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Le feu aux poudres

vendredi 11 novembre 2005, par Yves

Le réseau No Pasaran appelle à participer à tous les rassemblements Contre
toutes les expulsions, contre la double peine et le décret
d’exception, contre le couvre-feu policier
IL N’Y A PAS DE CAPITALISME À VISAGE HUMAIN

Etat policier = Etat meurtrier

Le capitalisme c’est la misère et la guerre !

A Clichy sous Bois, Zyad et Bounna, 17 et 15 ans sont morts du harcèlement
policier qui pourchasse les jeunes, multipliant les contrôles d’identité
sans raison. Peu importe de savoir s’ils étaient ou non réellement
poursuivis ; que des jeunes aient assez peur de la police pour être prêts
à risquer leur vie pour lui échapper prouve la tension qui règne dans ces
quartiers entre la population et les forces de l’ordre. Depuis plusieurs
années, la pression policière entraîne de nombreux incidents. Alors que
dans la plupart des cas, les jeunes ne font que s’indigner d’être traités
comme des sous-hommes, ils se retrouvent de plus en plus accusés
d’outrages et de rébellion et se voient condamnés. Ce n’est pas seulement
une erreur, une " bavure " qu’il faut dénoncer, mais bien une politique
sécuritaire d’ensemble qui se développe depuis plus de 20 ans. La
stigmatisation et le mépris envers les jeunes des banlieues ne fait que
développer leur haine vis-à-vis d’une société qui laisse dépérir 20% de la
population dans des ghettos. Ceci n’est pas dû au hasard mais aux choix
politiques et économiques.

Ainsi, l’accès des immigrés (ou supposés tels) au logement social s’est
effectué depuis 30 ans sur la base d’un système ségrégatif ou seulement
certains quartiers du parc social leur étaient ouverts, principalement les
moins attractifs car mal situés et/ou en voie d’obsolescence. Aujourd’hui
encore, pour les responsables du logement social, l’arrivée des
populations immigrées induit la certitude d’une dévalorisation du site :
cette demande " disqualifiante " est donc reportée sur les programmes déjà
les moins attractifs. Pire encore, le débat sur la mixité sociale a
entériné et légitimé ces pratiques ségrégatives, si bien que les fractions
du parc où devaient pouvoir s’établir ces ménages leurs restent fermées au
nom de la mixité sociale : il faut diversifier le peuplement du logement
social, donc pas d’immigrés, et encore moins s’ils/elles sont pauvres ! Le
manque de maîtrise que chacun peut avoir sur sa propre existence exacerbe
les tensions chez les personnes enfermées dans un statut social ou un
quartier. La colère ne provient-elle pas de la fixation des familles dans
un espace vécu comme une zone de relégation économique, sociale et
résidentielle, sans
perspective de mobilité résidentielle entre autre ?

L’apartheid social ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait près d’un
demi-siècle que des populations entières, les ouvriers, les immigrés qui
ont fait et refait, il ne faudrait pas l’oublier, nos routes et nos
immeubles, sont parqués dans ces ghettos. Les " émeutes " sont les
conséquences des politiques libérales menées par la droite comme par la
gauche, que se prennent de plein fouet depuis 30 ans les banlieues en
première ligne. Mais cette précarisation et cette pauvreté se diffusent
maintenant à l’ensemble de la société.

Nous n’avons signé aucun contrat social. Nous ne sommes pas " citoyens "
de cette société. Nous n’avons aucun intérêt commun avec les capitalistes,
le patronat, les gouvernements successifs de droite et de gauche libérale.
Ni le résultat des référendums, ni les élections régionales, ni le
mouvement des retraites ou celui de la SNCM n’ont changé quoi que ce soit.
Les émeutes ont montré une chose : il faut être le plus violent possible
dans cette société de merde pour interpeller et secouer l’apathie sociale.

Cette violence n’est que la faible réponse à la violence du capitalisme et
de l’Etat. Des violences policières qui ciblent les pauvres, les jeunes,
les immigrés, à la violence de la précarité et de l’isolement due entre
autres à la disparition de véritables services publics ; des crapuleries
des médias capitalistes à celles du gouvernement, nous baignons sans cesse
dans un environnement antisocial. Les jeunes des banlieues se ramassent
tout en pleine gueule : cette société n’offre aucun espoir. Même ceux qui
jouent le jeu scolaire savent que ça ne sert pas à grand chose : tout le
savoir accumulé est pas ou peu utile dans une société consumériste ; pire,
il ne leur permettra au mieux que de se faire exploiter par McDo ou le BTP
(avec des français bien blancs !). Alors effectivement, l’exemple des
grands frères (et sœurs) ça pousse pas à jouer le jeu légal !

Le gouvernement a recourt à la loi du 3 avril 1955 pour rétablir l’ordre,
décrétant l’état d’urgence. Donnant tout pouvoir aux agents locaux de
l’exécutif, les préfets et la police, il entérine le versant sécuritaire
de l’apartheid social : les classes populaires, laborieuses ou non, sont
toujours les classes dangereuses, un traitement particulier doit donc leur
être réservé. Autant pour la prétendue égalité des droits : pour ceux qui
se rebellent, matraques et flash-balls rappellent l’absurdité et la
caractère illusoire du dialogue entre les classes.
Pire encore, la ré-application de cette loi s’inscrit dans la dynamique
d’ethnicisation des rapports sociaux, engagée depuis plusieurs années au
niveau mondial et qui se construit en France sur un imaginaire colonial
que d’aucuns trouvent bien pratique de réactiver. Ce décret ne fut en
effet appliqué qu’à deux occasions, en Algérie et en Nouvelle-Calédonie :
l’utiliser actuellement permet d’amalgamer la situation présente à celle
de faits de guerre, visant la sécession (cf. les " territoires perdus de
la République " sur lesquels se désolent les souverainistes de tous poils)
du fait de minorités ethniques et culturelles. Le message est clair : les
banlieues sont des colonies, sinon de droit, du moins de fait - le
meilleur critère en étant la " composition ethnique " de leur population,
censée la rendre incapable de s’intégrer. La meilleure preuve de cette
gestion différente des quartiers en fonction de l’origine supposée de leur
population est la tentative de créer, via le fait religieux et le CFCM, un
relais au contrôle social gouvernemental. L’important est que l’ordre
règne, même si pour ce faire il faut livrer les jeunes générations aux
religieux - au contraire même, le cas échéant le " danger islamiste "
qu’on aura ainsi créé de toutes pièces permettra d’accroître la répression

De la loi de février 2005 sur les bienfaits de la colonisation aux
discours et pratiques contre les migrants en passant par la stigmatisation
des jeunes des quartiers que l’on va nettoyer au karcher, les immigrés et
leurs enfants sont devenus la cible numéro 1 du gouvernement Villepin,
l’ennemi intérieur permettant de souder la majorité de la population
autour d’au moins un critère commun - l’origine. Et le Parti Socialiste ne
moufte pas, signifiant que lui aussi aux responsabilités du pouvoir ferait
de même. D’ailleurs, n’est-ce pas le PS qui, au congrès de Villepinte en
1997 avait entendu faire de la sécurité une priorité de la " gôche ",
allant déjà chasser sur les terres du FN ? Julien Dray, porte-parole du PS
et favorable à la politique de " tolérance zéro " avait d’ailleurs apporté
son soutien à Sarkozy lors des discussions sur la loi sur la sécurité
intérieure (LSI) de mars 2003. Il serait bon de ne pas l’oublier. Pour
tous les partis gestionnaires du capitalisme, la lutte des races est
censée remplacer la lutte des classes - diviser pour mieux régner.

La possibilité d’instaurer le couvre-feu ne peut que nous renvoyer à des
images sombres de notre histoire. Est-ce pour cela que le Front national
et autres groupes de droite extrême applaudissent ces mesures ? Ou, plus
simplement, parce qu’ils savent que " les gens préfèreront toujours
l’original à la copie " ? Les émeutes vont certainement pousser une partie
de la population, fortement encouragée par la logique sécuritaire du
gouvernement, exaspérée de voir les maigres fruits de son travail partir
en fumée, dans les bras de l’extrême droite. Surfant sur la vague
xénophobe, Sarkozy annonce l’expulsion des étrangers condamnés lors des
émeutes au mépris des règles du droit. Ne voulant pas perdre de terrain
vis-à-vis de De Villiers qui affiche ses prétentions de prendre la place
du FN " la France, je l’aime ou je la quitte ", Sarkozy réinvente la
double peine. Le réseau No Pasaran sera présent en face, comme nous
l’avons été à chaque fois. Mais nous ne pouvons pas en rester à cette
position. La question sociale doit être mise au centre des enjeux et cela
suppose d’en finir avec cet individualisme de merde qui sépare ouvriers,
chômeurs, précaires, salariés du public/privé, vieux, jeunes, et avec les
logiques communautaires qui ne font que le jeu du pouvoir en quadrillant
la population selon l’origine ethnique, culturelle, sexuelle - tout, sauf
la classe sociale !

Nous devons toutes et tous en finir avec la pratique unique : le chacun
pour soi, le chacun pour sa communauté, où les enjeux sociaux et
politiques communs disparaissent. Parce que les jeunes n’ont plus de
perspectives, il ne leur reste plus que l’autodestruction. Comme dans une
logique suicidaire, ils s’en prennent d’abord à ce qui les entoure :
personnes, institutions (écoles, etc.), objets matériels (voitures, etc.).

Des convergences doivent être proposées, arrachées, dans toutes les luttes
et toutes les réunions et nous devons faire le maximum pour bousculer les
corporatismes et les individualismes. La division en revendications
catégorielles nous réduit à l’impuissance sociale. Nous n’en serions pas
là si plus de liens et de convergences avaient été créés, au lieu d’être
détruits. Le mouvement social est mal en point, redresser la barre ne sera
possible que si un maximum de personnes le souhaitent, ce qui n’est
malheureusement pas le cas actuellement, chacun étant plongé dans sa
plainte, engagé dans une concurrence des victimes où l’Etat continue de
jouer son rôle de Providence et peut ainsi affirmer sa légitimité.
N’attendez pas le feu vert de vos orgas, collectifs ou syndicats pour
converger ! Aujourd’hui l’assurance chômage est renégociée et les droits
des chômeurs vont sans doute être encore plus restreints ; les conflits à
Marseille tentent tant bien que mal de durer pour défendre pour chacun-e
les services collectifs ; les stagiaires exploités et réduits à la misère
se rebiffent ; les sans-papiers refusent d’être dans le zero ground des
miséreux... L’auto-isolement et l’ignorance d’autrui font que ces
mouvements souvent tentés par le corporatisme ne muent pas en mouvement
politique.

Mais établir des convergences c’est aussi intégrer dans les actions et
textes ce que font les uns et les autres, aller soutenir des grévistes
dans sa région, ouvrir et tenir des lieux associatifs gérés
collectivement.

Nous devons pas rester les yeux rivés sur ces émeutes, sur le
spectaculaire, comme des lapins hypnotisés par des phares. C’est aussi
parce qu’il n’y a pas suffisamment de travail militant quotidien et ouvert
sur les autres que nous en sommes là. Les résistances se font d’abord au
quotidien, dans un travail militant régulier de mises en lieu, de
résistance dans les quartiers, de revitalisation culturelle et sociale
autonome des " pouvoirs " publics, de ré-appropriation de l’espace public
et de nos vies.

Seul ce travail en amont permettra de donner un sens commun aux luttes,
aux révoltes et aux grèves, de former enfin un réel front social.

Nous devons trouver des convergences fortes à travers des revendications
sociales qui nous réunissent, d’où qu’on vienne, quoi qu’on fasse, pour
multiplier les actions et les manifs communes :
- retrait du décret de 1955 et abrogation des lois sécuritaires, à
commencer par les récentes lois Perben, Sarkozy, Chevénement
- Contre toutes les expulsions (contre le retour de la double peine),
régularisation de tous les sans-papiers
- suppression de toutes les forces de répression, en particulier des BAC
(Brigades soi-disant Anti-Criminalité)
- revenu garanti avec ou sans emploi : pour déconnecter le revenu d’un
emploi de plus en plus rare, et toujours aussi aliéné ;
- gratuité et démocratisation des services publics utiles à la population
(énergie, santé, transports, éducation...) : nous devons pouvoir peser sur
les choix des services publics et y avoir tous accès dans leur intégralité
 ; - démocratisation de la vie sociale et politique : démocratie,
c’est-à-dire auto-organisation et autogestion ! La politique ne doit pas
être laissée entre les mains des partis de notables qui hochent la tête.
Nous devons en finir avec ce régime aristocratique où notre avis n’a aucun
poids. Nous devons nous organiser en dehors et impulser une démocratie
directe, dans tous nos espaces de vie, du quartier au pays, avec contrôle
des mandats et réelles prises de décisions sur le devenir de la société.

POLITISE TES INQUIETUDES, TU INQUIETERAS LES POLITICIENS !
LE CAPITALISME NE TOMBERA PAS TOUT SEUL !
AIDONS-LE !
AUTONOMIE POUR TOUTES ET TOUS !

Réseau No Pasaran
21ter rue Voltaire
75011 Paris