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Combat communiste : De Mahomet aux Frères musulmans

dimanche 20 mai 2007, par Yves

Dossier ISLAM

Paru dans Combat communiste n° 61, octobre 1980

Nous reproduisons dans les pages suivantes six articles du groupe Combat communiste, soit l’essentiel, à quelques coupures près, d’un dossier publié il y a presque 30 ans sur l’Islam et réalisé par des camarades algériens. La lecture de ces textes montre que la nocivité de l’Islam politique est apparue bien avant les attentats du 11 septembre 2001, contrairement à un mythe massivement répandu à gauche et à l’extrême gauche. Elle montre aussi que la comparaison entre l’islamisme et le fascisme n’a pas été inventée récemment par Bush et les néo-conservateurs américains, mais qu’une partie de la gauche révolutionnaire iranienne l’utilisait déjà face au régime khomeiniste mais aussi face aux Frères musulmans dans d’autres pays. Nous n’avons pas mené de recherches détaillées sur ce point, mais nous sommes prêts à parier que ce type de comparaison est sans doute bien antérieur même à 1980.

Quoi qu’il en soit, déjà en 1980, Combat communiste dénonçait « une intense campagne à caractère raciste contre le “fanatisme” et la “barbarie médiévale” » par des journalistes et des politiciens « qui approuvent les massacres, tortures et bombardements au napalm de populations quand cela sert les intérêts de l’impérialisme ».
Déjà en 1980, ce groupe pouvait écrire : « l’intégrisme islamique (...) représente dans une large mesure une réaction nationaliste à la culture occidentale et “moderniste” liée à des siècles d’oppression impérialiste », tout en qualifiant les Frères musulmans de « secte religieuse fascisante ».

Rien n’aurait donc changé en trois décennies ? Si, bien sûr :

-  Le phénomène de l’Islam politique s’est considérablement développé à l’échelle internationale tout en se diversifiant.

-  Un Islam européen est en train de s’affirmer et souhaite bénéficier des mêmes droits démocratiques que les autres religions.

-  Les enfants, voire les petits-enfants, des travailleurs immigrés des années 60 et 70, devenus Français, Allemands, Néerlandais ou Britanniques, veulent être respectés, grimper dans l’échelle sociale et ils exigent que la culture et le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents ne soient plus méprisés, que l’esclavage, les massacres et les génocides du colonialisme soient dénoncés dans les manuels scolaires et reconnus par les Etats européens.

-  Enfin, face à cette évolution dont certains aspects sont positifs, l’opportunisme de l’extrême gauche, voire de certains libertaires, n’a fait que se développer.

Comme l’écrivait Combat communiste : « Si nous devons nous défier des calomnies et du mépris répandus par les bourgeois occidentaux et comprendre les traditions et la culture des peuples coloniaux, il n’est reste pas moins que la religion est, là-bas comme ici, une arme aux mains des exploiteurs pour maintenir ouvriers et paysans dans l’asservissement et l’obscurantisme. »

« Aujourd’hui comme hier, la religion reste l’opium du peuple », concluait ce dossier sur l’Islam.
C’est cette dernière affirmation qui, par contre, en 2007, est devenue totalement inaudible dans les milieux de la gauche dite radicale...
Raison de plus pour la faire entendre de nouveau !

Ni patrie ni frontières

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Les origines de l’Islam : Mahomet,
le brigand qui devint chef d’Etat

Mahomet, prophète d’Allah, fondateur de la religion musulmane, est né à Mekka (La Mecque), aux environs de l’an 570 de l’ère chrétienne. La date précise n’est pas connue et est controversée par les historiens. La Mecque était alors un petit centre commercial et le Prophète débuta sa carrière comme marchand.
Les populations d’Arabie étaient organisées en tribus vivant essentiellement du commerce entre les deux grands empires de l’époque : l’empire romain byzantin et l’empire perse. Cette division en une multitude de tribus et de clans, entre lesquels les alliances se faisaient et se défaisaient continuellement, ne permettait pas la constitution d’un Etat susceptible de jouer un rôle autonome entre les deux grands. Les tribus arabes servaient alternativement de mercenaires aux empereurs perses et romains.
Cette situation politique et sociale se traduisait sur le plan religieux par l’absence d’une religion unique pouvant servir de ciment à l’ensemble des tribus d’Arabie. Celles-ci pratiquaient différents cultes polythéistes (avec plusieurs dieux et génies) et subissaient l’influence des religions antérieures dominantes : le christianisme et le judaïsme auxquels certaines se convertissaient parfois au gré des alliances politiques.

Le développement de la secte des musulmans (d’un mot arabe qui signifie les « soumis »), autour de Mahomet coïncida avec un certain développement économique, commercial et urbain de l’Arabie entraînant la dissolution des tribus traditionnelles de nomades du désert. Cette dissolution rendait caduques leurs mœurs et traditions fondées sur la solidarité tribale et nécessitait une idéologie nouvelle faisant une plus large place à l’individualisme, dans une société où dominaient les riches marchands des villes.
Répondant aux nouvelles nécessités économiques et sociales, Mahomet, qui affirmait que ses enseignements lui étaient dictés par Dieu, condamnait par exemple les incessantes vendettas et les règlements de comptes entre clans et tribus qui nuisaient au commerce. Sans les supprimer complètement, il les limita en instituant le système du prix du sang dédommageant les victimes et évitant de nouvelles vengeances et contre-vengeances. La religion musulmane donna également aux diverses tribus arabes une idéologie commune leur permettant de s’unifier et de s’affirmer au moment où l’Empire perse s’écroulait et laissait une place vacante.
Cette unité commença à se réaliser sous la poigne de Mahomet.

Pour parvenir à ses fins, le Prophète employa alternativement la violence, la ruse et les manœuvres diplomatiques qui aboutissaient à des ralliements sous forme de conversions. Débutant comme un modeste chef de brigands qui pillait les caravanes, il s’imposa peu à peu par son habileté et sa fermeté. A sa mort, il avait mis en place un embryon d’Etat arabe reconnu par la majeure partie des tribus. Un siècle après sa mort, un véritable empire arabe étendait son influence du sud de l’Europe à l’Asie mineure.
Si la personnalité de Mahomet a joué un rôle important, l’existence à la même époque d’autres prophètes s’exprimant de façon comparable et prêchant des idéologies voisines montre bien que son succès correspondait à une nécessité sociale. En son absence, ou en cas de mort prématurée, on peut supposer qu’un de ces prophètes concurrents aurait pu remplir la même fonction. Il fit d’ailleurs assassiner plusieurs de ses rivaux.

La propagation de la foi musulmane qui allait de pair avec le développement de l’empire arabe ne donna cependant pas naissance à un véritable appareil religieux structuré. Dans cet empire, le pouvoir spirituel se confondait très largement avec le pouvoir temporel et dépendait de lui.
L’autonomie que conservaient dans cet empire les divers chefs de tribus - et plus tard souverains - ralliés contribua donc très légèrement** à susciter des interprétations diverses des paroles du Prophète consignées dans le Coran et à la division des fidèles en multiples sectes concurrentes dont certaines se sont perpétuées jusqu’à nos jours.

En l’absence d’une bureaucratie ecclésiastique centralisée, l’Islam n’est jamais parvenu à un monolithisme comparable à celui de l’Eglise catholique.

Combat communiste (octobre 1980)

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La religion, opium du peuple

Comme les deux autres grandes religions monothéistes, le judaïsme et le christianisme, l’Islam reconnaît l’Ancien Testament, croit en une vie après la mort où seront dépassées les misères de la vie sur terre et appelle à s’en remettre à la fatalité divine.

L’Islam s’en réfère à la « parole de Dieu » révélée par le prophète Mohamed : le Coran, qui est un ensemble de préceptes juridiques, économiques et bien sûr religieux, destinés à réformer l’homme sur terre et à lui faire mériter le paradis. La religion musulmane est d’ailleurs sans doute moins contraignante que les dogmes chrétiens ou juifs. Il est des religions dont les textes sacrés découragent l’activité économique en général, ou regardent d’un mauvais œil la quête du profit : ce n’est pas le cas de l’Islam qui considère avec faveur l’activité commerciale, se contentant de blâmer les pratiques frauduleuses.

Plus que les autres religions, aussi, l’Islam accorde de l’importances aux rites. Ceux-ci sont au nombre de quatre, que l’on appelle les « piliers de l’Islam » :

-  la prière, qui doit se renouveler 5 fois au cours de la journée ; elle doit être dirigée vers La Mecque, et le musulman doit auparavant pratiquer des ablutions pour se « purifier » (avec du sable, à défaut d’eau).

-  L’aumône, qui est calculée suivant les richesses du pratiquant. C’est d’ailleurs ce qui compense la recherche du profit des commerçants et féodaux (« Le Prophète comble d’éloges ceux qui, loin d’être des parasites, s’enrichissent pour pouvoir ainsi venir en aide aux déshérités »).

-  Le jeûne (Ramadhan), qui est censé mettre tous les hommes à égalité devant la pauvreté pendant un mois. Cette obligation (ainsi que l’aumône) fait croire au musulman, et particulièrement aux opprimés, que l’Islam est une religion égalitaire et forme également une mentalité « populiste » chez de nombreux bourgeois, renforçant leur capacité de mystifier les travailleurs et couches déshéritées.

-  Le pèlerinage à La Mecque, que tout bon musulman doit avoir fait au moins une fois dans sa vie, et est une sorte de consécration religieuse. L’homme, au faîte de sa vie, qui l’a accompli, se fait appeler « hadj ».

L’islam, un idéal de justice ?

Le Coran et la Sunna (qui est un ensemble de textes rapportant les faits du Prophète et qui a valeur normative pour les croyants) représentent une sorte de code destiné à réglementer la vie politique et économique de la société mercantile précapitaliste dans laquelle vécut Mahomet.

Certains musulmans ont voulu voir dans ces textes un idéal progressiste de justice et d’égalité. Certains affirment même qu’ils s’opposent au capitalisme. Rien ne permet de l’affirmer, bien au contraire : pas plus que le coran, la Sunna ne se prononce bien sûr sur le capitalisme ! La propriété privée n’est limitée que par l’interdiction de l’usure et l’obligation de l’aumône. L’activité économique, la quête du profit, le commerce, comme nous l’avons vu, et par conséquent la production pour le marché sont considérées avec faveur par la tradition comme par le Coran. On trouve même des formules dithyrambiques à l’égard des marchands.
De même, le salariat est considéré comme quelque chose de parfaitement normal. Le Coran réglemente l’héritage (les femmes ne touchent d’ailleurs que la moitié de l’héritage de l’homme). Il institutionnalise également l’asservissement des femmes. Enfin, il considère comme une fatalité richesse et pauvreté, et ne pense remédier à ces inégalités sociales que par l’aumône, façon comme une autre pour les riches de se donner bonne conscience.

Rôle social de l’islam

Bref, comme toutes les religions, l’Islam est une arme de mystification employée par les classes dominantes pour faire croire au peuple que sa misère et son oppression relèvent de la volonté de « Dieu », que la société de classe est inéluctable, qu’il ne sert à rien de se révolter contre elle puisque la vie sur terre n’est qu’un passage et n’est rien au regard de la vie au-delà.
L’islam incite les travailleurs à la patience, une des qualités les plus appréciées de la religion musulmane. Il représente un des moyens d’abrutissement des classes exploitées.
Il est un facteur d’arriération terriblement pesant dans les sociétés musulmanes, encore aujourd’hui. Les travailleurs arabes, africains, asiatiques auront un terrible joug à soulever pour s’affranchir de l’islam.

Combat communiste (octobre 1980)

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La femme et l’Islam

Dans le cadre de l’intense campagne menée contre les pays où l’islam est la religion dominante (comme l’Iran ou l’Afghanistan), la description de l’oppression de la femme est souvent utilisée à des fins de propagande, y compris par les journaux les plus réactionnaires type Paris Match, France Soir ou Le Figaro.
Cette campagne idéologique anti-islamique remporte même du succès auprès de bons phallocrates inconscients qui ne s’indignent du sort réservé à la femme que lorsqu’il s’agit des pays islamiques et oublient que les femmes n’ont par exemple le droit de vote en France que depuis 1945 et en Suisse que depuis 1971 !

Une oppression qui varie suivant les classes sociales et les Etats
Il est impossible de mettre dans le même sac tous les pays arabes, asiatiques ou africains où l’islam domine. La situation de la femme sahraouie n’a pas grand-chose à voir avec elle de la femme égyptienne, palestinienne, soudanaise, pakistanaise ou algérienne. De plus, au sein des différents pays, suivant les régions et les classes, la situation n’est pas la même : dans certaines régions de l’Egypte ou du Yémen, par exemple, la femme est encore excisée, alors qu’à côté la société touareg connaît encore des vestiges de matriarcat.

Si l’on veut faire une comparaison avec le rôle réactionnaire de la religion catholique, les effets de l’idéologie religieuse sur la condition de la femme sont plus néfastes en Italie ou en Espagne qu’en France : et pour cause, car l’Eglise détient un pouvoir séculier beaucoup plus grand, et la famille patriarcale est beaucoup plus forte.

De même, dans les pays arabes et islamiques, le poids de la religion n’est pas le même suivant qu’une femme vit dans les grandes villes ou à la campagne, dans des régions où se développent des mouvements de guérilla (Dhofar, Sahara occidental, Palestine) ou dans des Etats constitués.

On ne peut comparer avec la France, l’Allemagne ou la Suède, où le capitalisme est beaucoup plus développé, où la majorité de la population vit dans les villes, est scolarisée et alphabétisée, où une très importante minorité de femmes travaillent et où la séparation entre l’Eglise et l’Etat a été faite en général il y a au moins un siècle. C’est bien plus le niveau de développement économique qui explique la position sociale inférieure des femmes dans les pays musulmans que la religion en elle-même.

L’islam au service de l’asservissement de la femme

Ces restrictions faites, il faut reconnaître qu’effectivement les femmes ont beaucoup moins de droits dans les pays islamiques que dans les pays capitalistes avancés.

• La virginité de la femme avant le mariage est beaucoup plus valorisée que dans n’importe quel pays européen (quoique dans certaines régions du Portugal, de l’Italie ou de l’Espagne, la situation ne soit guère différente ; il n’est pas rare que des certificats médicaux de virginité soient exigés par le mari avant le mariage, ou que la femme soit tout simplement répudiée si le mari découvre qu’elle n’est plus vierge après la cérémonie.

• Le mari est autorisé à battre sa femme.

• Le port du voile, s’il a tendance à diminuer est encore fréquent pour les femmes de plus de 35-40 ans (Rappelons que cet article fut écrit en 1980 et que la situation a de nouveau empiré « grâce » aux islamistes, NPNF).

• La famille décide généralement du choix de l’époux (comme du choix de l’épouse d’ailleurs) et les mariages forcés sont fréquents. Lors de la signature du contrat, la femme ne joue aucun rôle. Il lui faut l’accord d’un tuteur pour qu’une femme se marie : toute sa vie, elle est considérée comme mineure et doit recourir à l’homme qui la tutellise (père, mari, oncle, cousin ou même fils aîné).

La dot, souvent exigée, ne constitue en rien une garantie pour la femme. Elle est ainsi et vendue au gré des besoins du père et de l’époux.

• Le mariage non religieux est condamné, et les mariages avec des étrangers, de plus non musulmans, mal vus. Une Algérienne qui se marie avec un Français, par exemple, perd du même coup sa nationalité !

• La polygamie est souvent légale, et se pratique toujours au détriment de la femme. Cette pratique est cependant en voie de disparition, avec la dissolution de la famille patriarcale classique, et ne s’exerce que si l’homme possède des ressources. C’est, à la limite, un signe extérieur de richesse.

• Le divorce est difficile et la situation de la femme divorcée ou célibataire est intenable : elle se met du même coup en marge de la société et en butte à son hostilité. La répudiation de la femme par le mari est encore fréquente : elle y perd alors toute ressource.

• Les femmes ont du mal à faire des études secondaires , a fortiori supérieures, et encore plus à travailler [Sur ce plan-là, la situation a changé depuis 1980, introduisant de nouvelles contradictions entre les hommes et les femmes au sein des pays musulmans les plus développés, suscitant la création d’associations de femmes, voire des débats au sein de l’islam lui-même, NPNF.] Parfois, le père retire sa fille de l’école dès la puberté, pour la marier.

• Les femmes sont confinées de façon draconienne aux travaux domestiques, et parfois ne sortent même pas pour faire les courses. Certains musulmans intégristes se plaisent à dire que la femme ne sort que deux fois de chez elle dans sa vie : pour son mariage et pour son enterrement.

• L’avortement est interdit et donc pratiqué clandestinement dans des conditions scandaleuses. Il faut dire que, du fait du poids des traditions arabo-islamiques la femme tire une valorisation du nombre de ses enfants. On voit parfois des familles de 15 à 20 enfants. L’opposition à l’avortement vient parfois des femmes elles-mêmes. Par exemple, en Tunisie, où la campagne gouvernementale pour la contraception ‘a pas eu l‘effet escompté.
[A notre avis, ce passage n’est pas très clair : d’une part il

mélange deux choses complètement différentes, la contraception et l’avortement ; d’autre part, il semble assez normal que des femmes mal informées aient, dans un premier temps, un réflexe de méfiance vis-à-vis d’un pouvoir qui s’ingère dans leur intimité et semble vouloir leur imposer de façon autoritaire la contraception, quand ce n’est pas l’avortement. Surtout quand on connaît le caractère policier de l’Etat tunisien. NPNF]

Mais il va sans dire que dans les villes, les mentalités ont tendance à évoluer.

Une formidable énergie non utilisée et réprimée

Rien ne dit que les femmes accepteront toujours leur sort. Les luttes des femmes palestiniennes dès 1936 montrent la possibilité d’un tel combat. Les droits conquis actuellement par les femmes sahraouies nous fournissent un autre exemple, certes isolé et minoritaire, mais qui, nous l’espérons, deviendra un point de référence pour les femmes exploitées de tous les pays islamiques.
La révolte des femmes des classes exploitées pourrait représenter une force considérable. Les révolutionnaires des pays islamiques, en dépit des innombrables difficultés, devront accorder une attention toute particulière à cette question.

Combat communiste (octobre 1980)

L’Etat et l’Islam en Algérie

Dans tous les pays musulmans, l’Islam est religion d’Etat. La seule exception est la Turquie. Si, d’’une façon générale, l’islam, comme toutes les religions, joue le rôle d’opium du peuple, c’est-à-dire qu’il sert à justifier sur le plan idéologique la société de classe, on peut distinguer plusieurs degrés quant au rôle qu’il joue dans la politique des Etats musulmans.

En Arabie Saoudite, par exemple, le régime en place tire sa légitimité historique de l’Islam. La dynastie des Wahhabites en Arabie règne au nom de l’islam. Le roi est le commandeur des croyants. Le droit coranique fait officiellement office de législation.

D’une façon générale, l’islam sert à légitimer les différentes politiques des différents pays musulmans. C’est ainsi qu’en Algérie le FLN milite pour l’islam « socialiste » : en Irak et en Syrie, on prône l’Islam baasiste ; en Lybie, Kadhafi préconise un socialisme musulman. En un mot, l’islam est mis à toutes les sauces. (...).
En Algérie, comme le proclame la Charte nationale, l’islam est la religion d’Etat. Déjà, lors de la lutte de libération nationale, l’Islam tenait une bonne place dans la propagande du FLN qui faisait appel à l’emprise des symboles musulmans sur les masses et à l’attachement de celles-ci à la religion. Le gouvernement de Boumédiène a montré son sens de la « psychologie sociale » en transformant les imams en fonctionnaires, qui prêchent dans les mosquées pour la « révolution agraire » et autres « batailles de la production ».

Favorisant autant que faire se peut la construction de nouvelles mosquées, le régime va en faire de véritables centres de propagande pour sa politique. Un ministère des Affaires religieuses supervise les opérations et fait en sorte de promouvoir un islam « progressiste », par opposition à celui « réactionnaire » des Frères musulmans. En résumé le régime privilégie une idéologie religieuse favorable au capitalisme d’Etat.
[Et on a vu, quelques années plus tard, le résultat de cette instrumentalisation de l’islam par un pouvoir corrompu et pseudo-socialiste : la croissance de l’islamisme et une guerre civile qui fit plus de 100 000 morts, NPNF)

Combat communiste (octobre 1980)

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Islam et colonialisme en Algérie

Il n’existe pas, dans les pays musulmans, de clergé comme pour le catholicisme ; par conséquent, il est difficile de parler d’une attitude commune qu’aurait eue un corps religieux vis-à-vis de la colonisation. Néanmoins, il faut dissocier deux aspects. D’une part les sectes et courants religieux qui ont collaboré avec le colonialisme ; d’autre part, le rôle joué par l’islam en tant qu’idéologie politique dans la lutte pour l’indépendance, en particulier au Maghreb.

Au Maghreb, naquirent et se développèrent plusieurs sectes et confréries de musulmans mystiques comme le Qadiriya, les Schadlihia, les Rahmania, Tidjania, Semoussiya, etc. Ces sectes propageaient une foi rigoriste. Sur le plan économique, elles tiraient profit de l’exploitation des saints qui, par leurs vertus, peuvent protéger les hommes et intercéder en leur faveur auprès de Dieu.

Le culte des saints et des marabouts, particulièrement développé au Maghreb, permit aux grands marabouts (sortes de « prêtres ») de former une aristocratie foncière dont les intérêts dépendaient d’une exploitation du fellah (paysan).
Cette aristocratie foncière et religieuse se rallia à l’administration coloniale qui s’en fit des auxiliaires dociles. Son respect de l’ordre établi lui valut l’estime des colons qui voyaient en eux les représentants d’un Islam « sain ».

Mais, à partir de 1930, son influence ne cessa de diminuer. Une partie de sa clientèle, transformée par le service militaire et le séjour dans les villes, lui échappa. Les « oulémas » (les « savants »), un groupe de théologiens à la tête duquel se trouvait Ben Badis en Algérie par exemple, et qui se fixaient comme objectif la régénération de l’Islam, se mirent à attaquer les conceptions hérétiques du maraboutisme (le culte des saints est interdit dans l’Islam orthodoxe sunnite). « Les marabouts, déclarait Ben Badis, sont les bêtes domestiques du colonialisme. Ils n’ont jamais cessé de contredire Dieu en se montrant fiers avec le peuple et serviles à l’égard des colonialistes et des chefs administratifs despotes. »
Ce déclin du maraboutisme a eu pour cause et conséquence, sous la houlette de Ben Badis et de l’Association des oulémas en Algérie, le développement d’un nationalisme islamique.
En 1936, le même Ben Badis, s’opposant à Ferhat Abbas (qui niait à l’époque l’existence d’une nation algérienne et réclamait l’égalité des droits entre les musulmans et les Français dans le cadre de l’Algérie française), disait : « Nous disons que la nation algérienne n’est pas la France, ne peut être la France et ne veut pas être la France. »

Dès lors, on verra les différents mouvements qui militaient pour l’indépendance au Maghreb utiliser le potentiel que représente le sentiment religieux de la population. Dans le cas des pays musulmans comme dans quelques autres (Irlande, par exemple), l’oppression nationale paraît accentuée par le fait que les colonialistes professent une autre religion. La religion nationale méprisée et persécutée par le colonisateur est ainsi valorisée.
Dans les milieux nationalistes, on manifestait son attachement à l’islam comme une des données fondamentales de l’identité nationale, du FLN à Bourguiba, en passant par le parti de l’Istiqlal au Maroc. Le rôle de l’islam dans la lutte anticolonialiste ne peut être mieux souligné que par le fait que le combattant algérien du FLN était le « moujahid », qui signifie le « guerrier saint ».
Combat communiste (octobre 1980)

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Une secte religieuse fascisante :
les Frères musulmans

Une des fractions les plus dangereuses du mouvement musulman ultra-intégriste est la secte des Frères musulmans. Dans plusieurs pays, celle-ci est en effet une véritable organisation structurée et hiérarchisée. Elle organise, par exemple, des actions de commando contre les femmes qui refusent le port du voile. En Egypte, les Frères musulmans attisent la haine religieuse en menant des agressions contre les minorités de chrétiens coptes. En Algérie récemment [en 1980], les Frères musulmans se sont illustrés par des attaques contre des étudiants de gauche dans les universités qui ont fait plusieurs morts. Par différents aspects de son activité, comme par sa base sociale, cette secte présente des points communs avec les organisations fascistes. A la faveur de la remontée de l’Islam, elle connaît actuellement un certain développement dans plusieurs pays arabes.

Vive le roi, vive les bourgeois !

C’est en Egypte, en 1928-1929, que la secte des Frères musulmans a été fondée par Hassan al- Banna, instituteur de profession. Financée d’abord par des gros commerçants, puis par des membres du gouvernement, elle a par la suite reçu, particulièrement lors de la Seconde Guerre impérialiste, des subventions appréciables de la Grande-Bretagne, lui permettant de devenir une organisation très puissante dans l’Egypte de la fin des années trente, et particulièrement en 1948-1953. Cette secte possédait tout un réseau d’écoles, de centres d’éducation religieuse, de mosquées et même d’hôpitaux lui permettant de répandre ses conceptions idéologiques réactionnaires et d’encadrer la population pauvre. Cette puissance qui fit d’elle un Etat dans l’Etat, les notables, les dirigeants de l’Etat et l’impérialisme britannique ne lui permirent pas de l’acquérir sans contrepartie.

C’est bien parce que le courant de la Fraternité musulmane défendait les valeurs fondamentales de l’ordre bourgeois, y compris par la violence, qu’il eut sa faveur. La première chose que cette secte enseignait à ses adhérents était la soumission : à Dieu d’abord ; aux dirigeants du mouvement ensuite ; au principe du gouvernement par un roi enfin, selon la tradition de l’islam qui opte pour la suprématie d’un « représentant de Dieu » sur les hommes. Les adhérents devait jurer « obéissance aveugle » au guide suprême de la secte.

L’activité politique de cette secte fut particulièrement précieuse au roi Farouk (pro-britannique). Elle affirmait que « la constitution (monarchique) dans son esprit et ses objectifs généraux ne contredisent pas le Coran ». Elle consacra entièrement son quatrième Congrès à fêter le couronnement du roi Farouk et organisa une manifestation devant le palais royal où elle fit scander : « Nous te soumettons nos foyers et notre obéissance, selon le livre de Dieu et la Sunna de son prophète » (Hassan el-Banna, Mémoires, p. 252).

Les Frères musulmans faisaient également l’apologie de l’exploitation bourgeoise : « Les ouvriers doivent toujours se rappeler de leur devoir à l’égard de Dieu, à l’égard de leur personne et à l’égard de leur patron », disaient-ils aux travailleurs insurgés en 1946 (An-Nadir, du 24/8/1946) . Ils affirmaient que le « possédant n’est pas nécessairement injuste » mais qu’il « s’agit seulement de l’éduquer » (Bani Kholi, « L’islam, ni capitalisme, ni communisme »).

S’il arrivait que des travailleurs, des étudiants ou toute autre personne ne soit pas convaincue par leur propagande ou la refuse, leur « section spéciale » (appareil militaire terroriste et section de renseignements) se chargeait d’eux, soit en les attaquant directement, soit en les livrant à la police.
Des propriétaires fonciers, des commerçants, mais aussi des chômeurs
La secte des Frères musulmans a pour base sociale les fractions les plus réactionnaires de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie : propriétaires fonciers, petits commerçants, en un mot les couches sociales dont les intérêts sont menacés par le développement du capitalisme.
C’est ainsi que, par exemple, après le coup d’Etat de 1952 en Egypte, et la décision d’une « révolution agraire » qui limitait à 200 fedans la surface maximale qu’un individu puisse posséder, la secte des Frères musulmans exigea qu’on accordât 500 fedans.
Plus récemment [dans les années 70], en Algérie, la secte des Frères musulmans fit feu de tout bois contre la réforme agraire, pourtant bien timide, du gouvernement de Boumédiene. Elle eut la même attitude face aux attaques de l’Etat contre le secteur commercial privé. Si ces couches représentent l’essentiel de la base sociale de la secte des Frères musulmans, il faut cependant savoir que les conditions de vie des masses, le chômage, le manque de solution alternative politique, permettent aux intégristes religieux de recruter nombre de jeunes chômeurs

Un anticommunisme forcené

En général, cette secte fonde sa propagande sur un axe : le sous-développement, le recul de la civilisation arabe sont dus à l’abandon de l’islam. Il faut donc faire des pays arabes des pays « réellement » islamiques pour que le monde arabe retrouve sa splendeur passée, et ne soit plus sous la botte des « infidèles ».
La secte des Frères musulmans milite pour des Etats régis par le droit islamique où les seuls partis tolérables sont les partis religieux. Pour eux, l’islam est une révélation divine qui a apporte des solutions à tous les problèmes humains, y compris les problèmes politiques et sociaux. Malgré les différences, on voit que le régime de Khomeiny n’est pas loin.

Si le mouvement des Frères musulmans n’est pas monolithique, s’il n’a pas exactement les mêmes positions dans tous les pays arabes et musulmans une des ses constantes est l’anticommunisme. Les « rouges » sont pour eux le plus grand danger. Cet anticommunisme primaire est d’ailleurs habilement exploité par l’impérialisme américain contre son rival soviétique.

En Egypte, par exemple, Sadate a légalisé la secte des Frères musulmans, afin de mieux lutter contre l’influence de l’URSS dont il voulait se débarrasser au profit des Etats-Unis. Il est d’ailleurs bien connu que, si le centre historique et idéologique des Frères musulmans est en Egypte, c’est l’Arabie Saoudite qui finance en grande partie les activités des Frères.

Combat communiste (octobre 1980)