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Islamophobie ? Mythes et réalités - A propos des arguments d’un obscurantiste « radical »

samedi 2 juin 2007, par Yves

Cet article réponde à un texte de Kandjare Bayn Asnanqui a été diffusé sur plusieurs sites Internet dont le site anarchiste a-infos. Ceux qui souhaitent le lire avant de lire cette réponse peuvent se reporter à :

http://www.ainfos.ca/06/apr/ainfos00376.html

Les origines du concept d’islamophobie

Tout d’abord deux petites précisions sur le « concept » d’islamophobie. Ce terme a une longue histoire puisque son premier usage remonte au moins à 1925. Cependant, ce sont les partisans de l’islam politique qui l’ont imposé dans les débats actuels, au cours des années 90, jusqu’à le faire accepter dans les organisations internationales, type UNESCO. Mais il y a plus grave, et plus significatif ; la notion de « phobie » accolée au mot islam suggère que celui qui critique la religion musulmane aurait de graves problèmes mentaux relevant de la psychiatrie. Il n’est pas étonnant que des religieux obscurantistes disqualifient leurs contradicteurs et les traitent de fous.

Après tout, c’est que faisaient les staliniens quand ils étaient au pouvoir et internaient les opposants soviétiques dans des hôpitaux psychiatriques. Par contre, on a du mal à croire que des athées, comme KaB, qui prétendent « déconstruire » les discours réactionnaires ne se rendent pas compte de la grosseur de la ficelle employée par les islamistes et leurs compagnons de route.
De plus, en quoi critiquer une religion, même de façon outrancière ou injuste pour les croyants, relève-t-il de la folie et, de surcroît, du racisme ? On voit bien, pour les islamistes, quelle est l’étape suivante ; l’adoption d’une loi contre le blasphème, puis l’interdiction de toute critique contre leur religion (1), voire contre toutes les religions, s’ils veulent réussir dans leurs manœuvres.

Par contre, du côté des athées et des militants de l’extrême gauche radicale ou des libertaires, on discerne mal ce qu’ils croient gagner en s’embarquant dans la croisade de l’anti-islamophobie, qui mélange lutte (justifiée) contre le racisme et interdiction (absurde) de critiquer l’islam.

Double langage ?

Kandjare Bayn Asnan prétend que l’on « reproche à l’islam (...) d’appliquer ses préceptes dans le champ de la vie quotidienne » et qu’on ne le reprocherait pas aux autres religions. Tout d’abord, c’est faux ; il suffit de constater les levées de boucliers chaque fois que des groupes catholiques intégristes ou l’épiscopat français tentent d’imposer leurs convictions religieuses, que ce soit à propos de l’avortement, du PACS, des interdictions de livres, de films ou d’affiches offensant les catholiques, etc. Si cet auteur « radical » est vraiment aussi athée qu’il le prétend, qu’il commence par critiquer toutes les religions ; et par nous expliquer les différences qui existent entre elles - ce qu’évidemment il se garde bien de faire. D’ailleurs, à le lire, on peut craindre que ses connaissances en matière religieuse soient très limitées. En effet, ce qui est en cause dans le hidjab, ce n’est pas un « précepte » islamique, comme il l’affirme.

Le mot hidjab lui-même ne figure pas dans le Coran, livre dans lequel « Dieu » (par l’intermédiaire de Mahomet) fait seulement allusion au fait de voiler... les poitrines des femmes. Enfin, une société véritablement laïque suppose que tous les croyants, quels qu’ils soient, respectent la séparation entre leurs règles religieuses privées et les lois civiles concernant tous les habitants d’un pays, qu’ils soient croyants, athées ou agnostiques.

Ce que veut l’infime minorité de musulmans partisans du port du hijab dans les écoles publiques françaises, c’est à la fois imposer leur interprétation de l’islam à toutes les musulmanes en disqualifiant celles qui ne portent pas le voile comme peu pratiquantes voire impudiques, mais c’est aussi introduire une forme de militantisme religieux au sein même de l’Ecole. Comme les religions sont incapables de coexister pacifiquement entre elles dans l’espace public si elles ne sont pas solidement bridées par des lois laïques, la prochaine étape, pour les islamistes, est d’imposer la généralisation des écoles confessionnelles et la séparation des sexes dans l’espace public (2). On est bien loin de l’innocente « vie quotidienne » ou de la défense de l’ « intime » évoquées par Kandjare Bayn Asnan.

Kandjare Bayn Asnan soutient l’instrument d’oppression de la femme qu’est le hijab (qu’il réduit à un simple « fichu », comme s’il s’agissait d’une question purement vestimentaire). Pour cela, il dénonce à la fois ;
-  le « dogme républicain » (puisque étatiste - comme si les travailleurs devaient préférer la monarchie !) ;
-  la laïcité (jugée « intolérante » - comme si les théocraties étaient plus ouvertes à la liberté de pensée !) ;
-  et Voltaire (« déiste », « bouffon des despotes européens » - comme si on pouvait le mettre sur le même plan que les très réactionnaires Claude Imbert, Franz-Olivier Giesbert et Michel Houellebecq.
L’introduction écrite par l’auteur en mars 2006 rajoute encore une couche obscurantiste en comparant le CPE, dispositif de précarisation de la jeunesse, avec la récente loi sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’Ecole ! La seconde était, à notre avis, inutile et critiquable pour trois raisons ;
-  parce que les lois existantes suffisaient amplement ;
-  parce que l’exclusion des jeunes filles nous semblait une très mauvaise solution ;
-  et parce que la notion de « laïcité » était manipulée par toutes sortes de gens aux intentions douteuses.
Une fois cela dit, on ne peut sérieusement la mettre sur le même plan que la première.
Assimiler la lutte pour le port du voile à l’Ecole à une « lutte sociale » anti-étatique, c’est tenter de faire croire qu’une consigne pseudo-religieuse liée à l’oppression des femmes et au machisme pourrait faire l’objet des revendications d’un mouvement révolutionnaire !
Malgré tous ses tours d’illusionniste, l’article de Kandjare Bayn Asnan ne sert qu’à justifier l’injustifiable ; l’oppression de la femme au nom d’une radicalité... introuvable.

Voltaire

L’auteur raisonne comme si les questions de la République, de la laïcité et de la religion se posaient de la même façon au XVIIIe siècle en Europe et aujourd’hui. Kandjare Bayn Asnan « oublie » de nous rappeler quels formidables obstacles ont constitué la monarchie et la domination sociale de l’Eglise catholique pendant des siècles. C’est dans ce sens et ce contexte-là que la référence (critique) à Voltaire peut avoir encore une utilité aujourd’hui. A condition de bien connaître l’évolution politique et intellectuelle de Voltaire, de ne pas amalgamer malhonnêtement la période où il courtisa certains despotes éclairés, et celle où il attaqua le despotisme ; les moments où il douta de l’existence de Dieu et ceux durant lesquels (vers la fin de sa vie) il en fut convaincu, tout en restant hostile à toutes les religions établies et tous les prophètes.

De tenir compte du fait que si Voltaire fut franc-maçon, il fut initié par une loge créée par deux athées notoires, Lalande et Helvétius. De se souvenir que la notion de laïcité, durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, n’a pas le même sens qu’aujourd’hui. Si certains cherchent à faire de Voltaire un précurseur d’un athéisme rationaliste moderne, ils échoueront lamentablement dans leur démonstration. Mais est-ce vraiment la question ?

Tout comme il serait absurde de voir en Voltaire un féministe avant l’heure... Mais KaB préfère se battre contre des moulins à vent que de « contextualiser » les discussions.
Les citations misogynes de Voltaire font penser aux anecdotes concernant la vie privée de Marx (l’auteur du Capital eut un enfant avec sa bonne et demanda à son ami Engels d’en assumer la paternité) ou aux perles xénophobes extraites de la correspondance privée entre les deux amis (Karl et Friedrich). Seuls des esprits faibles (ou religieux, ce qui revient au même) ont besoin d’intellectuels parfaits pour leur servir de maîtres à penser.
Si Voltaire n’est ni athée ni féministe, on trouve dans ses écrits à la fois un solide anticléricalisme, une critique de toute forme de censure, un appel à chaque individu à penser par lui-même, une volonté de démystifier le récit biblique et notamment celui de la création de l’homme, et une hostilité radicale vis-à-vis de tous les mystificateurs qui prétendent être entrés en dialogue direct avec Dieu (de Moïse à Mahomet en passant par Jésus), cinq éléments qui sont toujours actuels et diablement utiles dans les combats militants de tous les jours !

Double langage (bis)

Curieusement, Kandjare Bayn Asnan se montre très critique vis-à-vis de l’influence politique du Vatican aujourd’hui (il dénonce les manœuvres de l’Opus Dei et la présence du Saint-Siège à l’ONU, tout en qualifiant comiquement le Vatican d’ « Etat séculier » !) ; il explique comment de nombreux débats politiques (Constitution européenne, PACS, etc.) ont été en fait traversés par des idées religieuses ; il dénonce la très catholique Christine Boutin pour son hostilité au préservatif - mais oublie de nous dire que Tariq Ramadan défend la même position, puisqu’il prône la contraception « naturelle » pratiqué par le Prophète Muhammad !

En fait, ces quelques critiques adressées au christianisme l’amènent seulement à des constatations générales d’une banalité affligeante qui cachent mal sa volonté d’épargner les aspects les plus réactionnaires de l’islam et de toutes les religions, d’ailleurs. C’est ainsi ;

- que nous apprenons que la limite entre la religion et l’intégrisme « peut être très floue ». Mais justement, pour qu’elle soit moins floue, il faudrait déjà introduire la notion de laïcité et soutenir le combat des croyants qui sont favorables au respect de la séparation entre les cultes et l’Etat, ce qu’« oublie » de faire notre radicalissime auteur.

De plus, plutôt que d’affirmer que la limite PEUT être floue, il aurait mieux valu nous expliquer ce qui sépare véritablement la religion (croyance en un Dieu ou un Esprit supérieur aux hommes et antérieur à l’humanité) et l’intégrisme (volonté d’imposer cette croyance par un intensif lobbying associatif et parlementaire, par la guérilla ou par des coups d’Etat militaires) ;
- et que les « mécanismes souterrains des religions perdurent, y compris lorsque ces religions disparaissent des champs du visible ecclésial et du consommable liturgique ». Diable, ça en jette tous ces mots sophistiqués ! Mais en langage clair, cela signifie ; « On ne peut rien y faire, la vie est pleine de mystères insondables et y aura toujours des ratichons et des curetons, des barbus et des voilées, des hare krishna et des mormons... »
Nous voilà bien avancés avec ces platitudes !
Kandjare Bayn Asnan rejoint ainsi les discours des nouveaux con...vertis (Max Gallo, Philippe Sollers, Régis Debray, Jean-Luc Guillebaud, etc.) ainsi que ceux des évêques français quand il lie « le mariage, la culpabilisation, la punition, le jugement moral » à des « formules religieuses ancrées dans l’héritage des sociétés qui se disent laïques ». Il doit supposer ses lecteurs particulièrement ignorants pour distiller de telles affirmations péremptoires et mensongères. Dans les mondes grec et romain, l’existence du mariage, des tribunaux et de la réflexion morale fut bien antérieure à l’apparition de la religion chrétienne !
Les armes de « déconstruction » massive ; un procédé chic et choc

Mais l’auteur ne se contente pas de répandre un rideau de fumée autour des religions. Il veut nous prouver qu’il est un « antiraciste, antisexiste, anticolonialiste » radical.

Pour ce faire, il a recours à un procédé très à la mode aujourd’hui ; la « déconstruction » des discours d’Imbert et Houellebecq, comme si ce journaliste et ce romancier médiatiques (nous avons failli écrire merdiatiques) pouvaient constituer la moindre référence en matière de critique érudite des religions, ou même de défense sincère des droits humains.

Précisons d’abord brièvement ce qu’est la « déconstruction » ; il s’agit d’un procédé qui a fait fureur chez les critiques littéraires et les universitaires féministes outre-Atlantique avant d’être recyclé maladroitement et de façon peu convaincante dans le domaine politique. Soucieux de faire preuve de radicalité, tout apprenti « déconstructeur » se doit de passer au crible les textes des auteurs « mâles-occidentaux-blancs » des siècles passés pour y retrouver toutes sortes de perles colonialistes, racistes ou sexistes.

Ce travail a un côté salutaire quand il s’agit d’expliquer aux enfants et aux adolescents (voire aux adultes) qui lisent les classiques de la littérature européenne que les préjugés sexistes, raciaux et sociaux ont été diffusés par toutes sortes de canaux, y compris dans le roman et les contes. Ou pour souligner que ces préjugés continuent à se propager dans tous les arts du divertissement, des feuilletons télé aux block-busters de Hollywood en passant par les bandes dessinées, les romans d’espionnage ou les romans de gare, à l’eau de rose ou de terroir.

Mais cette démarche a aussi ses limites. Tout d’abord ces critiques enfoncent des portes ouvertes. Nul besoin d’avoir fait des études à Harvard ou à Normale Sup pour savoir que Voltaire, Shakespeare, Jules Verne, Hergé ou Agatha Christie ont colporté, délibérément ou pas, dans leurs écrits des préjugés racistes, sexistes ou colonialistes.

De plus, ce regard critique est à sens unique ; il s’intéresse à la culture « blanche-occidentale-masculine » mais se garde bien de traquer les préjugés sociaux, racistes ou sexistes dans les productions culturelles non occidentales. Il repose sur une idée naïve ; les préjugés réactionnaires seraient le fait des seuls « mâles occidentaux à la peau blanche ».

Pourtant, quiconque a lu à son fils ou à sa fille des contes africains, asiatiques ou arabes sait que ces textes abondent en préjugés de toute sorte. Ils font l’apologie des rois et des puissants ; ils ne remettent pas en cause la hiérarchie sociale ; ils trouvent l’esclavage, la torture, la peine de mort ou le servage normal ; ils ne critiquent jamais à fond la religion officielle ou les superstitions. Quant aux films produits aujourd’hui en Corée du Sud, au Japon ou aux Indes, ou les feuilletons de télévision produits dans les pays « arabo-musulmans », au Brésil ou au Venezuela, ils abondent autant en clichés racistes, sexistes et réactionnaires que les productions « blanches » occidentales.
Il est utile d’expliquer qu’il existe une extraordinaire richesse culturelle dans toutes les aires géographiques, et qu’on ne peut établir de hiérarchie entre les peuples, ni entre les cultures, quelle que soit l’étendue de leur contribution à l’histoire des sciences, des techniques, des arts ou des idées. Mais il est réactionnaire de laisser croire que les combats pour la libération sociale épargneraient mystérieusement certains continents ou les populations qui en sont originaires et ont été contraintes d’émigrer dans les métropoles occidentales impérialistes.
Retour sur le hijab

Si l’on prend la question du hijab, cette question est devenue un enjeu politique non seulement en Europe mais aussi dans les pays dits « musulmans » (1). Elle n’a rien à voir avec l’« islamophobie » et tout à voir avec l’islam politique, cette idéologie théocratique aux tendances totalisantes pour ne pas dire totalitaires. Et si l’on doit se démarquer des crétins et des chrétiens réactionnaires occidentaux qui trouvent la religion catholique ou protestante moins obscurantiste (2) que la religion musulmane, il nous faut aussi soutenir tous ceux et celles qui dans les pays « musulmans » luttent pour la laïcité, la séparation totale entre la religion et l’Etat, la liberté totale d’expression, les droits de la femme, etc. Or cela Kandjare Bayn Asnan ne le suggère pas une seule fois dans son article. Plutôt que de nous confier qu’il est « grossier » d’affirmer que l’islam serait « incompatible avec la laïcité », l’auteur ferait mieux de citer abondamment les penseurs et écrivains musulmans qui combattent pour cette même laïcité et critiquent les interprétations religieuses les plus conservatrices en la matière. Mais visiblement cette question ne l’intéresse pas.
Il se contente de concéder timidement que le Coran contiendrait des « prescriptions incitant à la domination patriarcale » (3). Qu’en termes mesurés ces choses-là sont dites ! On dirait du Ramadan ! L’auteur semble ignorer que, depuis treize siècles, les « savants musulmans » (pour parler comme Frère Tariq) ont pondu des dizaines de milliers de pages pour réglementer chaque aspect de la vie privée et publique des femmes. Cette imagination débordante en matière de répression de la sexualité féminine et des droits des femmes, est bien sûr sortie tout droit de la tête d’hommes, de mâles, religieux sincères ou politiciens sans scrupules, pas de la tête de Dieu ! L’ennui pour notre « déconstructionniste » radical, c’est que ces « mâles » n’étaient ni « blancs » ni « occidentaux » ni fascinés par les charmes maléfiques de « l’obsession universaliste » des Lumières ou de « l’orientalisme » ! Bien au contraire !

Notre auteur dénonce sans cesse les aspects « uniformisants », favorables à la « domination » et à l’« irrationnel » de la pensée de Voltaire et des partisans du « dogme républicain », mais c’est pour mieux rester silencieux sur les aspects réactionnaires actuels de l’islam politique et des théocraties qui se prétendent islamiques.
Il prétend que le fait d’obliger les jeunes filles musulmanes à ne pas porter le hijab dans les locaux de l’Education nationale démontrerait la « persistance des structures... coloniales ». Comme si les gouvernements de la IIIe et la IVe Républiques s’étaient battus pour émanciper les femmes des colonies et y promouvoir la laïcité !

Quant à la question de la République, elle n’est pas du tout secondaire en Europe aujourd’hui, même si personne n’en parle, y compris chez les libertaires. Ce ne sont pourtant pas les monarchies parasitaires qui manquent en Europe et ce serait une bonne chose d’exproprier (entre autres) les biens de tous ces exploiteurs au Royaume uni, en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Espagne... tout comme d’ailleurs au Maroc ou en Arabie saoudite. Et sur ce terrain-là, Kandjare Bayn Asnan est lui aussi muet.

Comme quoi un verbiage pseudo-radical peut cacher parfois une pensée conformiste et résignée devant l’oppression.

Y.C.

1. C’est ainsi qu’un journal marocain a été interdit et ses journalistes inculpés pour avoir blasphémé après avoir publié un dossier critique sur les blagues populaires concernant le roi, Mahomet et les islamistes. Radio France Internationale, toujours prompte à dénoncer l’’« islamophobie », s’est contenté de mentionner le fait en deux phrases, sans protester contre cette censure et les peines qu’encourent deux de leurs collègues journalistes. Ne parlons pas de la presse d’extrême gauche... Et les deux journalistes ont dû bien sûr affirmer qu’ils étaient « musulmans dans un pays musulman »...confirmant ainsi que l’on n’a pas le droit de critiquer l’islam dans un pays où celui-ci est religion d’Etat.

2. Les « antisionistes » dénoncent régulièrement les fanatiques religieux juifs qui, en Israël, veulent imposer des sections séparées pour les femmes dans les autobus. Croient-ils que les islamistes sont plus féministes que les obscurantistes juifs ?

3. Il est amusant que K.b.A. emploie l’expression « d’espace géographique musulman » en polémiquant avec l’« orientalisme » de Voltaire. Il est certes difficile de trouver un terme adéquat qui puisse résumer le fait que l’islam a été et est encore une religion d’Etat dans certaines zones géographiques, mais on ne peut s’empêcher de penser que les estuaires, collines, précipices, montagnes, fleuves, gorges et forêts n’ont jamais fréquenté la moindre école coranique... A moins de croire qu’Allah ait créé toutes ces merveilles de la nature !

4. Cela dit, les musulmans trouvent eux aussi leur religion supérieure au christianisme et celui-ci plus obscurantiste que l’islam. Comme l’écrit Christine Schirrmacher, qui enseigne l’islamologie à l’Université de Bonn ; « La crucifixion, la rédemption, la filiation du Christ et la Trinité, qui sont les piliers de la dogmatique biblique, constituent pour le Coran les aberrations du christianisme, et plus encore des blasphèmes. (...) le Coran affirme clairement que seuls ceux qui croient que Mahomet a été le dernier prophète de Dieu et que le Coran est la pure vérité hériteront la vie éternelle. Pour les musulmans, les chrétiens avec leur doctrine de la Sainte Trinité (qui comprendrait, selon le Coran, le Père, le Fils et Marie) commettent le plus grave des péchés : celui de polythéisme. » Quant aux juifs, les musulmans n’ont pas plus d’estime pour eux. Selon le Coran ; « Les juifs disent ; “Uzayr est fils de Dieu” et les chrétiens disent ; “Le Christ est fils de Dieu.” Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Que Dieu les anéantisse ! »

Souhaiter l’« anéantissement » des juifs et des chrétiens, comment cela s’appelle pour Kandjare Bayr Assan ? De la judéophilie et de la christianophilie, sans doute ?

Mais le Coran affirme aussi ; « Les dénégateurs parmi les gens du Livre et les associants sont dans le feu de Géhenne, pour l’éternité, en tant qu’ils sont le pire de la créature » (Sourate, XCVIII, La preuve). En clair, les croyants qui ne reconnaissent pas l’islam sont condamnés éternellement à brûler en enfer et sont les pires des êtres humains ! Quant à la Sourate V 50, La table pourvue, elle ajoute ; « Vous qui croyez, ne nouez ni avec les juifs ni avec les chrétiens de rapports de protection. (...) Quiconque d’entre vous en nouerait avec eux, conséquemment serait des leurs. » Et nous citons ici la traduction du Coran faite par Jacques Berque, traduction très littéraire et édulcorée par rapport à d’autres. Pour s’en rendre compte il suffit de se rendre sur les sites islamistes francophones ou anglophones.

On trouvera bien sûr d’autres sourates plus « tolérantes » vis-à-vis des juifs et des chrétiens, mais ce qui compte c’est de savoir que de puissants ferments de haine religieuse sont présents dans ce texte considéré comme sacré par les musulmans, et qu’il est donc facile de puiser dans le Coran pour justifier le fanatisme contre les autres religions, mais aussi contre les apostats, les agnostiques et les athées.

5. Contrairement à ce que prétend Kandjare Bayn Asnan, le Coran va beaucoup plus loin que de simples « prescriptions » puisqu’il affirme ; « Mais les hommes ont le pas sur elles » ou dans une autre traduction « Les hommes ont toutefois sur elles préséance d’un degré » [sourate II,228] ; « Les hommes dirigent les femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci » [sourate IV,34] (Le Coran, Points Seuil). Autre traduction, plus soft ; « Les Hommes assument les femmes à raison de ce dont Dieu les avantage sur elles et de ce dont ils font dépense sur leurs propres biens. » Suivi de ces propos très « féministes » ; « Celles de qui vous craignez l’insoumission, faites-leur la morale, désertez leur couche, corrigez-les. »

Ceux qui désirent lire les discours alambiqués qui servent à justifier ces déclarations pourront se reporter au site La Maison de l’islam, article « Le Coran dit-il que la femme est inférieure à l’homme ? ». On remarquera l’usage qu’il est fait par ce site de citations extraites du Monde et du Monde des religions, deux publications bondieusardes, et aussi l’éternel couplet sur les différences liées « à la nature même ; physiologique, hormonale, psychologique » des femmes, dont on sait qu’elles servent toujours à justifier la domination patriarcale.

Merci à Michèle Rollin et Céline P. pour leurs critiques sans concession d’une première version de ce texte. Les erreurs éventuelles et points de vue ci-dessus exprimés ne leur sont bien sûr pas imputables.