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« Suceurs (1) » de lepénistes, chauvins antiracistes et gauchistes confus : un débat sans intérêt

mercredi 14 décembre 2005, par Yves

Les tabassages systématiques organisés par plusieurs bandes de jeunes issues de banlieues populaires lors des manifestations parisiennes lycéennes du 15 mars ont donné lieu à de curieux débats sur Internet et à des prises de positions pour le moins maladroites chez certains militants « d’extrême gauche » ou anarchistes. Puis, pour augmenter un peu plus la confusion politique, un certain nombre de personnalités et d’intellos de gôche ont cru bon de nous pondre une pétition contre le « racisme anti-Blancs » qui ne fait qu’entraîner les uns et les autres dans une impasse politique.

Premier round : les « suceurs » de lepénistes passent à l’action
Sous prétexte que ces cogneurs venaient de quartiers ouvriers et étaient en grande partie originaires d’Afrique noire ou du Maghreb, la gravité de ces violences a été parfois délibérément sous-estimée à l’extrême gauche.

Ainsi dans Le Monde libertaire du 20 mars 2005 un premier article de Jean-Pierre Levaray (on l’a connu mieux inspiré) nous expliqua, sur un ton pontifiant, que les bandes ont toujours existé et qu’il y aurait déjà eu de telles violences contre les personnes lors de manifestations précédentes, ce qui est une façon de sous-estimer l’ampleur du phénomène, à Paris, et de noyer le poisson.

Puis dans la rubrique « humour » de ce même hebdomadaire, un autre collaborateur du Monde libertaire en rajouta deux louches bien épaisses, en faisant semblant de croire que l’unique enjeu de la cogne concernait les portables dont les jeunes lycéennes « friquées » seraient dépendantes, tandis que les pauvres p’tits djenns en seraient privés. Notre humoriste libertaire ne doit pas sortir souvent dans la rue... ni savoir qu’il y a en France 56 millions de portables.

Sans vouloir dramatiser à l’excès ces actes inadmissibles, il est évident qu’ils constituent le meilleur atout pour tous les racistes, les lepénistes et les fascistes de ce pays. Une journée de tabassages dans ce genre vaut un an de propagande du FN.

Deuxième round : les chauvins antiracistes essaient de ranimer la flamme du Franchouillard Inconnu

A la suite de ces manifs, quelques intellos ont lancé une pétition contre ce qu’ils appellent le « racisme anti-Blancs ». Il est amusant de noter que parmi les pétitionnaires qui se plaignent du « racisme anti-Blancs » figurent un certain nombre de prestigieux compagnons de route ou membres de SOS-Racisme, l’organisation de gauche qui a le plus fait pour racialiser la population française en proclamant aux quatre coins de l’Hexagone qu’il fallait l’unité entre les « Blacks », les « Blancs » et les « Beurs » (sic). Sous prétexte de jouer les branchés, SOS Racisme, le PS et même une partie de l’extrême gauche divisent les populations vivant en France selon la couleur de leur peau ou leur prétendue appartenance ethnique. Sans compter les gauchistes qui, en luttant - avec raison - contre la loi sur les signes religieux ostensibles, se sont mis à privilégier l’appartenance religieuse par rapport à l’appartenance de classe. Ou ceux qui ont lancé l’ « appel des indigènes de la République » sur une base purement émotionnelle (« nous, descendants d’esclaves ») au détriment de toute référence à la classe ouvrière, et en utilisant l’arme dangereuse de la culpabilisation collective de tous les « Français », anticolonialistes compris.

Et maintenant, toutes ces belles âmes s’étripent en parlant de « concurrence des victimes », alors que ce sont justement elles qui lancé ce type de débats sur la place publique depuis plus de vingt ans sous prétexte, pêle-mêle, de respecter les « différences », de défendre le féminisme, les traditions culturelles ou religieuses, etc.
Troisième round : la confusion s’installe durablement

Ces faux débats expriment une formidable régression politique qui se traduit par deux phénomènes :

- l’invasion du champ politique par les discours moralistes ou victimaires (de l’instrumentalisation du génocide des Juifs par les partisans de la politique colonialiste d’Israël, aux délires antisémites de Dieudonné au nom de la prétendue défense des victimes de l’esclavage et du colonialisme ; en passant par la défense du port du voile au nom de l’anticolonialisme et de l’antiracisme ou la culpabilisation collective de tous les Français sous l’Occupation ou durant la guerre d’Algérie, par exemple) ;

- l’appel à l’aide systématique des forces étatiques (justice, Parlement, voire police) pour suppléer la faiblesse des mouvements sociaux : multiplication des lois contre l’antisémitisme, le racisme, le sexisme, le harcèlement sexuel, l’homophobie, etc. Comme si ces fléaux pouvaient reculer durablement grâce à l’aide bienveillante de l’Etat pour toutes les victimes : les Juifs, les Africains, les Antillais, les femmes, les homosexuels, etc.

Comme si l’auto-organisation des minorités ou des majorités opprimées n’était pas le seul moyen de se faire respecter. A une petite échelle, le seul fait que les organisations de parents et les syndicats aient organisé un SO un peu plus sérieux a empêché les violences contre les personnes de se produire, lors de la manif suivante, le 15 mars 2005. Ce qui prouve qu’il n’y avait nul besoin de compter sur les flics qui, de toute façon, ont regardé les tabassages se produire sans intervenir lors de la manif précédente.
Rien ne sert de proclamer qu’on « aime la France ». Quelle France : celle de Pétain ou celle de Manouchian ? Celle de Louise Michel ou celle d’Adolphe Thiers ? Ce qui compte ce n’est pas l’amour de la patrie, mais le combat contre tous ceux qui profitent de la division de la jeunesse et de la population laborieuse.

1. Si ceux qui se sont interposés pour protéger des lycéens ou des lycéennes sont des « suceurs de Blancs » aux yeux des cogneurs, alors ceux qui s’en prennent courageusement à 20 contre 1 à des lycéennes punk ou gothiques méritent bien qu’on leur colle l’étiquette de « suceurs de lepénistes ».

Y.C. (avril 2005)