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Questionnaire sur les mouvements étudiants et lycéens de février-avril 2006 (9)

lundi 18 septembre 2006, par Yves

Interview de Sacha (Reims)

Que pensent les étudiants de l’expérience qu’ils ont vécue ?
Autour de moi, les personnes pensent qu’à Reims ça n’a pas beaucoup bougé. Ils prenaient plus exemple sur Rennes ou Poitiers, mais pour moi il y avait quand même pas mal de gens. Par contre, dans les faits, les personnes qui passaient s’intégraient au mouvement, et ce dernier a été suivi du début à la fin sans faiblir et plutôt en allant crescendo.

Que pourrait-on améliorer ou faire différemment la prochaine fois ?
Il faudrait d’abord que les gens motivés s’organisent de manière plus clean et que l’on arrête de se laisser porter par les institutionnels. Donc plus d’improvisation comme lors de l’après manif du 4 avril.

Quels liens les étudiants établissent-ils entre leur lutte et la situation sociale générale ? Quels liens établissent-ils avec les luttes des salariés ?
Entre leur lutte et la situation sociale générale, ils voient la situation du travail en général. On a voulu leur ajouter un obstacle supplémentaire avec le CPE. Ce qui les lie aux luttes des salariés. En un mot la précarité.

Comment s’est fait le travail de popularisation de la lutte ?
La popularisation s’est faite par le bouche-à-oreille, la diffusion des tracts et bien entendu les médias. Les gens intéressés ou pas en ont parlé. Ce qui fait que l’on a commencé avec 4 à 5000 personnes pour finir avec 15 à 17 000 manifestants avec des revendications élargies. De plus, ça a donné pas mal d’idées aux gens du quartier. En définitive, ça a donné l’exemple.

Les filles ont-elles participé moins, autant ou plus que les garçons aux AG, aux actions, aux discussions ?
Autant, voire plus de filles et elles ont bien participé.

Les organisations syndicales ou politiques ont-elles recruté pendant et après le mouvement ? Pour quelles raisons et sur quels thèmes ?
En tout cas autour de moi non. Les gens s’en méfient trop.

Comment as-tu ressenti la journée du 4 avril ?
Au début, j’étais content d’aller envahir la gare. Enfin un peu d’action ! Par contre, dès que l’on en est parti, ça m’a un peu calmé, d’autant plus que pour le blocage de l’accès au centre-ville la déviation de la circulation avait été prévue, donc RAS. Cependant, j’ai constaté que les gens étaient motivés et voulaient mettre la pression. Ce jour-là, je le sentais !

En ce qui concerne l’autoroute ?
Sur le pont, le cortège s’est arrêté. Donc j’ai vu qu’on l’envahissait. Il y avait possibilité de les faire chier. D’autant plus qu’il n’y avait pas les flics. C’était le moment !!

Comment as-tu vécu la charge ?
Il y a eu un mouvement de foule. Heureusement que personne n’est passé de l’autre côté, car il aurait pu se faire tuer ( un seul sens était bloqué). Le fait qu’il n’y ait pas eu de sommation pour moi, c’est un signe de lâcheté. Les voitures étaient arrêtées, ils auraient au moins pu prévenir. Ils n’étaient pas là pour la sécurité, mais simplement pour réprimer et se défouler.

Et sur ton interpellation et ta garde à vue ?
J’ai été surpris. Je suis redescendu pour tenter d’aider les personnes qui se faisaient massacrer et plus particulièrement une jeune fille. J’ai jeté quelques trucs et quand je me suis retourné, j’ai pris un coup de poing. Il y a eu confrontation avec cet individu puis les renforts sont arrivés et me sont tombés dessus. Je me suis retrouvé menotté aux pieds et aux mains. En garde à vue, les inspecteurs m’ont royalement ignoré. Je sais qu’un des interpellés a été conduit en salle de fouille avec gants en cuir et il a été battu. L’inspecteur X. m’a proposé un « tête à tête » que j’ai bien entendu refusé.

Pour finir, parle-moi de ton jugement et de ton incarcération ?
Je tiens d’abord à remercier toutes les personnes qui m’ont soutenu. Ensuite il faut savoir que, la veille, le juge avait été très dur, mais le jour, quand il a vu le monde dans la salle d’audience, il a eu peur. Donc j’ai été condamné à quelques jours ferme, sachant que le procureur avait requis plus d’un an ferme.
Ensuite en prison, ça a été très long. Tu sais que t’es là pour pas longtemps, donc ça passe encore moins vite. La bouffe était infecte. Par contre, j’ai eu le droit à la réflexion des détenus qui m’ont demandé pourquoi je manifestais.