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3 nouvelles publications en Mai 2008

jeudi 24 avril 2008

Ni patrie ni frontières publie en mai 2008 3 compilations thématiques d’articles contenant une partie d’inédits (entre 40 et 160 pages de nouveaux textes selon les livres). Pour toute commande écrire à Yves Coleman (sans autre mention) 10 rue jean-dolent 75015 Paris. Les frais de port sont compris dans le prix indiqué. Voir aussi notre catalogue http://www.mondialisme.org/spip.php...

ISLAM, ISLAMISME "ISLAMOPHOBIE" (compil n° 2), 344 pages, 10 euros

Ce livre aborde des questions particulièrement sensibles et polémiques au sein de l’extrême gauche et des milieux libertaires, tout comme la première « compil » de Ni patrie ni frontières qui portait, elle, sur le sionisme et l’antisionisme.

L’ouvrage est divisé en cinq parties correspondant à cinq thèmes principaux.

La première partie restitue quelques brèves données de base sur Mahomet, la naissance de l’islam et le statut des dhimmis, puis présente le point de vue de militants et militantes algériens, pakistanais, palestiniens et irakiens sur la façon dont ils perçoivent la réalité religieuse et politique de l’islam dans leurs pays respectifs aujourd’hui.

La seconde partie traite de la « question musulmane » en France, des raisons pour lesquelles l’islam est devenu un enjeu social et politique et des conséquences négatives que l’essor de cette religion a eues sur le mouvement ouvrier et féministe en France. Elle évoque les débats sur le hijab et la laïcité dans l’Hexagone, la confusion politique qui règne à gauche et à l’extrême gauche sur les questions religieuses en général et l’islam en particulier, et pointe aussi l’apparition d’un citoyennisme musulman dont Tariq Ramadan est le représentant intellectuel le plus emblématique et le plus sophistiqué.

La troisième partie tente d’établir quelques distinctions élémentaires entre racisme anti-Arabes, xénophobie et « islamophobie ». Elle souligne aussi les dangers de certaines alliances ou convergences politiques au nom de la défense de la laïcité ou des droits des femmes, en France et en Grande-Bretagne.

La quatrième partie rassemble une douzaine de traductions de textes ou de débats impliquant des militantes des Partis communistes-ouvriers d’Irak et d’Iran qui s’expriment à la fois sur l’islam politique, mais aussi sur des questions comme l’« islamophobie », la laïcité, le relativisme culturel et le multiculturalisme.

Quant à la cinquième et dernière partie, elle critique de façon virulente l’opportunisme de la gauche et de l’extrême gauche théocompatibles, voire de certains libertaires, en France comme en Grande-Bretagne.

Contrairement à un mythe massivement répandu, la nocivité de l’Islam politique est apparue et a été dénoncée bien avant les attentats du 11 septembre 2001. Contrairement à une autre idée reçue, la comparaison entre l’islamisme et le fascisme n’a pas été inventée durant les années 90 par Bush et les néo-conservateurs américains, mais était déjà utilisée dans les années 70 par la gauche révolutionnaire iranienne pour qualifier le régime khomeiniste et par des militants d’autres pays du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord pour dénoncer les Frères musulmans ou leurs clones.

Déjà en 1980, des révolutionnaires français et algériens dénonçaient « une intense campagne à caractère raciste contre le “fanatisme” et la “barbarie médiévale” », campagne menée par des journalistes et des politiciens « qui approuvent les massacres, tortures et bombardements au napalm de populations quand cela sert les intérêts de l’impérialisme ».

Déjà en 1980, ces militants pouvaient écrire : « l’intégrisme islamique (…) représente dans une large mesure une réaction nationaliste à la culture occidentale et “moderniste” liée à des siècles d’oppression impérialiste », tout en qualifiant les Frères musulmans de « secte religieuse fascisante ».

Dès que l’on creuse un peu les questions politiques et qu’on les étudie dans la longue durée, on voit que les débats et les épouvantails médiatiques, altermondialistes ou « gauchistes » brillent par leur superficialité et leur ignorance.

Rien n’aurait donc changé en trois décennies ? Si, bien sûr :

Le phénomène de l’Islam politique s’est considérablement développé à l’échelle internationale tout en se diversifiant.

Un Islam européen est en train de s’affirmer et souhaite bénéficier des mêmes droits démocratiques que les autres religions.

Les enfants, voire les petits-enfants, des travailleurs immigrés des années 60 et 70, devenus Français, Allemands, Néerlandais ou Britanniques, veulent être respectés, grimper dans l’échelle sociale. Ils exigent que la culture et le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents ne soient plus méprisés ; ils veulent que l’esclavage, les massacres et les génocides du colonialisme soient dénoncés dans les manuels scolaires et reconnus par les Etats européens.

Enfin, face à cette évolution, l’opportunisme de l’extrême gauche, voire de certains libertaires, n’a fait que se développer de façon fulgurante.

Comme l’écrivait Combat communiste en 1980 : « Si nous devons nous défier des calomnies et du mépris répandus par les bourgeois occidentaux et comprendre les traditions et la culture des peuples coloniaux, il n’en reste pas moins que la religion est, là-bas comme ici, une arme aux mains des exploiteurs pour maintenir ouvriers et paysans dans l’asservissement et l’obscurantisme. »

« Aujourd’hui comme hier, la religion reste l’opium du peuple », concluait ce journal dans un dossier sur l’Islam.

C’est cette dernière affirmation qui, par contre, en 2008, est devenue totalement inaudible dans les milieux de la gauche dite radicale…

Raison de plus pour la faire entendre de nouveau !

I – Des origines de l’islam à son influence actuelle dans les pays dits « musulmans »

Les origines de l’Islam : Mahomet, le brigand qui devint chef d’Etat ; L a religion, opium du peuple ; Géopolitique de l’islam et dhimmis juifs ; La femme et l’Islam ; L’Etat et l’Islam en Algérie ; Islam et colonialisme en Algérie ; Une secte religieuse fascisante : les Frères musulmans Houzan Mahmood (2007) : La charia n’est pas une culture ; Le Hezbollah : un Parti-État totalitaire ; Rema Hammami (1991) : Les femmes, le hijab et l’Intifada ; Manar Hasan (1991) : A propos du fondamentalisme dans notre pays ; Islah Jad ( 1991) : Les Palestiniennes face aux mouvements islamistes ; Faryal Velmi : Quand l’injustice acquiert force de loi, la résistance devient un devoir. »

II – La « question musulmane » en France

Quelques statistiques sur l’islam et les autres religions en France ; L’essor de l’islam en France et ses conséquences politiques négatives pour les mouvements ouvrier et féministe ; Le hijab, la gauche et l’extrême gauche ; Saïd Bouamama, un sociologue au service du hijab... ....ou la construction d’un « paternalisme respectable » ; Vieille laïcité et nouveau citoyennisme musulman ; Ramadanophobie ou athéisme ? ; A propos d’Aïcha et Mahomet (suite et fin ?) ; Athéisme et religion ; Mimouna Hadjam : L’islamisme contre les femmes ; A propos de deux réunions de Ni putes ni soumises et de leurs perturbateurs (

III – Xénophobie laïque et « islamophobie » - De quelques alliances douteuses contre l’islam politique

« Caïds » du 9-3, « islamistes » de 8 ans et mosquées « clandestines » ! ; Un obscurantiste radical ; Rumy Hassan : « Islamophobie » et alliances électorales en Grande-Bretagne ; Lettre de Martin Thomas à Maryam Namazie ; Maryam Namazie : Réponse à Martin Thomas ; Arashe Sorkh : Lettre à Martin Thomas ; Martin Thomas : Réponse à Maryam Namazie

IV - Les communistes-ouvriers d’Irak et d’Iran face à la religion musulmane et à l’islam politique

Maryam Namazie : Bas les voiles ! ; Maryam Namazie : L’« islamophobie » n’a rien à voir avec le racisme ! ; Organisation pour la liberté des femmes en Irak Pour une loi consacrant l’égalité des sexes ; Azam Kamguian : L’Islam et la libération des femmes au Moyen-Orient ; Azam Kamguian : Islamisme et multiculturalisme ; Houzan Mahmood : Une liberté sans aucun contenu ; Mariam Namazie, Fariborz Pooya, Bahram Soroush : Faut-il défendre la liberté d’expression des islamistes ? ; Azar Majedi : Faut-il interdire le voile ? ; Mariam Namazie, Bahram Soroush : Islam et droits de l’homme ? Zéro pointé ! ; Azar Majedi : Islam politique contre laïcité ; Houzan Mahmood : L’islam politique et les droits des femmes en Irak ; Maryam Namazie : Religions, relativisme culturel et instrumentalisation des droits humains ; Mina Ahadi : Aucune religion n’est réformable ; Cessez de nous coller l’étiquette de « musulmans »

V- Extrême gauche et libertaires face à l’islam et l’islamisme

L’islamogauchisme : un concept confus et erroné (NPNF) ; Les dix commandements de la Gauche Théocompatible ; Contorsions « libertaires » face au Hezbollah et au nationalisme arabe ; Gilbert Achcar et « l’intégrisme islamique » ; Chedid Khairy Un titre et une illustration problématiques ; Le foulard ou le string ? ; Lutte ouvrière se soucie-t-elle vraiment des « droits des femmes » ? ; « Les musulmans et la gauche » Selma Yacoob : la reine du truisme ; Dave Crouch : Les bolcheviks, l’Islam et la liberté religieuse ; Le SWP et l’Islam ou les silences des agneaux (trotskystes) ; Vickim : Qu’est-ce que la Muslim Association of Britain ? ; Sean Matgamma (AWL) : Caricatures de Mahomet : la liberté d’expression n’est pas un « point de détail » ! ; Quelques brèves remarques sur les motivations des commandos-suicides islamiques ; Colin Foster : Cinq questions sur l’intégrisme

344 pages, 10 euros

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LA FABLE DE L’ILLEGALITE (compil n° 3), 360 pages, 10 euros

Les Pays-Bas sont un petit pays rarement mentionné dans les médias. La « paix sociale » y est rarement troublée par des grèves, ou des luttes, « exemplaires » susceptibles d’enflammer l’imagination des militants. Pourtant, beaucoup de questions politiques débattues en France – de la « flexsécurité » à « l’identité nationale » en passant par le « multiculturalisme », les séquelles du colonialisme, l’immigration ou la place de la religion dans la société – y sont l’objet de vifs débats… et aussi de mesures réactionnaires que la droite française rêve d’imposer dans l’Hexagone.

Les textes que nous présentons dans ce recueil ont, pour environ la moitié d’entre eux, déjà été traduits et publiés dans la revue Ni patrie ni frontières au cours des six dernières années. Nous y avons ajouté une longue interview réalisée avec quatre membres de ce groupe, ainsi que plusieurs textes sur l’écologie réactionnaire, le mouvement altermondialiste, les conséquences de la guerre des Pays-Bas contre l’Indonésie en 1946-49, les thèmes d’agitation de la droite populiste, les politiques discriminatoires contre les jeunes Antillais, les principes politiques de De Fabel, textes que nous n’avions pas encore présentés à nos lecteurs (en tout 160 pages de traductions nouvelles).

De Fabel van de illegaal (La Fable de l’illégalité) est un groupe atypique, par ses origines, comme par ses activités et son journal. En effet, il ne s’agit pas d’une organisation constituée autour d’une idéologie fermée. Même s’ils se considèrent, grosso modo, comme des communistes libertaires, ses membres ne tiennent pas à s’inscrire dans une filiation idéologique précise, fermée à toute influence « extérieure ». Leur journal bimestriel s’intéresse à trois questions principales : le racisme et l’antisémitisme aux Pays-Bas, l’extrême droite, et les luttes des sans-papiers. Presque tous les articles tournent autour de ces trois axes d’intervention, ou de thèmes très proches, dans une perspective militante bien sûr, mais aussi dans le cadre d’une réflexion théorique sur toutes les questions posées par les politiques migratoires et démographiques : nationalisme, place des « cultures » et des traditions, multiculturalisme, liberté de conscience, fonction des religions, répression étatique, oppression des femmes, rôle de la famille, etc.

Il faut souligner aussi une autre originalité de De Fabel van de illegaal : sa façon de préparer ses campagnes politiques, seul ou avec d’autres. Dans la plupart des pays, les groupes d’extrême gauche ou libertaires ont généralement une attitude purement réactive : ils réagissent à une mesure gouvernementale, à l’invasion d’un pays étranger, à une décision d’un organisme international ou d’une multinationale. Pour sa part, De Fabel fonctionne de façon originale : quand le groupe décide de mener une campagne politique sur un thème (et, comme on l’a vu, ces thèmes sont volontairement limités, De Fabel ne veut pas disperser son énergie entre vingt causes différentes et sans lien entre elles), ses membres commencent par bien étudier les arguments de l’adversaire (Etat, partis politiques, patrons, institutions internationales) pour à la fois pouvoir répondre aux réactionnaires ou aux réformistes, mais aussi pour trouver des arguments simples et faciles à comprendre qu’ils puissent employer à la fois dans leur journal, leurs tracts et dans les discussions individuelles, les meetings, les manifestations, etc.

Les bases politiques de De Fabel van de illegaal

De Fabel lutte contre le racisme et l’exclusion sociale ; Soutien individuel et soutien collectif aux sans-papiers ; Théorie et pratique ; Combattre aux côtés des migrants et des réfugiés ; Coopérer avec l’extrême gauche et les progressistes ; Nos racines idéologiques ; Introduction à l’interview : « Participer à la lutte historique pour un monde meilleur »

Immigrés et sans-papiers aux Pays-Bas

Les jeunes Antillais pauvres sont une cible ; Les witte illegalen à la croisée des chemins (printemps 2002) ; Nationalisme arabe et travailleurs migrants ; Votez SP, votez pour des expulsions civilisées ; Les ONG aident le gouvernement à expulser les réfugiés ; Réponse révolutionnaire au contrôle de l’immigration ; Décideurs, écologistes et droits des migrants ; Centres d’expulsion et centres de départ ; Pour la liberté totale des migrations ! Contre l’OIM ; Du multiculturalisme à l’intégration forcée ; Syndicats et travailleurs clandestins ; Halte à l’intégration forcée (2006) ! ; Comme il vous plaira ; Les migrants d’Europe de l’Est

Antisémitisme et antisionisme

Entre antisionisme et antisémitisme ; La plus grande manifestation antisémite depuis 1945 ; Comment éviter quelques pièges antisémites ( ; L’antisémitisme sur Indymedia ; Le sionisme est-il l’ennemi du mouvement altermondialiste ? ; Cheikh Yassin : un « héros » et un « exemple » ? ; Gauche révolutionnaire et Hezbollah ; Comment Luther inspira Hitler

Altermondialisme

Avec la nouvelle droite contre la « mondialisation » ? ; AMP et militantisme de base ; L’AMP : un réseau de résistance stimulant ; Campagne contre l’AMI : potentiellement antisémite ; Pourquoi nous quittons la campagne contre l’AMI ; Nouvelle Droite et Kosovo ; L’IFG et sa politique de « retour au village » ; Goldsmith et sa hiérarchie gaïenne ; Le millionnaire Goldsmith, la gauche et l’extrême droite ; Seattle ou le joyeux mariage entre la droite et la gauche ; McDonald’s attaqué de tous les côtés ; La Fondation de la Terre flirte avec le nationalisme ; ATTAC laisse la porte ouverte à des alliances douteuses

Racisme, nationalisme et multiculturalisme

À propos de la guerre d’Indonésie et de ses séquelles ; La question nationale en l’an 2000 ; Féminisme et multiculturalisme ; Critique féministe du nationalisme ; Racisme libéral aux Pays-Bas ; Dérives des anti-guerre ; Les racines conservatrices de l’anti-américanisme ; Combattre le racisme sans défendre le multiculturalisme ; IS (Pays-Bas) et le nouveau racisme culturel ; Théo Van Gogh : La balle est venue de la droite ; Théo van Gogh, Un cinéaste mineur, sexiste… ; Geert Wilders, un politicien populiste…

Divers

La « swastika communiste » ? (2000) ; La politique des Khmers rouges ; Langage politiquement et langue « pure » ; Ayan Hirsi Ali mérite le soutien de la gauche ; Politiques démographiques et lutte contre la pauvreté ; Théories du complot et Da Vinci Code ; Les révolutionnaires néerlandais et l’UE ; Fondamentalistes musulmans et gauche révolutionnaire

336 pages, 10 euros

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"QUESTION JUIVE" ET ANTISEMITISME

SIONISME ET ANTISIONISME

Cette « compil’ » rassemble des textes publiés dans différents numéros de la revue Ni patrie ni frontières depuis 2002, plus quelques traductions inédites d’Emma Goldman, Reginald Reynolds (son contradicteur dans un débat sur le sionisme), Alexander Berkman et Mother Earth (journal qu’anima la célèbre anarchiste) ainsi que la reprise d’un texte des ESRI, Etudiants socialistes révolutionnaires internationaux (anarchistes) qui date de 1900.

Cet ouvrage évoque surtout l’attitude des marxistes et des anarchistes face à la prétendue « question juive », au sionisme et à l’antisémitisme. Notre objectif était d’offrir quelques éléments de réflexion pour comprendre l’évolution des positions de ces courants, leurs hésitations, vacillations et volte-face face à l’existence de la « nation juive » (de la religion juive, du ou des peuples juifs, selon les interprétations), face au sionisme puis enfin face à l’État d’Israël.

Les auteurs sont de tendances très diverses. Les textes ont été choisis, selon l’orientation de la revue, non pas parce qu’ils apporteraient la Vérité, mais parce qu’ils contiennent un certain nombre d’informations historiques et théoriques indispensables pour entamer un débat sérieux.

Contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire la plupart des « antisionistes1 », les dérapages antisémites dans les manifs de l’extrême gauche contre la guerre en Irak ou en solidarité avec la Palestine, ou les propos individuels ambigus, voire crapuleux, de certains militants, ne sont pas uniquement le fruit de la politique criminelle et colonialiste des gouvernements israéliens depuis cinquante ans, ou de l’accélération de la violence ignoble de Tsahal depuis la deuxième Intifada contre les civils palestiniens. Ces dérapages verbaux et les amalgames intolérables entre sionisme et nazisme ont une histoire antérieure à 1948.

Il est intéressant de noter que, dans les années 30 et 40, les ancêtres politiques de Sharon traitaient de « complices des nazis » les ancêtres de Rabin, comme l’expliquent, par exemple, Tom Séguev dans Le Septième Million ou Georges Bensoussan dans Un nom impérissable : Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe (1933-2007). Ou que le bulletin officiel de l’Église catholique de France, La Documentation catholique, proclamait en juillet 1949 « que le sionisme était une nouvelle forme de nazisme ». Comme quoi, les « arguments » de l’extrême gauche ou de certains libertaires sont parfois dangereusement proches de ceux de l’extrême droite… sioniste et des calotins antisémites ! Une proximité qui devrait tous nous inciter à s’interroger sur leur bien-fondé et leur pertinence. Mais il faut remonter encore plus loin, aux débuts du mouvement ouvrier, au calamiteux article de Karl Marx (La Question juive), aux délires antisémites de Proudhon et aux propos ignobles de Bakounine sur Marx et les Juifs.

La prétendue « question juive » dévoile en fait les limites de toutes les idéologies révolutionnaires depuis cent cinquante ans, idéologies généralement fondées sur une vision assimilationniste de toutes les ethnies et de tous les peuples ; sur l’illusion que les religions et les nationalismes n’auraient aucun avenir dans un monde capitaliste moderne et développé ; sur une croyance aveugle dans les vertus du progrès technique et scientifique ; sur une foi démesurée dans les effets magiques de la Révolution sociale (qu’elle soit d’inspiration marxiste ou anarchiste) et d’une nouvelle organisation de l’économie par les producteurs eux-mêmes. Et, disons-le clairement, sur une sous-estimation radicale de l’antisémitisme et de ses effets meurtriers au profit d’une surestimation et d’une dénonciation démagogiques de la présence des Juifs au sein des structures du capital financier ou commercial.

Quoi qu’ils en disent, la plupart des « antisionistes » actuels ne s’intéressent guère aux mécanismes du racisme en général, et à ceux de l’antisémitisme en particulier. Ils ne se posent pratiquement aucune question sur les convergences entre certaines formes d’anticapitalisme ou d’altermondialisme et l’antisémitisme déguisé en antisionisme. Pétris de bonne conscience et d’arrogance radicales, ils se croient au-dessus de ces fléaux « secondaires » à leurs yeux. Leurs positions politiques actuelles (« destruction » de l’État d’Israël, comparaisons entre sionisme et nazisme, confusion entre tous les génocides de l’histoire, etc.) ne reflètent généralement pas une compréhension subtile de la façon dont des antagonismes sociaux se doublent de différences fondées sur des identités ethnico-religieuses, aussi fantasmatiques ou nocives soient-elles, du moins aux yeux de partisans du matérialisme philosophique et de la science.

Leur angélisme provient (au mieux) d’une vision très naïve de la nature humaine, d’un matérialisme rudimentaire qui leur sert surtout à ne pas trop s’interroger sur les mécanismes de l’oppression dans les sociétés humaines et les organisations, aussi révolutionnaires fussent-elles.

Paradoxalement, on n’est pas loin d’un messianisme, de type religieux, qui veut nous faire croire qu’un Paradis sans contradictions, sans violence, sans haines, naîtra de la lutte de libération nationale ou de la révolution sociale. Et de ce Paradis, l’URSS des années 1917-1927 (du moins pour les marxistes) aurait été l’antichambre pour les prolétaires, comme pour les Juifs… Du côté des libertaires, on retrouve aussi fréquemment ce refus de prendre en compte l’existence d’une « nation juive », pour les mêmes (bonnes ou mauvaises) raisons que les marxistes, avec un obstacle supplémentaire : l’hostilité traditionnelle des anarchistes à l’Etat en général, et donc à la création de nouveaux Etats qui ne constituent que des structures d’aliénation et d’oppression supplémentaires.

L’intérêt d’évoquer la « question juive » est de pouvoir revisiter pratiquement toutes les questions importantes des théories révolutionnaire : les classes sociales, la nation, le rôle de la classe ouvrière, la religion, l’État, l’histoire du capitalisme, etc., comme en témoignent les différents articles rassemblés dans ce livre.

La démarche politique de Ni patrie ni frontières est expliquée de façon succincte dans : Quelques points de démarcation sur la prétendue « question juive », la nature du sionisme et l’État d’Israël, et Que faut-il entendre par la « destruction » de l’Etat d’Israël ?.

Rappelons que cette revue souhaite donner des matériaux de réflexion variés à ses lecteurs, et non leur dicter une ligne politique qu’ils devraient suivre aveuglément. C’est pourquoi nous ne jugeons pas toujours utile d’exprimer à chaque fois de façon détaillée nos désaccords avec les textes que nous publions, même si certains sont accompagnés ou suivis de commentaires succincts.

Dans les deux premières parties de ce recueil, nous avons donné la priorité aux textes les plus synthétiques (publiés par la revue ou inédits) et qui ouvraient le plus de perspectives de discussion et de réflexion, sans trop coller à l’actualité. Le premier tiers du livre donne la parole à diverses sensibilités marxistes, le deuxième tiers à différents courants anarchistes et le dernier tiers regroupe des textes tous écrits spécialement pour Ni patrie ni frontières (à l’exception de deux d’entre eux) et qui concernent des événements ou des débats plus récents au sein de l’extrême gauche ou du mouvement libertaire.

1. Le mot « antisionistes » est ici placé entre guillemets parce que ce terme a acquis depuis quelques années une signification douteuse, à force d’être utilisé à toutes les sauces (cf. la série d’articles intitulée « Limites de l’antisionisme »). Antinationalistes, antichauvins ou antipatriotes sont des concepts plus clairs, car le sionisme ne constitue qu’une des formes du nationalisme et du chauvinisme qui divisent la classe ouvrière et dressent les peuples les uns contre les autres. Qu’on le veuille ou non, la nébuleuse « antisioniste » va des fascistes aux islamistes en passant par l’extrême gauche, certains intégristes juifs ou de nombreux intellectuels ou politiciens simplement soucieux des intérêts nationaux de leur Etat dans le jeu géopolitique mondial. Or, il faut absolument éviter certains cousinages, que ce soit au niveau des manifs ou du vocabulaire politique, si l’on ne veut pas tomber dans les pièges de l’antisémitisme.

De plus, la majorité des antisionistes-anti-impérialistes sont en réalité de fervents soutiens du nationalisme de leur propre impérialisme, de l’impérialisme européen ou de certains pays du tiers monde auxquels ils n’hésitent pas à décerner l’étiquette de « progressistes ».

Marxistes et question juive

Savas Michael-Matsas : Sur le marxisme et la question juive ; Arlene Clemesha : Trotsky et la question juive ; Gatto Mammone (1936) : Le conflit arabo-juif en Palestine (Bilan) ; RKD/Communistes révolutionnaires (1943) Appel aux ouvriers Juifs ; FFGC (1945) Buchenwald, Maidanek, démagogie macabre ; Sean Matgamma De Trotsky au « trotskysme des imbéciles » ; Alliance for Workers Liberty (Grande-Bretagne) : Comment unifier les prolétaires arabes et juifs

Anarchisme, sionisme et antisionisme

Freddy Gomez : L’anarchiste et le juif ; Mina Graur : Anarchisme et sionisme : Le débat sur le nationalisme juif ; Etudiants socialistes révolutionnaires internationaux : Antisionisme et antisémitisme ; Alexander Berkman : lettre à Emma Goldman ; Internationalist (Mother Earth ) : Atavisme national ; Nestor Makhno : Aux Juifs de tous pays ; Nestor Makhno : La makhnovsthina ; Reginald Reynolds (1938) : Les révolutionnaires et la Palestine ; Emma Goldman (1938) : Lettre à Spain and the World (1938) ; Reginald Reynolds (1938) : Lettre à l’éditeur de Spain and the World  ; Sylvain Boulouque : Les anarchistes, le sionisme et la naissance de l’État d’Israël ; Sylvain Boulouque : Anarchisme et judaïsme dans le mouvement libertaire. Réflexions sur quelques itinéraires ; Rudolf De Jong : Le débat anarchiste sur l’antisémitisme ; Rudolf De Jong : Quelques remarques générales sur l’anarchisme, « les Juifs », le sionisme et l’anti-sémitisme, avec quelques informations concrètes sur les Pays-Bas ; Ronald Creagh : L’Horreur ethnocratique - Trois questions sur le Moyen-Orient ; Guy Izhak Austrian et Ella Goldman : Comment renforcer la solidarité avec la Palestine en gagnant la sympathie des Juifs  ; Dossier négationnisme : J. Valjak et M. Argery ; Paul Rassinier, le père du « révisionnisme » ; De l’affaire Faurisson à La Guerre sociale  ; Une question à creuser ?

Limites de l’antisionisme

Onze points de démarcation sur la prétendue « question juive », la nature du sionisme et l’État d’Israël ; Qu’entend-on par « destruction » de l’Etat d’Israël ? ; Steven Grigat : L’antisémitisme, l’antisionisme et la gauche ; Piotr Kendziorek et August Grabski : L’antisémitisme de gauche renaît-il en Pologne ? Limites de l’antisionisme Un amalgame criminel ; A propos de Finkelstein et de la crapuleuse expression « Shoah Business » ; A propos de Libertaires et ultragauches face au négationnisme  ; Des comparaisons absurdes défendues par La Banquise sur la question juive et le sionisme ; James Petras : Un gringo chauvin, antisioniste et… antisémite ; Mossad et enlèvements de jeunes femmes en Argentine ! ; « L’armée israélienne occupe Paris - Résistance ! » : une affiche crapuleuse ; Pierre Milza : Un professeur fort mal inspiré ; Bourseiller ou le Baiser du serpent ; De Deir Yassin (1) à Cana : le résultat d’une politique coloniale suicidaire

Assassinat d’Ilan Halimi : « fait divers » ou meurtre antisémite ?

Des caricatures de Mahomet à l’assassinat d’Ilan Halimi ; Le meurtre d’Ilan Halimi et le malaise de la gauche multiculturaliste  ; Du meurtre d’Ilan Halimi à celui de Chaïb Zehaf : le racisme dans sa continuité ; Multiculturalisme obscurantiste, antisémitisme et racisme

336 pages, 10 euros

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