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Aimé Césaire et le PPM ? au service du statu quo social !

mardi 6 mai 2008

À l’heure où la classe politique française récupère Aimé Césaire et sa « négritude », tous les médias veulent nous faire croire que lui et son parti le PPM (Parti progressiste martiniquais) auraient défendu les intérêts des travailleurs martiniquais. Pourtant, en 2007, ce parti présentait sur ces listes électorales la vice-présidente du MEDEF local ( !!!). Les 3 articles, suivants, publiés en 2001, 2006 et 2007 dans le journal trotskyste « Combat ouvrier » organisation sœur de Lutte ouvrière aux Antilles, remettent les pendules à l’heure. Ils le font un peu timidement à notre goût, mais quand même beaucoup plus honnêtement que le chœur de ceux qui lui rendent hommage, de Sarkozy à Dieudonné… (Ni patrie ni frontières)

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Combat ouvrier (2001) Aimé Césaire, une traversée "non paradoxale" du siècle

Un colloque international consacré à Aimé Césaire se déroule ces jours-ci à l’atrium à Fort de France. Plusieurs manifestations consacrées à Césaire auront lieu cette année. C’est que l’homme a eu 90 ans le 25 juin et c’est l’occasion pour ses amis, ses partisans politiques, comme pour les universitaires, les chercheurs de retracer l’œuvre et la pensée de Césaire. Césaire est un grand poète. Mais il joua aussi un rôle politique non négligeable en Martinique. Il s’est engagé, il a pris parti. Et à ce titre il a joué un certain rôle auprès des masses populaires de la Martinique. Pour des militants de la classe ouvrière, il n’est donc pas indifférent de déterminer quel fut ce rôle en fonction des intérêts des travailleurs.

Césaire comme bon nombre d’intellectuels adhéra très tôt au Parti Communiste martiniquais. C’est en tant que membre du Parti communiste martiniquais qu’il fut élu maire de Fort de France et député dès 1945. En 1956, il se sépara du PCM et aussi du PCF. Il créa le PPM (parti progressiste martiniquais) en mars 1958. C’est sous l’étiquette PPM qu’il fut alors pendant prés de 35 ans élu député et maire de la ville de Fort de France. Il fut proche des socialistes français. Et même avec quelques variantes c’est toujours la politique du Parti socialiste français qu’il soutint tout au long de sa carrière politique. Césaire était donc du côté d’un des grands pôles politiques de la bourgeoisie française. Et à ce titre il aura contribué à enchaîner une bonne partie de la population aux illusions semées par cette gauche. Faire croire aux travailleurs que leur sort allait changer en votant à gauche, c’est là tout le travail des politiciens du PS pour parvenir au pouvoir et aux postes quitte ensuite à décevoir la population. Césaire fut de ceux là.

Fort de son charisme, fort de son image de défenseur de la dignité noire, lui et son appareil politique du PPM enchaînèrent une bonne fraction de travailleurs et de la population aux illusions de la gauche en un avenir meilleur. Ils servirent de soupape de sûreté, de garants de la paix sociale aux différents gouvernements de gauche de 1981 à 2002 (en dehors des périodes de cohabitation)qui pourtant menaient une politique de soutien au grand patronat et d’austérité pour les travailleurs. Pour ne pas mécontenter cette gauche Césaire mit en place le « moratoire » sur la question du statut.

LA NÉGRITUDE AU SERVICE DU STATU QUO SOCIAL

Certes l’un des grands mérites d’Aimé Césaire est d’avoir dénoncé le colonialisme et ses méfaits dans de nombreux écrits, articles, discours. Et il le fit à travers une œuvre poétique et un th1âtre d’une immense qualité reconnue mondialement. Mais dénoncer le colonialisme et revendiquer la dignité de la race noire n’étaient que dénonciations de certains aspects du système capitaliste mais pas la remise en cause de ce système. Toute une génération d’intellectuels noirs colonisés a surfé sur ces thèmes anticolonialistes au moment même où les sentiments d’oppression raciale et coloniale s’exprimaient dans les colonies. Des années 30 aux années 60, portée par plusieurs vagues successives de contestation de l’ordre colonial, une élite intellectuelle noire surgit et fut propulsée peu à peu aux postes de direction en Afrique, aux Antilles. Soit elle fut mise en place par l’administration française elle-même, soit elle se fit elle-même une place à la faveur des indépendances et des mouvements de décolonisation. C’est dans ce contexte mondial là que des hommes comme Aimé Césaire furent portés à la députation. Césaire bénéficia en plus de l’influence du Parti Communiste Martiniquais très ancré à l’époque dans la classe ouvrière.

Le PPM devait hériter pendant longtemps d’une partie de cette implantation au sein des masses pauvres. Et c’est tout naturellement que le fondateur du mouvement de « la négritude » bénéficia politiquement du désir d’émancipation coloniale et sociale de la masse des travailleurs noirs, ayant souffert depuis des décennies non seulement de l’esclavage mais de la discrimination coloniale et raciale. Mais Césaire ne représente qu’une partie des aspirations des masses noires pauvres. Noir et chantre de la négritude il représente les Noirs, mais il ne représente pas forcément les intérêts de classe des travailleurs noirs et des noirs pauvres. Ces derniers aspiraient au changement social profond. Ils n’eurent que des miettes, des succédanés. Tout comme les socialistes français, ou même beaucoup d’hommes politiques de droite, Césaire s’attaqua certes à gommer certaines inégalités les plus criantes, à sortir les gens du trop criant manque d’hygiène, du manque d’eau, d’électricité, d’habitat insalubre. Mais il ne devait jamais remettre en cause fondamentalement l’ordre des gros possédants békés et autres capitalistes sur l’exploitation des travailleurs et des pauvres. C’est en ce sens que l’action politique de Césaire s’est cantonnée aux limites de la politique bourgeoise. C’est aussi ce raisonnement qui permet de comprendre l’apparente contradiction entre la violence, la révolte de Césaire dans son œuvre littéraire et l’extrême modération de ses propos et actes politiques. Certains comme Raphaël Confiant y ont vu une « traversée paradoxale du siècle ». Mais, de paradoxe il n’y en eut pas. Au contraire tout fut lié.

Combat Ouvrier, 2001

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Combat ouvrier : Césaire et la Lettre à Maurice Thorez

Il y a cinquante ans, Aimé Césaire rompait avec le parti communiste français et donc aussi avec sa fédération martiniquaise. Il devait ensuite fonder le PPM (Parti progressiste martiniquais). Dans la « lettre à Maurice Thorez », secrétaire général du Parti Communiste français, datée du 24 octobre 1956, il explique les raisons de sa rupture. Il y dénonce la politique « stalinienne ». C’était aussi dans l’air du temps depuis le rapport de Kroutchev au 20e congrès du Parti communiste de l’URSS, devenu célèbre depuis, qui critiquait une partie des méthodes staliniennes. Ce rapport ne remit cependant en question ni les pratiques ni la politique de la bureaucratie stalinienne.

Césaire dénonçait aussi dans sa « Lettre » les gouvernements, tant soviétique que ceux des pays de l’Est inféodés alors à Moscou, ces « bureaucraties coupées du peuple, les bureaucraties usurpatrices et dont il est maintenant prouvé il n’y a rien à en attendre et qui ont réussi la piteuse merveille de transformer en cauchemar ce que l’humanité à longtemps considéré comme un rêve : le socialisme ». Il critiquait aussi vertement le Parti communiste français et « sa mauvaise volonté à condamner Staline et les méthodes qui l’ont conduit au crime ». Et, au congrès du Havre, dit Césaire « nous n’avons vu qu’entêtement dans l’erreur, persévérance dans le mensonge ». Les critiques d’Aimé Césaire portaient aussi sur le peu d’intérêt et d’attention des partis inféodés au stalinisme envers les peuples de couleur, les peuples colonisés et singulièrement envers les peuples noirs. Ces critiques de Césaire semblaient sonner juste si on s’en tenait aux dénonciations de la politique stalinienne, vue de Moscou ou de Paris, au sein du PCF, mais justement Césaire ne s’en est pas tenu là et finalement dans sa lettre il a rejeté aussi le communisme après avoir dénoncé le stalinisme, ou tout au moins la forme édulcorée et viciée du communisme que représentait le PCF stalinien. Mais en tant qu’intellectuel, il eut la possibilité de retrouver la voie du véritable communisme, qui lui était absolument accessible, mais il a alors choisi de ne pas le faire. Ce qui le maintint dans une sorte de position nationaliste « progressiste » située entre le nationalisme en cours dans les pays ex-coloniaux et le réformisme des sociaux–démocrates et des partis staliniens. (…)

Les carences, les tromperies, les déviances monstrueuses du mouvement stalinien donneront très souvent des prétextes à de nombreux intellectuels pour rejeter le communisme, après qu’eux-mêmes eurent accepté toutes les trahisons, méandres et turpitudes du parti stalinien auquel ils avaient appartenu ! Ce fut le cas d’Aimé Césaire. C’est en s’appuyant sur ce qu’il appelle la « singularité de notre situation dans le monde » (celle des hommes de couleur), que le chantre de la négritude en arrive en fait, à rompre avec les idées communistes elles-mêmes, quoiqu’il en dise. Il écrivait : « Je me suis souvent posé la question de savoir si dans des sociétés comme les nôtres, rurales, comme elles sont, des sociétés de paysannerie, où la classe ouvrière est infime et où par contre, les classes moyennes ont une importance politique sans rapport avec leur importance numérique réelle, les conditions politiques et sociales permettaient dans le contexte actuel, une action efficace d’organisations communistes agissant isolément ( à plus forte raison d’organisations communistes fédérées ou inféodées au parti communiste de la métropole… L’impasse où nous sommes aujourd’hui aux Antilles, malgré nos succès électoraux me paraît trancher la question ».

Césaire exprimait là une idée très souvent reprise par les intellectuels tiers-mondistes, à savoir que dans les pays sous développés, la faiblesse numérique de la classe ouvrière ne lui permet pas de jouer un rôle politique révolutionnaire. Ils concluaient qu’une révolution socialiste y était impossible et qu’il fallait d’abord une révolution rassemblant toutes les classes contre l’impérialisme et le colonialisme et que ce n’est que lors d’une deuxième étape que la classe ouvrière pourrait diriger une révolution socialiste. Césaire déclarait encore dans sa « lettre » :

« En tout cas, il est constant que notre lutte, la lutte des peuples coloniaux contre le colonialisme, la lutte des peuples de couleur contre le racisme est beaucoup plus complexe- que dis-je – d’une toute autre nature que la lutte de l’ouvrier français contre le capitalisme français et ne saurait en aucune manière être considérée comme une partie, un fragment de cette lutte ». Pour les communistes révolutionnaires, dans les peuples de couleur comme dans les peuples des nations dominantes on retrouve les mêmes classes sociales : la bourgeoise - qu’elle soit « nationale » ou « inféodée à l’impérialisme »- la petite bourgeoise et le prolétariat, même « infime ». Et, soit dit en passant, la classe ouvrière des pays du Tiers-monde, depuis 50 ans est de moins en moins « infime ». On assiste au contraire à une prolétarisation croissante dans les pays du Tiers-monde depuis la lettre à Thorez, il y a cinquante ans. Et que dire par exemple de la classe ouvrière noire des USA ? Minorité opprimée s’il en est. Ce prolétariat noir est placé au cœur du plus grand pays capitaliste du monde et donc à même de jouer dans l’avenir un rôle révolutionnaire majeur. Que dire de la classe ouvrière d’Afrique du sud, le pays le plus industrialisé d’Afrique noire ?

La classe ouvrière des pays sous développés, et la classe ouvrière noire constituent bien une fraction du prolétariat mondial, même dans les pays faiblement industrialisés. En quoi la lutte des travailleurs noirs serait-elle d’une « toute autre nature que celle de l’ouvrier français contre le capitalisme » ? Elle peut être plus ou moins spécifique selon les cas mais absolument de « même nature » c’est-à-dire s’opposant aux capitalistes et à leur société. Et cela même si cette lutte s’oppose aussi à l’oppression impérialiste, au colonialisme et au racisme. Ces derniers traits, conséquence de l’oppression capitaliste mondiale peuvent être un puissant levain pour l’action révolutionnaire. Aux communistes ensuite de diriger les explosions sociales qu’ils engendrent périodiquement vers une lutte de classe et de les lier aux luttes de la classe ouvrière internationale. L’évolution du capitalisme lui même en facilite l’action par l’immigration généralisée dans les pays industrialisés et la mixité raciale de plus en plus importante qu’elle favorise. Combat ouvrier Samedi 4 novembre 2006

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Martinique Fort-de-france. Nette victoire du PPM ; mais pour quelle politique ?

Les résultats des élections municipales à Fort de France ont donné largement la victoire à Serge Letchimy du PPM avec 82,62 % des voix sur un peu plus de 43% de suffrages exprimés. Ce qui fait de lui le maire ayant obtenu le plus de suffrages exprimés en sa faveur pour le premier tour. Le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) a ainsi pu écarter de son chemin tous les autres mouvements politiques qui se sont présentés contre lui. Il s’agit de la droite de Miguel Laventure (Force Martiniquaise de Progrès) et de Roland Ménil du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais). Ces derniers ont obtenu respectivement 9,38 % et 8 %.

Pour gagner, le PPM avait mis en marche toute sa machine électorale, depuis les militants de son parti en passant par les membres de plusieurs associations de quartiers dont les responsables sont pour la plupart membres du PPM ou sous son contrôle.

En plus de l’avancée de certains projets importants sur Fort-de-France, les résultats sont aussi la conséquence du travail qu’a fait la municipalité dirigée par Letchimy, depuis plusieurs mois, dans les quartiers où il a multiplié les réunions dans le cadre de la fameuse « démocratie participative ». Les participants ont trouvé cette démarche positive. Car pour eux le maire était à leur écoute et prenait en compte leurs revendications notamment en ce qui concerne l’amélioration de leur quartier. Le PPM n’est évidemment pas un foudre de guerre ni anti-capitaliste, ni même anti-colonialiste, bien qu’il affiche toujours une sorte d’autonomisme modéré. Il n’empêche qu’à travers la forte popularité de Serge Letchimy parmi les classes les plus défavorisées de Fort de France, il reste le parti le plus ancré dans les quartiers populaires de la ville.

D’ailleurs, toute la campagne du PPM s’est déroulée sur des thèmes locaux, il n’a jamais été question pour Serge Letchimy d’utiliser l’occasion de municipales pour critiquer la politique néfaste menée par Sarkozy et celle menée par le patronat en Martinique contre les classes exploitées. Et comme pour montrer que le PPM est loin d’être hostile au patronat de Martinique, il a placé dans sa liste foyalaise plusieurs chefs d’entreprises ou directeurs de société et surtout la vice-présidente du MEDEF, Eliane Chalono, c’est-à-dire celle qui représente les intérêts du patronat Martiniquais, c’est-à-dire des exploiteurs.

En tout cas si les travailleurs, les employés municipaux, les couches pauvres de la population de Fort de France pensent que leur député-maire défend leurs intérêts sur certains plans : habitat, cadre de vie, service municipaux, s’ils en ont la preuve, c’est très bien. Que cela continue, qu’ils y veillent ! Mais tout ne peut être réglé dans le cadre d’une municipalité. Et qu’ils ne se fassent pas d’illusions sur le soutien que la municipalité pourra leur apporter en cas de conflits avec les patrons. Cela c’est hors du cadre que s’est fixé le PPM dont l’activité est depuis bien longtemps purement électoraliste, en dépit de l’action de certains de ses militants salariés qui continuent à se battre avec les syndicats, dans les entreprises. Combat ouvrier 22 mars 2007

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