarité au-delà des frontières, puisque, si les Israéliens devaient suivre le "principe" de Finkelstein ils devraient eux aussi se sentir agressés chaque fois qu’ils reçoivent des roquettes sur leurs maisons ou que les partisans du Hamas ou du Djihad islamique se font sauter au milieu d’une foule…

Où l’on voit que "l’antisionisme" ne fait le plus souvent que fournir des arguments aux nationalismes mortifères qui s’affrontent au Proche et au Moyen-Orient.

Y.C.

1. Sur son site Finkelstein reproduit une déclaration d’un certain MOUSA ABU MARZOOK membre du bureau politique du Hamas. Sous le titre "une déclaration raisonable" ("a reasonable statement" ce sont les mots de Finkelstein), Marzook déclare : "En ce qui concerne la Charte de 1988, si tout Etat ou mouvement devait être jugé seulement sur ses documents de fondation, ses proclamations révolutionnaires, ou les idées de ses fondateurs, il y aurait bien des critiques à faire de tous les côtés."

C’est ce qui s’appelle botter en touche, ce qui est normal pour le Hamas. Mais ce qui l’est moins c’est que des antisionistes cautionnent ce type de pirouette, surtout venant d’un mouvement qui se réclame de Allah, de Mahomet et considère toute la Palestine comme une terre sainte. Comparer un mouvement qui se réclame du Coran (dicté en principe par Dieu) avec les gouvernements américains qui se réclament d’une Constitution du XVIIIe siècle, comme le fait Abu Marzook, est presque un... blasphème !!!

D’ailleurs, ce n’est pas la branche armée du Hamas (les Brigades Ezzdine al Qassam, créées en 1991) qui nous contredira puisqu’elle considère que son objectif est de « contribuer à l’effort de libérer la Palestine et de restaurer les droits du peuple palestinien en s’inspirant des enseignements islamiques sacrés du Saint Coran, de la Sunna (des traditions) du Prophète Mohammed (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) et les traditions des dirigeants et des savants musulmans connus pour leur piété et leur dévouement ».

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24 janvier 2009

Quand des "antisionistes" cognent sur... d’autres "antisionistes"

La création récente d’un Parti Anti Sioniste a donné des ailes à un petit contingent (une cinquantaine) de ses adhérents qui se sont rendus à la manifestation place Denfert-Rochereau. Ils portaient tous une pancarte représentant la France avec en surimposition un drapeau israélien barré d’une croix rouge. Tout un symbole !

Leur pancarte exprimait de façon imagée et cynique ce que beaucoup d’antisionistes d’extrême droite comme d’extrême gauche veulent signifier quand ils parlent des "médias sionistes" ou du "lobby sioniste" en France.

Peu malins, les membres du PAS se sont présentés très en avance à la manif et se sont fait déchirer leurs pancartes par un service d’ordre dont j’ignore la tendance politique, mais que je suppose lui aussi "antisioniste".

Les CRS présents devant la gare du RER, goguenards, regardèrent cet affrontement qui ne dura pas plus de deux minutes, mais l’un d’eux ne put se retenir de frapper dans les jambes un des porteurs de pancartes dudit Parti Anti Sioniste. Et ces "antisionistes"-là de crier aux autres "antisionistes" : "Israël assassin !", slogan que leurs ennemis "antisionistes" auraient pu tout aussi bien crier....

Cela fait quelques années que nous disons que "l’antisionisme" est une cause trouble, qui attire toutes sortes d’éléments d’extrême droite, antisémites, etc., comme en témoignent d’ailleurs les appels de plusieurs sites d’extrême droite à la manif d’aujourd’hui. Et que nous affirmons que se dire "antisioniste" ne suffit pas à se situer dans le champ politique, quand on sait que ce qualificatif est fièrement revendiqué par le président iranien, la plupart des partis d’extrême droite, les partisans de l’islam politique (des djihadistes terroristes jusqu’à la Charte antisémite du Hamas), les négationnistes de tous bords, etc.

Nous ne pouvons que nous réjouir que des racistes et des réacs se fassent botter les fesses dans une manif de "soutien à la Palestine", mais est-ce suffisant ? Ne serait-ce pas trop tard quand on voit fleurir toutes ces croix gammées face au drapeau israélien ou surimposées au drapeau israélien dans les manifestations ? Quand tant de gens, justement indignés par les récents massacres de Tsahal en Palestine, se livrent à des comparaisons ignobles entre la barbarie nazie et la barbarie de Tsahal ?

Ne serait-il pas temps de parler de soutien aux PROLETAIRES israéliens comme palestiniens, plutôt que de brandir des drapeaux ou des banderoles du Hamas, de l’OLP ou de la Palestine ?

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20 janvier 2009

Obama ou l’image sinistre de l’unité nationale

Quiconque a pu regarder hier (20 janvier) les chaînes américaines ou britanniques a pu se rendre compte à quel point l’élection d’Obama correspond à une déferlante d’unité nationale. « Obama nous rend de nouveau fiers d’être Américains », telle est l’antienne la plus entendue sur les chaînes de télévision anglosaxonnes.

On comprend mieux alors les raisons profondes et les mécanismes de l’ « Obamania » dans les médias internationaux et chez les « grands (salauds) de ce monde ».

Contrairement aux « petits », aux exploités, aux opprimés qui y voient une revanche d’un « Noir », d’un « non-Blanc », d’un « descendant d’esclaves », sur une classe dirigeante monocolore, les médias internationaux et les chefs d’Etat n’en ont rien à foutre du racisme, des discriminations raciales, des séquelles de l’esclavage, ou de ce que certains prolétaires « de couleur » (comme si le blanc n’en était pas une, de couleur) peuvent considérer comme une revanche historique, la promesse d’une revanche sociale ou même tout simplement la joie de se débarrasser d’un président (Bush) qui n’a fait que leur donner des coups pendant 8 ans.

Ce qui intéresse les médias et les puissants dans l’Obamania, c’est ce déluge de bons sentiments auquel on a pu assister hier, ces larmes versées dans l’unité, ces multiples allusions au caractère "divin" de l’élection..

Ces centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont traversé tout le pays, qui ont passé de 10 à 30 heures en car, pour être là, apercevoir de très loin « leur » président. Ce président qui a mis ses deux filles dans des écoles privées huppées, mais qui n’est pas hostile à une certaine redistribution des richesses ?

Ce même président qui leur promet d’ailleurs déjà qu’il va intensifier la guerre en Afghanistan, qu’il ne va pas se retirer immédiatement d’Irak, qu’il ne va pas fermer demain le centre de torture de Guantanamo et qu’il faudra que d’autres Etats se chargent des prisonniers.

Et que donc de nombreux soldats américains, issus des classes prolétaires, vont devoir mourir pour défendre les intérêts de leur puissante nation et de leurs exploiteurs.

Mais en contrepartie de ces sacrifices il leur promet qu’il va faire en sorte que les Etats-Unis deviennent une « smart power », une « puissance intelligente » – ce que pour notre part nous appelerions plutôt une puissance rusée.

Rusée car la première ruse des Etats-Unis sera de continuer à défendre leurs intérêts économiques par tous les moyens à l’échelle mondiale, y compris par la guerre.

Loin d’être une démonstration d’ « intelligence » , l’élection d’Obama est surtout une formidable manifestation de ruse.

Ruse personnelle d’abord, puisque ce politicien a su se servir de la communauté noire (qui a voté pour lui à 98%) pour mieux créer l’unité nationale, rallier les suffrages de 68 % des Latinos et s’allier avec les classes moyennes et supérieures blanches des grandes villes (celles qui détiennent le véritable pouvoir économique et politique) alors que la majorité des prolos blancs et des petits Blancs des petites villes de l’intérieur ont voté contre lui ou se sont abstenus.

Parfaitement conscient de cette situation, Obama, loin de mettre en avant sa couleur de peau (il n’en a pas besoin, d’autres le font pour lui) a ravivé tous les thèmes du chauvinisme américain et du chauvinisme de grande puissance, exactement comme son prédécesseur Bush ou son concurrent McCain, mais il a réussi, lui, à faire avaler la pillule à bien des gens de gauche dans son pays et sur cette planète.

Ruse personnelle aussi d’Obama, puisqu’il a fait toute sa carrière en réussissant à faire collaborer ensemble des individus ayant des vues divergentes, de son poste de directeur de la revue de la fac de droit de Harvard à la composition de son gouvernement et de son équipe de conseillers actuels. Ruse politique qu’il a su vendre aux médias comme une capacité d’écoute personnelle et inhabituelle.

L’Obamania illustre aussi la ruse de la classe dominante américaine car elle montre à quel point le système politique capitaliste sait habilement jouer sur :
- les symboles (les références permanentes à des symboles fondateurs comme Lincoln et Martin Luther King),
- la religion (omniprésente dans les discours comme dans les petits détails – l’action de grâces dite avant le repas, par exemple),
- l’enthousiasme des exploités (« afro-américains » voire latinos) pour un de leurs prétendus représentants,
- les mécanismes électoraux qui permettent, en pleine période de crise et de guerre extérieure, de raviver l’intérêt pour le bulletin de vote et l’illusion que ce bulletin pourra changer quelque chose,
- et même la capacité à réhabiliter l’action politique de terrain (10 millions de personnes se sont mobilisées activement pour Obama), le "travail communautaire", pour aider les "pauvres" (que l’on soit mû par la ruse - "cela fait bien sur un CV" expliquaient les journalistes américains, ou par un sincère désir de solidarité (1)).

Enfin, dans le contexte français, l’Obamania de la classe politique franco-gauloise doit s’interpréter à l’aune de cette ruse qu’ils aimeraient bien maîtriser : savoir rassembler les classes sociales, les gens de toutes origines nationales et ethniques, autour d’un homme ou d’une femme providentiels, tel est le rêve de tous les politiciens qui souhaitent duper les exploités.

Y.C.

1. Comme le disait hier un journaliste américain nul ne sait si, parmi les centaines de milliers de gens qui ont reçu une petite formation militante pour soutenir Obama, certains d’entre eux n’utiliseront pas ces compétences nouvelles dans une autre direction que celle de la machine électorale démocrate. Une note d’espoir pour la lutte des classes, aussi ?

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19 janvier 2009

Editeur « révolutionnaire » cherche auteurs travaillant gratos pour alimenter sa caisse, pardon, sa "guerre civile" !

L’éditeur Eric Hazan, a déclaré dans une interview sur Daily motion et Mediapart (http://www.dailymotion.com/relevanc... eric%2Bhazan/ video/x7er61_eric- hazan-interview-pour-mediapart_news) du 15 novembre 2008 que "L’insurrection qui vient" était une bonne affaire pour sa maison d’éditions, même s’il s’était « moins vendu qu’un prix Goncourt" (sic). Un prix Goncourt est censé se vendre en moyenne 237 000 exemplaires, même si certains atteignent 700 000 exemplaires.

Soit, si l’on en croit les chiffres (très pessimistes pour les éditeurs et très optimistes pour les auteurs) fournis par Eric Vigne, sur le prix de vente au public « 5,5 % de TVA, - 10 à 12% pour l’auteur, - 5 à 8% pour l’équipe de représentants (diffusion) - 10 à 12% pour la chaîne de la distribution et du stockage - 35 à 40% pour le libraire, - 12 à 20% pour l’imprimeur », il reste entre 8 et 23 % pour l’éditeur.

Donc admettrons que "L’insurrection qui vient "se soit vendu à 135 000 exemplaires (la moitié de la moyenne des ventes d’un Goncourt), cela rapporte à l’éditeur entre 8 et 23 % de presque un million d¹euros soit entre 75 000 et 217 000 euros. Comme en général les éditeurs « de gauche » rognent au maximum sur leurs marges et paient leurs auteurs (surtout si c’est leur premier livre et s’ils sont « gauchistes ») avec un élastique (souvent les auteurs reçoivent un forfait genre 1000 ou 2000 euros), je parierais plutôt sur la fourchette haute des chiffres ci-dessus. Finalement, c’est pas mal comme opération financière, surtout si l’on calcule que les ventes peuvent être « boostées » par l’actualité, et des tournées promotionnelles de l’éditeur un peu partout en France.

Les considérations mercantiles et financières ne sont jamais bien loin quand un éditeur (de gauche ou de droite) décide de publier un auteur qui dénonce la « société du spectacle »...

C’est un des pièges dans lequel tombent la plupart des « radicaux » qui décident de donner leur prose à un éditeur. L’unique solution qui leur resterait, s’ils voulaient rester fidèles à leurs principes, serait de vendre à prix coûtant, en auto-édition, mais évidemment, dans ce cas-là, la voie vers la renommée est nettement plus escarpée...

La FNAC (ce temple de la consommation qu’ils dénoncent pour mieux s’y montrer) ne leur ouvrirait pas aussi facilement les bras.

Cruel dilemme !

20/11/2008

PS. Interviewé dans Libération le 8 janvier 2009, Eric Hazan a finalement déclaré, à propos de la rémunération des auteurs du livre : qu’il n’avait pas signé de contrat avec eux, qu’il n’y avait de droits d’auteur prévus (les droits d’auteur sont la seule rémunération d’un auteur), et que « la seule chose qu’ils demandaient, c’est d’avoir des exemplaires gratuits ».

En clair, ils ont bossé gratos et cet éditeur « révolutionnaire » touche de l’argent sur les fruits de leur travail intellectuel (fruits un peu riquiqui, de notre point de vue, mais bon, tout travail même « immatériel » mérite rémunération non ?). On nous permettra donc d’être sceptique sur les déclarations "radicales" d’un éditeur qui déclare « dans la guerre civile en cours, avec mes faibles moyens, je me bats pour mon camp. Le camp des opprimés »….

Les opprimés, même végétariens et bio, ont besoin de bouffer dans la « guerre civile » en cours !

Y.C.

Les rapports de classe, ça existe aussi dans l’édition dite "de gauche"

(Réponse inspirée par les commentaires parus sur le site de l’Endehors qui a gentiment reproduit le texte ci-dessus)

Un des thèmes favoris des situationnistes et des post-situationnistes, courant auquel se rattachent les auteurs de "L’Insurrection qui vient" est justement de dénoncer la marchandisation des idées, fussent-elles les plus radicales, en apparence ou en réalité.

Je n’ai jamais été un fan de la "théorie du spectacle" (et surtout du snobisme élitiste de ses partisans), mais il me semble que ce qui se passe autour de ce livre illustre bien la cécité politique de certains lecteurs de textes prositus.

On a d’un côté des auteurs généreux (ceux de ’L’insurrection..") qui ne veulent pas se faire payer (notons que leur éditeur aurait très bien pu accéder à leur désir de ne pas recevoir d’argent tout en prévoyant un contrat et des droits d’auteur qui seraient reversés, en cas de succès, à telle ou telle bonne cause. Mais il s’est bien gardé de leur faire cette proposition puisqu’il se vante dans "Libération" de ne leur avoir fait ni contrat ni promesse de leur verser la moindre rémunération à part quelques exemplaires gratuits en guise d’aumône).

En refusant de se faire payer, non seulement les auteurs de "L’insurrection qui vient" ont fait un joli cadeau financier à leur éditeur (leur patron, car ne l’oublions jamais un éditeur, même s’il se dit "du côté des opprimés", reste un employeur qui vit des bénéfices financiers qu’il tire de ses salariés et du travail intellectuel de ses auteurs) mais ils font plus largement le jeu de tous ces éditeurs qui refusent de payer les écrivains ou les sous-payent (1000 ou 2000 euros un livre), quand ils ne les obligent pas à financer eux-mêmes l’impression de leurs livres.

Ils les invitent dans de bons restaurants et leur vantent les qualités de leur roman, de leurs poèmes ou de leurs essais, mais "vous comprenez, mon cher ami, votre oeuvre s’adresse à un public trop restreint pour que je puisse vous rémunérer". Ou tout autre prétexte sur la crise, les charges sociales, les mauvais résultats de cette année, etc.

Si n’importe quel patron d’une usine automobile ou le directeur d’une radio ou d’un restaurant refusait d’établir un contrat à ses salariés, refusait de leur verser une rémunération, on verrait tous les "radicaux" de France et de Navarre le dénoncer comme un exploiteur, un suceur du sang des prolétaires. Quand c’est un éditeur "radical" qui exploite un ou des auteurs, et qui de surcroît s’en vante ouvertement lors de plusieurs interviews, alors certains trouvent cela normal...

Quel mépris inconscient pour le travail des auteurs de "L’insurrection qui vient" s’exprime dans une telle complaisance !

Travaillant depuis près de quatre décennies dans l’édition, dans la précarité permanente (aucune garantie de rémunération fixe ; travail le week-end et les jours fériés à cause de délais très courts ; chômage intermittent qu’il est pratiquement impossible de faire reconnaître comme du chômage, etc.), en tant que correcteur et en tant que traducteur, je connais trop bien ce milieu pour croire en l’innocence ou en la radicalité des structures d’édition reposant sur l’exploitation des salariés "maison" et des auteurs ou des traducteurs "extérieurs".

Dans l’édition aussi, une frontière de classe sépare les petits salariés et la plupart des auteurs ou traducteurs, d’un côté, et, de l’autre, leurs patrons éditeurs, qu’ils soient propriétaires de leur boîte ou salariés eux-mêmes. C’est une des mystifications les plus courantes du milieu éditorial que de considérer que nous ferions tous partie, exploités et exploiteurs, d’une grande famille, celle de la Culture, celle de l’Edition. Et plus les livres édités sont à gauche ou de qualité, plus la mystification opère facilement chez les petits salariés ou les collaborateurs extérieurs de ces maisons. Pour moi, de la part d’un patron, je n’attends qu’une seule forme de respect tangible, c’est le montant de la rémunération qu’il m’accorde. Tout le reste n’est que...littérature.

Il est cruellement ironique que nous ayons ce débat à propos d’auteurs qui dénoncent justement dans leurs écrits les faux-semblants, les mirages multiples de la société capitaliste moderne, et dont les lecteurs enthousiastes devraient être les premiers à posséder un sens critique aiguisé...

La critique radicale n’a d’intérêt pour moi que si elle ne reste pas dans le ciel éthéré des idées, des proclamations de bonnes intentions, et si elle devient une arme politique.

PS : Un internaute ayant remarqué que le "Comité invisible" ne pouvait être ramené à une démarche d’ "auteurs" (c’est très curieux, ce mépris pour les écrivains de la part de gens qui, en principe, lisent des livres, de surcroît écrits par des gens affichant ouvertement leurs prétentions de style et qui parsèment leurs textes d’allusions littéraires ou philosophiques), voici quelques témoignages éclairants :

Selon les sites, info-palestine et alterinfo : « Julien Coupat est un écrivain très intéressant. »

Selon son père, Gérard Coupat : « Je connaissais ses activités d’écrivain. »

Selon son ami Olivier Pascaut, c’est une « excellente plume littéraire » .

Et enfin selon Arnaud Viviant et France Culture :

« Julien Coupat dirigeait bel et bien, jusqu’en 2001, une revue aussi intellectuelle que confidentielle, Tiqqun (…) que France Culture décrivait comme ayant été dans le droit fil des grandes revues d’avant-garde, comme l’Acéphale ou Le Grand Jeu (...). D’ailleurs, deux articles de cette revue ont fait l’objet de publications en livres, Théorie de la jeune fille aux éditions Mille et une Nuits et Théorie du Bloom aux éditions de la Fabrique. »

Pour ceux qui l’ignoreraient, "Acéphale" est une revue dans laquelle écrivait des "auteurs" aussi prestigieux que George Bataille, Pierre Klossowski, Roger Caillois et Jean Wahl. Quant au « Grand Jeu », cette revue bénéficia des plumes de René Daumal et Roger Vailland.

Bref, tous des potaches inconnus et anonymes qui n’ont jamais eu la moindre ambition d’être des « auteurs » ?

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Mardi 18 novembre 2008

« Dissociés » italiens … et radicaux chics hexagonaux

Certains commentateurs de la discussion que nous avons publiée à propos de « L’insurrection qui vient » et de « Les mouvements sont faits pour mourir » http://www.mondialisme.org/ecrire/?exec=articles&id_article=1226 l’amalgament à la « dissociation » et de plus assimilent cette prétendue « dissociation » à une collaboration avec la police.

Premier point : la dissociation est une pratique qui a été mise en œuvre de façon individuelle et collective en Italie. La dissociation collective la plus célèbre est celle du groupe Prima Linea dont 923 militants emprisonnés se sont dissociés de la lutte armée en 1982, et ont invoqué la nécessité de faire un bilan de leurs erreurs politiques et stratégiques. On peut approuver ou désapprouver le contenu de leurs textes de l’époque ou le principe même de cette démarche et son opportunité politique, mais il est particulièrement calomnieux de l’associer à la démarche des « repentis », individus qui donnèrent des noms et des informations à la police pour alléger considérablement leur peine ou être remis en liberté.

Rappelons par exemple que Valerio Morucci des Brigades rouges est resté en prison encore dix ans après avoir démissionné des BR et s’être « dissocié » et qu’il a fait en tout 22 ans de prison. Ou que Sergio Segio, dirigeant de Prima Lina, a passé 22 ans en taule et a été libéré 13 ans après sa dissociation. Cherchez l’erreur de nos inquisiteurs franchouillards....

Ceux qui parlent à tort et à travers de « dissociation » ne citent jamais les propos des dissociés. Prenons l’exemple des dissociés de Prima Linea. Qu’ont-ils écrit en 1981 et 1982 ?

« La possibilité de notre mémoire permet la dissolution de la culture fétichiste des armes et des organisations. Cela ne signifie pas que nous critiquions la violence de classe tout court parce que celle-ci a été un élément de la phase qui a vu la naissance des organisations communistes combattantes, phase comprise comme une forme de libération ultime de l’esclavage du travail salarié. (…) Je ne suis ni un repenti ni un délateur. Je procède simplement à l’autocritique d’un terrorisme destructeur de tout espoir et qui repose sur des reconstructions historiques fausses et déformées » (Roberto Vitelli, 1981)

« Il nous faut ouvrir une phase de profonde critique et autocritique. (…) Cela ne veut pas dire liquider dix ans de luttes, de pratique combattante, de développement de la lutte armée, avec tout ce que cela implique. Non, nous ne jetterons pas le bébé avec l’eau du bain (…). Il s’agit d’examiner la validité stratégique de la lutte armée, en tant qu’instrument adéquat au développement des contradictions sociales, sa transformation en guérilla urbaine, en guerre sociale désespérée » (Sergio Segio et Diego Forastieri Molinari, 1982).

On est très loin de propos pacifistes ou pro-policiers, comme certains « radicaux » français tentent de nous le faire croire à propos des dissociés !

Cette confusion entre « dissociés » et « repentis » a été abondamment diffusée en France par des ex-militants « irréductibles » (comme on disait en Italie) appartenant à des groupes ayant pratiqué la lutte armée et qui étaient en exil et en LIBERTE contre des dissociés qui, eux, ont passé de longues années en PRISON.

Où est l’erreur ?

La dénonciation de la « dissociation » est encore plus douteuse quand elle est le fait de perroquets gaulois qui n’ont jamais passé un seul jour dans une cellule et se font un plan « radical chic » à bon marché dans l’Hexagone.

En ce qui concerne « L’insurrection qui vient », il ne s’agit pas de se dissocier d’ « actes » (quels actes ? pour le moment il n’existe aucune preuve officielle de liens entre les inculpés de Tarnac et les sabotages d’installations ferroviaires, et s’il y en avait, qu’elles ne soient pas fabriquées par la police, et que ces actes soient revendiqués par les inculpés, on pourrait alors effectivement en discuter et prendre position à leur propos). Mais il s’agit seulement, et c’est pour nous l’essentiel, de discuter d’ « idées » qui sont répandues dans certains milieux de jeunes révoltés par l’exploitation et l’oppression capitalistes.

Si l’on suit le raisonnement de ceux qui lancent l’accusation de « dissociation » (1) à notre encontre, remettre en cause les idées de quelqu’un serait collaborer avec la police.

Inutile de préciser à quelle sinistre école de pensée ils ont été formés.

Pour notre part, nous continuerons à promouvoir la discussion politique entre militants qui souhaitent comme nous une révolution sociale. Sans tabous ni préjugés ni calomnies.

18/11/2008

1. Pour être précis rappelons que la loi italienne sur la dissociation (article 1 de la loi n° 34 du 18 février 1987) considère comme dissociés « ceux qui ont définitivement abandonné l’organisation ou le mouvement terroriste et subversif auxquels ils appartenaient précédemment, qui ont admis avoir accompli ces activités, dont le comportement est objectivement incompatible avec de telles associations et qui rejettent la violence comme méthode de lutte politique ». On voit donc qu’il y a une grande marge (ce qui n’est pas étonnant, du point du vue de l’Etat bourgeois italien) entre la dissociation telle que la concevaient les militants de Prima Linea et les termes de la loi de leur pays.

Et on constate aussi que les « irréductibles » en exil et en liberté qui calomnient les « dissociés » retournent les termes de la loi bourgeoise italienne contre des militants qui ont été emprisonnés pendant des années. Ils sont d’ailleurs rejoints dans cette confusion par une partie de la presse et de la magistrature italiennes qui assimilent délation et dissociation pour mieux embellir la première.

Ou alors, comme Moretti, des BR, ce sont des militants qui portent un jugement « beaucoup plus sévère » contre les dissociés que contre les repentis qui « trahissent et passent de l’autre côté ». Curieuse logique…

Pour notre part, nous ne voyons aucune raison de prendre parti dans ces règlements de comptes, et de calomnier des camarades qui ont payé très cher leurs écrits et leurs actions, mais aussi le droit de réfléchir politiquement.

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Lundi 17 novembre 2008

Une citation "sacrément" bienvenue !

"La mise en scène qui se donne sous le nom de religion, en Inde comme ailleurs, m’emplit d’horreur. Je la condamne souvent et souhaiterais la voir disparaître à jamais. Elle semble presque toujours pencher du côté de la réaction aveugle, du dogme, de la bigoterie, de la superstition et de l’exploitation, de la protection des intérêts confisqués par les puissants."

Qui a écrit ces lignes incendiaires ? Un anarchiste athée ? Un "islamophobe blanc occidental" ? Allez, vous ne devinerez jamais : Nehru, dirigeant du Parti du Congrès et Premier ministre de l’Inde.

Ah, décidément, ces "laïcards" se cachent partout même chez les "non-Blancs" comme diraient nos Indigènes de la République !

Dimanche 16 novembre 2008

"Capitalisme conscient", "capitalisme karmique"... n’en jetez plus !

Toujours inspiré, Tristan Lecomte, PDG d’Alterco nous a relaté aujourd’hui sur BFM, la radio des patrons, des cadres supérieurs et des arrivistes-qui-chient-sur-les-prolos, son dernier voyage aux Etats-Unis, le pays où, comme il nous l’a rappelé opportunément, on pense avant tout à faire du fric, plus précisément, des dollars.

Après nous avoir relaté les bienfaits d’un colloque sur le "capitalisme conscient" (traduire : un système où les exploités collaborent activement avec leurs exploiteurs pour produire davantage de plus value en se serrant la ceinture, surtout en cette période de crise), il nous a fait découvrir un truc encore plus bluffant : "le capitalisme karmique" (traduire : non seulement vous devez vous sacrifier, de votre vivant, pour que les actionnaires et votre patron se remplissent les poches, mais en plus vous allez tout faire pour que leurs descendants naissent dans un berceau en or massif, le tout – bien sûr – pour favoriser votre karma, votre réincarnation).

Ce qu’il y a de marrant, dans ce genre de discours, en dehors de son côté "baba cool" ou "hare krishna" recyclé au service du turbocapitalisme, c’est à quel point il rejoint celui de Sarkozy et de ses ministres. A croire qu’ils se copient tous les uns les autres. Ou qu’ils n’ont aucune idée originale...

Et Lecomte de nous expliquer qu’il ne fallait accuser personne, ni les gros, ni les petits, la droite, ni la gauche, bref qu’il fallait faire "bouger les lignes", comme dirait le Tom Pouce présidentiel (c’est de Guy Bedos, pas de moi).

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Mercredi 12 novembre 2008

Le « libéralisme conscient » !

« Le commerce équitable, c’est en quelque sorte du libéralisme conscient », a déclaré aujourd’hui, sur RFI, Tristan Lecomte, PDG d’AlterEco venu faire la promo de son entreprise sur les ondes de cette radio. Ce qu’il y a de chouette avec ce genre de propos, c’est qu’ils se passent d’un long commentaire et éclairent parfaitement la mystification du commerce équitable et du développement durable….

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Jeudi 30 octobre 2008

Le temps des bouffons gaullo-gauchistes

Déjà la Coordination nationale des sans-papiers s’était fendue d’un communiqué lamentable lors de la mort de cette canaille réactionnaire de Jean-Paul II. Après la papophilie, voilà la gaullophilie de gauche qui sévit.

Voilà qu’une autre organisation qui prétend défendre les sans-papiers, SOS sans papiers, se met à glorifier une autre canaille : De Gaulle, celui qui, avec l’aide du Parti communiste français a empêché les travailleurs de renverser la bourgeoisie française à la Libération, celui qui mena la sanglante guerre d’Algérie, celui qui fut le grand architecte de la Françafrique et du néocolonialisme français, celui qui parqua les travailleurs immigrés dans des bidonvilles, celui qui réprima les luttes ouvrières et paysannes de 1958 à 1969, etc.

SOS Sans Papiers s’était déjà fendue d’un communiqué ridicule qui "salu(ait) le courage et la lucidité de M. Etienne Pinte, de l’UMP, remettant en cause les accusations de son gouvernement visant à criminaliser les associations de soutien aux sans-papiers".

Le courage et la lucidité du sieur Pinte, fallait la trouver, cette stupidité-là !!! Cet homme « courageux » et « lucide », selon SOS Sans Papiers, a voté contre le PaCS, contre la réforme de l’IVG et de la contraception du 5/12/2000, contre contre la prise en charge de l’IVG par la Sécurité sociale en 1982 et contre la reconduction de la loi Veil en 1979.

Un groupe de bouffons de SOS Sans Papiers veut se rendre au « 38 quai henri 4, métro Sully-Morland à 15 heures le 2 novembre au pied de la plaque posée par le Général de Gaulle afin de relire son appel contre l’oubli et l’ingratitude pour dénoncer la tenue à Vichy de la conférence internationale sur l’intégration de Hortefeux et Sarkozy » Et d’ajouter : « Non, monsieur Hortefeux, les symboles qui font la France d’aujourd’hui ne sont pas à Vichy, mais à Colombey-les-Deux-Eglises. A l’heure où ce gouvernement cherche à brouiller les symboles en réhabilitant Vichy (soi-disant la ville), nous pensons, nous que c’est l’héritage de la Résistance qui doit être mis en avant. »

SOS Sans papiers marche ainsi (sans le savoir ?) sur les traces d’un gaullo-maoiste célèbre Maurice Clavel qui organisa la mise en place d’une banderole en hommage aux « anciennes et nouvelles victimes du fascisme » au mont Valérien le 18 juin 1970 par des membres de la Gauche Prolétarienne, lui-même et trois autres résistants célèbres, Jacques Debu-Bridel, Vladimir Jankélévitch et Jean Cassou. Comme quoi l’Histoire se répète, mais cette fois ce sont deux farces qui se succèdent...

En dehors du fait (élémentaire) que le combat militaire et politique de la Résistance (nationaliste bourgeoise) contre l’armée d’occupation allemande et le régime de Vichy n’a rien à voir avec le combat contre le gouvernement actuel (ceux qui adoptent la pose de « nouveaux résistants » ne prennent aucun risque physique comparable à ceux courus par les résistants staliniens ou gaullistes ; par contre, il est probable que leur projet politique soit exactement le même que celui de leur Nouvelle Idole : préserver la dictature du Capital au sein des frontières de la Nation française, le tout en usant d’un langage pseudo radical), le fait que des gens « de gauche » n’aient pas d’autre source d’inspiration politique qu’un militaire catholique d’extrême droite et raciste comme De Gaulle (1) et qu’un politicien UMP homophobe et hostile aux droits des femmes en dit long sur la dégénérescence de la gauche actuelle et son incapacité à défendre le moindre principe politique radical.

Mais après tout pourquoi nous étonner ou nous scandaliser ?

Ces gens-là ne font que reproduire les contorsions idéologiques d’intellos comme Max Gallo, Régis Debray, et autres valets de la nation impérialiste française. Ca commence par la révérence vis-à-vis de De Gaulle et on sait très bien où cela finit…

Par l’acceptation d’une sinécure ou d’une planque quelconque, une ambassade, un poste de directeur de l’Alliance française dans un pays étranger, un poste lucratif dans un ministère, un rapport gouvernemental bien payé, une tribune régulière à la radio ou à la télé, un coup de pouce pour l’édition d’un livre, les possibilités sont illimitées pour ceux qui veulent jouer avec Sarkozy et la droite au jeu de « Plus résistant que moi, tu meurs. »

Et si ces « défenseurs » des sans papiers ne se réfugient pas sous la vareuse du très réactionnaire général (un pléonasme !) de Gaulle par intérêt et par calcul politicien, alors c’est qu’ils sont encore plus bêtes que leur pseudo-« raisonnement » le laisse entendre.

PETIT FLORILEGE RACISTE DU GENERAL DE GAULLE À L’INTENTION DES INNOCENTS OU DES NAIFS

– " Les communistes russes sont des traîtres à la race blanche. Un jour, ils redeviendront solidaires de l’Europe. " (cité par J.R. Tournoux, La Tragédie du Général, Ed. Plon, p 365).

– « Je n’aime pas les youpins"(Cité par André Le Troquer, La parole à Le Troquer, Ed la Table Ronde 1962)

– Au député UNR Dronne, ancien héros de la libération de Paris : " Voulez-vous être bougnoulisés ? Voyons, Dronne ! Donneriez-vous votre fille à marier à un bougnoule ? "(Cité dans J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

– A Léon Delbecque : " Et puis, Delbecque, vous nous voyez mélangés à des Musulmans ? Ce sont des gens différents de nous. Vous nous voyez mariant nos filles avec des Arabes ? " (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

– Au général Koenig : " Evidemment, lorsque la monarchie ou l’empire réunissait à la France l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le Roussillon, la Savoie, le pays de Gex ou le Comté de Nice, on restait entre Blancs, entre Européens, entre chrétiens... Si vous allez dans un douar, vous rencontrerez tout juste un ancien sergent de tirailleurs, parlant mal le français ". (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

– "Tous ces bicots se chamaillent. Ils aiment les fusils, ils aiment s’en servir. Ils ont la manie de la fantasia"(Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

– " Les Arabes, ce n’est rien. Jamais on n’a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines... Ce sont d’habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants. " (Cité par J.R. Tournoux, La tragédie du Général, Ed. Plon 1967)

– " Qu’est-ce que les Arabes ? Les Arabes sont un peuple qui, depuis les jours de Mahomet, n’ont jamais réussi à constituer un Etat... Avez-vous vu une digue construite par les Arabes ? Nulle part. Cela n’existe pas. Les Arabes disent qu’ils ont inventé l’algèbre et construit d’énormes mosquées. Mais ce fut entièrement l’oeuvre des esclaves chrétiens qu’ils avaient capturés... Ce ne furent pas les Arabes eux-mêmes... Ils ne peuvent rien faire seuls."( Cité par Cyrus Sulzberger, Les derniers des géants, Ed. Albin Michel, 1972 )

– " Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas, vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très intelligents. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se séparent de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain seront 20 millions, et après demain 40 ? " (Cité par A. Peyrefitte. C’était de Gaulle. Ed Gallimard, 2000. Propos tenus le 5 mars 1959)

– " Ils vous intéressent, vous, ces Mohammed et ces Fernandez ? "( Cité par Jacques Isorni, Lui qui les juge, Ed. Flammarion 1961)

– " Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture greque et latine, et de religion chrétienne. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont les Arabes, les Français sont les Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de Musulmans, qui demain seront peut-être vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisons l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! " (Cité par B. Stora, Le transfert d’une mémoire, Ed. La découverte, 1999)

– " Certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, mais- qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est à dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles."( Conférence de presse du 27 novembre 1967 )

– " Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux : il y a des nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Et puis tout cela n’a aucune espèce d’intérêt ! Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. " (Entretiens avec Jacques Foccart, 8 novembre 1968. cité dans ses Mémoires, tome 2.

ET VOILA CE QU’ENTENDENT LIRE LES BOUFFONS GAULLO-GAUCHISTES

On jugera ces paroles démagogiques à l’aune des propos tenus ci-dessus et surtout des actes du Général pendant ces 11 années au pouvoir. En dehors du fait que les soldats "indigènes" étaient loin d’être toujours volontaires pour défendre les intérêts de l’impérialisme français contre les intérêts des autres puissances européennes (intérêts antagoniques qui expliquent les deux guerres mondiales), De Gaulle ne traduisit jamais en actes ce respect qu’il prône dans ce discours vis-à-vis des survivants. Il suffit de savoir que les pensions de retraite ou d’invalidité des troupes "coloniales" étaient, du vivant du Général, 8 à 10 fois inférieures à celles des militaires dits "français". Une telle ignorance et un tel cynisme de la part de SOS Sans papiers montrent bien qu’ils se moquent du monde.

Déclaration du Général de Gaulle le 23 avril 1968, immortalisée sur la plaque commémorative située face au 38 quai Henri IV à Paris :

" Aux Soldats de la Première Armée Française qui, devant l’Histoire, ont payé le Prix de la Liberté".

La France pourrait-elle oublier cette Armée venue d’Afrique qui réunissait les Français libres de la 1ère DFL, les pieds noirs, les goumiers et les tirailleurs marocains, algériens, tunisiens, sénégalais, les soldats des territoires d’Outre-mer, les évadés de France par l’Espagne, les anciens de l’Armée d’Armistice et des Chantiers de Jeunesse.

La France pourrait-elle oublier ces 250 000 hommes auxquels, par la volonté du Général Jean de Lattre de Tassigny, vinrent s’amalgamer aux 150 000 volontaires des Forces Françaises de l’Intérieur.

La France pourrait-elle oublier que cette armée a libéré le tiers de son territoire et que, sans elle, son chef n’aurait pas été à Berlin le 8 mai 1945 pour signer l’acte de capitulation de l’Allemagne.

Pourrions-nous accepter que nos cimetières où se mêlent par milliers , les croix chrétiennes, les étoiles juives et les croissants de l’Islam, soient ensevelis sous l’oubli et l’ingratitude.

Le Souvenir ! C’est pas seulement un pieux hommage rendu aux morts, mais un ferment toujours à l’œuvre dans les actions des vivants ". Charles de Gaulle - 23 avril 1968

UN AUTRE MASSACRE COMMIS SOUS DE GAULLE, CELUI DES BAMILEKE

Même si l’orientation idéologique du site Africamaat est totalement réactionnaire parce qu’elle combat l’unité des prolétaires de toutes origines, je ne peux que conseiller à SOS Sans Papiers de réfléchir à l’article suivant.... (Y.C.)

Parmi les grands crimes commis par la France aux quatre coins du globe figure un, sans doute le plus scandaleux, prémédité, planifié et exécuté par le Général de Gaulle au tournant des années 60. En pleine guerre froide, il n’y a pas de camera pour filmer, ni de reporters pour écrire. Entre les chaînes montagneuses du pays BAMILEKE, les chasseurs-bombardiers français se livrent a l’implacable jeu de la mort. Les populations indigènes qu’on massacre ainsi n’ont rien pour se défendre.

La situation géographique de la région martyrisée n’arrange fatalement pas les choses. Le pays BAMILEKE est, a ce moment-la, la seule province camerounaise qui ne partage pas de frontières avec un pays voisin. Il n’y aura pas d’exode vers les frontières, ni de Camps de Réfugiés. Il n’y aura pas de Croix Rouge, ni de Médecins Sans Frontières. Il y a pourtant une sorte d’unanimité et de consensus international sur ce crime. L’ONU, de laquelle la France tient son mandat de Tutelle, restera étrangement muette. La Grande Bretagne, l’autre Mandataire et Alliée de la Première Guerre Mondiale, est de l’autre cote de la montagne, a un vol d’oiseau de Mbouda et de Dschang. Les va et vient des bombardiers français n’ont certainement pas échappé a la vigilance des services secrets de sa Majesté. Son silence est, sans aucun doute, un acte de solidarité occidentale. Le Vatican, dont on connaît la capacité à fustiger les crimes de cette ampleur, n’en dira pas un seul mot.

Pire, les écoles et collèges missionnaires a l’Ouest du Cameroun ont abrite le corps expéditionnaire français. Il s’agit, peu de gens le savent, de l’un des plus grands génocides de l’histoire de l’Humanité. Le rayonnement international de la France, qui bénéficie de la Loi du silence de l’ordre blanc mondial, va réussir a étouffer le crime.

Aujourd’hui, les jeunes Camerounais sont surpris lorsqu’on leur apprend, de manièreanecdotique hélas, l’histoire de cet effroyable drame. Le Général de Gaulle s’est rendu ainsi coupable d’un deuxième génocide : Le génocide de la Mémoire. La plupart des Officiers français qui font partie du Corps expéditionnaire sont d’anciens tueurs de la Guerre d’Indochine. Ils ont été recasés au Cameroun, en raison, croit-on savoir, des Accords de Défense Militaires passes entre M. Ahidjo et Charles de Gaulle. Le Cameroun n’est pourtant pas, si l’on se réfère a ces fameux Accords de Défense, sous la menace d’un pays étranger. Le Ministre de la défense de M. Ahidjo, un certain Sadou Daoudou, - dont le nom devrait entrer dans le registre sinistre des criminels de guerre n’aura pas de mal a convaincre son homologue Français Pierre Guillauma.

Jacques Foccart, le Rambo français des tropiques, est favorable a l’extermination massive des BAMILEKE, que des rapports des services de la SDECE - dont ceux d’un certain Jean Lamberton présentent comme une dangereuse menace pour les intérêts Français au Cameroun. Sur place a l’Ouest du pays, dans le champ des opérations, se trouve Andze Tsoungui, ministre aujourd’hui retraite. Parmi les Officiers du Corps expéditionnaire, figure Max Bardet, Pilote d’hélicoptère. Comme beaucoup d’autres, il a pris une part active aux bombardements. Il a survole et bombarde, avec une cruauté qu’il n’a jamais niée, le pays BAMILEKE.

Voici un témoignage édifiant qu’il a fait en 1988 dans un livre intitule OK Cargo. Bardet sait très bien de quoi il parle. Voici sa déclaration : " En deux ans, de 1962 a 1964, l’armée régulière a complètement ravage le pays BAMILEKE. Ils ont massacre de 300 000 a 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques, les BAMILEKE n’avaient aucune chance(.) Les villages avaient été rasés, un peu comme Atilla " Bardet prononce bien les mots génocide, race anéantie, villages rasés. un peu comme Atilla. Ces mots funèbres ne sont pas prononces par un profane, mais par un militaire, acteur et témoin d’un crime. La comparaison que cet Officier fait avec Atilla n’est pas fortuite. Pour ceux qui connaissent un peu l’histoire triste de ce petit village martyr du Liban, il est même étonnant qu’il ait eu des survivants a l’ouest du Cameroun. Ce témoignage a lui seul constitue un élément de preuve dont un Tribunal International Spécial devrait un jour tenir compte. Bardet avance le chiffre de trois a quatre cents mille victimes.

lire la suite de cet article sur : http://www.africamaat.com/article.php3 ?id_article=493

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Samedi 18 octobre 2008

Michel Onfray est souvent interviewé dans des publications "radicales". Ce philosophe nous a avoué ce soir être choqué par les jeunes qui sifflaient "La Marseillaise" dans les stades, puis, se reprenant, il a ajouté qu’il condamnait mais les comprenait car ils étaient d’origine étrangère... Laborieux, l’intello libertaire ! Décidément, ce philosophe sait gérer sa carrière médiatique.

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Mercredi 15 octobre 2008

Mensonges et approximations à l’émission "C dans l’air" à propos du "terrorisme d’extrême gauche" en Italie.

Dans le cadre d’une émission consacrée à Carla Bruni Sarkozy le mardi 14 octobre 2008, le journaliste réactionnaire et démagogue Yves Calvi avait invité quelques Grands Spécialistes de la question italienne et du "terrorisme d’extrême gauche". Une journaliste de "Points de vue" (publication spécialisée dans les potins mondains de la haute société (1)), un sociologue spécialiste des médias, le directeur-adjoint de "Marianne" et... un correspondant du journal italien "Panorama", Alberto Toscano.

A part ce dernier, qui savait de quoi il parlait, tout en défendant un point de vue très confus (2) et en laissant tranquillement les autres intervenants débiter mensonges et énormités, les 3 autres n’ont proféré que des absurdités sur Marina Petrella et sur l’Italie des années de plomb. D’abord tous ont fait semblant de croire que les BR auraient eu les mêmes membres, la même direction politique, depuis 38 ans, et qu’il y aurait une continuité organisationnelle depuis quatre décennies. Ce qui est totalement faux. Il y a eu plusieurs BR et chaque génération de brigadistes porte déjà des responsabilités assez lourdes sur les épaules, sans qu’on impute abusivement ses actes et ses écrits à la génération suivante ou précédente. Mais, c’est connu, "C dans l’air" et son animateur ne font ni dans la nuance ni dans la précision.

Marina Petrella n’a pas été condamnée pour avoir commis elle-même "des" assassinats, mais elle a été jugée "moralement responsable" de l’assassinat d’ "un" commissaire. Je n’ai aucune sympathie pour les Brigades rouges , leurs pratiques ou leurs théories staliniennes (cf. sur ce site le débat à ce sujet : http://www.mondialisme.org/spip.php...) pas plus que pour l’arme de la terreur politique, fût-elle d’extrême gauche, mais il faut au moins, quand on parle de cette organisation, donner aux téléspectateurs des faits et des dates précis.

Ensuite Calvi balança le chiffre de "415 victimes des BR", tout en disant que personne dans son équipe n’avait pu le vérifier. Il ne l’a pas avoué mais ce chiffre figure sur Wikipedia. Le sociologue de service (3) pontifia en expliquant qu’il existait des listes sur Internet (média très fiable comme on le sait surtout pour les spécialistes des sciences sociales...) ; pour lui, ceux qui remettent ces chiffres en cause seraient des partisans de "théories du complot", qui osent prétendre que les victimes ont été tuées en partie par "l’extrême droite" ou par "les services secrets", ou pourquoi pas "par les Martiens", ajouta-t-il. Très fin, notre chien de garde....

Evidemment, ce sociologue savantissime ne mentionna pas l’attentat fasciste de la Piazza Fontana en 1969, attentat qui tua 16 personnes et précipita, en réaction, la création des premières Brigades rouges. Ni l’attentat commis par les fascistes à la gare de Bologne qui fit 85 morts en 1980. Pour lui, il n’y a jamais eu de terrorisme noir, ni de tortures dans les commissariats ni de bavures policières en Italie. Un tel cynisme manipulateur ou une telle ignorance font froid dans le dos.

Alberto Toscano, ex-journaliste au quotidien stalinien "L’Unita" pendant 10 ans (ce qui permit de comprendre de quel côté il était pendant les années de plomb, le camp de ceux qui défendaient la répression policière et judiciaire contre tous les mouvements sociaux, de ceux qui dénonçaient les militants d’extrême gauche aux patrons et aux flics), eut le culot d’expliquer que l’extrême droite et l’extrême gauche avaient collaboré ensemble pour tuer des Italiens... ruinant ainsi de lui-même les explications du sociologue ignorant. Mais évidemment Calvi se garda bien de souligner les contradictions et les incohérences évidentes entre les propos de ses invités.

Le même sociologue prétentieux expliqua que Marina Petrella pouvait parfaitement faire appel de sa condamnation, ce qui est totalement faux. Il "oublia" de dire que Marina Petrella avait attendu son jugement pendant 12 ans et fait 8 ans de prison préventive avant de prendre tranquillement le train pour la France et de se présenter aux autorités de "notre" pays.

Puis il nous expliqua que les "terroristes d’extrême gauche" tiraient dans les "genoux" (sic) : on se demande si ce grand italianiste sait que "gambizzazione" veut dire tirer dans les jambes (ce qui est déjà un exercice difficile, inutile d’en rajouter...). Puis il affirma que "chaque famille italienne" connaissait de près une victime du terrorisme ! Se rendant compte qu’il était allé trop loin, il rectifia en affirmant que chaque famille connaissait au moins le nom d’une victime. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose...

Enfin, Olga d’Antona, députée "de gauche" d’après Alberto Toscano (en fait elle appartient au Parti démocrate, issu de l’ancien PC italien après 2 changements de nom et plusieurs scissions ; personne de sérieux ne considère ce parti du centre comme un parti de gauche) fut interviewée, sans que quiconque, à aucun moment, ne précise

1) que son mari avait été assassiné par les BR (ce qui n’en faiit pas une analyste particulièrement objective, même si elle a parfaitement le droit d’exprimer sa colère et sa douleur devant le meurtre absurde de son mari),

2 que cela s’était passé en 1999, soit 17 ans après l’arrestation de Marina Petrella

3) et que celle-ci se trouvait en France depuis 1993 !

Le nombre d’énormités déversées dans cette émission (qui en principe portait, je le rappelle, sur Carla Bruni Sarkozy et pas sur Marina Petrella) est tellement considérable qu’il vaut mieux en arrêter ici la liste et se concentrer sur la seule chose positive qu’ait dite Alberto Toscano : il faut voter une loi d’amnistie en Italie.

1. Sur le site du magazine on apprend que cette publication s’occupe des "princes de l’actualité internationale", des individus qui "font l’Histoire, la grande et la petite" et dont le "destin nous fascine", bref "le cercle des gens d’exception". Tout à fait le genre de journal compétent pour traiter de Marina Petrella et du "terrorisme d’extrême gauche" en Italie.

2. Tantôt il s’étonnait que Carla Bruni Sarkozy ne s’occupe pas de tous les prisonniers en danger de mort en France, et notamment des détenus suicidaires (ce qui effectivement pourrait être une bonne chose pour occuper Madame C.B.S.), tantôt il faisait semblant de croire que ne pas extrader Marina Petrella allait encourager le terrorisme en Italie ! Tantôt il dénonçait les "dérives monarchiques" de Sarkozy, tantôt il affirmait, la main sur le coeur, qu’il n’avait "personnellement rien contre Madame Marina Petrella". Et de nous répéter sans cesse qu’on ne parlait jamais des victimes du terrorisme, comme s’il n’y avait eu des victimes que d’un seul côté...

3. Il est paraît-il "docteur d’Etat en sciences politiques, spécialiste en sciences de l’information et de la communication et enseigne la sociologie des médias à l’Ecole de guerre économique depuis 1999". Il a écrit des livres sur les tapis, l’ADN, les routes de la soie et le... terrorisme djihadiste, mais cela ne nous dit pas au nom de quoi son avis était particulièrement autorisé sur les questions abordées ce soir-là.

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Mardi 14 octobre 2008

« De la LCR au NPA » - Quelques remarques à propos d’un article de Patrick Mignard

http://endehors.org/news/de-la-lcr-...

http://endehors.org/news/de-la-lcr-...

Je trouve ces 2 articles parus sur le site libertaire de l’Endehors intéressants et je suis d’accord avec beaucoup des critiques que l’auteur adresse à la LCR mais j’aimerais ajouter quatre remarques qui ne sont d’ailleurs pas forcément l’expression de divergences.

1) Il faut absolument sortir du cadre de l’Hexagone pour comprendre la LCR

Si l’on veut discuter de la stratégie de la LCR, on ne peut la comprendre que dans un cadre qui ne soit pas strictement franco-français. L’expérience que tente la LCR est en liaison étroite avec des aventures menées par ses organisations sœurs :

– au Brésil (dans le Parti des travailleurs, sorte de grand parti travailliste né des syndicats),

– en Allemagne (dans le parti Die Linke, coalition entre l’ex-parti stalinien est-allemand, le PDS, et une fraction de la « gauche » qui a scissionné du SPD entraînée par Oskar Lafontaine),

– au Portugal (dans le Bloc de gauche, une coalition avec d’ex-staliniens du PC et d’ex-maoistes de l’UDP)

– en Italie dans le Parti Rizondazione comunista (scission de l’ancien PC italien qui lui est devenu les Démocrates de gauche, puis le Parti démocrate)

– du SSP en Ecosse (coalition de différents groupes trotskystes)

– et de Respect (coalition de différentes forces trostkystes sous la houlette d’un député travailliste hostile à l’intervention en Irak, George Galloway, et avec la collaboration du MAB, les Frères musulmans britanniques) en Angleterre. – Même si ces expériences se sont finalement traduites, dans 4 cas sur 6, par l’exclusion des trotskystes ou des scissions non désirées (Brésil, Italie, Ecosse, Angleterre) et qu’elles ont été relativement éphémères (la plus longue ayant été la présence des trotskystes au sein du PT brésilien) la LCR veut, comme ses organisations sœurs, dépasser le cadre de ce qu’elle appelle ses « frontières organisationnelles et programmatiques » historiques (le marxisme, le léninisme et le trotskyme) pour créer de toutes pièces (ou entrer dans) un regroupement de gauche plus large. C’est le bilan qu’elle a notamment tiré après la disparition de l’URSS et de ses satellites. Selon la LCR, les trotskystes ne peuvent plus espérer devenir un gros parti révolutionnaire en fusionnant toutes les tendances trotskystes ensemble ou en ralliant un pan du PS ou du PC à leur seul drapeau rouge. Ils doivent contribuer à la formation de gros partis réformistes de gauche (qu’ils appellent « anticapitalistes » pour la galerie, mais qui seraient de fait réformistes s’ils prenaient racine).

Il est important de tenir compte de cette dimension internationale, d’une part parce que cela constitue une des originalités fortes de la LCR et d’autre part parce qu’elle permet de comprendre pourquoi la critique de Patrick Mignard rate en partie sa cible. En effet, un militant de la LCR un tant soit peu sophistiqué ne sera pas vraiment ébranlé par la réflexion selon laquelle le NPA risque d’être un PCF-bis. Si j’étais lui, je répondrais : « Oui, et alors, ce serait déjà vachement mieux que la situation actuelle ! » Et par « situation actuelle », il entendrait à la fois le nombre de militants et l’oxygène politique limités dont dispose aujourd’hui la LCR, mais aussi la capacité de peser dans le champ politique, social…et médiatique. En d’autres termes, « on serait drôlement plus audibles et efficaces ». Et cet argument-là, même s’il n’est pas très « radical » ou « libertaire », est extrêmement séduisant. J’ai participé récemment à une réunion nationale d’une association à laquelle participe la LCR et cela m’a frappé d’entendre tous ses militants quadra ou quinquagénaires au sein de cette assoc répéter à plusieurs reprises qu’ils « n’étaient pas des gauchistes ». On voit qu’avec l’âge, les trotskystes ont envie d’un peu de notoriété et de respectabilité. Et qu’ils ne seraient pas fâchés de collaborer davantage avec les Verts, le PS et le PCF, bien sûr pour défendre les « intérêts des travailleurs ». Je crois que ce sentiment « unitaire » (en clair la peur de l’isolement) explique bien des choses, chez les militants de la LCR, comme chez les futurs adhérents potentiels du NPA. De la peur de l’isolement à l’opportunisme, il n’y a qu’un pas.

2) La question du régime interne et de la démocratie interne du nouveau Parti

Peut-être Mignard l’a-t-il fait dans d’autres textes que je n’ai pas lus mais il me semble que c’est un des points sur lesquels il faut insister dans la critique de ce prétendu « nouveau parti ». En réalité, le NPA ne se crée à partir d’aucune réflexion originale, novatrice, sur ce que pourrait être le fonctionnement radicalement différent d’un parti politique « anticapitaliste » (cf. à ce propos : « À ceux qui désirent fonder un nouveau parti anticapitaliste » http://www.mondialisme.org/spip.php... )

Je ne suis pas anarchiste, mais s’il y a un point sur lequel les anarchistes ont toujours eu raison contre la plupart des marxistes, c’est la nécessité de la cohérence entre la fin et les moyens . Si j’étais un militant critique de la LCR, je me poserais la question de la cohérence entre la fin (le communisme) et les moyens (le Parti et l’Etat dit ouvrier ou socialiste.)

De façon plus immédiate, je ne crois pas que la décentralisation totale soit une solution miracle (le fait que chaque groupe du NPA fasse ce qu’il veule dans son coin), mais au moins si l’on voulait sincèrement « faire du neuf » il faudrait poser tout de suite les questions ;

– de la marge d’autonomie et d’expérimentation des sections ou cellules locales du NPA,

– des permanents du NPA (un parti qui repose sur un appareil de permanents a toutes les chances de voir cet appareil s’autonomiser de la base),

– et des députés, voire même des conseillers municipaux du NPA.

Toutes ces questions n’auraient d’intérêt que si le NPA y apportait des réponses inédites ou effectivement libertaires, dans le bon sens du terme, pas celui démagogique utilisé par Besancenot qui fait l’apologie de Che Guevara, l’inventeur des camps de redressement par le travail à Cuba !

Pour ce qui concerne les élus au suffrage universel, il est significatif que les scissions ou l’écroulement des coalitions larges ou des partis réformistes de gauche auxquels ont participé les sections sœurs de la LCR dans d’autres pays ont toutes eu lieu autour de l’activité des parlementaires trotskystes ou de gauche.

En Italie c’est l’exclusion d’un parlementaire trotskyste qui a précipité la scission, tout comme au Brésil (et d’ailleurs il est significatif que l’une des députés trotskystes exclues du Parti des travailleurs, Heloise Helena, prône désormais l’alliance avec la droite sur certaines questions, en raison de ses convictions religieuses, ce qui a abouti à une nouvelle scission).

En Ecosse ce sont le comportement « privé » du député Tommy Sheridan (1) et ses mensonges publics (il a obligé toute la direction de son organisation à le soutenir, à mentir, et à engager un procès en diffamation qu’il a évidemment perdu) par ailleurs extrêmement populaire et militant qui ont provoqué l’écroulement du SSP. (Avant cet épisode minable exploité par la presse à sensation, c’est le succès électoral du SSP qui provoqua de vive tensions internes entre et autour des 6 députés d’extrême gauche.)

En Angleterre c’est, entre autres, la volonté du député George Galloway de contrôler Respect (ce député de gauche, grand ami de Saddam Hussein, déclarait ne pas pouvoir militer avec moins de 200 000 euros par an !) et d’imposer sa ligne politique qui a suscité la scission.

Sur ces questions, il n’y a pour le moment aucune réflexion sérieuse dans le NPA. Non seulement le NPA risque de fonctionner grosso modo comme la LCR (avec des tendances, ce qui est déjà mieux qu’une organisation monolithique, mais ce qui est insuffisant ; mais aussi avec des permanents, ce qui est particulièrement néfaste et dangereux), mais en plus l’objectif publiquement affiché par Besancenot, avant même que le Congrès de fondation se soit prononcé sur cette question, est de se présenter aux prochaines élections, sans que la moindre réflexion soit engagée sur ce qu’implique la participation aux processus électoraux, donc concrètement la cogestion de l’Etat bourgeois.

Il est à ce titre significatif que les militants de la LCR qui ont une expérience de conseillers municipaux et de députés européens se considèrent comme de braves « délégués du personnel » au sein de l’Etat et qu’ils refusent d’admettre qu’ils cogèrent l’Etat par le bas, en attendant (inévitablement) de le cogérer par le haut. (Cf. notre article sur les municipales http://www.mondialisme.org/spip.php...)

3) Le NPA va-t-il marcher et le PCF est-il moribond ?

On entre là dans un domaine particulièrement difficile, celui de la prévision.

D’une part, je n’enterrerais pas aussi vite le PCF que le fait Patrick Mignard. Pour le moment, le PCF existe encore et, par l’intermédiaire de la CGT et de multiples associations, il possède un pouvoir d’influence sociale et de nuisance politique qui n’est absolument pas comparable à l’influence groupusculaire de la LCR et celle hypothétique du NPA. Rappelons l’expérience des comités du Non contre le TCE qui ont abouti à un fiasco total, quand il s’est agi de traduire ce « moment exceptionnel » de discussions politiques en une organisation durable. Sans parler d’ATTAC qui n’a pas réussi, malgré toutes ses proclamations et ses prétentions à « faire de la politique autrement ».

Deuxièmement, construire un parti politique de masse demande des capacités organisationnelles particulières. Si j’en crois les confidences de Krivine dans son dernier livre, la LCR a toujours été incapable de gérer ses finances. Son journal et ses publications sont totalement déficitaires, les cotisations ne rentrent pas tous les mois, etc. On comprend d’ailleurs pourquoi la LCR tient tant à la manne électorale, car l’Etat bourgeois verse de généreuses subventions à ceux qui dépassent les 5% aux élections. L’Etat français supplée donc aux déficiences militantes et financières de la LCR. Mais je doute fort que la LCR surmonte ce handicap, celui de l’argent, qui est le nerf de la guerre, surtout dans la politique traditionnelle. Et si elle le surmonte avec l’aide de quelques gestionnaires efficaces (comme cela s’est passé par exemple quand les éditions François Maspero, sympathisant et gros cotisant de la Ligue communiste pendant des années, sont devenues des éditions traditionnelles bourgeoises, La Découverte), cela ne changera rien à la nature profonde de la future organisation. Il faut des années pour former des cadres politiques solides, or la formation politique est faiblarde à l’actuelle LCR et il n’y a aucune raison que cela s’améliore au sein du NPA si ce parti n’attire que des gens très modérés, soucieux avant tout d’action syndicale ou associative locale, qui veulent simplement un « partage plus juste des richesses » comme le disent la plupart des nouveaux adhérents sur les forums du NPA ou ceux interviewés dans sa revue Critique communiste.

Il y a fort à parier que la LCR accouchera d’un mini PSU, et avec peut-être autant de députés (4, ce qui était ridicule) et de conseillers municipaux (quelques centaines, à l’époque), donc une structure qui aura une vie brève et finira par rejoindre le PS, le PCF ou toute autre formation de gauche plus classique qui pourrait apparaître et serait aux mains de vieux renards et de jeunes loups (qui auront été formés par les trotskystes, tels que le furent les Mélenchon, Cambadélis et autres Dray ou Weber).

Mais je peux me tromper en matière de pronostics. Simplement je trouve que le milieu libertaire a tendance à se laisser un peu trop intoxiquer par tout le barouf médiatique fait autour du NPA et de Besancenot. Les médias ont laissé tomber Arlette Laguiller (qu’ils n’ont de toute façon jamais ménagé autant qu’ils ménagent aujourd’hui Besancenot et la LCR), pour mettre en avant et en valeur Olivier Besancenot, mais nous ignorons combien de temps ce favoritisme durera. Et si cette couverture médiatique devait brutalement s’interrompre, on en reviendrait au réel. « Le NPA, combien de divisions ? » Et là rien ne remplace l’huile de coude et l’imagination politiques.

4) Désorientation de la tête à la base

Pour conclure, il me semble qu’il manque un dernier élément dans l’article de Patrick Mignard. Ce ne sont pas simplement les militants de base ou les sympathisants libertaires, de gauche ou d’extrême gauche, qui sont déboussolés ou désorientés. Ce sont aussi les « têtes pensantes » de la LCR. Il suffit de lire les textes de revues comme « Critique communiste » ou les livres publiés par Daniel Bensaïd (généralement écrits dans un style jargonnant et profondément ennuyeux, mais où l’on trouve parfois quelques pistes de réflexion utiles), pour se rendre compte que la LCR est en pleine confusion idéologique et théorique. En partie parce qu’elle a toujours été plus sensible aux modes intellectuelles, aux débats théoriques branchés que ses consœurs trotskystes, mais aussi et surtout parce que tous ses pronostics politiques, et ceux de ses prédécesseurs léninistes, ont été remis en cause. Qu’il s’agisse de l’évolution du capitalisme, de la nature des Etats dits socialistes, des mouvements de libération nationale, des possibilités révolutionnaires des années 60-70, etc. Il est « normal » que Mignard n’ait eu que peu de réponses à son article, et quand il en a eu, que cela ait été des réponses généralement injurieuses ou sectaires. Ce sectarisme des petits cadres politiques de la LCR traduit beaucoup plus un profond désarroi idéologique que des convictions solides.

Raison de plus pour continuer le débat.

Y.C. (Ni patrie ni frontières)

14/10/2008

1. Ce député pratiquait l’échangisme – ce qui ne regardait que lui et sa compagne, tant qu’elle était consentante, ce qui est toujours difficile à établir dans une société machiste – mais, en plus, selon les témoignages de certaines militantes, il harcelait ses camarades, ce qui n’est plus du tout un problème d’ordre privé.

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Samedi 20 septembre 2008

Sarkozy et Vichy : Discours creux ou analyse politique ?

Je remercie les camarades du Comité de soutien aux sans-papiers de Tours d’avoir pris la peine de me répondre, d’autant plus qu’ils se sont apparemment sentis victimes d’ « insultes » et de « mépris » de ma part. Ce n’était pas mon intention de les blesser, mais plutôt de les bousculer vigoureusement pour les inciter à préciser leur position. Ce qu’ils tentent de faire dans leur brève réponse, mais malheureusement d’une manière fort peu convaincante, à mon avis.

Voici donc leur réponse en caractères gras puis ma critique de leur texte.

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Réponse

du Comité de soutien

aux sans-papiers de Tours

Nous avons bien reçu ton texte virulent critiquant notre appel « ILS SONT A VICHY SOYONS PIRATES ! ».

Tout d’abord, que les choses soient claires, nous ne pensons pas que le vichysme est de retour. D’ailleurs jamais dans notre appel il n’en est question. Plus simplement, nous affirmons que Sarkozy et consorts font appel à des symboles plus que nauséabonds. Or, ce qui nous pose question, ce n’est pas que Sarkozy se transforme en Pétain, mais pourquoi il utilise de tels symboles.

Et là pour le coup cela ne peut être neutre compte tenu de ses références constantes à la seconde guerre mondiale (Guy Mocquet etc.) ; il faut donc être vigilant à ce propos. Bien évidemment, nous sommes d’accord pour dire que la situation actuelle n’est pas semblable à celle des années 40. Mais nous maintenons donc qu’Hortefeux provoque ces rapprochements. Ce qui ne rend évidemment aucunement responsables les habitants actuels de Vichy ! Nous n’y pouvons rien (comme les Vichyssois) si Pétain a choisi Vichy comme siège de son gouvernement.

C’est bien Pétain et consorts qui ont accepté la collaboration,qui en ont fait la propagande ; c’est bien à la demande de Laval que les enfants juifs (dont les familles étaient d’origine étrangère dans un premier temps) ont été déportés, et ce à la grande surprise des responsables nazis, et c’est bien Pétain et son gouvernement qui donnaient des ordres aux fonctionnaires concernés ! C’est bien sous la responsabilité de Pétain que la police française organisa les rafles, et pas uniquement à Vichy ! (le procès Eichmann montre, entre autres, que les déportations à l’échelle européenne, n’auraient pu avoir l’ampleur que nous connaissons sans la collaboration des différents Etats impliqués et donc de leur police et milices, cf le livre de H. Arendt sur le sujet).

Dans ce texte, nous ne parlons pas des nazis, mais uniquement du gouvernement de Pétain et de sa politique en matière de collaboration.. Nous sommes désolés, elle s’est traduite, entre autres, par l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes sous prétexte qu’elles étaient juives, espagnoles ou italiennes antifascistes, homosexuelles, tziganes, handicapées, communistes, anarchistes, résistantes...qui n’ont pas été toutes exterminées car pas toutes logées à la même enseigne. (Nous ne comprenons pas comment on peut remettre cela en cause !)

Il est difficile d’imaginer qu’Hortefeux n’ait pas pensé à tout cela ou du moins une personne de son staff.. C’est donc un choix politique, choix que nous dénonçons. Il n’est quand même pas neutre de réunir des ministres européens, pour parler d’intégration des personnes d’origine étrangère (autrement dit, comment expulser des êtres humains et de coordonner les politiques en ce sens) à Vichy ; le gouvernement sait quand même ce qu’il fait !

Cela n’interdit pas que des rencontres aient lieu à Vichy, mais sur ce sujet, il est évident que le caractère symbolique que représente cette ville est incontournable. On ne peut nier que l’action politique des gouvernants s’appuie sur des symboles. Lorsque Sarkozy déclare dans un meeting « le travail rend libre », il sait très bien que cela va faire réagir. De même lorsque Rachida Dati utilise l’expression « rétention de sûreté », elle connaît la charge symbolique du vocabulaire qu’elle emploie. Ou alors cela signifie, que l’élite politique n’a aucune mémoire !

Le langage, les symboles ne sont jamais neutres. Il y a eu suffisamment d’études sur les rapports entre l’exercice du pouvoir et l’utilisation du langage (http://www.laviedesidees.fr/Langue-...) pour ne pas insister plus à ce propos. L’objectif est de banaliser des idées, des conceptions de plus en plus autoritaires et sécuritaires.

Nous trouvons que tu as une vision bien conformiste du rapport au travail. Si la majorité des gens recherche un emploi c’est pour, en premier lieu, avoir des ressources. Tu sembles faire peu cas des luttes pour le revenu garanti, la gratuité des services publics, du logement (squat), etc. En outre, le lien entre l’amélioration des conditions matérielles de vie et l’obtention d’emploi est de plus en plus remis en cause, vu que pour de plus en plus de travailleurs ne sont plus assez payés pour satisfaire leurs besoins.

En outre, on ne peut passer sous silence la crise de la valeur travail qui peut être porteuse de perspectives alternatives, voire révolutionnaires, en remettant en cause la centralité du travail. Ainsi le travail pourrait trouver une autre place : une activité sociale parmi d’autres. Le but est d’imaginer des formes d’organisation sociale permettant de « connaître et maîtriser nos conditions d’existence ». Cela suppose , si on s’intéresse à la place du travail, de déterminer collectivement ce que nous voulons produire, comment et à quelles fins.

Donc le thème de la libération par le travail nous semble pour le moins obsolète et en tous cas n’a pas fait avancer la pensée révolutionnaire ; bien au contraire, la bourgeoisie sera toujours en position dominante sur ce registre, puisque c’est un de ses piliers idéologiques.

A propos de l’exemple du camp de Rivesaltes, il paraît évident que lorsque Daladier fait ouvrir des camps (dont celui de Rivesaltes) pour y enfermer des réfugiés espagnols, il ne pouvait imaginer qu’ils serviraient pour y enfermer des Juifs en vue de leur déportation. De même il ne pouvait imaginer que des Algériens y seraient également enfermés et encore moins les Harkis. Jamais nous n’avons dit que ces différentes personnes ont subi le même sort. Il en va de même pour les sans papiers. Le point commun à tous ces êtres humains est d’avoir été enfermés dans un même camp (Rivesaltes). Les raisons, les motivations de ces différents enfermements ont évolué en fonction des circonstances historiques. Personne dans la société française en 1938 ne pouvait imaginer quels seraient les différents types de populations qui s’y retrouveraient prisonniers.

C’est pourquoi on demande la fermeture des camps de rétention et leur destruction, car on ne peut savoir qui y ’’séjournera’’ dans les années futures et pour quel motif ni quelles en seront les conséquences.

C’est aussi montrer qu’accepter le maintien d’un outil d’enfermement pour certaines personnes (en l’occurrence les sans papiers) c’est prendre le risque de s’y retrouver si l’Etat décide d’y enfermer, par exemple des militants ou toute personne jugée déviante. C’est tenter de montrer que les sans papiers ne sont pas les seuls concernés et ce au regard de l’expérience historique !

Nous arrêtons là notre réponse. Nous ne donnerons pas de note sur la qualité de ta lecture du texte que nous avons diffusé. Nous préférons dialoguer entre camarades, plutôt que de s’envoyer des insultes et des réflexions méprisantes, même si il y a des désaccords importants. Peut être aurait-il fallu être plus clair quant à notre intention, en écrivant que nous ne pensons pas que Sarkozy est un nouveau Pétain ; cela nous semble pourtant trop évident

Collectif de Soutien aux Demandeurs d’Asile et aux Sans Papiers de Tours

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Voici maintenant ma réponse au CSDASP de Tours :

Le contexte politique depuis l’ascension de Sarkozy

Avant d’entrer dans le vif de la discussion, il faut rappeler un peu le climat politique dans lequel nous nous trouvons depuis 2002. Depuis que Sarkozy occupe le devant de la scène médiatique, qu’il a été nommé successivement ministre de l’Intérieur, ministre de l’Economie, de nouveau ministre de l’Intérieur et enfin élu président de la République, on assiste en France à un renouveau, à une réactivation de « l’antifascisme » le plus simpliste, sous la forme d’une sarkophobie galopante et parfois délirante (1).

L’antifascisme (qui a de multiples variantes, de sa version stalinienne et post-stalinienne aux versions libertaire, trotskyste ou sociale-démocrate) repose sur l’idée grossière qu’il y aurait seulement deux camps, les méchants et les gentils, les fascistes et les antifascistes. L’extrême droite et la droite seraient irréversiblement attirées vers le fascisme, la gauche et l’extrême gauche (parfois aussi, pour certains, les « démocrates » et les « républicains ») irréversiblement attirées vers l’antifascisme.

Ce type de raisonnement binaire ne permet pas de comprendre pourquoi le PCF tendit la main aux « chemises vertes » organisées par le leader paysan fasciste Dorgères en 1934 ; pourquoi le PCF demanda la reparution de L’Humanité sous l’Occupation allemande ; pourquoi ce même parti dénonça De Gaulle comme le « fourrier de l’impérialisme britannique », pour après encenser le général jusqu’en 1947 ; pourquoi la Chambre du Front populaire, à l’exception des députés du PC et de quelques autres, vota les pleins pouvoirs à Pétain ; pourquoi De Gaulle, catholique proche de l’Action française devint l’idole de la Résistance ; pourquoi les socialistes planistes exclus de la SFIO (dont Marcel Déat) fournirent des cadres importants au régime de Pétain ; ou pourquoi les pétainistes de l’école d’Uriage sous l’Occupation bénéficièrent des conférences d’hommes qui tournèrent leur veste opportunément et devinrent « de gauche » après-guerre (Hubert Beuve-Méry, futur fondateur du Monde ; Jean-Marie Domenach fondateur d’Esprit ; Emmanuel Mounier, théoricien apprécié par les cathos de gauche) ; ou pourquoi les deux tiers des notables de la Corporation paysanne vichyste, conservèrent leurs places après la Libération, etc.

Pour prendre des exemples plus récents, si l’on divise le monde seulement entre fascistes et antifascistes, on ne comprend pas pourquoi Sarkozy peut se réclamer du gaullisme, de la Résistance, rendre hommage à Guy Moquet, intégrer dans son gouvernement des figures importantes de la gauche, etc. On ne comprend pas non plus pourquoi Mitterrand a protégé Bousquet, et De Gaulle embauché Papon, en toute connaissance de cause.

Faire semblant de voir le fascisme partout, ou plus exactement de voir les prémisses du fascisme ou de la dictature militaire partout, a cependant un avantage : cela permet de répéter les mêmes clichés éculés depuis 60 ans dans toutes les situations politiques, quelles qu’elles soient, et de faire l’économie d’analyses historiques spécifiques. Pour les militants paresseux, cela offre un confort intellectuel garanti.

C’est d’ailleurs en partie pourquoi le PCF dénonça le coup d’Etat de De Gaulle en 1958 comme un coup d’Etat fasciste ; pourquoi les étudiants crièrent « CRS = SS » en 1968 ; pourquoi Eric Besson, avant de virer sarkozyste, prépara un argumentaire amalgamant systématiquement Sarkozy à l’extrême droite ; pourquoi Act Up édita une affiche affirmant « voter Sarkozy c’est voter Le Pen » ; ou pourquoi Guigou à l’Assemblée expliqua que la loi Dati sur la rétention de sûreté pouvait mener à des « dérives totalitaires ».

C’est ce simplisme-là, ce refus de distinguer entre des situations politiques concrètes, d’en dégager les nouveautés et les particularités, et donc de rester dans l’incantation creuse que j’ai appelé dans mon billet d’humeur « le degré zéro de la pensée politique ».

Et, hélas, trois fois hélas, en lisant la réponse du CSDASP, je persiste et signe dans mon jugement négatif.

« Sarkozy n’est pas Pétain », mais….

Tout tient dans ce « mais » que j’ajoute derrière la citation du CSDASP. En effet, ces camarades ont écrit deux textes à propos de la réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne, les 3 et 4 novembre, à Vichy, mais, en dehors d’une description de la situation catastrophique des sans-papiers en France, le point fort de leur argumentation est centré sur des événements qui se sont déroulés en France entre 1940 et 1944. Pas une seule fois ils ne cherchent à expliquer à leurs lecteurs quelles peuvent être les conséquences REELLES, ACTUELLES, CONCRETES de cette réunion. À croire que c’est un colloque d’historiens révisionnistes d’extrême droite qui va se réunir en novembre à Vichy….

Ainsi dans sa réponse, le CSDASP reprend son mantra intemporel sur Pétain, la Collaboration, Laval, les enfants juifs déportés et les fonctionnaires collabos. Rappelons que ma critique ne portait pas sur les actes de Pétain ou du régime vichyste, mais sur la validité d’une comparaison quelconque entre Pétain et Sarkozy ! Le CSDASP répond qu’il fait parfaitement la différence entre ces deux dirigeants, et entre leurs deux régimes, mais n’arrête pas de pointer des ressemblances ou des points communs, et il utilise quatre fois les termes « rapprochement » et « rapprocher ».

Le CSDASP nage dans l’inconséquence et l’incohérence totale.

Ainsi il affirme : « Dans ce texte, nous ne parlons pas des nazis ». Cette assertion est FAUSSE puisqu’il est fait allusion deux fois explicitement au régime nazi, ainsi qu’à la devise du camp d’Auschwitz, symbole (très réel celui-là) de l’extermination nazie des Juifs et à la loi Dati sur la rétention censée être une loi d’inspiration nazie (sans d’ailleurs qu’on nous précise en quoi). De plus avec qui collaborait Pétain ? Avec les nazis ! Avec qui collabore Sarkozy ? avec tous les gouvernements de l’Union européenne ! Où est la pertinence d’une telle comparaison ou de telles associations d’idées que l’on suscite délibérément chez les lecteurs ?

Le CSDASP rappelle « l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes (...) qui n’ont pas été toutes exterminées car pas toutes logées à la même. (Nous ne comprenons pas comment on peut remettre cela en cause !) »

Se rendant compte que l’on ne peut pas, sous l’Occupation, loger tout le monde « à la même enseigne » exterminatrice, mais seulement APRES que j’eus dénoncé la grossièreté de l’amalgame, le CSDASP revient timidement en arrière, mais sans préciser vraiment qui a été victime de quoi. L’expulsion, la déportation, l’emprisonnement, l’enfermement dans des asiles, le travail forcé, le peloton d’exécution ou l’extermination systématique, est-ce la même chose ?

Le CSDASP joue avec un symbole (la déportation, qui dans l’inconscient collectif et dans les raisonnements de beaucoup de gens, rime avec l’extermination des Juifs). Puis il ajoute avec une insigne mauvaise foi : « Nous ne comprenons pas comment on peut remettre cela en cause ! » Ce ne sont pas les faits historiques cités dans l’appel du CSDASP que j’ai remis en cause (cette insinuation est diffamatoire et calomniatrice). Ce que je remets en cause, c’est le parallèle entre les déportations sous l’Occupation et les expulsions actuelles de travailleurs émigrés ou la « chasse aux enfants » dans les écoles.

LA DEPORTATION en direction d’un CAMP d’EXTERMINATION (Auschwitz mentionné dans les deux textes) ce n’est pas du tout la même chose que l’expulsion en direction de son pays natal, même bâillonné, tabassé et encadré par des policiers.

C’est LE RAPPROCHEMENT entre la situation de la France sous l’Occupation et celle de la France sous Sarkozy qui est MANIPULATOIRE. On ne peut comprendre un tel procédé grossier que dans le cadre de l’idéologie « antifasciste » dont on connaît la fonction politique : en période de crise sociale grave ou de guerre, créer l’union nationale, provoquer le soutien d’une fraction de la bourgeoisie contre une autre fraction des exploiteurs, empêcher tout changement social radical ; en période pré-électorale nazifier la droite pour mieux faire élire la gauche ou du moins empêcher toute critique du réformisme en obligeant tout le monde à serrer les rangs. L’antifascisme, bien manipulé, mène à l’union nationale derrière une fraction ou la totalité de la bourgeoisie, selon les circonstances historiques. On en a eu d’excellents exemples avec la façon dont Mitterrand a instrumentalisé le FN pour diviser la droite, puis avec le vote de la gauche pour Chirac en 2002. Et ce n’est pas un hasard si une partie du PS a mené (et continue à mener) une campagne contre Sarkozy et l’UMP, dans ce seul cadre pseudo antifasciste. Le CSDASP, bien involontairement, roule pour le PS en « vichysant » Hortefeux et Sarkozy.

Il reprend aussi (sans le savoir ?) les grosses ficelles d’une stratégie utilisée par les idéologues maos des années 60 et 70 (avant de devenir les apôtres de la… démocratie libérale), qui croyaient incarner une « Nouvelle Résistance populaire » face à une prétendue « fascisation rampante », et évoquaient sans cesse dans leurs tracts et leurs journaux Vichy, Pétain, la Milice et les "kollabos" du "PCGT". Et ce n’est pas tout à fait un hasard si ce sont les intellectuels proches des maos (Sartre, Foucault, etc.) qui sont les pères spirituels des idéologues post-modernes et « déconstructionnistes » actuels (cf. plus loin), idéologues qui mettent l’accent sur le rôle décisif du langage, des images et de la propagande dans la "fabrique du consentement" et la "passivité des masses".

"Symbole" ou dure réalité ?

La seconde ligne de défense du CSDASP consiste à passer d’un usage désinvolte et confus de faits historiques hétérogènes et sans rapport avec la réalité actuelle et la réunion des ministres européens de la Justice et de l’Intérieur, à des généralités pédantes sur « l’usage du langage par le pouvoir » et la manipulation supposée délibérée par Hortefeux et Sarkozy (mais aussi, si l’on suit ce raisonnement, par TOUS les gouvernements de l’Union européenne) du « symbole de Vichy ».

À ce propos, j’aimerais que le CSDASP nous explique quel intérêt politique Sarkozy, ami d’Israël, attaché à ses (lointaines) « origines » juives, partisan de la prise en charge d’enfants juifs (assassinés sous l’Occupation) par les écoliers français d’aujourd’hui, grand copain de la droite dure israélienne, quel intérêt aurait donc Sarkozy

1) à reprendre un pseudo-symbole éternel de la collaboration avec les nazis (Vichy)

2) à utiliser délibérément une devise nazie (« Le travail rend libre ») que, je le répète, Sarkozy n’a pas reprise à son compte dans le sens que lui prêtent ses détracteurs,

3) à imposer une loi d’inspiration nazie (j’attends toujours – et j’attendrai sans doute longtemps – la comparaison précise et détaillée entre, d’un côté, la loi adoptée sous Hitler en 1933 et surtout la façon dont elle fut appliquée à l’époque et, de l’autre, la loi Dati sur la rétention de sûreté qui aurait, paraît-il, une « charge symbolique » tellement évidente que le CSDASP ne nous en précise pas la nature !).

Dans aucun de ses deux textes le CSDASP nous explique ce que pourrait gagner le gouvernement Sarkozy – mais aussi tous les gouvernements de l’Union européenne dont les ministres de l’Intérieur et de la Justice se réunissent à Vichy – à provoquer un rapprochement inconscient ou conscient entre sa (leur) politique et celle des nazis. L’affirmation est en effet tellement énorme…qu’elle ne peut être démontrée. Mieux vaut donc parler d’ « évidence » quand on lance de pareilles absurdités dans un débat politique.

Ainsi : « il est évident que le caractère symbolique que représente cette ville est incontournable. (…). On ne peut nier que l’action politique des gouvernants s’appuie sur des symboles (…). Le langage, les symboles ne sont jamais neutres. Il y a eu suffisamment d’études sur les rapports entre l’exercice du pouvoir et l’utilisation du langage pour ne pas insister plus à ce propos. L’objectif est de banaliser des idées, des conceptions de plus en plus autoritaires et sécuritaires. »

On retrouve là une idée très à la mode chez certains spécialistes de la critique littéraire et philosophes qui tiennent le haut du pavé désormais dans l’intelligentsia de gôche et altermondialiste. On « déconstruit » les discours (en clair, on décortique les mots et les associations d’idées et les sentiments qu’ils permettent de susciter et de manipuler ; mais on se permet soi-même toutes sortes de manipulations dans la contre-propagande).

C’est ainsi que dans le film « Chomsky et Compagnie » , le linguiste américain réduit l’avènement et le triomphe du nazisme à la manipulation des sentiments, des peurs et des mots par le ministère de la Propagande, passant sous silence tout ce qui s’est passé en Allemagne entre le putsch de Munich en 1923 et la nomination de Hitler comme chancelier en janvier 1933. Ainsi que tous les événements survenus entre janvier et juillet 1933, date de l’interdiction de tous les partis politiques.

Il n’est pas étonnant qu’ayant été à une si piètre école, ignorant volontairement les faits sociaux et historiques, les théoriciens « déconstructionnistes » et leurs disciples libertaires croient que le langage modèle, façonne, la réalité sociale. Dans le cas des partisans de la « French Theory » ou des féministes universitaires radicales chic on comprend l’intérêt de cette démarche, opposée à toute analyse des faits matériels et à toute démarche militante. Pourquoi se faire suer à diffuser des tracts, manifester dans la rue, coller des affiches, affronter les flics, passer des heures en garde à vue ou risquer la prison, si on peut changer le monde en changeant simplement quelques mots, en poliçant le vocabulaire et en pondant confortablement des articles dans son salon IKEA ? Cela leur permet d’acquérir des niches dans l’Université en utilisant un langage abscons censé être novateur. Et, en bonus, ils acquièrent une aura morale à bon marché, en présentant leurs petits jeux élitistes avec les mots et les concepts comme des armes politiques décisives pour le changement politique.

En ce qui concerne le CSDASP, à part « l’avantage » de paraître super branchés, on ne voit pas ce qu’une telle « innovation » apporte à l’interprétation politique précise du sarkozysme. Si ce n’est nous distiller des truismes sur l’importance de la propagande dans la vie politique.

Le CSDASP cite dans sa réponse une interview de Saul Friedländer et Pierre-Emmanuel Dauzat, mais il en détourne totalement le sens dans une orientation favorable aux thèses déconstructionnistes les plus absurdes : en effet Friendländer et Dauzat évoquent ce que les NAZIS (pas la droite de la République de Weimar, les Sarkozy et Hortefeux de l’époque si l’on tient absolument à établir une comparaison entre la France de 2008 et l’Allemagne AVANT 1933) ont fait subir à la langue allemande pendant les 12 ans qu’ils étaient au pouvoir, mais nulle part ils n’expliquent que la création des camps de travail puis de concentration et d’extermination, le déchaînement de violence des SA avant 1933 et de la police après 1933, le régime de terreur généralisé installé en Allemagne, la mobilisation obligatoire de la population dans toutes sortes d’institutions répressives ou d’embrigadement idéologique, l’activité des SA puis des SS, l’enrôlement dans l’armée pour mener des guerres extérieures, nulle part ces deux intellectuels n’expliquent que tout cela aurait été rendu possible par le seul usage d’un vocabulaire spécifique… Ils s’intéressent à UN des éléments, parmi bien d’autres, du système totalitaire mais ils ne le transforment pas, comme le font les déconstructionnistes, en l’explication centrale de son existence.

Quel est l’intérêt de cette référence à l’Allemagne nazie ? Le CSDASP veut-il nous faire croire que nous serions DEJA dans un régime pré-totalitaire qui serait en train de purger la langue et de nous anesthésier lentement avant de nous porter le coup de grâce ? Connaît-il vraiment l’histoire concrète du nazisme et du fascisme AVANT la prise du pouvoir ? Veut-il nous faire croire qu’un véritable régime totalitaire pourrait s’installer en négligeant l’arme de la force pure, de la destruction des syndicats, des partis, de toutes les libertés publiques, etc. ?

On remarquera enfin que, dans cette partie de la réponse du CSDASP, il n’est plus explicitement fait allusion au caractère pro-nazi du régime pétainiste mais à des « conceptions de plus en plus autoritaires et sécuritaires », expression tellement vague que l’on peut mettre n’importe quoi derrière.

La libération par le travail ? Devise nazie ou conception « révolutionnaire obsolète » ?

Vu le revirement complet que représente la position du CSDASP entre le premier et le deuxième texte, et au sein même du second, je me vois obligé de citer longuement plusieurs passages de sa réponse :

« Nous trouvons que tu as une vision bien conformiste du rapport au travail. Si la majorité des gens recherchent un emploi c’est pour, en premier lieu, avoir des ressources. Tu sembles faire peu de cas des luttes pour le revenu garanti, la gratuité des services publics, du logement (squat), etc. »

Je rappelle que le sujet de l’appel du CSDASP est la dénonciation d’un sommet des ministres de l’Intérieur et de la Justice sur « l’intégration », pas un programme général de société commun à tous les gouvernements capitalistes d’Europe…. Que viennent faire ici les squats, la gratuité des services publics, ou même le revenu garanti ? Et « garanti » par qui ? par un Etat « autoritaire », « sécuritaire » et crypto-pétainiste si l’on en croit le CSDASP ?

Mais continuons notre lecture :

« En outre, le lien entre l’amélioration des conditions matérielles de vie et l’obtention d’emploi est de plus en plus remis en cause, vu que de plus en plus de travailleurs ne sont plus assez payés pour satisfaire leurs besoins. »

Bel exemple de prose déconnectée des réalités : si les travailleurs sans-papiers RISQUENT LEUR VIE pour venir en Europe c’est pour TRAVAILLER et GAGNER DE L’ARGENT. Quiconque les fréquente un peu sait qu’ils travaillent très dur, cumulent les emplois, font des sacrifices matériels énormes pour nourrir beaucoup plus que leur propre personne ou leur famille la plus proche. Cette dimension COLLECTIVE (et non individuelle comme dans les pays développés du Nord) est indispensable pour comprendre leur démarche.

« En outre, on ne peut passer sous silence la crise de la valeur travail qui peut être porteuse de perspectives alternatives, voire révolutionnaires, en remettant en cause la centralité du travail. »

Je me vois bien expliquer à une mère célibataire africaine, avec deux enfants en bas âge, qui est ballottée d’hôtel social en hôtel social, se « nourrit » aux Restaurants du cœur, et vit dans l’angoisse perpétuelle de savoir si ses enfants vont pouvoir manger demain et où ils vont dormir, qu’elle devrait plutôt réfléchir… à la disparition de la « centralité du travail ».

« Ainsi le travail pourrait trouver une autre place : une activité sociale parmi d’autres. (…) Donc le thème de la libération par le travail nous semble pour le moins obsolète et en tous cas n’a pas fait avancer la pensée révolutionnaire ; bien au contraire, la bourgeoisie sera toujours en position dominante sur ce registre, puisque c’est un de ses piliers idéologiques. »

Ces propos ultragénéraux n’ont aucun lien avec le thème de la réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice à Vichy. S’il voulait seulement noircir du papier, le CSDASP aurait tout aussi bien pu évoquer le trou dans la couche d’ozone ou les méfaits de l’énergie nucléaire.

Après nous avoir expliqué MENSONGEREMENT que Sarkozy aurait repris textuellement une phrase figurant sur le fronton du CAMP d’EXTERMINATION d’Auschwitz, argument répété deux fois comme un argument massue, le CSDASP reconnaît finalement qu’une phrase évoquant vaguement la libération par le travail (ET NON PRECISEMENT LA DEVISE d’Auschwitz) est une vieille idée, qu’elle est « obsolète » et qu’elle « n’a pas fait avancer la pensée révolutionnaire ».

Le CSDASP reconnaît ainsi avoir procédé à un amalgame ridicule (Auschwitz/Sarkozy pour ne pas parler de l’autre amalgame absurde Hitler/Dati) et de plus infondé car l’idée vague de la libération par le travail a une pluralité de sens, comme il finit par le constater lui-même.

On remarquera incidemment le tour de passe-passe linguistique qui consiste à déclarer que, dans une autre société, le travail sera une « activité sociale » parmi d’autres…. C’est donc qu’il ne disparaîtra pas, il changera seulement de nom. Tous ces grands discours radicaux n’aboutissent qu’à un changement d’appellation contrôlée… La montagne accouche d’une souris.

Tout est dans tout et réciproquement, nous dit le CSDASP après Pierre Dac.

Enfoncer des portes ouvertes (il faut fermer et détruire les camps de rétention) ne permet pas d’avancer d’un poil dans la réflexion sur la signification et la portée du sommet de Vichy en novembre 2008, ni sur la nature exacte du gouvernement Sarkozy. (À ce propos je ne peux que conseiller la lecture du débat paru dans Ni patrie ni frontières n° 21-22 http://www.mondialisme.org/spip.php....)

Ce qui a motivé mon billet d’humeur ce n’est pas la dénonciation justifiée des camps de rétention par le CSDASP, mais le rapprochement MENSONGER établi entre camps de rétention actuels, « chasse aux enfants » actuelle et Auschwitz CAMP d’EXTERMINATION pendant la Seconde Guerre mondiale et déportation/ extermination des Juifs, enfants ou adultes.

C’est aussi le refus délibéré du CSDASP de s’attacher au contenu précis de la politique actuelle des ministères EUROPEENS de l’Intérieur et de la Justice pour se réfugier commodément dans une polémique franco-française : qui sera, en novembre 2008, le plus antifasciste ou méritera la médaille du meilleur « résistant » ? À ce jeu, Sarkozy, dirigeant du principal parti se réclamant du gaullisme et de la Résistance sera toujours plus crédible dans la manipulation de la mémoire nationale et nationaliste…

De plus, tenter de faire peur aux gens et leur faire croire que l’arrivée du fascisme ou d’une dictature militaire serait facilitée par les mesures « sécuritaires » (encore un mot vague, au sens élastique) ou « autoritaires » (idem) du gouvernement actuel n’est pas crédible une seconde. Ou alors il aurait fallu une démonstration plus étayée.

Enfin, rien dans la société capitaliste, des hôpitaux aux écoles en passant par les chemins de fer, les aéroports, les gares ou les transports en commun n’est magiquement protégé contre une éventuelle reconversion en outils d’une dictature voire en instruments d’extermination d’une partie de la population au cours d’une guerre civile.

Et si cette guerre civile devait arriver ce ne sont pas les discours creux et le fait d’agiter des symboles qui arrêteraient une telle évolution vers la barbarie. Mais des armes… pas du tout « symboliques ».

Y.C.

20/9/2008

1. À ce propos une anecdote amusante : lors d’une permanence RESF, un sans-papiers africain, très au courant de la situation politique française et des moindres détails et relations économiques de la vie du nouveau président de la République, m’a récemment expliqué que Sarkozy allait devenir roi ou empereur lors de son deuxième mandat, être ensuite remplacé par « son fils Jean », puis par le « fils de Cécilia », etc. Et qu’on aurait des rois de la lignée sarkozienne jusqu’à la fin du XXIe siècle. Il m’assura avoir vu tout cela en rêve. Un tel délire cauchemardesque n’est rendu possible que par la propagande apocalyptique, démagogique et inepte de la gauche contre Sarkozy, renforcée par l’ego surdimensionné du personnage et l’incessante propagande médiatique à son sujet, qu’elle soit positive ou négative, qui finit par faire de ce bouffon insignifiant un Ogre terrifiant. Il suffit de constater autour de soi combien de gens ont littéralement peur du gouvernement Sarkozy. Cette peur ne peut qu’être renforcée par des rapprochements inconsidérés avec le régime vichyste, Auschwitz, les lois nazies, la Milice, etc.

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Vendredi 19 septembre 2008

Sur le film « Chomsky et Compagnie » d’Olivier Azam

Ce film n’est pas encore sorti en salles mais on peut l’acheter en DVD en écrivant à Les Mutins de Pangée - 104, Boulevard de Clichy - 75018 PARIS - Tél. 08 71 70 98 34 - pangeefilms@free.fr

Soyons clairs, dans le titre de ce film ce qui compte c’est beaucoup plus les mots « et Compagnie » que « Chomsky » . En effet, je n’ai pas minuté, mais son interview ne doit pas durer plus de 20 ou 30 minutes sur les 100 minutes du film. Ceux qui veulent connaître les opinions de Norman Baillargeon, de Daniel Mermet ou de Jean Bricmont sur Chomsky ont plus de chances d’être satisfaits que ceux qui croyaient voir vraiment un film composé essentiellement d’interviews de…Chomsky.

De plus l’objet et le fil conducteur de ce documentaire sont un peu confus, tant sur le plan technique que politique. Ce documentaire est construit autour d’une interview radiodiffusée de Chomsky par Daniel Mermet, interview entrecoupée d’ images ou d’extraits hétérogènes de films et d’interviews (1) pour illustrer soit les idées du « plus grand intellectuel vivant » (sic) qui « travaille une centaine d’heures par semaine » (resic), un penseur « entre Bertrand Russel et le sous-commandant Marcos » (waouh ! pourquoi pas entre Marx et Jésus ?), soit d’interventions de disciples de ce grand « anarchiste socialiste ».

Mermet fait d’ailleurs partie de ces journalistes qui mélangent un peu tout par ignorance, ou alors (je ne le connais pas assez pour trancher) qui pratiquent délibérément des amalgames. Ainsi il déclare, dans le commentaire en voix off du film, que les défenseurs des mouvements de libération nationale des années 60 auraient tourné leur veste et seraient déçus parce que les gouvernements issus de ces mêmes mouvements « obligent leurs femmes à porter le voile ».

Cette affirmation est doublement fausse :

– d’une part, on pouvait parfaitement, dans les années 60, lutter pour l’indépendance des colonies sans pour autant accepter de « porter les valises » des futurs exploiteurs de mouvements comme le FNL, le FLN, le PAIGC, le FRELIMO, etc. Peu d’hommes et de femmes anticolonialistes ont été lucides, mais on ne peut cacher et nier leur existence, leurs écrits et leurs actions (visiblement cela ne fait pas partie de la culture affichée de Mermet et Bricmont) ;

– d’autre part, à l’époque, même si la dimension religieuse, musulmane était déjà présente dans les luttes de libération nationale, notamment en Algérie, elle n’avait pas du tout pris la même ampleur qu’aujourd’hui (*). Cette affirmation est particulièrement vicieuse car elle sous-entend qu’il faudrait, si l’on est un authentique anticolonialiste, accepter inconditionnellement l’obscurantisme religieux quand il domine un mouvement de libération nationale. Mais elle a l’avantage d’expliquer pourquoi une certaine gauche (radicale) ou pas soutient aujourd’hui le Hamas et le Hezbollah.

La présentation de Mermet est bien typique de la pensée stalinienne ou tiersmondiste (souvent la différence entre les deux est très mince) selon laquelle : « Soit tu es avec moi, tu me soutiens sans exprimer la moindre opinion et tu fermes ta gueule ; soit tu me critiques et tu es du côté de l’impérialisme. »

On retrouve là d’ailleurs une des grandes faiblesses des livres de Chomsky : notre distingué linguiste est toujours extrêmement discret sur les tendances bureaucratiques, étatistes voire totalitaires des mouvements de libération nationale. Lorsque, dans le film, il critique avec raison les bolcheviks, Chomsky ne se rend pas compte qu’à l’époque (en 1917 et dans les années suivantes) ses critiques auraient été dénoncées comme « faisant le jeu de l’impérialisme »… Il ne s’en rend pas compte, mais il adopte exactement, vis-à-vis des mouvements de libération nationale ou des gouvernements tiersmondistes et pseudo-antiimpérialistes du Sud actuels, le profil bas que les bolcheviks ou leurs partisans, lui auraient imposé.

Dans un article du Monde diplomatique d’avril 2001 (« La mauvaise réputation ») Bricmont a écrit : « Dans les mouvements anti-impérialistes dominait une mentalité de “prise de parti”. Il fallait choisir son camp : pour l’Occident ou pour les révolutions du tiers-monde. Une telle attitude est étrangère à Chomsky, rationaliste au sens classique du terme. Non pas qu’il se place “au-dessus de la mêlée” – rares sont les intellectuels plus engagés que lui -, mais son engagement est fondé sur des principes comme la vérité et la justice, et non sur le soutien à un camp historique et social, quel qu’il soit. » Et il répète exactement la même chose dans le film. Ce point de vue est aussi le nôtre, malheureusement on ne le retrouve pas vraiment exposé en détail dans les livres de Chomsky ni dans le film, tellement notre auteur se concentre sur une seule chose : la dénonciation (juste) de l’impérialisme américain. Ce n’est pas un hasard si Chomsky est cité par Chavez, icône de l’anti-impérialisme à sens unique. Et ce n’est pas un hasard non plus si Chomsky lui a renvoyé l’ascenseur en ces termes : “Je m’intéresse beaucoup à ses idées politiques. Je pense que beaucoup d’entre elles sont constructives. » (New York Times, 22 septembre 2006). Et d’ajouter, argument massue sans doute, que Chavez a « remporté 6 élections dont le fonctionnement avait été étroitement surveillé » (au sens de « vérifié »).

Il est amusant de noter qu’un intellectuel qui a bâti toute sa carrière et sa renommée, dans le champ politique en tout cas, sur la façon dont les médias et le pouvoir « fabriquent le consentement » de la population, ne s’intéresse absolument pas au fonctionnement de la propagande chaviste étatique et para-étatique…

Chomsky est donc bien dans une logique de « camp historique et social » (en fait purement diplomatique, car il y existe bel et bien un "camp de la classe ouvrière", du prolétariat, totalement différent des camps diplomatiques officiels), contrairement à ce que prétend Bricmont.

Si Chomsky et ses disciples se livrent dans ce film à de nombreuses affirmations péremptoires et contestables, nous n’en donnerons que quatre exemples.

- Les fondements du nazisme

Lorsque Chomsky explique que le pouvoir du nazisme a été construit avec des « mots simples » diffusés par le « ministère de la Propagande » (donc après 1933) et qu’il s’agissait pour Hitler de « terroriser l’opinion » en jouant sur des « sentiments et des peurs », il passe sous silence ce qu’ont été les activités concrètes du NSDAP et des SA durant les années précédant la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933 : attaque de meetings des partis communiste et socialiste, meurtres de militants de gauche, attaques de syndicats et de locaux militants, recrutement de dizaines de milliers d’hommes de main, formation de corps paramilitaires, noyautage des syndicats, de la police et de l’armée, tentative de putsch, etc.

Chomsky passe également sous silence ce qui s’est passé durant l’année 1933 et qui ne peut se réduire à quelques techniques habiles de conditionnement des esprits : création du camp de concentration de Dachau, autodafés de livres, attaques contre des magasins juifs, interdiction des partis politiques, généralisation des actions violentes et criminelles des SA, etc. Ceux qui croient, comme Chomsky et ses disciples dans ce film, que le nazisme a réussi à s’imposer à la population allemande principalement parce qu’il aurait mené une propagande habile inspirée des techniques de la communication publicitaire américaine feraient bien de lire les écrits de Daniel Guérin – un communiste libertaire, d’ailleurs : Fascisme et grand capital et La peste brune.

Cela dit, on comprend que Chomsky et ses disciples actuels sous-estiment le pouvoir de la violence réelle des nazis, leur rôle foncièrement anti-ouvrier et anti-révolutionnaire, leur fonction d’agent de destruction physique et matérielle du mouvement ouvrier le plus important d’Europe, et qu’ils surestiment le pouvoir symbolique des médias de l’époque, même si cela les conduit à une analyse complètement anachronique. En effet, une telle opération intellectuelle fondée sur l’escamotage des mécanismes réels du nazisme correspond à une vision du monde et à une sensibilité très actuelles.

Chomsky et ses disciples expriment en effet ce que pensent beaucoup de jeunes altermondialistes, gauchistes ou libertaires, qui aujourd’hui voient le fascisme ou le totalitarisme partout (cf. le ridicule « Sarkozy = Vichy 2 ») au point de banaliser totalement ces termes, et croient que la propagande médiatique serait toute-puissante au point de façonner la réalité sociale et les comportements sociaux. (Notons que Chomsky est parfois un peu plus subtil, comme nous l’explique Bricmont, quand il affirme que ce sont surtout les « classes moyennes » – en clair la petite-bourgeoisie salariée – qui gobent le mieux la propagande merdiatique et que les prolétaires sont doués d’un sens critique bien supérieur à celui des intellos ou des bobos.) Les comparaisons qu’établit Chomsky entre fascisme et démocratie, ou entre totalitarisme et démocratie sont extrêmement partielles et fragiles car il ne s’intéresse qu’aux mécanismes (symboliques) de la propagande, et pas à la violence quotidienne et massive (pas du tout symbolique, celle-là) que mobilisent les partis fascistes ou totalitaires avant d’arriver au pouvoir, puis ensuite pour garder le pouvoir.

Très récemment, le 16 septembre 2008, le massacre de paysans à Cobija, dans le département de Pando, en Bolivie, organisé avec l’aide de mercenaires étrangers, mais aussi de policiers et de cadres de la préfecture locale, tous opposés à Evo Morales, nous rappelle encore une fois que le pouvoir repose fondamentalement sur l’usage concret de la force matérielle. Pas sur des mots, des sentiments de peur et des techniques de lavage de cerveaux. Ce deuxième élément est secondaire dans l’explication de l’avènement et de la perpétuation d’un système dictatorial ou totalitaire.

- La « préface » de Chomsky au livre de Faurisson

Sur le débat qui fait rage depuis 28 ans à propos de la pseudo- « préface » de Chomsky (en fait une lettre aux éditeurs non destinée à la publication, selon Chomsky ), Daniel Mermet nous livre son cruel dilemme avec une désarmante naïveté : « C’est terrible pour nous car il y a deux personnes en qui on a confiance Vidal-Naquet et Chomsky. » On a là une bonne illustration de la paresse intellectuelle, du suivisme, de beaucoup de gens de gauche ou d’extrême gauche. Avoir une pensée critique ce n’est pas « faire confiance » aveuglément à X ou à Y, mais se forger SOI-MEME une opinion, qu’elle que soit la sympathie ou l’admiration qu’on a pour le talent, les connaissances ou les qualités personnelles d’Untel ou Unetelle. Or, il est évident que Vidal-Naquet a raison dans ce film quand il dit que Chomsky refuse de reconnaître qu’il a commis une erreur (2) en accordant sa confiance à des individus comme Pierre Guillaume et Serge Thion. D’autant plus que Thion explique lui-même comment il a trompé Chomsky, dans le film « Manufacturing Consent : Noam Chomsky, les médias et les illusions nécessaires » de Mark Achbar et Peter Wintonick réalisé en 1993.

On peut respecter et comprendre la position de Chomsky sur le droit absolu à la liberté d’expression, y compris des négationnistes, mais dans ce film son argumentation est bancale. Selon lui, « entrer dans le jeu des négationnistes c’est leur donner de l’importance » (et donc il ne faut en aucun cas discuter avec eux ou même réfuter leurs pseudo-arguments). Très bien. Mais alors on ne comprend pas pourquoi signer une pétition et engager une correspondance avec des négationnistes ne serait pas… leur « donner de l’importance », quand on est un intellectuel aussi « prestigieux » et « mondialement connu » que lui ! Les négationnistes ont été nettement plus malins et retors que Chomsky sur ce coup-là. Il s’est fait avoir comme un débutant et n’est même pas capable de le reconnaître 28 ans plus tard… En soi, ce n’est pas grave, mais ce qui est inquiétant c’est que ses disciples continuent à défendre leur maître sur ce qui n’est quand même qu’un point de détail. On peut douter de leur sens critique sur des questions plus importantes.

On remarquera aussi que le même Chomsky qui trouve normal et juste de défendre le droit d’expression des négationnistes (individus et idées qu’il abhorre) est scandalisé par la publication de prétendues « caricatures racistes contre des musulmans » en France. Décidément, en 1980 comme en 2008, le « grand intellectuel prestigieux » Chomsky est bien mal informé. Les caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo n’étaient pas des caricatures « racistes » , mais d’abord et avant tout des caricatures dirigées contre une interprétation politique de l’islam et contre la religion… Ce n’est pas du tout la même chose. Et le prétendre c’est vraiment ne pas faire preuve d’un grand « rationalisme »…

- Le Cambodge

Dans le film, Chomsky prétend que les méthodes sanguinaires des Khmers rouges auraient été une réponse à la barbarie des bombardements américains. Il explique que les Khmers rouges étaient un groupuscule de 3 000 personnes. A l’époque, 3 000 hommes armés (en fait plutôt 4000), c’était loin d’être un groupuscule insignifiant dans un pays de 9 millions d’habitants : imaginons dans la France actuelle de 66 millions d’habitants une guérilla rassemblant 30 000 combattants soutenus militairement par deux puissants Etats voisins. Personne ne qualifierait sérieusement un tel mouvement de « groupuscule ». Chomsky affirme que c’est à cause des bombardements américains que les Khmers rouges auraient recruté des dizaines de milliers de « paysans en colère, enragés par ces bombardements », et que le tout aurait ainsi engendré une « spirale de violence ».

Chomsky est bien mal informé sur les staliniens cambodgiens (3). Autant on doit lui rendre hommage pour avoir dénoncé le silence de la presse occidentale et les complicités américano-françaises sur le génocide du Timor oriental, génocide qui commença la même année que le génocide cambodgien (1975), autant on doit souligner son ignorance de ce qu’étaient les Khmers rouges et de leurs origines politiques. Les dirigeants staliniens cambodgiens (Pol Pot, Ieng Sary et Khieu Samphan), loin d’être des « paysans en colère », étaient des fils de bourgeois dont une partie avaient fait leurs études supérieures en France dans les années 50. Dès 1962, ils participèrent à la guérilla du FNL sud-vietnamien et furent donc formés militairement et politiquement par les staliniens vietnamiens. Ils furent ensuite rejoints en 1970 par des centaines d’intellectuels cambodgiens des villes qui renflouèrent l’appareil des futurs Khmers rouges. Toutes les idées politiques et les méthodes d’organisation du Parti communiste cambodgien viennent du Nord-Vietnam et de la Chine (notamment celle de la pseudo-Révolution culturelle). Leur science militaire et leurs armes provenaient du Vietnam et de la Chine. Il est donc faux d’affirmer que leurs pratiques génocidaires ne seraient qu’une réaction de défense anti-impérialiste (même si, au niveau événementiel, ce sont les bombardements américains qui ont poussé une partie de la population dans les bras de la guérilla). Les pratiques génocidaires ont été préparées par l’organisation interne de la guérilla. Elles sont le fruit d’un projet idéologique, un produit dérivé du stalinisme (4) et du maoisme.

Ne pas l’expliquer, se contenter de dénoncer la barbarie de l’impérialisme américain (démarche indispensable, bien sûr), c’est s’empêcher de comprendre les sources du totalitarisme stalinien. Rien de sert de critiquer, comme le fait Chomsky, les bolcheviks des années 20, si c’est pour dissimuler ou sous-estimer les origines des mécanismes d’un système fondé sur un Parti-Etat totalitaire 50 ans plus tard. Il existe bien sûr des différences quantitatives et qualitatives entre l’URSS de Lénine, celle de Staline et les régimes de Mao et de Pol-Pot. Mais il est difficile de nier que l’idéologie et la pratique dites « marxistes-léninistes » ont été au centre de la construction de ces Etats.

- Bricmont l’Etat et les « ex »

Dans le film et dans l’un des « plus » du DVD, Bricmont essaie de nous expliquer la nouveauté renversante de la pensée chomskienne en citant les noms « peu connus » (dit-il) de Rudolf Rocker et de Diego Abad de Santillan (5). Il se garde bien de nous expliquer les liens précis entre ces deux penseurs anarchistes et Chomsky. Il se contente de nous laisser entendre que LUI il sait. Une attitude typiquement élitiste : en anglais, on appelle cela du « name dropping »…Du saupoudrage chic et choc de noms connus ou mystérieux ….

Bricmont prétend que Chomsky serait mal vu dans l’intelligentsia française à cause de l’hostilité d’ « ex-trotskystes, ex-maoistes, ex-communistes » (on notera qu’il ne dit pas « ex-staliniens »). Bricmont est fort mal informé ou alors très mal intentionné.

Ceux qui ont le plus attaqué Chomsky (BHL, Finkielkraut et Cie) n’ont jamais été trotskystes, et ce n’est pas « l’extrême gauche » qui mène des campagnes contre Chomsky (bien au contraire ses livres sont généralement encensés de façon totalement acritique par les gauchistes de tout poil), mais la droite « intellectuelle », la gauche ultramodérée et des journalistes ignorants (un pléonasme). Où l’on voit qu’on peut être un mec vachement cultivé comme Bricmont et lancer des accusations infondées et confuses contre l’extrême gauche et les trotskystes…

Bricmont veut nous faire croire que Chomsky serait un penseur original, « inclassable », parce qu’il explique que les « multinationales sont les organisations les plus proches des systèmes totalitaires ». Franchement, on ne voit pas ce que cette critique du fonctionnement du capitalisme a d’original. Marx comparait déjà le fonctionnement d’une usine à celui de l’armée ou d’une caserne. Et il dénonçait déjà la « discipline de fabrique ». Il est évident que la constitution d’entreprises multinationales ne pouvait que renforcer ces tendances que Marx avait déjà identifiées 100 ans avant Chomsky.

Par contre, quand Chomsky prétend que, contre les multinationales, les gens n’ont dans l’immédiat qu’une « seule défense, un seul outil c’est l’Etat », non seulement il confond la défense (absurde) de l’Etat bourgeois avec la défense et l’extension constante (indispensable) des droits démocratiques, mais il énonce une banalité réformiste plus que centenaire. Ringarde, quoi…

D’après Bricmont, Chomsky serait « trop original pour faire partie d’un courant » . (On remarquera au passage que, lorsqu’il parle de « courants » , il parle des courants à la mode dans la petite bourgeoisie intellectuelle, notamment française, pas des courants du mouvement ouvrier, ou des courants du mouvement anarchiste qui visiblement sont moins dignes d’être cités que Lacan, Foucault, Althusser ou Heidegger). Il illustre son propos en utilisant la métaphore suivante : « la cage » (de l’Etat) « nous protège des fauves » que sont les multinationales. On est confondu devant une telle naïveté politique de la part de théoriciens si « originaux » et « novateurs ».

Il existe une interaction telle entre les sommets de l’Etat et les sommets des multinationales que l’on ne voit pas comment la tête de l’Etat (les gouvernements, les hauts fonctionnaires) pourrait constituer le moindre bouclier contre les manigances, manipulations et crimes des multinationales. Quant aux petits fonctionnaires, en général, ils obéissent et n’opposent pas de résistance aux circulaires, consignes et directives qu’on leur distribue. On le constate déjà aujourd’hui, dans la France "démocratique", dans les préfectures et la majorité des services sociaux vis-à-vis des sans-papiers. On imagine quelle serait l’attitude de la majorité de ces fonctionnaires et des petits cadres de la fonction publique face à un gouvernement dictatorial ou fasciste.

À moins d’être un partisan des idées de Bernstein, ce social-démocrate allemand de la fin du XIXe siècle… Mais alors, Chomsky ne serait pas vraiment « le plus grand penseur du XXe siècle »….comme veut nous le faire croire Bricmont.

Les critiques ci-dessus exprimées ne doivent pas vous décourager d’aller voir ou d’acheter ce film plutôt confus, mais plein de bonnes intentions. Il souligne involontairement comment les ambiguités, les naïvetés et les lieux communs de l’idéologie citoyenniste et altermondialiste (6) coïncident si bien avec les livres et propos de Chomsky…. En cela, au moins, il est utile.

Y.C.

** Sur le site de la CNT-AIT un internaute s’oppose à cette affirmation en apportant les précisions suivantes : « La déclaration du 1er novembre du FLN est sans ambiguité. Le premier objectif de sa lutte est : « L’Indépendance nationale par :1) La restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. »(http://www.elmouradia.dz/francais/s...) « Depuis l’indépendance, l’Islam est religion d’Etat ... l’Algérie n’a jamais été un état "laique" de ce que je sache ... La constitution de 96 définit « l’Islam, l’Arabité et l’Amazighité » comme « composantes fondamentales » de l’identité du peuple algérien et le pays comme « terre d’Islam, partie intégrante du Grand Maghreb, méditerranéen et africain. ) « De même l’emblème du FLN, devenu depuis celui de l’Algérie, est un drapeau en partie vert (l’islam) avec un croissant (rouge certes). « Le mouvement des Ulema algériens a su négocier avec le FLN (plus influencé par le nationalisme, concept "occidental" opposé à la oumma islamique) pour prendre sa part du gâteau dans la lutte pour le pouvoir dans le camp des indépendantistes (alors que les rapports avec les "progressistes" de Ferrat Abbas et le MNA étaient le mépris affiché ... Liauzu, L’Europe et l’Afrique méditerranéenne de Suez (1869) à nos jours, Editions Complexe, Questions du xxème siècle, Bruxelles, 1994) « De même, les créateurs du FIS sont d’anciens du FLN ... (http://www.humanite.fr/1997-07-16_A...) « La dimension religieuse musulmane était déjà très présente dans la lutte du FLN, mais d’une part il se peut qu’elle ait été dissimilée aux "porteurs de valises", pour qu’ils entendent ce qu’ils avaient envie d’entendre (Marcos fait exactement pareil aujourd’hui, ressortant des fables aux occidentaux émerveillés de sa poésie ...). Et d’autre part, on était alors en pleine époque du socialisme réel triomphant, et il se peut que à l’époque on voyait la religion comme une survivance de vieilles traditions qui de toute façon ne tarderaient pas à succomber avec le progrès social et scientifique amené par l’indépendance. »

Je n’ai pas de désaccords importants avec les remarques reproduites ci-dessus. Je maintiens simplement que la question religieuse n’était pas centrale dans la lutte du FLN dans les années 50, et qu’il faut différencier le FLN de l’islam politique actuel, au risque de commettre un anachronisme et d’affirmer qu’en terre d’islam tous les chats ont toujours été... verts. (Y.C.)

1. Dont des interviews sans intérêt sur des journalistes français qui se prétendent « parfaitement libres » et une déclaration hallucinante d’Arno Klarsfeld. Mais n’était-il pas démago et trop facile d’utiliser les propos de journalistes ou des présentateurs de la télé pas vraiment connus pour leur subtilité politique ou ceux d’un épouvantail UMP mou du bulbe (Klarsfeld) qui considère que « les dictatures tranquilles ne posent pas de problèmes » (sic) ? Qui peut-être mystifié par de avocats affichés du système ?

2. Pour plus de détails cf. http://www.anti-rev.org/textes/Vida...

3. Il est d’ailleurs tout aussi mal informé quand il prétend dans ce film qu’il n’y aurait pas eu de manifestations en France contre la première guerre d’Indochine. Comme l’écrit l’historien Daniel Hémery : « A partir de janvier 1949 - l’on est au cœur de la guerre froide – [le PCF] lance sa première grande campagne de masse contre la “sale guerre” et organise grâce au soutien de la CGT manifestations et grèves ouvrières sur les mot d’ordre “ plus un homme, plus un sou ”, “rapatriement du corps expéditionnaire ”, “ paix au Vietnam ”. Cette campagne a eu un réel écho dans la classe ouvrière qui s’explique notamment parce qu’elle ouvre une perspective de rechange au combat ouvrier après la grave défaite des grandes “grèves rouges ” de 1947-1948. Elle culmine en 1949 et au début de 1950 avec les multiples refus des dockers des ports français et algériens, à l’exception de Cherbourg, de charger et décharger les navires et des cheminots de transporter le matériel de guerre par chemin de fer. » Cf. http://www.europe-solidaire.org/spi...

4. On oublie qu’en 1976 le Parti communiste français fit éditer un livre aux Editions sociales Cambodge, l’autre sourire de Jérôme et Jocelyne Steinbach pour répondre aux critiques contre les polpotistes. 5. Ceux qui voudraient mieux connaître Rudolf Rocker pourront lire le numéro spécial que lui a consacré la revue Itinéraire ainsi que Nationalisme et Culture (Editions libertaires et CNT Editions) et Les soviets trahis par les bolchéviks (Editions Spartacus) Quant à Diego Abad de Santillan ils pourront se reporter au numéro 10 de la revue À contretemps de décembre 2002, intégralement sur le Net. http://www.plusloin.org/acontretemp...

6. Parmi lesquels des poncifs comme « la lutte contre l’islamisme a remplacé la lutte contre le communisme » ; « pour provoquer une guerre avec un pays comme l’Iran il suffit de monter quelques provocations », etc. Il s’agit généralement de demi-vérités qui demanderaient chaque fois à être méticuleusement démontées, mais nous n’en avons pas le temps ici. Disons seulement qu’elles ne font que perpétrer l’interprétation du monde par les staliniens soviétiques pendant la guerre froide (c’est d’ailleurs pourquoi cette vision est si facilement acceptée et diffusée par les post-staliniens de tout poil) : d’un côté il y aurait le bloc de la paix (les altermondialistes et les Etats du Sud qui dénoncent en paroles l’impérialisme américain) et de l’autre le bloc de la guerre (l’Axe « américano-sioniste »). Comme s’il n’existait aucune puissance impérialiste secondaire en dehors des Etats-Unis (et… d’Israël !!!), et aucun Etat aspirant à devenir une puissance impérialiste majeure y compris dans le Sud…

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Mercredi 17 septembre 2008

La vérité sort de la bouche….des militaires !

« Certains discours de Chavez sont pour la galerie. Et je vais vous donner un exemple : les attaques contre la bourgeoisie. »

Général Alberto Muller Rojas, premier vice-président du PSUV, le parti chaviste, 9/8/2007, in The Economist

« À la différence du Venezuela, dans le reste du continent les secteurs patronaux défendent passionnément l’économie du pays. »

Colonel Chavez, 11/12/2007, aporrea.org

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Siné-Hebdo ou Siné-Beurk ?

Siné a de nouveau un jou-jou…rnal. On remarquera que ce premier numéro bénéficie d’un aréopage de minuscules célébrités (nous ne leur ferons pas de la pub en les citant) qui n’ont pas pu résister à la tentation de voir leur nom imprimé dans un périodique, tout en livrant à leurs lecteurs des articulets au contenu le plus souvent insipide. Chacun assure la promo de sa carrière dans la petite-bourgeoisie intellectuelle comme il le peut. Ce qu’il y a de ridicule, c’est que ces amis de Siné le fassent au nom de la contestation de l’ordre social, eux dont la plupart ont certainement voté Mitterrand, Jospin ou Royal au cours des 20 dernières années.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont plutôt deux dessins écœurants sur Rachida Dati.

Le premier représente la ministre de la Justice avec un gros ventre en train de marcher sur un tapis rouge et de dire « Dans 9 mois je l’expulse. » Le second représente la même, enceinte jusqu’aux yeux, et qui déclare : « Le père ? quel père ? J’ai été victime d’une tournante dans une cave ! » Le premier dessin joue sur une association d’idées dégueulasse : l’expulsion d’un immigré, et l’expulsion d’un enfant du ventre de sa mère. Si le premier est indésirable pour Dati, on suppose que le second l’est aussi. Or qu’y a-t-il de moins désirable qu’un enfant-sans-père ? Le second dessin reprend le même thème de l’enfant-sans-père (sous-entendu du « bâtard », mais le mot n’est pas prononcé car on est dans le langage de la propagande subliminale), thème réactionnaire s’il en est, surtout surtout dans un journal dont les lecteurs et certains des collaborateurs sont certainement de grands pourfendeurs - en paroles - du « patriarcat » et du sexisme.

Et ce deuxième dessin rajoute une couche bien dégueu sur les tournantes, allusion censée être drôle. Les viols collectifs, un objet de dérision ? Décidément la gauche sinéphile nous étonnera toujours par son absence de principes. Surtout quand on sait que les tournantes sont censées être un mythe créé par la droite sécuritaire, selon ces mêmes milieux. Il faudrait savoir...

Ces deux dessins symbolisent par leurs légendes comme par leur non-dit à quel point l’humour des potes de Siné est arriéré et machiste. Ils révèlent crument la haine des dessinateurs pour une femme, haine qui n’a rien à voir avec un combat sans pitié contre ses idées politiques réactionnaires, et dévoilent aussi sur quel registre de l’inconscient ces dessinateurs comptent jouer.

Décidément les adeptes de Chomsky et du « décryptage des médias » feraient bien d’en appliquer les principes à leurs propres productions merdiatiques.

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Samedi 13 septembre 2008

La paille et la poutre dans l’œil de Benoît XVI

Le pape, ou le « Saint-Père » comme disait à la radio le commissaire de police– très laïque, sans doute ? – chargé de sa sécurité, nous a fait le coup de la dénonciation de l’appât du gain et du goût du pouvoir et de l’argent qui menaceraient une civilisation privée de valeurs spirituelles.

J’ignorais que Ratzinger avait un talent comique. Qu’un pape, élu à la suite de longues tractations au sommet d’un appareil centralisé comme celui de l’Eglise catholique, dénonce le goût du pouvoir est déjà particulièrement hypocrite. Mais qu’en plus il se prétende ennemi de l’argent, c’est vraiment à se rouler par terre.

Non seulement le Vatican possède une banque qui a été mêlée à tout un tas de scandales financiers et politiques mais en plus elle possède un patrimoine immobilier considérable.

Voici ce qu’en dit par exemple un certain Daniel Riot (pas vraiment un gauchiste) sur son blog :

http://www.danielriot.com/archive/2...

« Le sujet est évidemment sensible dans un pays où l’Eglise possède un patrimoine immobilier estimé à 100 000 immeubles pour une valeur de 8 à 9 milliards d’euros. Le vote catholique étant convoité à gauche comme à droite, peu de voix s’élèvent contre un système qui représente un manque à gagner de 1 à 2 milliards d’euros pour les collectivités locales. Annulée par la Cour de cassation en 2004, l’exonération de taxe immobilière avait été rétablie en 2005 par le gouvernement Berlusconi.

« Dès son arrivée au pouvoir, en juin 2006, Romano Prodi, catholique pratiquant, a pris un décret pour supprimer à nouveau cet avantage. Mais la situation est restée inchangée en raison de la rédaction ambiguë du texte : seuls les immeubles "à usage exclusivement commercial", c’est-à-dire ne comportant pas de lieu de culte, sont soumis à la taxe. Les nombreux couvents qui proposent des prestations hôtelières aux touristes (avec ventes de souvenirs, bien sûr) continuent, par exemple, à en être exonérés.

« L’anomalie du texte de loi a été soulevée par un député du Parti radical, une formation laïque appartenant à la majorité de centre-gauche, lors du vote de la loi de finances 2007, mais son amendement, après de longues palabres parlementaires, a été massivement rejeté (435 voix contre 29). Avec la grâce du ciel… »

Donc le jour où Benoît XVI revêtira une robe de bure, ouvrira les livres de comptes du Vatican à la consultation de tous et investira les richesses de l’Eglise au service des pauvres, on commencera à croire à ses dénonciations démagogiques sur le goût du pouvoir et de l’argent. (Et accessoirement le jour où Sarkozy, ce grand catholique, ne se fera plus payer par ses amis des vacances de milliardaire et ne se fera plus voter une royale augmentation de salaire, on croira un peu plus à ses valeurs morales...)

En attendant (et on peut attendre encore quelques dizaines de siècles avant que l’Eglise mette ses actes en conformité avec ses paroles), on rigole…

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Jeudi 11 septembre 2008

Edvige : intox gouvernemental et merdiatique sur un prétendu « recul » de Sarkozy

Les mêmes médias qui étaient discrets sur les effets délétères de la création du ficher Edvige nous expliquent maintenant que Sarkozy aurait « reculé ».

On peut en douter quand, il y a encore deux jours, Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l’Intérieur, défendait avec virulence et mauvaise foi le projet gouvernemental sur RFI. Il alla même jusqu’à accuser Jean-Pierre Dubois président de la Ligue des Droits de l’Homme, responsable du collectif « Non à Edvige » et par ailleurs grand défenseur de….la police de proximité ( !!?) d’être opposé au fichage des terroristes pour « certaines raisons politiques ». Cette peau de banane lancée juste avant que l’émission se termine, afin d’empêcher Dubois de répondre à cette accusation absurde, montre bien la détermination du gouvernement.

Ce même monsieur Gachet crut habile d’expliquer qu’ « un fichier où l’on fiche tout le monde n’a aucun intérêt », comme s’il s’agissait d’une évidence ou d’un argument massue. Il me semble, au contraire, que plus un fichier est étendu plus il est efficace, car il permet de faire des recoupements. Et le travail policier est d’autant plus performant qu’il met en relation des éléments a priori non connectés. C’est d’ailleurs littéralement ce que déclarent des policiers dans "Libération" du 11/09/ 2008 à propos du fichage ADN ("c’est l’exhaustivité du Fichier national automatisé des empreintes génétiques qui peut le rendre performant").

De toute façon, si l’on devait ficher ne serait-ce que tous les individus qui se sont présentés récemment et se présenteront demain aux élections, tous les élus politiques et syndicaux et tous les membres dirigeants des associations (pour accorder la Légion d’honneur à quelqu’un ou permettre à un préfet de faire un discours de bienvenue à un élu, sembla insinuer le comique Gachet), ce serait au minimum 5 ou 6 millions de personnes qui seraient fichées. Il suffit de savoir qu’il y a en France 500 000 conseillers municipaux et que le nombre de candidats est à chaque élection au moins bien supérieur au nombre d’élus.

Avec ce prétendu "recul", on a une nouvelle illustration de la méthode Sarkozy.

Annoncer une série de mesures, attendre que la colère se manifeste, convoquer l’opposition ou les syndicats, faire semblant de négocier puis finalement faire adopter une partie des mesures antisociales ou liberticides avec l’appui d’une partie de l’opposition ou des syndicats, tout contents d’avoir eu un comportement "responsable".

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Mardi 9 septembre 2008

Bourguet : propos d’un salaud ordinaire

Selon l’avocat de Didier Bourguet, fonctionnaire de l’ONU au Congo, ce salaud qui avait des relations sexuelles tarifées avec des mineures aurait des « besoins sexuels très importants » et les jeunes filles de 12 ans qu’il payait auraient été « consentantes ». Il rejette la responsabilité sur les « intermédiaires » (les maquereaux) qui ne lui ont pas précisé l’âge des jeunes filles et n’hésite pas à incriminer les parents qui vendaient ces mineures à des réseaux de prostitution. Bref, il refuse d’envisager la moindre part de responsabilité et ne comprend même pas ce qu’on lui reproche.

Ce qu’il y a de dégueulasse dans les propos de ce salopard, ce n’est pas tellement son ignoble système de défense. On n’attend pas de ce type la moindre parcelle de culpabilité ou de remords. Ce qu’il y a de scandaleux c’est que ces propos soient répétés par tous les journalistes de TF1 à RFI sans qu’ils fassent le moindre commentaire critique.

Cette affaire est présentée par les médias uniquement du point de vue des prétendus « besoins sexuels » d’un homme. Et les « besoins sexuels » des jeunes filles (quel que soit leur âge) qu’en fait-on ? Peut-on croire une seconde qu’une jeune fille soit « libre » à 12 ans de vendre son corps et de subir les assauts d’un adulte de 44 ans ? Croit-on encore qu’une prostituée puisse satisfaire SES « besoins sexuels » dans une telle « relation » ? Comment peut-on encore affirmer qu’un homme qui paie pour une fellation, ou une pénétration, le fait parce qu’il aurait simplement des « besoins sexuels » ? Les journalistes n’ont-ils jamais entendu parler des rapports de domination entre hommes et femmes, entre adultes et enfants ? Est-ce trop « ringard » pour eux de leur rappeler ce que disent les féministes, ou même les psychologues, à ce sujet ?

Les hommes qui ont des rapports avec des jeunes filles ne satisfont pas principalement des « besoins sexuels » (sous-entendu des besoins « normaux », au sens de irrépressibles, inévitables). Ils humilient, frappent souvent, en tout cas forcent toujours une jeune fille à se soumettre à leur volonté. Et dans ce sens-là il s’agit bien de viols, d’actes de violence, même si la définition juridique du viol, comme le dit hypocritement son avocat, n’inclue pas les « rapports sexuels tarifés » entre deux personnes prétendument « consentantes ».

Une autre dimension n’a été évoquée par aucun des médias dominants. Le fait que des fonctionnaires (ou des soldats) européens pensent pouvoir violer des jeunes filles africaines en toute impunité renvoie à une des constantes de l’imaginaire colonial. Le tiers monde hier, le Sud aujourd’hui, n’ont été et ne sont pour eux qu’un grand et joyeux bordel. Une maison de passe aux prix défiant toute concurrence. Le Paradis du Sexe Tarifé et de l’Humiliation Garantie.

Que ce soit au temps de l’esclavage et de la colonisation, ou aujourd’hui à l’heure de la « mondialisation », l’imaginaire de beaucoup de mâles blancs européens n’a pas changé d’un iota. Les femmes et les jeunes filles africaines, asiatiques ou latino-américaines restent toujours pour eux des objets à dominer, à humilier, de demi-êtres humains. Qu’ils les frappent ou leur jettent quelques dollars, le scénario est toujours le même dans leurs petites têtes vides de colonialistes : ils sont convaincus de leur droit à jouir sans entraves, en toute impunité et bonne conscience, du corps de leurs esclaves.

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Lundi 8 septembre 2008

Les bassets et les pékinois de la classe dominante

Jean-Pierre Legoff est un intellectuel conservateur, pour ne pas dire réactionnaire. Mais attention, il ne roule pas ouvertement pour Sarkozy ni pour l’UMP. Il fait dans la nuance, il produit des analyses politiques intelligentes, il critique certains aspects caricaturaux de la propagande de gauche ou d’extrême gauche, il décrit avec humour les postures victimaires et la pipolisation du candidat Sarkozy ou de la candidate Royale, bref il fait parfois œuvre (légèrement) utile.

Mais ce qui frappe à le lire, c’est le contentement de soi, la renonciation à toute révolte, la capitulation devant l’ordre existant qui le caractérise, comme d’ailleurs bien d’autres intellectuels issus d’une mouvance vaguement de gauche.

Un intellectuel stalinien (1), Paul Nizan, avait écrit en 1932 un pamphlet : « Les chiens de garde » dirigé contre les philosophes de son époque. Aujourd’hui, on trouve encore quelques intellectuels venimeux et agressifs qui défendent, bec et ongles, la mondialisation capitaliste et l’ordre social bourgeois. On peut ranger certains d’entre eux dans la catégorie des « chiens de garde » de la bourgeoisie. Mais aujourd’hui, du moins en France, on a surtout affaire à de petits toutous, qui font davantage penser à des bassets ou des pékinois qu’à des dobermans ou des pitbulls du Capital.

Voici, pour illustrer ce phénomène, quelques exemples de la prose du philosophe et sociologue Jean-Pierre Legoff. Son dernier livre paru dans la collection Folio actuel, chez Gallimard, s’intitule « La France morcelée ». Il s’agit en fait d’un recueil d’articles parus entre 2003 et 2007 dans la revue « Le Débat » :

Il commence par noter, avec raison, que « l’entreprise et le management » sont devenus des « modèles pour l’ensemble des activités sociales » ; que les entreprises fonctionnent avec des « budgets resserrés et du personnel réduit » ce qui provoque une « intensification du travail » . Serait-il devenu gauchiste ?

Pas du tout ! Car il écrit, quelques pages plus loin, :à propos de la gauche qui a voulu se « réconcilier avec l’entreprise et avec l’argent » : « ce qui en soi n’a rien de particulièrement scandaleux ». En effet, ce qui choque notre basset-du-Capital, c’est que la gauche l’ait fait « dans une logique de nouveau riche et de parvenu ».

« Nouveaux riches », « parvenus », les gros mots sont lâchés pour notre intello aux goûts d’aristo….

En clair : À bas Tapie (le parvenu), Vive Essel, Riboud et Trigano (les patrons potes du PS) ou Dassault et Lagardère (potes de l’UMP) !

Ce pékinois-de-la-Bourgeoisie juge incontourable l’exploitation capitaliste, à condition qu’elle soit menée avec discrétion et distinction. Ben voyons !

Un peu plus loin, Legoff semble critiquer l’établissement d’un lien entre « le chef de l’Etat et les Français, fondé sur un jeu de miroir et d’identification dont le modèle est celui de la réussite et de la performance ». Notre philosophe serait-il hostile à l’Etat bourgeois ? Rassurez-vous, il vante aussitôt les mérites d’une « distance salutaire » et de « médiations nécessaires entre l’Etat et la société ».Ouf, on a eu peur !

Pour finir, notre philosophe-sociologue regrette que « l’idée nationale « soit « assimilée à la guerre et considérée comme responsable de tous les maux dont a souffert l’Europe ». Il fait sembler de croire que les opposants à la Première Guerre mondiale considéraient nos « arrière-grands-parents qui sont partis faire la guerre en 1914 » comme des « arriérés et des barbares » et regrette évidemment la disparition du service militaire.

Donc si on devait résumer sa pensée en 3 mots, la devise de ce distingué philosophe serait Patrons-Etat-Patrie…

Tout un programme !

(1). Rappelons que le terme de « stalinien » n’est pas, dans notre esprit, une insulte, mais un qualificatif politique d’autant plus justifié qu’il fut longtemps fièrement revendiqué. Cf. notre article : http://www.mondialisme.org/spip.php?article839 « Staliniens et néostalniens, ces mots ont-ils encore un sens ? »

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Dimanche 7 septembre 2008

QUAND OLIVIER (Besancenot) RENCONTRAIT HUGO (Chavez)

Lu dans la première biographie d’O.B. écrite par E. Hacquemand aux Editions du Rocher, "O.B. L’irrésistible ascension de l’enfant de la gauche extrême", pp. 190-191 :

"En visite officielle en France, le président vénézuélien Hugo Chavez tient à rencontrer le "meilleur de sa génération". Très "latino", Besancenot voit d’ailleurs dans la révolution à la mode Chavez "la preuve qu’un autre monde est possible en dehors du capitalisme"."

Hum, Olivier ne doit pas savoir que les grandes banques se portent très bien au Venezuela, ainsi que les gros industriels, les grands propriétaires fonciers et les gros commerçants. Même si l’expropriation des capitalistes n’est qu’un premier pas, Chavez est loin d’avancer dans cette direction. En fait de "preuve", cela prouve surtout qu’un Caudillo peut mystifier son peuple... et les trotskystes de la LCR. Mais poursuivons notre lecture édifiante.

"La rencontre se déroule le 20 octobre 2005 dans le très chic Hotel Hilton de la rue de Courcelles."

Comme on le constate, l’apôtre du "socialisme du XXIe siècle" ne se refuse rien...Les habitants des bidonvilles de Caracas apprécieront.

"A la suite de cette entrevue auquel participe Krivine, décision est prise de traduire le dernier livre de Besancenot "Révolution" en espagnol et de le faire circuler dans la jeunesse vénézuélienne."

La rédaction de cette dernière phrase est ambiguë mais étant donné que la LCR est en permanence fauchée on suppose, en lisant cette phrase, que c’est l’Etat vénézuélien ou une maison d’édition financée par l’Etat (l’édition a toujours été sinistrée au Venezuela, la plupart des livres qu’on y trouve sont édités dans d’autres pays latino-américains ou en Espagne, quand ils ne sont pas en anglais) qui se chargera de la traduction et de l’édition. Si c’est le cas, on aurait là une répétion de l’affaire Ramonet qui s’était fait imprimer son bouquin par Castro. Un échange de bons services pour l’ex-directeur du Monde diplomatique.

Krivine, Besancenot et la LCR sont libres de nous raconter des contes de fées sur Chavez et son régime, tout comme le fait Le Monde diplomatique. A leurs lecteurs et partisans d’exercer leur sens critique et de démêler le faux du vrai. Mais quand Besancenot se prétend "libertaire" et se réclame de l’exemple de Louise Michel, imagine-t-on cette anarchiste, cette Communarde aller papoter dans un hôtel de luxe pour rencontrer un démagogue populiste et accepter qu’il édite ses oeuvres ?

Je ne sais pas pourquoi, mais j’en doute fort...

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Samedi 6 septembre 2008

Fascisme partout... analyse nulle part !

LES COMPARAISONS AVEC VICHY… Y’EN A MARRE

À l’occasion d’une rencontre au sommet de tous les ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne à Vichy, on voit refleurir sur Internet la propagande la plus contre-productive contre le gouvernement. Une prose qui croit pouvoir mobiliser les travailleurs, et plus généralement la population, contre la politique réactionnaire de l’Etat en invoquant systématiquement le fascisme, la Seconde Guerre mondiale, le génocide des Juifs, la Milice, etc.

Bref, le degré zéro de la réflexion politique.

Il suffit de comparer la situation de la France avec celle de TOUS les pays de l’UE pour s’apercevoir que le gouvernement Sarkozy, loin de copier Vichy, ne « fait que » (et c’est déjà catastrophique) copier la politique menée dans les pays qui ont adopté la législation la plus répressive contre les migrants.

Les nombreux textes de De Fabel van de illegaal traduits sur le site mondialisme.org montrent que les Pays-Bas tracent le chemin en matière de politique discriminatoire, de non-respect des droits de l’homme, d’arbitraire policier, juridique et administratif total. Nul besoin de faire référence à Vichy et implicitement ou pas, au fascisme et au nazisme pour condamner et décortiquer une politique ignoble, xénophobe et raciste…

Le Collectif de Soutien aux Demandeurs d’Asile et Sans papiers de Tours écrit dans un texte diffusé sur Internet :

« En convoquant ce sommet à Vichy, ville symbole du gouvernement pétainiste et de cette sombre époque de chasse à l’intrus, c’est Hortefeux lui-même qui provoque les rapprochements. »

En clair, aucun parti de gauche ou d’extrême gauche ne pourra jamais tenir une réunion à Vichy, parce que cette ville serait, depuis 60, ans une ville de « fascistes » potentiels ou une ville-symbole liée au fascisme pendant des siècles ? Et chaque fois que s’y tiendra une réunion de la droite ou une réunion gouvernementale, il faudra obligatoirement y faire allusion ? Diable, à ce compte-là, il n’y a pas beaucoup de villes qui ne sont pas marquées par la répression policière ou étatique, des meurtres racistes, des rafles de Juifs sous l’occupation, ou plus simplement l’affairisme, la corruption, la présence lourde de la pègre, etc.

« Tout comme Sarkozy, qui jaquetait pendant sa campagne que "le travail rend libre". C’est cette phrase qui était au fronton du camp nazi d’Auschwitz, en Pologne. »

C’est faux, il n’a pas repris la phrase du CAMP d’EXTERMINATION d’Auschwitz à son compte. Il a simplement brodé autour de la libération par le travail tout comme, dans un autre registre bien sûr, les socialistes, les communistes, les féministes et les anarchosyndicalistes le font depuis un siècle et demi.

À moins que les Tourangeaux du Comité de soutien soient favorables au fait que les femmes restent à la maison… Sinon on se demande pourquoi le mouvement ouvrier lutte pour que les femmes ne dépendent pas de leur mari ou compagnon ou de leur père... et donc qu’elles travaillent ! Parce que le travail rend forcément esclave ? Le travail salarié (autrement dit l’esclavage salarié), oui, est une forme d’exploitation dans le cadre de cette société capitaliste, aujourd’hui et maintenant, c’est aussi et en même temps un moyen d’acquérir une indépendance économique pour les jeunes qui veulent devenir autonomes de leur famille, les femmes qui souhaitent être indépendantes des mecs, etc.

Que je sache les SDF, les RMIstes et les chômeurs aimeraient bien avoir du boulot ! Quel boulot ? Comment pourrait-on abolir le salariat dans une autre société, c’est une autre question, mais qui n’a pas vraiment sa place dans un texte sur la politique répressive contre les migrants.

« Ce n’est pas nous non plus qui avons repris le principe de la « rétention de sûreté » chère à Rachida Dati en 2007, promulguée par ailleurs par Adolf Hitler en novembre 1933. »

Quel est le rapport entre la rétention de sûreté qui existe dans de nombreux pays actuels (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Canada – tous fascistes donc ?) et Hitler ? Aucun. Cela ne rend pas cette loi plus acceptable bien sûr, mais ce type d’argument c’est vraiment du « n’importe quoi ».

« Hortefeux va ainsi consolider le symbole que représente cette ville par rapport à la politique de collaboration avec le régime nazi. »

Encore une fois, les habitants actuels de Vichy ne sont pas tous des pétainistes ou des nostalgiques du pétainisme. On est dans la démagogie totale. Ce « symbole » n’en est pas un.

« C’est dans cette ville que fut décidée et mise en œuvre la politique de collaboration avec le régime nazi. »

Ah bon, parce la Collaboration avec les nazis s’est limitée à une seule ville en France ? A Paris il ne se passait rien alors ?

« Elle s’est traduite, entre autres, par l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes sous prétexte qu’elles étaient juives, espagnoles ou italiennes antifascistes, homosexuelles, tziganes, handicapées, communistes, anarchistes, résistantes... C’est de cette ville que, comme les autres fonctionnaires, Papon recevait les ordres pour organiser les déportations de personnes à Bordeaux. C’est de cette ville que fut dirigée la Milice française. »

Là, c’est carrément absurde. Les migrants expulsés de France ne sont pas enfermés dans des camps d’extermination quand ils arrivent dans leur pays. La comparaison n’a aucune valeur. De plus elle induit l’idée que les nazis ont eu une politique d’extermination semblable pour toutes les catégories citées, ce qui est historiquement FAUX.

« Comment alors ne pas faire le lien entre la politique de Vichy et celle du gouvernement de Sarkozy, du moins concernant le traitement des immigrants ? (...) C’est de cette ville que, comme les autres fonctionnaires, Papon recevait les ordres pour organiser les déportations de personnes à Bordeaux. C’est de cette ville que fut dirigée la Milice française. »

Quel lien entre la Milice et la situation politique actuelle ? Aucun.

« On sait toujours où commence un outil de répression, on ne sait jamais où et quand il se termine. »

Si, on sait parfaitement où il se termine quand on n’écrit pas n’importe quoi !

« Pour exemple, le camp de Rivesaltes, fermé depuis 2007. Cet ancien camp militaire a été transformé en camp ’’d’accueil’’ pour les réfugiés espagnols. Ensuite, le gouvernement de Vichy y enferma des Juifs... en attendant leur déportation. Puis arrivèrent les prisonniers de guerre allemands et italiens. Pendant la guerre d’Algérie, des Algériens y furent également internés. De 1962 à 1977 des Harkis y furent ’’accueillis’’ etc. »

Donc si l’on suit le « raisonnement » de ce texte, les réfugiés espagnols, les Juifs, les Algériens et les harkis ont connu le même sort ? Et si ce n’est pas le cas, quel est donc l’intérêt de ces énumérations et de ces comparaisons ?

Les bras m’en tombent.

Autant une initiative contre la réunion interministérielle européenne à Vichy me paraît positive, autant il me semble qu’elle doit se faire sur des bases politiques claires et compréhensibles, pas en puisant dans un arsenal démagogique et peu crédible.

P.S. Il est évident que les critiques ci-dessus n’empêchent pas la solidarité matérielle et politique avec tous ceux qui sont poursuivis pour "diffamation" quand ils attaquent par écrit ou oralement les flics, les juges, les préfets, les ministres ou le Président de la République en usant de cette comparaison abusive avec Vichy.

Ceux qui souhaitent un peu plus détails sur Vichy pourront consulter l’article "Pourquoi le gouvernement Sarkozy n’est pas Vichy2"

http://www.mondialisme.org/spip.php?article979

dans le N° 21-22 de Ni patrie ni frontières intitulé "Offensives réactionnaires"

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Vendredi 5 septembre

* CE N’EST QU’UN DEBUT... CONTINUONS LA BOURDE !!!

Lu dans "Attac, la politique autrement ?" de Raphaël Wintrebert, docteur en sociologie, et enseignant à Paris-Descartes, Editions La découverte, 2007, page 300.

Heureusement que sa thèse a été relue par TROIS universitaires distingés : Dominique Schnapper, Yves Sintomer et Hugues Jallon.

Malgré ce haut patronage l’auteur ne craint pas de faire référence à deux reprises à "la scission du mouvement ouvrier au cours du congrès du Parti ouvrier social démocrate russe à Londres en 1903 entre socialistes et communistes" !!!

Rappelons qu’il ne faut pas confondre la scission entre bolcheviks en mencheviks en 1903 au Congrès de Londres (scission qui d’ailleurs fut loin d’être définitive) et la scission entre communistes et socialistes français en décembre 1920 au Congrès de Tours qui donna lieu à la séparation entre la SFIO et la SFIC, autrement dit le Parti communiste. Et il ne s’agit pas d’une coquille, puisque l’auteur répète quelques lignes plus bas : "Espérons que la crise que traverse ATTAC France n’aura pas les mêmes conséquences historiques que celle conduisant à la séparation des communistes et des socialistes" !!!

Ce n’est qu’un début...continuons la bourde

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* FAUT-LIRE TAGUIEFF ?

Pierre-André Taguieff vient de sortir un nouveau bouquin, bien épais, comme à son habitude : « La judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial ». En attendant d’en avoir fini la lecture, voilà deux critiques inédites de deux de ses livres précédents « La Nouvelle Judéophobie » et « Prêcheurs de haine ». Elles ne prétendent pas rendre compte de tout le travail, souvent utile, de Taguieff mais de ses défauts, voire de ses tares, politiques, les plus évidents.

À PROPOS DE « LA NOUVELLE JUDEOPHOBIE »

En janvier 2002, Pierre-André Taguieff publiait aux éditions Mille et une nuits un pamphlet sur La nouvelle judéophobie. A première vue, ce livre me parut suspect, ne serait-ce que parce que son auteur se répandait dans les médias en dénonçant le peu de cas que l’on faisait des actes antisémites (dénonciation partiellement justifiée) mais en omettant de dire l’essentiel : c’est contre les immigrés nord-africains et leurs fils et petits-fils que s’exercent depuis des dizaines d’années la violence policière et les agressions mortelles menées par des individus isolés ou des groupes fascistes en France.

De plus, Taguieff, pour une raison mystérieuse, semble vouer une solide haine aux militants d’extrême gauche, haine à laquelle il essaie, en vain, de donner un statut scientifique. Dès La Force du préjugé, ouvrage décapant et fort utile, on sentait qu’il avait des comptes à régler avec l’extrême gauche, attitude qui lui faisait adopter un ton exagérément violent ou méprisant vis-à-vis d’actions militantes ou de théories contestables ou discutables, certes, mais qui ne méritaient pas une telle charge. A le lire, on avait l’impression que les antiracistes maladroits étaient plus dangereux que les racistes.

Son soutien politique à Jean-Pierre Chevènement (dont les liens avec les régimes policiers irakien et syrien ne sont un secret pour personne), son insistance, au nom de la lutte contre le politiquement correct, à vouloir dénoncer systématiquement l’origine ethnique des petits délinquants (dénonciation couplée d’ailleurs à une critique virulente de la discrimination raciale pratiquée à l’embauche dans les entreprises françaises), tout cela rend le personnage difficile à saisir et un peu incohérent. Mais cela n’empêche pas de le lire et de réfléchir aux questions importantes qu’il pose.

La nouvelle judéophobie part dans tous les sens et tout en dénonçant les amalgames pratiqués par les antisionistes, se livre joyeusement à des amalgames tout aussi injurieux et peu scientifiques. Mais ce livre a au moins le mérite de faire réfléchir à condition de ne pas s’arrêter à son langage outrancier et à des démonstrations souvent inconsistantes.

À PROPOS DE « PRECHEURS DE HAINE » : P.A. Taguieff : penseur stimulant mais « sinistrophobe » ignorant

Pierre-André Taguieff est un spécialiste de la haine.

Spécialiste dans les deux sens : il étudie les mécanismes de la haine dans le champ politique, particulièrement des haines antijuives ; mais aussi il hait viscéralement l’extrême gauche, les staliniens, les marxistes, les anarchistes, les révolutionnaires, les altermondialistes, et j’en oublie sans doute quelques-uns. C’est son droit le plus strict, malheureusement il habille cette haine d’un manteau qui n’a rien de scientifique et repose sur une profonde ignorance. A ce titre ses derniers ouvrages irriteront voire écœureront toute personne qui connaît un tant soit peu les idées et les organisations trotskystes ou libertaires, ou l’ensemble des écrits de Marx et pas seulement son article sur La Question juive ou ses réflexions racistes sur Lafargue ou Lassalle.

Mais c’est aussi un spécialiste des haines judéophobes et à ce titre « Prêcheurs de haine » mérite d’être lu attentivement. Précisons tout d’abord qu’il est, dans l’ensemble mieux argumenté que son précédent sur le même sujet.

Hélas, notre universitaire est un passionné, ce que nous ne lui reprocherons certainement pas, mais sa passion l’amène à utiliser contre ses adversaires politiques les mêmes procédés qu’il leur reproche à son égard. Il se sert de son aura universitaire pour nous assener des affirmations péremptoires ou défendre des positions politiques sans aucun souci de cohérence ou de sérieux dans l’argumentation :

- attaques personnelles contre les intellectuels ou les hommes politiques qui ne partagent pas ses idées ;

-  ignorance des positions politiques des différentes tendances de l’extrême gauche française ou internationale qu’il amalgame toutes dans la judéophobie et ou dans l’antisémitisme (en fait il prétend qu’en théorie on peut être antisioniste sans être antisémite, mais en pratique il n’arrête pas de revenir sur ce qu’il concède dans son introduction) ;
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-  ignorance du fait que certains groupes libertaires dénoncent depuis longtemps les passerelles possibles (mais pas automatiques) entre l’altermondialisme, l’antisionisme primaire et l’antisémitisme (cf. les textes du groupe néerlandais De Fabel van de illegaal publiés par Ni patrie ni frontières et que Taguieff connaît puisqu’il cite leurs « Dix conseils pour lutter contre l’antisémitisme »). S’il était rigoureux, il se serait rendu compte que même en France certains militants de la CNT-AIT, d’Alternative libertaire, de l’Union pacifiste ou de la Fédération anarchiste ont déjà réfléchi aux questions qu’il se pose et y ont déjà apporté des réponses ;
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-  ignorance du fait que certains groupes trotskystes ont analysé clairement ce que M. Taguieff vient de découvrir, à savoir que les staliniens soviétiques ont mis au point une bonne partie de l’argumentaire prétendument antisioniste d’aujourd’hui. ( cf. par exemple les écrits de l’Alliance for Workers Liberty) ;
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-  accusations ou insinuations absurdes d’antisémitisme (ainsi Taguieff s’indigne qu’Olivier Besancenot ait cité plusieurs fois les noms de Fabius et de Dominique Strauss-Kahn, tenants du social-libéralisme au sein du PS, en oubliant de citer ceux de François Hollande ou de Ségolène Royal, comme si l’on pouvait ignorer que le premier ait été Premier ministre et le second ministre des Finances, qu’ils occupent tous deux des positions éminentes dans le PS et sont tous deux présidentiables. Cette attitude délibérément hostile amène Taguieff à brandir le soupçon d’antisémitisme de façon diffamatoire à propos d’Olivier Besancenot ;
- 
-  mépris pour les militants ;
- 
-  discrétion sur le racisme anti-arabe qui existe en Israël : en 1000 pages Taguieff évoque en quelques lignes l’arabophobie pour la dénoncer, mais curieusement il ne donne aucun exemple de cette arabophobie en Israël même. Le racisme serait, comme le fameux nuage de Tchernobyl, il éviterait certains pays… Taguieff s’indigne que certains islamistes parlent de « cancer » à propos d’Israël, mais ignore que cette même métaphore a été employée par un général israélien à propos des Palestiniens ;
- 
-  silence sur les méfaits du néocolonialisme français actuel, etc. et soutien à l’idée d’une armée nationale ;
- 
-  soutien à l’intervention américano-britannique en Irak (et évidemment ceux qui sont contre la guerre sont tendanciellement antisémites…). Taguieff confond délibérément la critique parfaitement justifiée de la politique du gouvernement Bush, voire de tous les gouvernements américains depuis deux siècles, avec l’anti-américanisme. C’est son droit de trouver tel ou tel président américain à son goût, ou tel ou tel massacre organisé par les troupes américaines justifié, mais en cela il se met au même niveau que ceux qu’il critique : les tiermondistes acritiques devant Castro, Ben Bella ou Ho Chi Minh hier, Saddam Hussein aujourd’hui. La seule différence éthique et politique entre les tiersmondistes qu’il exècre et lui-même c’est qu’ils défendent pas les mêmes Etats ;
- 
-  reprise acritique de témoignages fort peu convaincants sur l’impossibilité de parler de la Shoah dans les collèges et lycées, etc. (cf. les témoignages rassemblés dans le livre Les territoires perdus de la République qui ne concerne qu’une demi-douzaine d’établissements et qui pour inquiétants qu’ils soient n’ont aucune valeur statistique ; des enseignants d’extrême gauche ont apporté des témoignages tout à fait opposés à cette vision d’un antisémitisme banalisé (cf. par exemple le journal de la CNT N’autre école) ;
- 
-  - soutien à la dictature de Ben Ali en Tunisie, soutien d’autant plus comique que Taguieff ne cesse d’accuser ceux qu’il appelle les « gauchistes » ou les « néo-gauchistes » de soutenir les dictateurs du tiers monde.
-  Le véritable problème de ce livre de Taguieff c’est qu’il passe sans cesse du pamphlet, genre qui ignore les nuances et où un auteur peut se livrer à toutes sortes d’affirmations exagérées voire à des attaques personnelles pour faire rire le lecteur, à l’analyse théorique sérieuse, du moins dans ses intentions. Le mélange des genres que pratique de plus en plus Taguieff dans ses écrits ne peut que susciter l’irritation et le doute chez ceux qui connaissent mieux que lui les sujets, les théories ou les individus dont il parle.

Une fois ces réserves faites, et elles sont de taille, la lecture de cet ouvrage est néanmoins fort utile parce qu’elle permet de réfléchir à de nombreuses questions dont certaines ont été déjà abordées dans Ni patrie ni frontières à plusieurs reprises : les limites de l’antisionisme, les passerelles possibles entre extrême droite et extrême gauche, le rôle des tendances islamistes en Europe, la complaisance d’une partie de l’extrême gauche vis-à-vis de ces mêmes islamistes, la différence entre racisme et antisémitisme, entre antisémitisme et antisionisme, etc.

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Jeudi 4 septembre 2008

* LICENCIEMENT D’UN AMI DES SERVICES SECRETS, DES DIPLOMATES ET DES GENERAUX FRANÇAIS… OU LICENCIEMENT D’UN GRAND ANTI-IMPERIALISTE ?

Reçu le mail d’infos suivant envoyé par le CAPJPO-EuroPalestine : « Licencié en plein mois d’août de Radio France International pour délit d’opinion (1), ce grand expert international, spécialiste notamment du Proche et du Moyen-Orient, vient s’exprimer à la librairie Résistances, à son retour de Beyrouth, alors que la plupart des médias français se refusent à faire la moindre information sur cette énormité. Richard Labévière, (…) expliquera comment "Derrière la vitrine d’une presse libre, on assiste en fait à la mise en œuvre d’une entreprise flagrante de désinformation et de manipulation des opinions publiques, qui s’incrit dans une volonté d’imposer une lecture et une pensée unique résolument néoconservatrice et pro-israélienne.” »

Quiconque écoutait régulièrement Richard Labévière sur RFI sait qu’il adorait inviter des généraux, des représentants des services secrets français et autres diplomates du Quai d’Orsay. Son LICENCIEMENT EST DEGUEULASSE comme tout licenciement. Cela dit, faudrait quand même pas faire passer le « Spécialiste » Labévière pour un gauchiste et nous prendre pour des cons. Comme le disait la présentation sur RFI : « Chaque semaine, Géopolitique donne la parole aux meilleurs experts. » Et ces « experts » étaient presque tous des porte-paroles de la bourgeoisie auxquels notre « Grand Expert International » passait la brosse à reluire. Lorsqu’on l’écoutait sur RFI on avait plutôt l’impression qu’il était le représentant d’une des ailes de l’Etat français, celle qui veut jouer une « carte arabe » au Moyen-Orient et se tenir à une certaine distance d’Israël et des intérêts américains. Le Quai d’Orsay n’est pas un bloc monolithique et il y a, en effet, dans les sommets de l’appareil d’Etat bourgeois, plusieurs visions des intérêts de la France impérialiste. Labévière défendait une des tendances de l’impérialisme français, tout comme le font Chevènement et « Le Monde diplomatique » régulièrement. Rien de nouveau sous le soleil.

Voici, en contrepoint, ce qu’en dit Luc Rosenszweig dans un article fort méchant (http://www.causeur.fr/richard-labev...) mais qui, intuitivement (je n’ai pas mes entrées dans ces milieux…) correspond assez bien à l’impression que pouvait dégager le personnage quand on l’écoutait sur RFI :

« C’est à cette époque – le début des années 1990 – que se constitue à Genève un groupe de diplomates français qui ont pour caractéristique d’être “de gauche”, c’est-à-dire très liés à Roland Dumas, dont ils ont été membres du cabinet au Quai d’Orsay. Le chef de file de cette Geneva connection est Daniel Bernard, aujourd’hui décédé, ambassadeur auprès des Nations Unies (…). Dans son sillage, on trouve Anne Gazeau-Secret, consul général à Genève, et d’autres diplomates de moindre importance. Ils constituent la fraction de gauche de cette “rue arabe du Quai”, ainsi que ses détracteurs (…) désignent le couloir du ministère où sévissent les spécialistes des questions du Proche-Orient, en grande majorité acquis aux thèses arabes sur les conflits locaux. Rapidement, Richard Labévière s’agrège à ce petit groupe, au point de devenir le compagnon attitré de Mme Gazeau-Secret – ce qui va booster sa carrière. L’arrivée au pouvoir, en 1997 de Jospin et des socialistes provoque une aspiration des Genevois vers Paris : Anne Gazeau-Secret devient porte-parole du ministre Védrine et Richard Labévière se voit offrir un poste de rédacteur en chef à RFI, radio sur laquelle le Quai d’Orsay exerce la tutelle… »

S’il faut résolument condamner le licenciement de Labévière (tout comme celui de Siné de « Charlie Hebdo », cf. notre article sur ce site), il faut aussi garder l’esprit critique.

(1) En fait, c’est apparemment parce qu’il voulait interviewer, contre l’avis de sa direction, le grand penseur socialiste qu’est… le président syrien Bachar al Assad !

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TOUT A COMMENCE À ALLER MAL…LE JOUR DE MON EXCLUSION ? Une maladie semble frapper les militants d’extrême gauche dès qu’ils sont exclus d’un groupe dans lequel ils ont investi beaucoup de temps, d’énergie et d’espoirs. C’est ainsi que Yvan Lemaître exclu de Lutte ouvrière en 1996, et désormais membre d’un courant de la LCR, nous dresse un portrait idyllique de LO avant 1995, et catastrophique après son exclusion dans un article du bulletin Internet « Débat militant » intitulé « Lutte ouvrière, la Fraction et le NPA » (http://www.lcr-debatmilitant.org/ar...). Douze ans ont passé depuis son exclusion et le brave Yvan n’a toujours pas progressé dans sa réflexion sur son passé politique et l’organisation (LO) à laquelle il a consacré sa jeunesse. Il pense encore que LO souhaitait sincèrement l’unité des révolutionnaires après 1968, « oublie » que LO avait déjà exclu une centaine de militants (dont ceux de Bordeaux…tiens, tiens) en 1974, et veut nous faire croire que la formation politique au sein de LO n’était pas marquée par le dogmatisme et la stérilité… avant 1996 !

Qu’il se rassure, il n’est pas le seul, il suffit de lire le livre de Benjamin Stora (« La génération d’Octobre »), ex de l’OCI (actuel POI) et « historien » peu scrupuleux de son propre passé politique (il va jusqu’à reprendre les chiffres fantaisistes annoncés par son organisation), ou les deux tomes de « Génération », de Hamon et Rotman, pour ce qui concerne les maos, pour constater que cette attitude acritique est très répandue. Une exception partielle, le livre « Volontaires pour l’usine, vies d’établis » : le témoignage des « établis » maos, dont une majorité (en tout cas ceux qui ne sont pas devenus cyniques ou carriéristes) jette un regard sans pitié sur leur passé militant et leurs pratiques. Le NPA de Besancenot est mal parti, si tous les ex qui en font (ou en feront) partie ne vont pas plus loin que la simple évocation nostalgique de leur jeunesse. Créer un authentique « nouveau » parti suppose de faire le bilan des formes organisationnelles bureaucratiques, sectaires ou antidémocratiques que l’on a subies, cautionnées ou mises en place avec ardeur et aveuglement. Sinon, on ne brasse que du vent…

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Mercredi 3 septembre 2008

* RELIGION D’ORIGINE ?

Entendu sur RFI, l’auteure d’une « grande » enquête (de l’INED, je crois) sur l’influence politique de la religion en France mentionner l’expression « religion d’origine ». On avait déjà les origines pseudo-ethniques, nationales, raciales, j’en passe et des plus connes, voilà maintenant qu’on a les « religions d’origine ». Donc dès qu’un fœtus naît il a une origine… religieuse aisément identifiable ? Quel appareil est capable de déceler une telle caractéristique ? On comprend mieux, à entendre de tels « concepts », pourquoi l’athéisme a mauvaise presse chez les universitaires merdiatiques, même si la France est le pays du monde qui en compte le plus d’après Le Monde…des religions.

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Mardi 2 septembre 2008

*TERRORISME = « PREPARATION MILITAIRE » ?

France 3, « Djamel Loiseau, itinéraire d’un soldat d’Allah » documentaire. Entendu l’un des Français arrêtés après avoir fait un stage d’entraînement en Afghanistan, sauvagement torturé puis détenu à Guantanamo par les Américains expliquer que « tous les musulmans » devaient faire une « préparation militaire », un peu, selon ses dires, comme le « service militaire » pour les Occidentaux. Ce qu’il y avait d’effarant dans cette affirmation, ce n’était pas tant sa profonde ignorance de l’islam que la parfaite assurance de celui qui la proférait. Comme s’il n’avait tiré aucune leçon des manipulations politico-religieuses dont il a été la victime. À moins que ce documentaire de 55 minutes n’ait gardé qu’une petite partie de ses déclarations ?

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Lundi 1er septembre 2008

* LA GAUCHE RADICALE A DE BIEN CURIEUX AMIS

Suite à un mail reçu d’une liste de diffusion « libertaire » et appelant à une manif à Bruxelles le 7 Septembre 2008 devant les institutions européennes, et ce "Pour la Vérité sur le 11 Septembre (et le Nouvel Ordre Mondial)", manif soutenue par l’eurodéputé Giuliano Chiesa, je me suis demandé qui était ce monsieur.

A propos de sa présence dans 2 réunions aux côtés d’un certain Blondet, journaliste complotiste et "antisioniste" qui traite tous les Roms de criminals, Monsieur Chiesa, ex-membre en vue du parti stalinien italien, écrit dans une mise au point (http://www.luogocomune.net/site/mod...) : qu’il s’est trouvé à la même tribune que des "personnages ouvertement fascistes" d’après ses propres termes. Décidément il n’a pas de chances ce Monsieur Chiesa. D’abord on publie un ses textes sans son consentement sur un site négationniste (aargh), ensuite des crapules antisémites prétendent qu’il s’est rendu au colloque de Téhéran (ce qu’il dément) et enfin il pérore aux côtés de "fascistes" (selon ses propres termes") dans des meetings sur le 11 septembre. Cela doit être un sacré naïf ou alors un opportuniste qui bouffe à tous les rateliers...

Mais ce n’est pas tout.

Il écrit sur son site dans la partie biographique où il étale toutes ses collaborations à des médias internationaux (un vrai cumulard, ce mec, s’il n’était pas "antisioniste" et ne participait pas à toutes sortes de conférences de partisans des théories du complot sur le 11 septembre, je suis sûr que la gauche stalino-altermondialiste le dénoncerait tous les jours ; sa paie de député européen ne doit pas lui suffire pour que ce monsieur fasse tellement de piges dans les médias de la bourgeoisie occidentale et russe.

Rappelons quand même que l’indemnité mensuelle d’un député européen est de 6.952,91 € à laquelle s’ajoutent une Indemnité mensuelle représentative de frais de mandat : 3.500 € brut + une Indemnité journalière pour frais de bouche et de logement : 251 € : soit au total plus de 18 000 euros brut), donc cet "anti-impérialiste" et ce grand homme de gauche écrit dans sa bio publiée sur son site personnel qu’il a donné des conférences au Département d’Etat (le ministère des Affaires étrangères), à la Rand Corporation (un think tank réactionnaire et "un institut de recherche très proche de l’appareil militaire et des services de renseignement" américains, écrit Pisani dans Le Monde diplomatique) et travaillé régulièrement pour Radio Liberty, la radio "anticommuniste" (en fait, contre-révolutionnaire) payée par le gouvernement américain et noyautée par la CIA.

Décidément certains « radicaux » ont de bien étranges fréquentations.

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