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J. CHAZOFF : DÉMOCRATIE (1934)

lundi 23 avril 2007, par Yves

Publié en 1934 dans L’Encyclopédie anarchiste, ce texte de Chazoff (Démocratie) s’attache à analyser pourquoi les électeurs sont attachés à la démocratie bourgeoise, mais aussi pourquoi il est illusoire d’espérer qu’une Europe unie mette fin aux contradictions et aux abus du Capital. Un article tout à fait d’actualité, même si nous ne partageons pas le point de vue de l’auteur sur l’impossibilité de l’émergence d’un impérialisme européen.
(Ni patrie ni frontières)

Extrait de L’Encyclopédie anarchiste (1934) et scanné par A.T.

N f., grec demos, peuple, et kratos, pouvoir. La démocratie est le « gouvernement du peuple ou plutôt un régime politique qui prétend favoriser les intérêts de la masse ». Si le socialisme est, ainsi que le prétend le Dr Gustave Le Bon, « La religion de l’avenir » on peut dire que la démocratie est la religion moderne et que toutes les puissances dites civilisées s’inspirent aujourd’hui de l’idée démocratique, sinon de son esprit. Même les gouvernements d’essence réactionnaire qui exercent sur les populations leur absolu pouvoir et entravent politiquement ou cherchent à entraver tout progrès, ne manquent jamais de se réclamer, dans la direction de la chose publique, des intérêts et de la souveraineté populaires. Cela s’explique, car si, dans le passé, il fut possible aux autocrates d’éloigner le populaire de tout ce qui intéresse la vie d’une nation, c’est qu’ils étaient considérés comme des demi-dieux, nantis d’un pouvoir supérieur, et que la croyance et l’ignorance des hommes favorisaient une telle conception de la vie sociale ; mais Dieu est mort et n’exerce plus sur le monde qu’un pouvoir spirituel. Malgré les empreintes profondes laissées par les religions, malgré leur emprise sur une partie de l’humanité, il n’est cependant plus un individu - à moins qu’il ne soit un fanatique - qui, en notre siècle de modernisme, se laisserait gouverner économiquement au nom d’un Dieu qui apparaît lointain et qui s’éloigne chaque jour davantage. Il faut quelque chose de positif, maintenant, à la collectivité humaine ; l’homme veut être libre et la démocratie, si elle ne lui donne pas la liberté, lui offre tout au moins l’illusoire et l’éphémère satisfaction de se croire libre politiquement, alors qu’il est enchaîné dans les lois économiques dont il forge lui-même les mailles.
Si nous jetons un regard en arrière et si nous faisons une comparaison entre les formes politiques passées et présentes, nous pouvons constater que la démocratie n’est que l’adaptation des classes possédantes aux nécessités intangibles de l’évolution sociale.

Il fut un temps où le fait de posséder la terre donnait au possédant le droit absolu et incontesté de gouverner et il ne serait jamais venu au serf l’idée de réclamer une parcelle d’autorité à son maître. L’autorité se transmettait de génération en génération avec les domaines, et le pouvoir était en conséquence exercé par une aristocratie héréditaire qui se réservait tous les privilèges économiques et politiques.

Les relations d’homme à homme, de pays à pays, de contrée à contrée ; les découvertes de territoires nouveaux et l’intensification du négoce international devaient, en donnant à l’argent une puissance inconnue, transformer cet état de choses et cependant que « les rois se ruinent dans les grandes entreprises et que les nobles s’épuisent dans les guerres privées, les roturiers s’enrichissent dans le commerce. L’influence de l’argent se fait sentir sur les affaires de l’Etat » (Tocqueville). Ces divers progrès ne pouvaient se manifester sans imprimer au peuple une orientation nouvelle et les gouvernements se trouvaient forcément influencés par les nouvelles lois économiques qui avaient leur répercussion sur tout l’ensemble de l’activité sociale. C’est la démocratie qui prenait naissance ; elle se développa graduellement ; elle détruisit la féodalité ; elle sortit victorieuse de sa lutte contre les régimes autocratiques et s’imposa enfin au monde par l’idée de liberté dont elle semblait inspirée.

Si la « république était belle sous l’Empire », la démocratie n’a rien à lui envier en ce qui concerne les désillusions qu’elle a fait naître. En vérité, ce ne fut pas sans crainte que la bourgeoisie, qui n’est en réalité qu’une nouvelle aristocratie, constatait les progrès de la démocratie ; mais, ne pouvant en arrêter l’évolution, elle allait l’adapter à ses besoins et s’en faire une arme contre ceux-là mêmes qui en étaient les plus chauds partisans et les plus fidèles défenseurs. Pour donner au peuple l’illusion de la liberté absolue, pour le convaincre de sa puissance en matière politique, on le laissa se gouverner lui-même ou plutôt on lui en laissa l’apparence et lorsqu’en 1848, après bien des hésitations, la bourgeoisie française accorda au peuple le suffrage universel, elle fut bien vite rassurée sur les dangers de la démocratie, car, en raison de son ignorance, le peuple envoya aussitôt à l’Assemblée constituante une majorité de réactionnaires.
La bourgeoisie comprit alors tous les avantages que présentait pour elle la démocratie et elle s’efforça d’en consolider les bases tout en en conservant la direction et « On comprend alors pourquoi les hautes classes ont définitivement abandonné toute idée de restauration monarchique ou césarienne, et pourquoi elles soutiennent de toute leur influence et de leur argent, les journaux et les candidats démocrates de tout poil et de toute nuance ». (F. Delaisi, La démocratie et les financiers, p. 69.)

Il n’y a donc pas grand-chose de changé ; 1a démocratie actuelle ne se différencie que faiblement des anciens régimes et si le peuple est souverain, reconnaissons que c’est un souverain plein d’abnégation qui sacrifie tout son bien-être au profit d’une oligarchie occulte qui ne se présente que sous la forme d’un gouvernement qu’il a lui-même nommé.

Qu’a fait la démocratie ? Rien, nous dit Tocqueville ; elle a été abandonnée à ses instincts et il en est résulté que la révolution démocratique s’est opérée dans le matériel de la société, sans qu’il se fit dans les lois, dans les habitudes et les mœurs, le changement nécessaire pour rendre cette révolution utile. En quittant l’état social de nos aïeux, on jetait pêle-mêle derrière nous leurs institutions, leurs idées et leurs mœurs ; qu’avons-nous pris à la place ? Le prestige du pouvoir royal s’est évanoui, sans être remplacé par la majesté des lois. Pouvait-il en être autrement ? Anarchistes, nous ne le pensons pas et les démocrates sincères, les démocrates d’hier qui n’ont pas vécu l’expérience de la démocratie, ont commis une profonde erreur en s’imaginant qu’un gouvernement peut être d’émanation populaire alors qu’en réalité le capital est le maître absolu et que c’est lui qui dirige toute l’activité politique, économique et sociale du monde moderne.
Cela peut sembler un paradoxe, surtout lorsque l’on sait que le peuple a la faculté de nommer ses délégués dans les assemblées législatives et que, par conséquent, c’est lui qui exerce le pouvoir par l’intermédiaire des hommes qu’il désigne à certaines fonctions. Nous avons dit plus haut que cela n’était qu’une illusion et il suffit pour s’en convaincre de lire l’œuvre de vulgarisation dû à la plume de Francis Delaisi : La démocratie et les financiers. Dans ce petit ouvrage, écrit en 1911, Delaisi nous éclaire sur la façon dont se font les élections en régime démocratique ; il dévoile à nos yeux tous les dessous de l’action parlementaire et aucun doute ne peut subsister sur l’indépendance des Parlements et sur le rôle qu’ils jouent dans les organisations démocratiques. Les gouvernements sont étroitement liés avec les grosses entreprises financières et industrielles et les gouvernants ne sont que des hommes de paille, des pantins que manœuvrent les véritables maîtres qui se cachent derrière le paravent de la démocratie. Les exemples abondent de cette corruption parlementaire et gouvernementale et il n’est pas besoin de fouiller dans le passé pour trouver des preuves du mensonge démocratique. Le capital soutient la démocratie et cela se conçoit, car aucun régime ne lui semble aussi favorable et c’est la raison pour laquelle tous les pays du monde s’orientent de plus en plus vers la démocratie.

Le peuple est souverain ; c’est lui qui est le maître et qui contrôle l’activité économique et politique du pays ; c’est en son nom que se font les lois et c’est en son nom qu’elles sont appliquées ; c’est lui qui veille à ce que les intérêts de la collectivité ne soient pas sacrifiés aux intérêts de quelques particuliers ; en un mot, c’est lui qui gouverne. Voilà l’esprit de la démocratie. Mais étudions-la brièvement dans son activité, dans l’application de son programme. Quelques faits, par leur brutalité, suffiront, nous pensons, à initier les plus crédules.

Nous disons plus haut que les gouvernements démocratiques - comme tous les gouvernements du reste - agissent au nom du peuple, mais en vue d’intérêts particuliers ; qu’on en juge. Les réseaux de chemins de fer français accusent, pour l’année 1925, un déficit de 750 millions de francs et laissent entrevoir pour l’exercice de 1926 une perte de 900 millions de francs. Or, en vertu des lois édictées au nom du peuple français, ce déficit doit être couvert par le gouvernement qui sortira de ses caisses les sommes indispensables à l’équilibre du budget des compagnies ferroviaires. Quelle ne sera pas la stupeur du démocrate assez aveugle pour croire en la vertu du démocratisme, en apprenant que les compagnies de chemins de fer ont, en fin d’année 1925, distribué à leur personnel certaines petites gratifications en guise d’étrennes ; en voici le tableau :

Directeur ou assimilé : 100 000 francs ; sous-directeur général : 60 000 ; ingénieur en chef : 50000 ; ingénieur en chef adjoint : 40 000 ; ingénieur : 30000 ; inspecteur principal : 20 000 ; inspecteur principal adjoint : 15 000 ; chef de gare : 800 ; sous-chef de gare : 600 ; commis facteur : 400 ; hommes d’équipe : 60.
Il n’est pas besoin de signaler la gratification dérisoire accordée au personnel inférieur et l’allocation princière touchée par l’état-major ; mais ce qui mérite d’être souligné, c’est que c’est le peuple qui est obligé, en vertu de son « pouvoir démocratique », de payer aux parasites sociaux des sommes fabuleuses et que si la somme d’impôts augmente chaque année, c’est que la démocratie est un foyer autour duquel viennent se grouper tous les profiteurs ignorés des classes laborieuses.

Le fait que nous signalons ci-dessus n’est pas un accident, un cas isolé, un crime pourrait-on dire, mais une chose normale, inhérente à la démocratie ; c’est la démocratie tout entière. Le monde moderne a été transformé en une vaste société anonyme à la tête de laquelle se trouve un conseil d’administration tout-puissant, et ce conseil est asservi aux grandes entreprises financières et industrielles qui détiennent en leur pouvoir toute richesse économique.

Que l’on prenne les banques, les grandes entreprises de transport, l’industrie métallurgique et minière, les grandes administrations d’intérêt public, tout ce qui touche enfin à la vie active d’une nation, et l’on s’aperçoit que tous les rouages de l’économie sociale ont été abandonnés à quelques barons, véritables monarques qui, sur des monceaux d’or, président aux destinées de l’humanité.
La démocratie a accompli ce tour de force : d’emprisonner le peuple dans la liberté. Elle lui a donné la liberté, mais elle lui a retiré les moyens de s’en servir. Elle lui permet d’accéder aux plus hautes fonctions, mais elle a élevé des barrières pour qu’il ne puisse pas y parvenir ; elle a déclaré que tous les individus étaient égaux, mais elle a maintenu les privilèges qui sont une source d’inégalité ; elle a affirmé que rien ne pouvait se faire sans son assentiment et sans sa volonté, mais elle a livré au marché de la concurrence le domaine politique des nations et, même dans les tragédies périodiques engendrées par les appétits particuliers, la démocratie ne peut rien contre les forces mauvaises qui la dirigent.

« Les nations se déchirent aujourd’hui comme alors, et peut-être avec plus de furie ; mais alors les peuples n’étaient pas consultés, tout dépendait de la volonté de princes que leur intérêt privé, guidait essentiellement, et qui avaient plus ou moins le sentiment des intérêts des nations. Aujourd’hui les peuples sont consultés ou paraissent l’être ; ils apportent à l’exécution des plans qu’on leur propose une adhésion plus formelle et mieux constatée ; ils semblent agir par eux-mêmes, et cependant, ils ne réussissent qu’à être des instruments ou des victimes. » (Léon Ferr, Revue des Deux Mondes, mars 1871.)

Et c’est en effet bien ainsi que cela se passe. On semble consulter le peuple, alors qu’en réalité on lui en impose et qu’on lui fait accepter, sous le fallacieux prétexte de sa souveraineté, les pires ignominies. Peut-on expliquer autrement les guerres qui ravagent l’humanité et plus particulièrement l’horrible boucherie de 1914 ?
Ce qui fait la puissance de la démocratie, c’est que le peuple n’arrive pas à comprendre que l’on puisse le berner à ce point, et que, dans sa confiance naïve, il s’imagine que la puissance politique peut avoir raison des forces économiques qui subordonnent en réalité toute l’activité politique. Dans son ignorance, le peuple détache le politique de l’économique ; il ne voit pas l’étroite corrélation qui existe entre ces deux organes essentiels de la vie collective et se figure que la politique à laquelle il accorde toute sa confiance, est un facteur d’évolution et de libération sociale alors qu’elle n’est, prise telle qu’elle se présente à nous dans les sociétés démocratiques, qu’un facteur d’asservissement.

Dans son dernier ouvrage Les contradictions du monde moderne, Francis Delaisi, après une étude approfondie de la situation créée par la grande guerre, est obligé de reconnaître non seulement l’erreur de la démocratie mais aussi ses dangers. « La souveraineté nationale, qui est apparue pendant un siècle comme la suprême garantie de sécurité pour les personnes et les entreprises, est maintenant, pour les unes et pour les autres, le suprême danger » (Les contradictions du monde moderne, p. 533). Nous pensons cependant que Francis Delaisi se trompe lorsqu’il pense conjurer le péril en séparant le politique de l’économique et qu’il déclare que « la séparation du politique et de l’économique amènera la fin des guerres d’affaires ». Il se trompe encore lorsqu’il pense que la Constitution des Etats-Unis d’Europe mettra fin aux grands conflits qui ensanglantent l’humanité. Normann Angell, dans La Grande Illusion soutient également cette thèse et, pourtant, elle nous semble erronée. L’exemple de l’Amérique et de ses grandes républiques fédérées n’est pas suffisant pour ébranler les doutes qui nous animent, car s’il est possible de concilier les intérêts particuliers d’une fraction, il est impossible de concilier, dans un régime basé sur le Capital, les intérêts particuliers de toute l’humanité.

La constitution des Etats-Unis d’Europe et par extension des Etats-Unis d’Amérique est une nouvelle illusion dont on cherche à griser les peuples, illusion dangereuse et meurtrière, car les peuples souffriront de cette expérience. Elle est fondée sur une conception fausse puisque ce ne sont pas les divisions d’ordre politique qui déchaînent les grands conflits, mais les divisions d’ordre économique. Or l’unité économique ne peut être réalisée dans un monde dont le capitalisme est le moteur. Le capital n’est pas un facteur d’union, mais de désunion, et tant qu’il sera la source de toute l’activité humaine, la misère règnera en maîtresse sur le monde.

Séparer le politique de l’économique est inconcevable ; c’est peut-être une idée généreuse, mais elle ne peut se matérialiser, se réaliser dans l’ordre social actuel. La politique est le paravent derrière lequel se cachent les grands magnats de la finance et de l’industrie, c’est elle qui permet au capital d’évoluer librement à travers un monde d’ignorants et d’asservis, c’est elle qui sert de trait d’union entre la liberté factice du peuple et la liberté réelle des gouvernants ; c’est le cerveau de la démocratie.
La démocratie nationale a déjà conçu cette erreur que la souveraineté du peuple éloignera tous les fléaux inhérents à la féodalité ; la démocratie internationale qui repose sur la même erreur engendrera les mêmes fléaux.

Il n’y a de bonheur que dans la liberté et il n’y a de liberté que par la révolution. Il faut choisir. La guerre ou la Révolution. II n’y a pas de milieu. Les mystiques de la démocratie devront s’incliner. La guerre nationale ou internationale ne peut être effacée par la réforme incomplète des institutions modernes ; elle continuera ses ravages et ses crimes, tant que la population mondiale sera divisée en deux classes : l’une opprimée, l’autre oppressive. La démocratie ne peut concilier les intérêts de ces deux classes. Le voudrait-elle, les moyens lui manquent, elle n’en aurait pas la possibilité.

Il faut choisir. Il est des hommes qui se refusent à prendre la position qu’il convient. Passifs dans leur lâcheté, ils ne veulent être ni pour la guerre, ni pour la révolution. Ce sont des neutres ballottés au gré des événements, qui ne savent pas où ils sont, qui ne savent pas où ils vont. Nourris au lait démocratique, ils espèrent encore en la puissance des dieux politiques pour amener au port le frêle bateau perdu dans l’océan. Ils ne veulent ni la guerre ni la révolution. Ces hommes me font l’effet d’un moribond qui, sur son lit de souffrance, se débat contre la camarde en criant qu’il ne veut pas mourir. Il mourra cependant. Il n’est aucune puissance qui puisse arrêter la mort ; il n’est aucune puissance qui puisse arrêter la guerre ou la Révolution.

La démocratie c’est la guerre ; la Révolution, c’est la paix. La Révolution écrasera la guerre ; la démocratie, héritière des régimes autocratiques, dernier repaire de la finance et de l’industrie, ultime sauvegarde du Capital et de l’autorité, doit disparaître ; ou alors l’humanité doit s’attendre à vivre des journées sombres et sanglantes avant de s’écrouler dans une tragédie qui n’a pas de précédent dans l’histoire des peuples.

- J. CHAZOFF.

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ARCHINOFF : Démocratie

La démocratie est une des formes de la société capitaliste et bourgeoise. La base de la démocratie est le maintien des deux classes opposées de la société moderne : celle du travail et celle du capital, et leur collaboration sur le fondement de la propriété capitaliste privée. L’expression de cette collaboration est le Parlement et le gouvernement national représentatif.

Formellement, la démocratie proclame la liberté de la parole, de la presse, des associations, ainsi que l’égalité de tous devant la loi. En réalité, toutes ces libertés ont un caractère très relatif : elles sont tolérées tant qu’elles ne contredisent pas les intérêts de la classe dominante : la bourgeoisie.
La démocratie maintient intact le principe de la propriété capitaliste privée. Par là même, elle laisse à la bourgeoisie le droit de tenir entre ses mains toute la presse, l’enseignement, la science, l’art, ce qui, en fait, rend la bourgeoisie maîtresse absolue du pays.

Ayant le monopole dans la vie économique, la bourgeoisie peut établir son pouvoir illimité aussi dans le domaine politique. En effet, le Parlement et le gouvernement représentatif ne sont, dans les démocraties, que les organes exécutifs de la bourgeoisie.
Par conséquent, la démocratie n’est que l’un des aspects de la dictature bourgeoise, mêlée sous des formules trompeuses de libertés politiques et de garanties démocratiques fictives.
Extrait de L’Encyclopédie anarchiste (1934) et scanné par A.T.