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Révolte des cités / émeutes de banlieue

La révolte des cités françaises, symptôme d’un combat social mondial

Sommaire et introduction

vendredi 12 mai 2006

Une brochure de 68 pages au format 21 x 29,7 cm. 4 euros.

SOMMAIRE

— Introduction (lire ci-dessous) ;

— Dans le monde, la révolte sociale des exclus privés de tout accès à leurs moyens de vivre

— L’évolution du capitalisme et des banlieues prolétariennes en France ;

— Les éléments concrets de la vie dans les cités et leur évolution

— Les stratégies sécuritaires

— La dialectique action-répression dans les luttes sociales

— La pacification des cités. Répression et mise en scène idéologique

— Approches théoriques sur l’évolution du capital et de la lutte de classe

Annexes

1 - La baudruche des « 120 expulsions d’étrangers ». Une circulaire sur les interpellations. (en ligne : Annexe : La baudruche des « 120 expulsions d’étrangers »)

2 -Le coût des dégâts pour les assureurs.

3 - Une semaine de lutte à Toulouse (texte de la CNT-AIT).

4 - Evolution des lois sécuritaires.

— Une chronologie court tout au long des textes, de la page 12 à la page 65.


Pour se la procurer écrire à Echanges et mouvement, BP 241 75866 cedex 18.

Courriel : echanges.mouvement@laposte.net

Ou dans les librairies suivantes :

— à Paris

La Brèche, 27 rue Taine, 12e. - L’Ecritoire, 64 rue de Clignancourt, 18e.-Parallèles , 47 rue Saint-Honoré, 1er. - La Passerelle, 3 rue Saint-Hubert, 11e. -Le Point du jour, 58 rue Gay-Lussac , 5e.- Publico, 145 rue Amelot, 11e. - Quilombo,23 rue Voltaire, 11e.

— à Lyon

La Gryffe, 5 rue Sébastien-Gryphe, 7e.


INTRODUCTION

« La plupart des évolutions et des habitudes sociales de l’après-guerre, la télévision, la vidéo, la pop culture sont parties des banlieues. La ville est devenue un mode d’habitat complètement démodé et les gens qui y vivent ne réalisent pas à quel point le pays autour d’eux a changé. La classe moyenne supérieure, celle qui vit [...] dans les quartiers chics [...] pense que la banlieue est comme la ville, juste un peu moins chic. Pas du tout, c’est complètement différent. Ici, il n’y a pas de musées, pas de galeries d’art et notre cathédrale à nous [...] c’est l’aéroport... »

(J. G. Ballard, écrivain britannique,
entretien au « Monde des livres », 10 mars 2006)

« La France a connu comme une forme d’insurrection non organisée avec l’émergence dans le temps et l’espace d’une révolte populaire des cités sans leader - ni caïds, ni intégristes - et sans proposition de programme...
Le ressort principal des émeutes serait la condition sociale des exclus de la société française... »

(Rapport des renseignements généraux
du 23 novembre 2005)

Ce qu’on appelle les « émeutes de banlieue » de novembre 2005 ne peuvent être considérées comme un fait isolé. Leur caractère nouveau - la simultanéité d’actions semblables en de nombreux points du territoire français et la durée de ces actions - ne doit pas faire oublier que l’incendie de voitures ou de poubelles, mais aussi l’attaque de bâtiments publics (de la poste à l’école...) ou privés (entrepôts...) et le heurt avec les policiers se sont produits plusieurs fois depuis une vingtaine d’années. Aussi, comme tout événement à répétition, elles doivent doit être observées et analysées comme symptomatiques des relations fondamentales qui structurent une société. Rien n’est plus trompeur que la référence à des critères qui feraient écarter certains événements comme mineurs et en privilégier d’autres comme essentiels.

On doit s’en méfier d’autant plus lorsque l’on poursuit observation et analyse par rapport à une finalité, par exemple dans la perspective d’une transformation sociale. Il ne suffit pas d’analyser un événement dans sa spécificité nationale, mais on doit le replacer dans le contexte historique du capitalisme mondial. C’est ce que nous avons tenté de faire non dans une chronologie analytique, mais en traitant du couple banlieue-immigration et en regardant la dimension d’une telle question au niveau mondial. Il nous a fallu replacer les faits dans le contexte le plus global, pour aboutir, par étapes successives, au quotidien de la vie dans les cités. C’est l’objet d’un premier chapitre qui situe l’« exclusion » dans son contexte mondial de marginalisation de populations souvent parquées à proximité des villes, sans utilité pour le capital, et se révoltant pour avoir un minimum de survie, ou une vie semblable aux prolétaires qu’ils peuvent côtoyer.

De ce contexte global, une seconde partie essaie de montrer que les formes de cette exclusion ne sont, en France, que le prolongement d’une politique de plus d’un siècle à l’égard des « classes dangereuses », et que c’est l’évolution du capital qui a modelé les conditions présentes qu’affrontent ces laissés-pour-compte. Les grèves ou, plutôt, les actions de classe limitées dans le temps et dans l’espace, font le quotidien de tout travailleur face à son exploitation par le capital. Cette banalisation est jugée par beaucoup comme assurant d’une certaine manière la pérennité du système. Pourtant, elle est au cœur de l’affrontement capital-travail et un des éléments de la dynamique du capital. C’est dans ce quotidien que se forgent les résistances à l’exploitation et leur évolution. On dit souvent que les habitants des cités, victimes d’un chômage endémique, sont exclus du travail et donc de ces relations de classe où se forge l’être conscient, c’est-à-dire la compréhension de la nature et des formes actuelles de domination. Ils sont pourtant soumis comme les autres à l’exploitation (40 % de chômeurs dans les cités, cela veut dire 60 % de travailleurs) et à la violence du système. Aussi la suite s’impose d’elle-même, tissant le quotidien de la vie dans les « cités » où tout un ensemble de problèmes de vie et de survie sécrètent depuis longtemps déjà des affrontements avec « l’ordre social », qui cette fois se sont généralisées en raison même de l’aggravation des conditions de vie.

Les contrôles permanents requis pour le maintien de cette domination (surveillance électronique, police, justice, exclusion du travail) font qu’au cœur de l’univers capitaliste, sous ses dehors d’une « participation » contrainte, on trouve une violence aux griffes rétractiles. Les stratégies de contrôle du pouvoir sont passées, d’une routine de cantonnement de cette « classe dangereuse » autorisant l’ignorance, liée à la politique mondiale de « sécurité », à tout un ensemble de mesures, les unes purement répressives, les autres visant à l’assimilation, à la digestion, d’une contestation qui s’est hissée à un niveau supérieur. A la violence subie répond une autre violence qui commence par la transgression et peut éclater à tout moment dans des formes ouvertes de contestation. Comme tout mouvement de plus grande ampleur que l’affrontement quotidien banalisé (et souvent vilipendé), les émeutes de novembre ont pris un tout autre caractère, révélant dans les actes et les consciences, le rejet de la précarisation et du harcèlement répressif.

Ainsi en est-il de tout événement social qui dépasse le quotidien, dépasse son particularisme : une situation qui oblige les protagonistes à dévoiler (consciemment ou pas), la signification réelle de leur existence dans le système ; et qui peut être tout autre chose que ce qui paraissait le but initial de l’action. Les incendies de voitures, les affrontements avec la police se transformant en nuits de violence, lors de bavures policières mortelles, sont depuis des années des réponses banales au contrôle social. Toute crise du système - et celle que nous vivons aujourd’hui dure, plus ou moins latente, depuis près de trente ans - retombe inévitablement sur les catégories sociales les plus vulnérables, aggravant la misère et la précarité des conditions d’existence et y précipitant tous ceux qui se trouvaient à sa périphérie.

C’est précisément cette chute progressive dans cette zone d’ombre du système jusqu’à un seuil insupportable qui a fait qu’à l’automne 2005, un incident meurtrier semblable à tous ceux banalisés jusqu’alors, enfermé dans le périmètre de « sa » cité, s’est soudain transformé en une explosion globale qui a touché toute la France.
Quant au dernier chapitre, il revient sur des considérations plus générales. Au niveau de la France, nous tentons de relier les caractéristiques de cette « révolte des banlieues » aux caractéristiques de l’ensemble des mouvements sociaux des dernières années. Et nous essayons de comprendre la signification du développement mondial de l’exclusion du procès de production d’une fraction de plus en plus importante de la population : il s’agit de revenir aux bases du fonctionnement du capitalisme, pour voir comment le développement disproportionné d’une situation « normale » sous le capital peut éventuellement modifier le cours de l’histoire, par ses incidences économiques et sociales.