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L’abolition du salariat (Claude Berger)

publié par admin, le samedi 16 avril 2005

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Des nou­vel­les formes de luttes, de vie, de savoir, de pou­voir appa­rais­sent au cours de tous les conflits du tra­vail ou dans les mul­ti­ples crises que connais­sent les ins­ti­tu­tions : elles contes­tent l’exploi­ta­tion mais aussi l’oppres­sion du tra­vail sala­rié.

L’abo­li­tion du sala­riat : c’est ce que les luttes réc­entes- depuis le grand mou­ve­ment de 1968 - por­tent en germe Mais un « germe » doit se mûrir pour par­ve­nir à matu­rité sans être détruit. Voilà pour­quoi une réflexion et un débat sont néc­ess­aires entre tous les par­ti­ci­pants de ces luttes sur la base de leurs expéri­ences D’autant plus qu’on ne peut faire confiance à per­sonne d’autres qu’à nous-mêmes pour dis­cu­ter, Pour pré­parer dans la lutte, ce qui sera pos­si­ble demain : l’auto-éman­ci­pation des tra­vailleurs. Du Chili au Portugal, de l’Espagne en Italie, via la France, on com­mence à en être convaincu. Voilà pour­quoi notre groupe s’est réuni et vous invite à faire de même en vous sou­met­tant ses réflexions : dans le but de sus­ci­ter des pra­ti­ques nou­vel­les, cohér­entes, conver­gen­tes, contre le sala­riat lui même et contre son Etat.

Nous sommes un groupe de femmes et d’hommes vivant des situa­tions différ­entes Nous exerçons des pro­fes­sions diver­ses, ouvriers, employés, tech­ni­ciens, ensei­gnants, pra­ti­ciens sala­riés, étudiants, édu­cateurs, nous sommes syn­di­qués ou non (1). Nous avons vécu ou sou­tenu un cer­tain nombre de luttes Nous esti­mons qu’elles sont, par leur vie-même col­lec­tive et soli­daire, por­teu­ses d’un projet radi­ca­le­ment nou­veau de société éga­lit­aire sans classe, sans exploi­ta­tion, sans oppres­sion, sans état, avec pour fon­de­ment prin­ci­pal la sup­pres­sion du tra­vail sala­rié, l’abo­li­tion du sala­riat.

Nous nous sommes réunis (2) parce que nous pen­sons que de tels rap­ports com­mu­nau­tai­res nés dans la lutte exi­gent des pra­ti­ques nou­vel­les de façon à pro­lon­ger la véri­table rup­ture qu’ils intro­dui­sent dans le système. Pourtant, à aucun moment, autant dans les acti­vités limitées par l’orga­ni­sa­tion syn­di­cale que dans le mili­tan­tisme, l’acti­visme, te rituel, tes " pro­gram­mes « des partis poli­ti­ques qu’ils soient de gauche ou d’extrême-gauche, nous ne retrou­vons rien des pra­ti­ques com­mu­nau­tai­res et éman­ci­pat­rices, des pra­ti­ques de rup­ture de ta lutte, rien du germe et du projet de société nou­velle qui s’y sont développés.

Il y a là, certes, un rap­port avec le fait que ces mêmes partis et syn­di­cats sont inca­pa­bles d’opérer la cri­ti­que réelle de la société actuelle ; ou avec le fait qu’ambi­tion­nant de sup­pri­mer le capi­ta­lisme privé, ils enten­dent conser­ver et dével­opper l’accu­mu­la­tion d’un capi­tal » public « , tou­jours fondé sur l’exploi­ta­tion et l’oppres­sion du tra­vail sala­rié, sans jamais mettre en cause la masse de tra­vaux socia­le­ment inu­ti­les que celles-ci prés­up­posent.

Si partis de gauche, d’extrême-gauche et syn­di­cats désignent la société actuelle du nom de » société capi­ta­liste " se plaçant ainsi du point de vue de "exploi­ta­tion capi­ta­liste du tra­vail « et non de » société sala­riale « , ce n’est donc pas par hasard .

Or la société anti­que ne fut pas seu­le­ment » anti­que « , ce fut celle de l’escla­vage. Quant à la société féo­dale, elle fut celle du ser­vage. La société de classe capi­ta­liste est donc d’abord celle du sala­riat... Si tant est que c’est le mode d’exploi­ta­tion, donc d’oppres­sion du tra­vail qui caracté­rise une société. Par conséquent le socia­lisme réel ne peut être que celui qui abolit le sala­riat. Mais syn­di­cats et partis butent sur la défi­nition du sala­riat.

I. QU’ EST CE QUE LE SALARIAT ?

Esclavagisme, ser­vage, sala­riat ..où est la différ­ence ? Le sala­riat, c’est la forme la plus sub­tile de l’exploi­ta­tion et de l’oppres­sion. On se croit » libre tra­vailleur « mais on subi l’enfer­me­ment au tra­vail tout en n’étant soi-même qu’une mar­chan­dise concur­rente des autres tra­vailleurs sur le marché du tra­vail. Pour le reste, on est soumis au Pouvoir comme à tous les pou­voirs, au soi-disant savoir, à la consom­ma­tion mar­chande, à l’indi­vi­dua­lisme, à tous les enfer­me­ments, à la vie en miet­tes enfin.

Le sala­riat, ce n’est pas seu­le­ment le salaire, c’est-à-dire la prét­endue rét­ri­bution du tra­vail, une fois ôtée la plus-value drai­nant le sur­tra­vail extor­qué au tra­vailleur. Ce n’est pas non plus la simple exploi­ta­tion d’un tra­vail qui pourra ne pas être exploité... Non, le sala­riat désigne un mode par­ti­cu­lier - capi­ta­liste - bour­geois - mar­chand - d’exploi­ta­tion du tra­vail au moyen d’une oppres­sion elle-même très par­ti­cu­lière du tra­vailleur dans son tra­vail et hors du tra­vail. Une oppres­sion qui vise précisément à engen­drer le tra­vail sous forme de mar­chan­dise, à pro­duire et à main­te­nir les tra­vailleurs par le biais de ce tra­vail et des ins­ti­tu­tions sous la forme de sim­ples ven­deurs-concur­rents entre eux, de leur force de tra­vail. Le sala­riat néc­es­site donc des lieux de tra­vail bien coer­ci­tifs, bien séparés les uns des autres, bien concen­trés ou éparpillés selon les cir­cons­tan­ces et selon les impé­rat­ifs qui ne relèvent nul­le­ment de la tech­no­lo­gie mais de la réa­li­sation du taux de profit ou de la seule tran­quillité du capi­tal face à la rés­ist­ance ouvrière.

Le sala­riat néc­es­site tout un ensem­ble d’ins­ti­tu­tions des­tinées à pré­parer ou à perpétuer l’oppres­sion du tra­vail et la sou­mis­sion des tra­vailleurs dans l’exis­tence elle-même. Le sala­riat, c’est donc le mode d’oppres­sion du tra­vail et de l’exis­tence, néc­ess­aire à l’exploi­ta­tion capi­ta­liste.

Mais cette défi­nition n’est pas une théorie extéri­eure à nos luttes. Ce sont elles qui sont por­teu­ses de cri­ti­que révo­luti­onn­aire. Ce sont elles qui nous mon­trent que tout pour­rait mar­cher autre­ment. Lorsque nous lut­tons pour des reven­di­ca­tions imméd­iates - contre l’exploi­ta­tion - ce qui devient essen­tiel, ce qui pré­pare la rup­ture, c’est que nous osons vivre ensem­ble, que nous com­mençons à nous asso­cier en dépit de tous les obs­ta­cles et de toutes les hiér­archies.

C’est cela qui nous permet de com­pren­dre pra­ti­que­ment que le sala­riat repose. sur notre concur­rence mutuelle et notre sou­mis­sion aux pou­voirs : Concurrents à l’intérieur de l’usine, de la » boite " , au moyen de la divi­sion du tra­vail, de la par­cel­li­sa­tion des tâches, de l’atta­che­ment au même poste de tra­vail toute une vie, de la cota­tion par poste et soumis aux com­man­de­ments du capi­tal et du savoir qui lui est allié... Concurrents sur le marché du tra­vail et soumis à l’Etat...

Concurrents sur les bancs de l’école où nous avons été sél­ectionnés, notés, soumis à l’auto­rité du maître-agent de l’Etat, il ne nous res­tera plus que le « petit choix » d’ache­ter des choses.

Et nous serons alors des « libres » consom­ma­teurs de biens pér­is­sables, sou­vent dan­ge­reux, ren­forçant l’iso­le­ment des sala­riés et perpétuant notre sou­mis­sion à la puis­sance de la super-mar­chan­dise qui réa­lise enfin la plus-value extor­quée sur notre tra­vail.

Il nous res­tera encore l’autre « petit choix », celui de voter : nous serons de « libres » citoyens votant chaque vingt-huit sai­sons pour renou­ve­ler la tête de l’Etat qui nous opprime et main­te­nir le règne du tra­vail sala­rié. Le tra­vail capi­ta­liste - le sala­riat -c’est donc un pro­ces­sus qui permet d’extor­quer de la plus-value mais aussi du pou­voir, du savoir, de la culture, du temps libre, des loi­sirs pour les concen­trer dans des lieux clos et séparés qui, tous, domi­nent les tra­vailleurs hors de leur tra­vail : l’Etat, l’Ecole, l’Armée, l’Université, l’Information, la Culture avec un grand C, la Famille, les Partis, la Classe Bourgeoise et ses Alliés... Le tra­vail capi­ta­liste - le sala­riat - engen­dre, exige l’ato­mi­sa­tion des tra­vailleurs leur soli­tude, la divi­sion de leur vie au tra­vail et hors du tra­vail, leur sou­mis­sion ins­ti­tu­tion­nelle, la divi­sion entre ce qui serait « poli­ti­que » et non-poli­ti­que, éco­no­mique, exis­ten­tiel ; bref l’oppres­sion du tra­vail sala­rié engen­dre, exige la déc­om­po­sition de l’exis­tence des tra­vailleurs.

Notes :

1 CFDT pour la majo­rité 2, A la suite du débat public autour du livre, Marx, l’asso­cia­tion, l’anti-Lénine, vers l’abo­li­tion du sala­riat « de Claude Berger Editions Payot, Petite Bibliothèque, No 238, 294 p, 14,50 F, dont les thèses sont repri­ses ici .

LES » FAUX « SALARIÉS

Le sala­riat ne com­prend pas tous les tra­vailleurs. Ce n’est pas un tout homogène. Les sala­riés réels subis­sent exploi­ta­tion et ( ou) oppres­sion et les sala­riés for­mels ne les subis­sent pas : ils en sont même les agents malgré tous leurs bons sen­ti­ments. Mais le camp du sala­riat n’est pas homogène. Pour exploi­ter et oppri­mer le tra­vail face à la rés­ist­ance ouvrière (ou petite pay­sanne), le capi­tal doit le réputer sans savoir, sans pou­voir, donc sans » valeur « . ( 1) Il tend à concen­trer pour lui le tra­vail intel­lec­tuel et à l’oppo­ser au tra­vail manuel, au tra­vail pro­duc­tif et opprimé. Il tend à dével­opper un tra­vail indiffér­encié dont le peu d’intérêt pour les tra­vailleurs ne détenant aucun pou­voir sur leur vie sociale, sus­cite de mul­ti­ples mani­fes­ta­tions de refus du tra­vail, et par anti­ci­pa­tion, de dégoût de l’école, chez ceux qui appro­chent de la » vie active « . Pour l’ins­tant, les intel­lec­tuels au sein du tra­vail sala­rié ont pour fonc­tion de conce­voir les modes et les rap­ports de tra­vail, les mar­chan­di­ses, les mét­hodes de vente, les façons de subir la » culture « ...

Ils par­ti­ci­pent donc à l’agen­ce­ment de l’oppres­sion du tra­vail et de la consom­ma­tion qui s’exer­cent sur les tra­vailleurs. Ils sont donc des agents de l’extor­sion de la vie sociale des opprimés. Qu’ils le veuillent ou non ils accu­mu­lent ainsi du savoir dans le camp du capi­tal ; accu­mu­la­tion qui repose sur l’exclu­sion des tra­vailleurs, sur un anta­go­nisme avec le savoir col­lec­tif que ceux -ci seraient à même de dével­opper au cours d’un pro­ces­sus de lutte géné­rale contre le système actuel de pro­duc­tion . Le sala­riat ne désigne donc pas l’ensem­ble des sala­riés. Les sala­riés réels qui subis­sent l’exploi­ta­tion et ( ou bien) l’oppres­sion dans le tra­vail, les escla­ves moder­nes du tra­vail indiffér­encié, perç­oivent effec­ti­ve­ment, dès qu’ils lut­tent col­lec­ti­ve­ment, le rôle et les pri­vilèges du tra­vail intel­lec­tuel dans la pro­duc­tion de leur propre situa­tion. Les condi­tions d’un ral­lie­ment des intel­lec­tuels, sala­riés » for­mels « , ne peu­vent passer que par une contes­ta­tion radi­cale de leurs fonc­tions, de leurs pri­vilèges, bref des conséqu­ences de la divi­sion du tra­vail et de la pro­duc­tion mar­chande.

1. NB : Dans la cir­cu­la­tion du capi­tal, le tra­vail intel­lec­tuel vit d’une rét­roc­ession de plus-value.

PRODUIRE, POURQUOI, QUAND, COMMENT, OU ?

On parle sou­vent de la logi­que du » profit « pour cri­ti­quer le type ou la qua­lité des mar­chan­di­ses livrées et consommées dans le système. Mais il est rare qu’on dén­once la » logi­que « du tra­vail qui en est le fon­de­ment. Or pour exploi­ter un tra­vail, il faut oppri­mer les tra­vailleurs et de mul­ti­ples tra­vaux n’ont d’autres rai­sons d’être que de pro­duire des mar­chan­di­ses socia­le­ment inu­ti­les ( du point de vue de tra­vailleurs qui ré-orga­ni­se­raient la société pour eux-mêmes ), d’agen­cer des consom­ma­tions nui­si­bles et plus encore de gérer l’oppres­sion du tra­vail et de l’exis­tence des tra­vailleurs. Si on sup­prime tous ces tra­vaux socia­le­ment inu­ti­les, si on sup­prime le sala­riat, si la société entière est aux mains de com­mu­nautés fédérées de tra­vailleurs asso­ciés trois heures de tra­vail socia­le­ment utile, assumées par tous devraient suf­fire de nos jours. A l’idéo­logie pro­duc­ti­viste, oppo­sons le droit à la paresse ( qui n’est pas le culte indi­vi­duel de l’oisi­veté mais la rép­ar­tition col­lec­tive du temps libre et créatif ). : De même les sala­riés » réels « , dès qu’ils lut­tent col­lec­ti­ve­ment, déc­ouvrent bien vite l’inu­ti­lité sociale de mul­ti­ples tra­vaux qu’exé­cute la majeure partie d’entre eux, au regard de la vie et de la cons­truc­tion d’une société qui serait la leur :

A quoi pour­rait servir la Sécurité Sociale si tous les soins étaient gra­tuits, si l’ ins­ti­tu­tion médi­cale était radi­ca­le­ment trans­formée, tout comme la vie elle-même, avec les mala­dies qu’elle engen­dre ? A quoi pour­raient servir tous les postes de tra­vail qui ne font que gérer l’exploi­ta­tion et l’oppres­sion du tra­vail : bureau­cra­tie, contrôles, police, chro­nomét­rage, mar­ke­ting, ban­ques, etc...

A quoi pour­rait servir la majeure partie de la fonc­tion publi­que s’il n’y avait pas néc­essité capi­ta­liste et sala­riale d’un pou­voir extérieur qui soit concen­tré pour pou­voir être oppres­sif.

A quoi pour­raient servir ces mul­ti­ples études et tra­vaux des­tinés à brûler toutes les énergies pos­si­bles, à fabri­quer des gad­gets sophis­ti­qués et inu­ti­les, pour que se main­tien­nent les taux de pro­fits capi­ta­lis­tes, dans une société non-sala­riale vivant des rap­ports récip­roques de dével­op­pement et d’équi­libre avec le milieu natu­rel ? Quelle uti­lité ces mul­ti­ples métiers du com­merce qui agen­cent le marché inter­na­tio­nal des pro­duits ou le » dével­op­pement des éch­anges « en raison même de l’exten­sion du marché concur­ren­tiel du tra­vail sala­rié au monde entier, si précisément, on dével­oppait les pro­duits locaux sans souci de l’éco­nomie de marché des pro­duits... et des hommes ?

Pourquoi manger des ceri­ses du Cap » les pre­mières sur le marché « quand on arra­chera ici tous les ceri­siers qui ne pro­dui­ront pas au » bon moment des cours « ... Pourquoi recher­cher de l’énergie à tout prix quand les Tours de la Défense sont illu­minées pour rien d’autre que signi­fier la puis­sance du capi­tal face aux H .L.M .de ban­lieue ? Faisons mar­cher notre ima­gi­na­tion cri­ti­que, dém­ys­tifions le tra­vail sala­rié, lut­tons contre lui iro­ni­que­ment, col­lec­ti­ve­ment !

Il n’est pas uto­pi­que, et c’est même rai­son­na­ble, d’esti­mer que trois heures de tra­vail socia­le­ment utile des­tiné à pro­duire des biens matériels cor­res­pon­dant à des besoins définis col­lec­ti­ve­ment hors de toute néc­essité d’exploi­ta­tion et d’oppres­sion du tra­vail sala­rié et rép­artis éga­lit­ai­rement pour tous, suf­fi­raient ample­ment de nos jours...

Il est temps de ridi­cu­li­ser l’idéo­logie pro­duc­ti­viste qui règne au sein du » mou­ve­ment ouvrier « prét­endu » orga­nisé « . » Honte « à ceux qui au nom du » socia­lisme « veu­lent garder les mêmes modèles de pro­duc­tion, d’éch­ange et de consom­ma­tion. » Honte « à ceux qui au nom de la » tran­si­tion vers le socia­lisme « enten­dent pro­mou­voir une aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vité, une éco­nomie compé­ti­tive s’insérant étr­oi­tement dans l’éco­nomie de marché inter­na­tio­nale, c’est à dire dans le pro­ces­sus mon­dial d’exploi­ta­tion et d’oppres­sion du tra­vail sala­rié.

LES FAUX » SOCIALISMES « 

Le capi­ta­lisme » public « qui prétend rayer le capi­ta­lisme privé et l’exploi­ta­tion de classe mais conserve intac­tes toutes les formes de l’exploi­ta­tion et de l’oppres­sion du tra­vail sala­rié : l’usine, la divi­sion du tra­vail, la concur­rence, le marché du tra­vail et toutes les ins­ti­tu­tions néc­ess­aires à l’exploi­ta­tion et à l’oppres­sion du tra­vail sala­rié au dehors de l’usine ne mérite pas le nom de » socia­lisme «  : c’est un faux socia­lisme, c’est un sala­riat d’Etat.

***

La fin de l’exploi­ta­tion ne peut se borner à sup­pri­mer le capi­tal privé et le rem­pla­cer par un capi­tal public, en natio­na­li­sant par exem­ple. Si l’on ne révo­luti­onne pas le tra­vail lui-même et l’exis­tence, si l’on n’oblige pas la pro­duc­tion à se sou­met­tre aux néc­essités de com­mu­nautés de base de pro­duc­teurs asso­ciés, si l’on ne détruit pas l’oppres­sion du tra­vail sala­rié - le sala­riat dans son ensem­ble dans le tra­vail comme hors du tra­vail —on va tout droit vers une société nou­velle de clas­ses, un nou­veau sala­riat d’Etat, des pro­duits aussi mar­chands, des usines iden­ti­ques, des ins­tan­ces de pou­voir et de savoir aussi oppres­si­ves.

Ce sala­riat d’Etat pro­fi­tera alors à tous les pri­vilégiés de la divi­sion du tra­vail : c’est bien là le sort des pays dits » socia­lis­tes « , en pre­mier lieu de l’U.R.S.S... Et comme les tra­vailleurs rechi­gnent dans ce système, la coer­ci­tion d’Etat dans la pro­duc­tion (bureau­cra­tie et tech­no­cra­tie) s’y fait encore plus forte sous l’étiqu­ette de » dic­ta­ture du prolé­tariat «  Voilà pour­quoi les tra­vailleurs occi­den­taux épr­ouvent plus que des inquié­tudes devant à un tel système. La fin de l’exploi­ta­tion capi­ta­liste ne peut se borner non plus à 1’ » auto­ges­tion « de la société actuelle en amé­nageant les aspects les plus voyants de l’oppres­sion du tra­vail ou celle de l’Etat et des ins­ti­tu­tions, (y com­pris les syn­di­cats et les partis) comme nous le pro­po­sent les patrons, actuel­le­ment les Giscardiens éclairés, ou des partis à prét­ention socia­liste.

Au moment où la crise du tra­vail sala­rié et des ins­ti­tu­tions néc­ess­aires au sala­riat (famille, école, armée, prison, Etat) se dével­oppe, on voit en effet fleu­rir des thèmes de coges­tion, d’ » auto­ges­tion « , de par­ti­ci­pa­tion, c’est-à-dire de mul­ti­ples essais d’intér­es­sement des tra­vailleurs à une exploi­ta­tion et à une oppres­sion aux­quel­les ils ne » mor­dent « plus. Ceux qui prét­endent contre­ba­lan­cer les effets d’un capi­ta­lisme d’Etat par des phénomènes d’ » auto­ges­tion « à tous les niveaux en libé­ra­lisant le » modèle sovié­tique « et en sou­te­nant ici le Programme Commun de façon » cri­ti­que « ne rom­pent donc pas plus avec le sala­riat. Pour le rompre, il ne suffit pas de se livrer à une cri­ti­que vague de la pro­duc­tion » pour le profit « en déf­endant des pro­duits prét­endus » sociaux « et » col­lec­tifs « mais en fait décidés par l’Etat et sa bureau­cra­tie, quelle qu’elle soit.

C’est le tra­vail, c’est l’usine, c’est le bureau, c’est le mode actuel de pro­duc­tion - dont l’usine est le modèle - qui sont en cause.

La cri­ti­que de l’éco­nomie de marché des pro­duits est donc insé­pa­rable de la cri­ti­que de l’éco­nomie de marché des hommes, insé­pa­rable de la cri­ti­que de la divi­sion for­cenée du tra­vail, de la déc­om­po­sition de l’exis­tence des tra­vailleurs sous le coup des prét­endues » néc­essités éco­no­miques de la pro­duc­tion « , des ins­ti­tu­tions et de l’Etat.

Abolir le sala­riat, c’est révo­luti­onner en même temps le tra­vail, la pro­duc­tion, l’exis­tence, le pou­voir et le savoir.

C’est se placer avant tout du point de vue de l’exploi­ta­tion et de l’oppres­sion du tra­vail sala­rié.

Il. LA REVOLUTION CONTRE LE SALARIAT

L’essen­tiel dans nos luttes, c’est que nous sommes obligés de nous asso­cier tout en arrêtant le tra­vail oppres­sif au cours de nos grèves éman­ci­pat­rices. On met fin alors, pour un moment, à la concur­rence mutuelle, à la sou­mis­sion aux pou­voirs et aux savoirs, à notre ato­mi­sa­tion, à notre vie en miet­tes. Notre vie col­lec­tive, ainsi recom­posée par la lutte, pour lutter, c’est déjà un embryon de la com­mu­nauté des pro­duc­teurs asso­ciés, (avec ses nou­veaux besoins col­lec­tifs)...

NB : (c’est là où Lip nous monte aux lèvres)

***

Mais com­ment ? Comment sortir de la cri­ti­que abs­traite, pour trans­for­mer pra­ti­que­ment l’exis­tence ? : En ana­ly­sant la réalité des luttes, la réalité de nos luttes. En quoi annon­cent-elles un monde nou­veau, en quoi per­met­tent-elles d’avan­cer en pra­ti­que vers une telle révo­lution ? Plus loin, com­ment inclure la rup­ture avec l’éco­nomie de marché et le sala­riat dans nos luttes elles-mêmes et, au-delà, dans un mou­ve­ment per­ma­nent ?

Tout d’abord si la lutte sur le plan du tra­vail et de la pro­duc­tion est pri­mor­diale parce qu’elle met en jeu les pro­duc­teurs réels les plus exploités et les plus opprimés, parce qu’elle lèse direc­te­ment le capi­tal, les luttes anti-ins­ti­tu­tion­nel­les qui met­tent en jeu prin­ci­pa­le­ment des cou­ches de la petite bour­geoi­sie radi­ca­lisée ou refu­sant les rôles d’oppres­sion que le système leur fait assu­mer, ne sont pas secondai­res. Les unes et les autres cons­ti­tuent deux ver­sants de la lutte contre le sala­riat conçu en tant que système social d’oppres­sion.

Ensuite, que se passe-t-il géné­ra­lement au cours du dér­ou­lement d’une grève où les tra­vailleurs font preuve d’auto­no­mie vis-à-vis des hiér­archies syn­di­ca­les ou patro­na­les, décident col­lec­ti­ve­ment la conduite de la lutte en assem­blée géné­rale et n’hésitent pas à s’éman­ciper en occu­pant les lieux de tra­vail, en séqu­estrant les adver­sai­res, en vivant col­lec­ti­ve­ment le moment du conflit ? Quelle que soit la façon dont le conflit éclate, les tra­vailleurs for­mu­lent tou­jours des buts reven­di­ca­tifs qui mar­quent une volonté de rés­ist­ance contre l’exploi­ta­tion capi­ta­liste : que ce soit pour des pro­blèmes d’horai­res, de salai­res, de ren­de­ment, de condi­tions de tra­vail ou de sécurité, ils lut­tent pour faire res­pec­ter ou valoir plus cher le prix de leur force de tra­vail. C’est une lutte per­ma­nente. Cette lutte reven­di­ca­tive contre l’exploi­ta­tion, c’est la lutte de classe pure et simple. C’est une donnée de la société capi­ta­liste.

Mais cette déf­ense des intérêts immédiats du prolé­tariat, si elle est néc­ess­aire, est-elle pour autant por­teuse de chan­ge­ments pro­fonds et dura­bles ? Non seu­le­ment dans l’exploi­ta­tion du tra­vail mais éga­lement dans l’oppres­sion du tra­vail et de l’exis­tence ? Certes non ! Cette lutte pour les intérêts de classe, inél­uc­table et néc­ess­aire, cette déf­ense ouvrière du prix et des condi­tions de vente de la force de tra­vail est en soi un moment de la repro­duc­tion capi­ta­liste : plus les tra­vailleurs lut­tent, plus le capi­tal tend à inves­tir dans des machi­nes pour accroître la pro­duc­ti­vité, en ren­forçant la divi­sion du tra­vail et son indiffér­enc­iation (1) et plus il tend éga­lement à exploi­ter du tra­vail dans d’autres zones, tout en créant de nou­veaux besoins et de nou­vel­les mar­chan­di­ses. Si la lutte de classe reven­di­ca­tive est un moment de la repro­duc­tion du système, si la lutte contre l’exploi­ta­tion n’est pas forcément la lutte contre l’oppres­sion du tra­vail et de l’exis­tence, qu’est-ce qui est essen­tiel ?

C’est le fait que pour lutter, les tra­vailleurs sont obligés de s’asso­cier en fai­sant cesser pour un temps le tra­vail au cours de la grève éman­ci­pat­rice. Ils met­tent fin à leur concur­rence mutuelle, à leur sou­mis­sion aux pou­voirs et aux savoirs, à leur ato­mi­sa­tion et à la déc­om­po­sition de leur exis­tence. Ils sont obligés de vivre col­lec­ti­ve­ment en met­tant en commun leurs biens, une volonté com­mune, une ima­gi­na­tion créa­tive. C’est cet embryon de com­mu­nauté de lutte qui porte en germe un monde nou­veau : celui de la com­mu­nauté des pro­duc­teurs asso­ciés. A l’état de ten­dance, elle impli­que la rép­ar­tition éga­lit­aire du tra­vail, le par­tage des tâches agré­ables et désag­réables et des tra­vaux réc­lamant des inten­sités différ­entes, la maît­rise éga­lit­aire de la divi­sion du tra­vail, la fin de l’usine et du bureau en tant que lieux clos, en tant que machi­nes essen­tiel­le­ment capi­ta­lis­tes.

A l’état de ten­dance, elle impli­que une recom­po­si­tion col­lec­tive de l’exis­tence, la défi­nition de besoins col­lec­tifs d’une autre nature. Elle est donc anta­go­niste à l’Etat, à tout Etat. Pratiquement elle fait cesser la divi­sion arbi­traire, arti­fi­cielle entre le tra­vail et les ins­ti­tu­tions, entre 1’ » éco­no­mique « , le reven­di­ca­tif, l’exis­ten­tiel, le cultu­rel, et le poli­ti­que. ...Mais au fait, si la grève des tra­vailleurs de chez Lip a sus­cité tant d’espoir et d’exem­ples parmi les tra­vailleurs et tant d’inter­pré­tations mani­pu­la­toi­res parmi les poli­ti­ciens et les syn­di­ca­lis­tes de la hiér­archie, n’est-ce pas parce que la com­mu­nauté de lutte affron­tait direc­te­ment, par son exis­tence même, l’Etat et les ins­ti­tu­tions exis­tan­tes ?

L’essen­tiel, c’était que la com­mu­nauté de lutte fai­sait remar­cher la pro­duc­tion pour conti­nuer sa lutte avec les machi­nes sous­trai­tes clan­des­ti­ne­ment et non le fait que les tra­vailleurs pro­dui­saient par eux-mêmes :

On se doute bien que chacun peut pro­duire sans flic ou tech­no­crate der­rière son dos ! Or, aujourd’hui la grande entre­prise de récu­pération du patro­nat moder­niste et de ses tech­no­cra­tes de gauche insis­tent sur cet aspect de réint­égration dans la pro­duc­tion mar­chande et dans le sala­riat avec un sou­rire entendu, disant vous voyez : » ils en veu­lent «  ! D’où la déma­gogie actuelle sur les coopé­ra­tives ouvrières » autogérées « pour repren­dre en main des sec­teurs que le capi­tal ne juge plus » pro­duc­tifs « 

Mais un consen­sus syn­di­cal, patro­nal et poli­ti­que - celui du silence- s’établit sur l’essen­tiel de la lutte, sur le fait que, par­tant d’une lutte reven­di­ca­tive, les tra­vailleurs ne sont asso­ciés et qu’en lut­tant par l’asso­cia­tion, ils étaient à deux doigts de lutter pour l’asso­cia­tion : pour des rap­ports de société sans clas­ses, pour une société abo­lis­sant le sala­riat.

La classe ouvrière n’est donc pas révo­luti­onn­aire par mira­cle, elle ne le devient qu’en lut­tant par l’asso­cia­tion puis en lut­tant pour l’asso­cia­tion (2) pour main­te­nir les com­mu­nautés de lutte au-delà du caractère local et momen­tané des conflits. Non pas pour cons­ti­tuer des coopé­ra­tives ouvrières, ni des com­mu­nautés mar­gi­na­les, mais des sociétés de lutte contre le sala­riat- des asso­cia­tions intégrant des tra­vailleurs d’autres usines, d’autres bran­ches de pro­duc­tion, des pay­sans radi­ca­lisés, des intel­lec­tuels (indi­vi­duel­le­ment) en rup­ture, et se coor­don­nant entre elles, vivant dès aujourd’hui différ­emment pour impo­ser demain le règne des com­mu­nautés fédérées, de pro­duc­teurs asso­ciés, orga­nes de pou­voir, d’exis­tence et de pro­duc­tion radi­ca­le­ment anta­go­nis­tes au sala­riat et à l’Etat. (3).

Notes :

1 / La rép­onse de Lelong, minis­tre des PTT, au mou­ve­ment de lutte des pos­tiers se borne à ceci : dével­op­pement du tri auto­ma­ti­que.

2 /On passe ainsi de la lutte pour des intérêts de classe à la lutte révo­luti­onn­aire de classe (pour des rap­ports de sociétés sans classe)

3/ En se basant sur le caractère autogéré de la lutte ini­tiale, réap­paru en 1968, cer­tains conç­oivent un même pro­ces­sus en lui don­nant alors le nom d’auto­ges­tion com­mu­niste (voir plus loin)

SYNDICATS ET PARTIS

Les syn­di­cats déf­endent le prix de notre tra­vail et les partis qui déc­larent nous déf­endre » poli­ti­que­ment « veu­lent nous représ­enter à la tête de l’Etat qui dirige tout le système d’oppres­sion de notre tra­vail et de notre exis­tence. D’un côté ce qui serait éco­no­mique », de l’autre ce qui serait « poli­ti­que »... là-haut. Partis et syn­di­cats met­tent eux aussi notre vie en miet­tes : ils repro­dui­sent encore le système. Nous pen­sons que c’est la vie col­lec­tive recom­posée par la lutte et pour lutter qui est por­teuse d’une véri­table pra­ti­que poli­ti­que popu­laire anta­go­niste au tra­vail et à l’Etat comme à tous les « spéc­ial­istes » qui s’agi­tent autour des tem­ples.

*** A quoi répond la divi­sion entre syn­di­cat et partis ? Le syn­di­cat s’est ins­ti­tu­tion­na­lisé sur la base de la lutte reven­di­ca­tive du prix de la force de tra­vail. Un appa­reil per­ma­nent est en place, une orga­ni­sa­tion cons­ti­tuée par des liai­sons ver­ti­ca­les par bran­ches d’indus­trie défend le statut du tra­vail sala­rié. A aucun moment, il ne remet en cause pra­ti­que­ment le sala­riat et la déc­om­po­sition de l’exis­tence des tra­vailleurs. Il tend à contrôler toute ten­dance de ceux-ci à l’auto­no­mie et à impo­ser sa méd­iation comme forme de liai­son entre eux. Il refoule toute ten­dance à la com­mu­nauté de lutte et tout appro­fon­dis­se­ment de ses pra­ti­ques, tout thème de lutte contre le tra­vail. En bor­nant la lutte à sa fina­lité imméd­iate, reven­di­ca­tive, « éco­no­mique »", il appelle donc une autre spéc­ia­li­sation :

Celle de la poli­ti­que des partis dits « ouvriers », fondés eux aussi sur la cons­ti­tu­tion d’un appa­reil extérieur aux luttes, anta­go­niste à leur contenu anti-sala­rial et anti- éta­tique.

Car ces partis, qu’ils se veuillent légal­istes ou à prét­ention insur­rec­tion­nelle « le moment venu », se tar­guent du fait que le syn­di­cat ne peut lutter que dans le domaine « éco­no­mique » - reven­di­ca­tif pour prét­endre « tra­duire » en termes « poli­ti­ques » la déf­ense des intérêts des tra­vailleurs.

Ils reven­di­que­ront alors de mettre un Etat, la pro­duc­tion capi­ta­liste, l’usine, l’école, la famille, l’armée... « au ser­vice des tra­vailleurs » sans jamais faire appa­raître que ces formes ne pour­ront jamais être « à leur ser­vice ».

Là non plus il n’est pas ques­tion, pour les partis, de favo­ri­ser l’appa­ri­tion et le main­tien des com­mu­nautés de lutte contre le sala­riat, leur dével­op­pement en un mou­ve­ment per­ma­nent, mais, plus grave, il n’est jamais ques­tion que la classe ouvrière se trans­forme en classe révo­luti­onnai re, en classe de l’asso­cia­tion niant les rap­ports de pro­duc­tion de la société sala­riale. Bref, syn­di­cats et partis s’insèrent étr­oi­tement dans les divi­sions de la société exis­tante, divi­sions entre ce qui serait « éco­no­mique », exis­ten­tiel et, « poli­ti­que ». Ils pro­po­sent donc tou­jours le main­tien de la pro­duc­tion capi­ta­liste et de la poli­ti­que en tant que sphères séparées. C’est pour­quoi leurs pro­jets sont tou­jours des pro­jets de conser­va­tion du sala­riat ; ils s’avèrent inca­pa­bles de conce­voir la tran­si­tion socia­liste réelle : la révo­lution du mode de pro­duc­tion et d’éch­ange, de pou­voir et d’exis­tence. S’il ne s’agis­sait que de leurs pro­jets, ce serait un moin­dre mal : mais leurs pra­ti­ques vont sans cesse dans le sens de l’éto­uf­fement des com­mu­nautés embryon­nai­res de lutte, dans le sens de la divi­sion des ins­tan­ces éco­no­miques, poli­ti­ques et ins­ti­tu­tion­nel­les, dans le sens du refus de l’auto­no­mie et des pra­ti­ques anti-sala­ria­les et anti-éta­tiques de la classe ouvrière.

Si cons­ciem­ment, ils mili­tent vers un capi­ta­lisme d’Etat, donc vers un sala­riat d’Etat qui pro­fi­te­rait à tous les per­ma­nents et à toutes les hiér­archies du tra­vail, s’ils sont anti-capi­ta­lis­tes s’agis­sant du capi­ta­lisme privé, ils sont en fait pro-capi­ta­lis­tes, s’agis­sant du capi­tal « public » .

ASSOCIATION ET AUTOGESTION COMMUNITE

Pour désigner ce même contenu asso­cia­tion­niste, com­mu­nau­taire, anti-sala­rial des luttes, cer­tains lui don­nent le nom d’auto­ges­tion com­mu­niste. Comme le terme auto­ges­tion seul, peut avoir des sens différents et équi­voques, l’adjec­tif com­mu­niste indi­que qu’entre ces luttes à ten­dance autogérée, auto­nome, et le com­mu­nisme réel, il ya conti­nuité.

Autrement dit, que l’on désigne un tel pro­ces­sus inin­ter­rompu du nom d’asso­cia­tion ou d’auto­ges­tion com­mu­niste, l’impor­tant est d’impli­quer la rup­ture sociale dans l’auto-orga­ni­sa­tion de la lutte elle-même : la des­truc­tion de l’Etat, du sala­riat, de l’éco­nomie de marché, de l’argent. Ces termes ne peu­vent donc se satis­faire de prag­ma­tisme, d’oppor­tu­nisme ou de com­po­si­tion.

La notion d’auto­ges­tion com­mu­niste ainsi iden­ti­que à la notion d’asso­cia­tion, sup­po­sant la même rup­ture avec les pra­ti­ques syn­di­ca­lis­tes, par­ti­dai­res et intel­lec­tuel­les du système, n’a donc rien à voir avec la notion d’ « auto­ges­tion » com­munément rép­andue par les appa­reils ou cer­tains idéo­logues.

Ce n’est pas seu­le­ment une bataille de mots. La fron­tière passe imméd­ia­tement dans la pra­ti­que. La notion d’auto­ges­tion com­mu­niste, la notion d’asso­cia­tion, récusent toute atti­tude qui ne reconnaît pas la néc­essité de favo­ri­ser le dével­op­pement d’un mou­ve­ment d’asso­cia­tions ouvrières. Elles récusent encore toute idéo­logie qui vise à faire croire à une « tran­si­tion » pos­si­ble vers un prét­endu « socia­lisme » ou à l’octroi pro­gres­sif, à plus ou moins long terme, par « étapes », par degrés, d’une « auto­ges­tion », dont la confu­sion cache mal ce qu’elle est : une adap­ta­tion au sala­riat en crise et à l’éco­nomie de marché, qui tend tout sim­ple­ment à com­pen­ser les défauts les plus visi­bles du sala­riat cen­tra­lisé d’Etat (style U .R.S.S. ou Hongrie), en prés­ervant de façon plus ouverte les jeux du marché et de la compé­tition.

Enfin le mot « auto­ges­tion », employé seul, désigne en Yougoslavie, où il est né bien avant mai 68, un système ori­gi­nal et com­plexe. Cependant l’encou­ra­ge­ment à l’éco­nomie de marché, fon­da­men­ta­le­ment alié­nat­rice, en fait une réalité sans rap­port avec l’auto­ges­tion com­mu­niste qui ne peut être qu’une conquête de l’acti­vité auto­nome des tra­vailleurs et non le rés­ultat d’une décision d’un appa­reil d’Etat ou de parti, même animé des meilleurs sen­ti­ments anti-bureau­cra­ti­ques. La pra­ti­que des diri­geants you­go­sla­ves, leurs lou­voie­ments, sont anta­go­nis­tes avec l’auto-éman­ci­pation du prolé­tariat. Pour conclure, aucune des théories ou des pra­ti­ques en cours de 1’" auto­ges­tion « ne sau­raient dis­pen­ser d’ajou­ter à ce mot l’adjec­tif com­mu­niste si l’on veut lui faire désigner le contenu éman­ci­pateur des luttes- dont celles de 1968 -et le mou­ve­ment d’éman­ci­pation anti-sala­rial, hors des dis­cours récu­pérateurs de toutes sorte. C’est en ce sens qu’ » auto­ges­tion com­mu­niste « et » asso­cia­tion « sont syno­ny­mes.

STRATÉGIE

Au nom de l’auto­no­mie du prolé­tariat, quel­ques grou­pes se livrent à la cri­ti­que des » partis de la classe ouvrière « et créent un parti qu’ils prét­endent à leur tour » révo­luti­onn­aire « . Souvent, le plus sou­vent, de telles sectes, concur­ren­tes, direc­tion­nel­les, oublient que l’auto-éman­ci­pation des tra­vailleurs, pour être réelle, doit avoir un contenu anti-sala­rial, anti-éta­tique et com­porte des exi­gen­ces de coor­di­na­tion auto­no­mes qui ne peu­vent s’accom­mo­der de pra­ti­ques par­ti­dai­res ou de pro­jets pro­ches d’un capi­ta­lisme d’Etat même à titre tran­si­toire.

*** De nom­breux stratèges d’extrême gauche applau­dis­sent à chaque nou­velle mani­fes­ta­tion d’auto­no­mie ouvrière ou petite pay­sanne. Mais ils ne conç­oivent pas pour autant les pers­pec­ti­ves, le contenu et les exi­gen­ces d’un tel mou­ve­ment.

Le plus sou­vent, ils res­trei­gnent le sens du mot » révo­lution « à celui de prise du pou­voir d’Etat. Prise, au lieu de des­truc­tion, car ils ne met­tent pas en rap­port le rôle conjoint de l’Etat et du tra­vail sala­rial. Pour eux, le réf­orm­isme n’a pas le sens de conser­va­tion du sala­riat, mais uni­que­ment celui de l’aban­don de la déf­ense dure ou vio­lente, auto­nome, des » intérêts « de la classe ouvrière.

Ils ne s’atta­chent alors au mot » auto­no­mie « des luttes ouvrières que par rap­port aux orga­ni­sa­tions social-démoc­rates du PS ou du PC et ils évitent de considérer le contenu anti-sala­rial des embryons de com­mu­nautés de lutte. Au lieu de tra­vailler à l’appa­ri­tion d’une nou­velle forme de liai­son et d’orga­ni­sa­tion (ni syn­di­cat, ni parti) sur la base de com­mu­nautés de lutte contre le sala­riat, que dével­op­peraient les tra­vailleurs eux -mêmes, ils prét­endent tou­jours cons­ti­tuer » le parti de la classe ouvrière « .Au lieu d’appuyer la classe ouvrière à se cons­ti­tuer en son propre parti : celui des pra­ti­ques anta­go­nis­tes à toutes les formes de l’exis­tence sala­riale, celui qui abolit tout parti et toute poli­ti­que, ils ne peu­vent envi­sa­ger qu’un tra­vail à court terme, sans ori­gi­na­lité réelle, visant à » déb­order « l’union popu­laire, c’est-à-dire en fait l’union des appa­reils de gauche : les appa­reils gau­chis­tes ne se dét­er­minent alors que par rap­port à une théorie et une inter­pré­tation de l’his­toire des PC et de la social-démoc­ratie et jamais par rap­port au mou­ve­ment réel de l’auto­no­mie prolé­tari­enne. Aussi ne vont-ils engen­drer que des sectes refai­sant tou­jours l’his­toire en idées depuis la » genèse « en 1917 du mou­ve­ment des partis dits » com­mu­nis­tes « .De là un nombre de sectes à la mesure des trois ou quatre figu­res de Trotsky, des deux ou trois de Mao, des une ou deux de Staline et tou­jours fidèles au père puta­tif de la lignée, Mr Lénine.

Mais on ne peut ni refaire l’his­toire, ni déb­order un » mou­ve­ment « orches­tré par des appa­reils et des­tiné à faire sta­gner la classe ouvrière dans le domaine du reven­di­ca­tif et des » intérêts immédiats de classe « , en l’invi­tant à réc­lamer un Etat » au ser­vice des tra­vailleurs « .

Par contre, il est pos­si­ble à long terme de favo­ri­ser un mou­ve­ment per­ma­nent d’éman­ci­pation du prolé­tariat, d’asso­cia­tions ouvrières faites de pra­ti­ques et non d’idéo­logies, un mou­ve­ment déf­endant son auto­no­mie et son contenu anti-sala­rial et éch­appant à la logi­que de la divi­sion opérée par les partis et les syn­di­cats, qu’ils fus­sent de gauche ou gau­chis­tes.

LA CRISE DU SALARIAT

Un mou­ve­ment anti-éta­tique, anti-sala­rial est-il pos­si­ble aujourd’hui ? Oui, si l’on a bien dans la tête que toute la litté­ra­ture sur la crise » éco­no­mique « veut nous faire pren­dre notre mal en patience. La crise réelle est une crise du système sala­rial pro­vo­quée par nos luttes contre l’exploi­ta­tion et par nos luttes contre l’oppres­sion du tra­vail : refus du tra­vail, absenté­isme, grèves dures et éman­ci­pat­rices, crise des ins­ti­tu­tions, expri­ment autre chose que la simple reven­di­ca­tion.

*** Existe-t-il une base objec­tive pour le dével­op­pement d’un mou­ve­ment anti-éta­tique et anti-sala­riat ? A notre sens, oui. Non pas du fait que le capi­ta­lisme est » en crise « .Le capi­ta­lisme vit tou­jours un cer­tain nombre de contra­dic­tions et la crise est son état natu­rel de pro­lifé­ration. La lutte des clas­ses reven­di­ca­tive est son moteur et il doit tou­jours veiller à trou­ver un marché pour ses pro­duits en même temps qu’un marché avan­ta­geux du tra­vail : sa seule, sa vraie matière pre­mière. Mais comme les pos­si­bi­lités de consom­ma­tion des tra­vailleurs sont tou­jours trop limitées au regard de la capa­cité pro­duc­tive du capi­tal, ou soit que le capi­tal ren­contre quel­que dif­fi­culté en raison de la ten­dance des tra­vailleurs à faire valoir plus cher le prix de la force de tra­vail, il s’ensuit pér­io­diq­uement des gou­lets d’étr­ang­lement : sur­pro­duc­tion momen­tanée de pro­duits et là, le capi­tal se met à les détr­uire ; ou surac­cu­mu­la­tion du capi­tal en attente de taux de profit meilleurs, et là le capi­tal détruit des forces pro­duc­ti­ves et restruc­ture ses mar­chés.

La » crise « actuelle est due à une surac­cu­mu­la­tion de capi­tal qui ne trouve pas de zones de tra­vail ren­ta­ble où s’inves­tir du fait du cycle trop rapide des luttes reven­di­ca­ti­ves en Europe, cycle qui a des effets en retour sur le capi­ta­lisme amé­ricain, lui-même déjà en mal de surac­cu­mu­la­tion.

Mais cet obs­ta­cle sur­mon­ta­ble que trouve le capi­tal sur son chemin laisse paraître que la » crise « actuelle n’est pas -moins que jamais -seu­le­ment éco­no­mique ( 1) : C’est celle de l’oppres­sion du tra­vail sala­rié lui-même. Nombreux sont les sala­riés exploités et opprimés qui ne voient plus l’intérêt de sacri­fier leur vie sur l’autel de la reli­gion pro­duc­ti­viste du capi­tal et cette crise de ren­ta­bi­lité capi­ta­liste du tra­vail affecte autant les capi­ta­lis­mes d’Etat que les capi­ta­lis­mes privés. Refus du tra­vail, absenté­isme, grèves dures et éman­ci­pat­rices, crise des ins­ti­tu­tions expri­ment autre chose que la simple reven­di­ca­tion et posent pro­blème au dével­op­pement du capi­tal, qui doit y réfléchir à deux fois avant de se » placer « dans un lieu géog­rap­hique ou dans un sec­teur de pro­duc­tion.

En dépit de ce que pour­raient faire croire bon nombre d’échecs enre­gis­trés par les luttes ouvrières, la com­ba­ti­vité est grande. Ces échecs sont d’ailleurs sou­vent à impu­ter à l’inadéq­uation des stratégies syn­di­ca­les dans la conjonc­ture nou­velle de la crise, face à son caractère éco­no­mique aussi bien que face à son caractère pro­fond, de crise du système sala­rial. Finalement, la déf­ense exclu­sive du prix de la force de tra­vail et de l’emploi par syn­di­cats sans pra­ti­ques révo­luti­onn­aires de rup­ture ne peut qu’aigui­ser la crise sans en donner les seules solu­tions pos­si­bles pour les tra­vailleurs :

Inclure l’abo­li­tion du sala­riat dans le pro­ces­sus de lutte lui-même. Baisse des taux de pro­fits, crise de la for­ma­tion de la » valeur « dans le tra­vail et par là crise du sala­riat : les syn­di­cats sont en fait désarmés, sur la déf­en­sive. Leur coor­di­na­tion ver­ti­cale et leur concep­tion étr­oi­tement reven­di­ca­tive (en dépit des arti­cu­la­tions qu’elles envi­sa­gent avec la poli­ti­que) reten­tis­sent sur les axes reven­di­ca­tifs eux-mêmes. Inversement, si un mou­ve­ment anti-sala­rial conséquent exis­tait, les thèmes reven­di­ca­tifs pour­raient amor­cer la rup­ture anti-sala­riale. Au lieu de lutter » pour l’emploi « quitte à déf­endre des pro­duc­tions sans faire la cri­ti­que du pro­duit, au lieu de s’oppo­ser à la » restruc­tu­ra­tion capi­ta­liste « du moment, sans lutter contre la struc­tu­ra­tion capi­ta­liste de la pro­duc­tion dans son ensem­ble, des reven­di­ca­tions de rup­ture, telles que celles déf­endues par les comités ita­liens pour­raient être déf­endues : rému­nération détachée de la pro­duc­tion et garan­tie égale pour tous, déta­xation imméd­iate des loge­ments et des ser­vi­ces liée à la rému­nération . De plus, dans l’état actuel des choses, les luttes anti-ins­ti­tu­tion­nel­les res­tent pri­son­nières de leurs cou­ches spéc­ialisées, de même que les luttes ouvrières res­tent pri­son­nières de leurs usines.

Les condi­tions objec­ti­ves pour qu’appa­raisse et se dével­oppe un mou­ve­ment » anti-sala­rial « géné­ralisé sont pour­tant réunies. En tém­oignent les mul­ti­ples ten­dan­ces à la recom­po­si­tion col­lec­tive de l’exis­tence qui se mani­fes­tent au cours des luttes. L’idée elle-même com­mence à être rép­andue. Enfin des grou­pes issus du gau­chisme en vien­nent à faire la cri­ti­que de leurs pro­pres pra­ti­ques grou­pus­cu­lai­res (après celle du réf­orm­isme) par rap­port au mou­ve­ment réel et à ses exi­gen­ces. Enfin et sur­tout de nom­breux tra­vailleurs s’inter­ro­gent sur la base de leurs pro­pres luttes, sur celles des tra­vailleurs de LIP, de Pologne, du Chili, du Portugal...

Note :

1. Il est assez risi­ble d’assis­ter au » devoir « que le capi­tal tend aux » éco­nom­istes « des partis de gauche : trou­ver des » solu­tions « à la crise éco­no­mique. Et ceux-ci d’ima­gi­ner de nou­veaux mar­chés, de nou­veaux pro­duits... ! Style PS : » ...fai­sons des mul­ti­na­tio­na­les natio­na­les pour être compé­titif’ « Style PC : » ...relançons la consom­ma­tion « natio­nale » ! ...donc ten­tons de relan­cer la pro­duc­ti­vité du capi­tal ! « 

III. LE MOUVEMENT D’EMANCIPATION DU SALARIAT

( ...Ou éman­cipez-vous les uns, les autres...) ... Aidez à cons­ti­tuer une com­mu­nauté de lutte face aux pra­ti­ques par­ti­dai­res, rép­andre les rêves col­lec­tifs, dével­opper l’auto-ana­lyse col­lec­tive de la lutte... C’est le regrou­pe­ment de plu­sieurs com­mu­nautés de lutte main­te­nues au-delà des conflits, dans des lieux différents (entre­pri­ses, quar­tiers, cam­pa­gnes) qui cons­ti­tuera l’asso­cia­tion.

Il y a de nom­breux obs­ta­cles, car les cou­ches socia­les et les caté­gories socio-pro­fes­sion­nel­les, du fait de leurs places et de leurs fonc­tions différ­entes dans le sala­riat ont le plus sou­vent des contra­dic­tions entre elles.

***

Pour envi­sa­ger un tel mou­ve­ment, il faut partir de la réalité com­mu­nau­taire des luttes. Celle qui brise un temps l’oppres­sion du tra­vail et les divi­sions sus­citées par le sala­riat au sein des tra­vailleurs. ...Sans se lais­ser impres­sion­ner par le poids actuel des appa­reils syn­di­caux et poli­ti­ques.

Ces com­mu­nautés de lutte nais­sent éga­lement hors du tra­vail, dans les luttes de quar­tier contre les expul­sions ou contre les effets d’un urba­nisme qui ins­crit dans les faits la déc­om­po­sition de l’exis­tence des tra­vailleurs voués au » loge­ment social « , aux quar­tiers de dép­or­tation, aux trans­ports, aux loi­sirs mar­chands, à l’iso­le­ment, à la domi­na­tion par la route, la concen­tra­tion auto­mo­bile, l’archi­tec­ture mas­sive, sym­bole de la puis­sance de l’Etat et du » monde des affai­res « .

Quel que soit le type de lutte, la tâche essen­tielle est d’aider à cons­ti­tuer une com­mu­nauté de lutte face aux pra­ti­ques par­ti­dai­res, et de faire en sorte que le rêve col­lec­tif des luttes, leur véri­table incons­cient déb­ouche sur une auto-ana­lyse col­lec­tive. Ainsi la com­mu­nauté née de la lutte aura quel­que chance de se main­te­nir au-delà du conflit tout en déc­ouvrant son véri­table contenu anti-sala­rial et anti-éta­tique.

Sans jamais quit­ter la bataille pour les intérêts immédiats, elle pourra mener de front la cri­ti­que concrète des divi­sions du tra­vail sala­rié et de l’éch­ange mar­chand. En défin­issant des besoins col­lec­tifs nou­veaux - ali­men­tai­res, ves­ti­men­tai­res, cultu­rels, archi­tec­tu­raux, édu­cat­ifs - elle pourra dével­opper parallè­lement des réseaux d’éch­ange non mar­chand de pro­duits, de mise en commun d’ins­tru­ments, d’expéri­ences sur la base d’un contrôle par tous de la divi­sion du tra­vail. La com­mu­nauté de lutte sup­pose donc des liai­sons étr­oites avec d’autres pro­duc­teurs en lutte. Elle ne pourra pas se considérer comme une forme achevée ni se limi­ter à son lieu d’ori­gine. Sinon elle serait tou­jours dét­erminée par la divi­sion capi­ta­liste du tra­vail, par la sou­mis­sion au pou­voir. Elle devra donc se lier à d’autres com­mu­nautés de lutte dans d’autres bran­ches ou sec­teurs, de façon à sus­ci­ter des formes d’asso­cia­tion capa­bles de dép­asser la retombée tou­jours pos­si­ble dans le cor­po­ra­tisme, le sec­to­ria­lisme.

Autrement dit, c’est le regrou­pe­ment de plu­sieurs com­mu­nautés de lutte main­te­nues au-delà des conflits, dans des lieux différents (entre­pri­ses, quar­tiers, cam­pa­gnes...) qui cons­ti­tuera l’ASSOCIATION : Un embryon de la future com­mu­nauté des pro­duc­teurs asso­ciés.

Les asso­cia­tions ainsi cons­ti­tuées coor­don­ne­ront leurs éch­anges, leurs expéri­ences, leurs luttes. Elles pour­raient trou­ver auto­no­mie et interdép­end­ance sur une base de fédé­ration. C’est à partir des mêmes prin­ci­pes que l’on envi­sa­gera des pra­ti­ques inter­na­tio­na­lis­tes. Les obs­ta­cles :

Ils sont nom­breux et de taille.

Il y a d’abord les divi­sions spon­tanées du système entre l’éco­no­mique, le poli­ti­que, l’exis­ten­tiel, et les sou­mis­sions qu’elles entraînent à l’ordre bour­geois du tra­vail et de l’exis­tence. Or, dès qu’une lutte est ter­minée, cet ordre reprend le dessus et avec lui les pra­ti­ques syn­di­ca­lis­tes et par­ti­dai­res qui ne font que l’enté­riner. Après la lutte, et comme à l’entr’acte, se reven­dent les pro­gram­mes du sala­riat » ouvrier « .Des pro­gram­mes qui conser­vent tous l’éco­nomie de marché, les entre­pri­ses et » n’ima­gi­nent « si l’on peut dire que 1’ » auto­ges­tion « ou le » contrôle ouvrier « sur des unités de pro­duc­tion déjà dét­erminées par la logi­que du sala­riat et du capi­tal.

Ensuite le regrou­pe­ment asso­cia­tif qui sup­pose une cri­ti­que col­lec­tive du tra­vail sala­rié, et ses divi­sions, de l’oppo­si­tion entre tra­vail intel­lec­tuel et manuel, entre ville et cam­pa­gne, impli­que une confron­ta­tion inter­caté­gori­elle (tra­vailleurs indiffér­enciés, ouvriers pro­fes­sion­nels, employés, petits pay­sans, intel­lec­tuels désireux de rompre avec le système. Confrontation qui ne sau­rait esca­mo­ter les différ­ences, voire les contra­dic­tions, entre les cou­ches socia­les considérées. Dans quel­les condi­tions le regrou­pe­ment asso­cia­tif fonc­tion­nera-t-il effec­ti­ve­ment comme un ins­tru­ment d’éman­ci­pation des sala­riés réels les plus exploités et les plus opprimés ? Pour y rép­ondre, il faut étudier le rap­port entre leurs luttes et celles que peu­vent mener d’autres cou­ches socia­les sur des fronts a priori séparés. Enfin, troi­sième obs­ta­cle qu’il faut aussi ana­ly­ser, c’est celui de la divi­sion qui semble à son tour » natu­relle " entre les luttes sur le « front » du tra­vail et celles sur le « front » des ins­ti­tu­tions.

Sortir de l’usine, sortir de l’ins­ti­tu­tion L’esquisse d’asso­cia­tion née dans la lutte porte en elle la négation du tra­vail socia­le­ment inu­tile. Mais sa ten­dance à la recom­po­si­tion col­lec­tive de l’exis­tence porte en elle la négation des ins­ti­tu­tions (Etat, famille, école, etc.) .Les luttes anti-ins­ti­tu­tion­nel­les appa­rais­sent bien alors non pas comme des " fronts secondai­res « mais comme des points nodaux de la crise de la société sala­riale et de ses machi­nes à oppri­mer : même si elles res­tent étr­oi­tement dép­end­antes des cou­ches socia­les - sou­vent peti­tes bour­geoi­ses - qui les ani­ment. Mais du même coup, tant que de telles luttes ne trou­vent pas les formes d’un ral­lie­ment concret aux luttes révo­luti­onn­aires de classe et aux tra­vailleurs qui les mènent, elles offrent un ter­rain d’adap­ta­tion pour la bour­geoi­sie qui a intérêt à oppo­ser les unes aux autres. Et en effet, faute d’une liai­son concrète avec les luttes sur le plan éco­no­mique, les ini­tia­ti­ves anti-ins­ti­tu­tion­nel­les sont sou­vent res­sen­ties au sein de la classe ouvrière et de la petite pay­san­ne­rie comme des rév­oltes de pri­vilégiés, même quand celles-ci remet­tent en ques­tion cer­tains pri­vilèges.

Tout comme les luttes éman­ci­pat­rices ont à rép­ondre à ceci : com­ment se main­te­nir après la lutte, com­ment sortir de l’usine, les luttes anti-ins­ti­tu­tion­nel­les ont à rép­ondre à cela : com­ment sortir de l’ins­ti­tu­tion, com­ment sortir des pré­oc­cu­pations de la petite bour­geoi­sie, même radi­ca­lisée.

... La lutte des femmes a pu faire dans une cer­taine mesure excep­tion, mais les autres luttes sont restées géné­ra­lement sec­to­ria­lisées. Le Lycée, l’Université, éto­uffent en eux-mêmes ; la lutte au sein de l’armée déb­ouche sur la syn­di­ca­li­sa­tion ; la lutte du MLAC butte sur le pro­blème de la médi­ca­li­sation, donc sur celui d’une contes­ta­tion glo­bale des condi­tions d’appa­ri­tion des mala­dies, de la dis­tri­bu­tion des soins, et du rôle du système de santé.

Les condi­tions du déb­lo­cage de ces luttes, seront réalisées lorsqu’exis­te­ront des asso­cia­tions ouvrières et pay­san­nes ayant pour axe la recom­po­si­tion col­lec­tive de l’exis­tence des sala­riés réels.

C’est même dans un tel creu­set que l’on pourra rés­oudre cor­rec­te­ment la ques­tion de la petite et moyenne bour­geoi­sie intel­lec­tuelle. On a défini ici sa fonc­tion. Les sala­riés for­mels conç­oivent les pro­duits, les procès de tra­vail et de vente, donc agen­cent l’oppres­sion du tra­vail et de l’exis­tence pour les sala­riés réels. Ou ’ils soient dans la pro­duc­tion ou dans l’admi­nis­tra­tion, ils par­ti­ci­pent objec­ti­ve­ment à l’extor­sion de pou­voir, de savoir, de temps libre, de pri­vilèges sur les sala­riés réels. Une partie de cette petite et moyenne bour­geoi­sie intel­lec­tuelle sans capi­tal, placée en spec­ta­trice de la lutte des sala­riés réels contre les exploi­teurs en titre, a ten­dance à pren­dre fait et cause pour fa lutte des pre­miers. Elle trouve là des rai­sons de vivre que ne lui donne pas le système, tout en pro­je­tant une image de la révo­lution propre à rem­pla­cer les reli­gions per­dues. Cette image masque sa fonc­tion dans le système d’oppres­sion.

Parmi elle, cer­tains inves­tis­sent leur énergie dans la cons­ti­tu­tion d’appa­reils s’auto-pro­cla­mant révo­luti­onn­aires, où, comme par hasard, figu­rent peu de tra­vailleurs, mais bien peu se livrent à des pra­ti­ques de rup­ture réelles, à des contes­ta­tions en actes de la divi­sion du tra­vail, de la fonc­tion d’oppres­sion propre au » savoir « qu’ils déti­ennent. Bien peu ont en fait noué des rela­tions avec des milieux sociaux différents. Les plus mal-à-l’aise dans les rôles d’oppres­sion, cons­cients que le gau­chisme grou­pus­cu­laire fonc­tionne comme une ins­ti­tu­tion, ont, dans ces condi­tions ten­dance à se mar­gi­na­li­ser en recréant un milieu fermé sur lui-même.

Si des asso­cia­tions ouvrières et pay­san­nes se dével­oppaient, le fait que des intel­lec­tuels met­tent leur savoir » à leur ser­vice « ne pour­rait suf­fire s’il n’y avait pas aussi per­mu­ta­tion des tâches et éla­bo­ration col­lec­tive de nou­veaux savoirs cultu­rels et tech­no­lo­gi­ques. Un savoir ne por­tant pas l’exclu­sion des autres en lui-même. Une culture faite par tous et pour tous.

L’asso­cia­tion ouvrière et pay­sanne intég­rera les sala­riés for­mels intel­lec­tuels à titre indi­vi­duel dans la mesure où leur pra­ti­que ne remet­tra pas en cause la pré­do­min­ance des sala­riés réels.

ALLIANCE OU DISPARITION DES CLASSES ?

C’est la cons­ti­tu­tion d’une asso­cia­tion ouvrière, pay­sanne et anti-ins­ti­tu­tion­nelle qui est la condi­tion de la dis­pa­ri­tion des clas­ses et de l’abo­li­tion du sala­riat. Disparition et non alliance des clas­ses. La théorie des allian­ces de clas­ses néc­ess­aires au prolé­tariat pour la tran­si­tion au socia­lisme, selon la chan­son connue, cache la fable sui­vante : Quand un man­geur et un mangé s’allient pour aller au » socia­lisme « , ce » socia­lisme « c’est le sala­riat d’Etat et les mangés ce sont les tra­vailleurs. Quant aux man­geurs, quel­ques capi­ta­lis­tes privés en moins, ce sont les tech­no­cra­tes, les bureau­cra­tes, les savants, bref tous les bour­geois du tra­vail, qui tien­nent les postes domi­nants de la divi­sion du tra­vail aujourd’hui.

***

Oui dit » alliance de clas­ses « dit res­pect des situa­tions de clas­ses et donc - tou­jours - domi­na­tion d’une classe sur une autre. Oui dit » alliance de clas­ses « refait le coup du man­geur et du mangé. Et t’his­toire montre cruel­le­ment que les mangés - jusqu’ici - ont été les tra­vailleurs !

La » tra­di­tion « - bien mau­vaise - qui au nom d’une » théorie des allian­ces de clas­ses néc­ess­aires pour la tran­si­tion au socia­lisme « prétend réunir pour les faire conver­ger plu­sieurs intérêts de clas­ses différents en pro­cla­mant » le parti « comme cons­cience » supéri­eure « , » poli­ti­que « , de l’intérêt » commun « anti-capi­ta­liste cache mal son propos : elle res­pecte la divi­sion capi­ta­liste du tra­vail et les cou­ches pri­vilégiées que celle-ci engen­dre. L’alliance » anti-mono­po­liste « , l’unité » popu­laire « , le ral­lie­ment de la petite et moyenne bour­geoi­sie aux » intérêts de classe "du prolé­tariat ne sont que l’alibi de la col­lu­sion de ces cou­ches peti­tes et moyen­nes bour­geoi­ses avec la bureau­cra­tie du mou­ve­ment ouvrier, pour l’ins­tau­ra­tion d’un sala­riat d’Etat.

D’ailleurs dans les luttes, sauf à de rares moments, l’intérêt « anti­ca­pi­ta­liste » global n’a rien d’évident dans les situa­tions concrètes. Pas plus entre OS et OP, lorsqu’il s’agit de lutter pour des avan­ta­ges caté­goriels, qu’entre pay­sans et ouvriers, qu’entre ceux-ci et les intel­lec­tuels. Entre ces cou­ches et clas­ses, il existe des contra­dic­tions d’intérêts caté­goriels, qui ne peu­vent s’effa­cer par l’opé­ration du Saint-esprit.

On l’a vu, les tra­vailleurs - sala­riés réels - ne devien­nent révo­luti­onn­aires qu’en cons­ti­tuant - au cours de leurs luttes pour des intérêts immédiats - des asso­cia­tions per­ma­nen­tes. C’est en se ral­liant à ces asso­cia­tions, condi­tions mêmes d’une éman­ci­pation col­lec­tive de la divi­sion du tra­vail et de la dis­pa­ri­tion des clas­ses, que les peti­tes et moyen­nes bour­geoi­sies per­dront leur caractère de classe ainsi que le prolé­tariat d’ailleurs, mais sans risque ici pour lui d’être subor­donné au cours du pro­ces­sus.

La ques­tion pay­sanne

La pay­san­ne­rie n’est pas un tout homogène, loin de là. D’un côté, les ouvriers agri­co­les soumis à un capi­ta­lisme agraire direct. D’un autre, des pay­sans pau­vres refu­sant l’endet­te­ment, et tra­vaillant à bas prix, pour ne pas quit­ter la terre, puis des pay­sans moder­nisés, endettés et exploités pour une partie ou pour le tout de leurs pro­duc­tions par les indus­tries agro-ali­men­tai­res (voire coopé­ra­tives) et enfin des pay­sans petits patrons et des grands exploi­tants capi­ta­lis­tes. Quoi qu’il en soit, la couche de pay­sans moder­nisés n’employant pas de tra­vailleurs sala­riés, et celle des pay­sans pau­vres ne sont pas opprimées de la même façon que les prolét­aires « démunis de tout ». Ce sont encore des pro­duc­teurs directs pour une partie de leurs pro­duits, pro­priét­aires et res­pon­sa­bles de leurs moyens de pro­duc­tion. Même s’ils se rap­pro­chent des prolét­aires parce qu’exploités, ils sont liés aux caractères for­mels de l’entre­prise capi­ta­liste. De plus cela les dis­tin­gue encore des prolét­aires, ils sont disséminés et peu­vent dif­fi­ci­le­ment avan­cer ou main­te­nir dans leurs luttes des rap­ports d’asso­cia­tion com­mu­niste, sus­cep­ti­bles d’intégrer les autres cou­ches. Le capi­tal com­prend fort bien son intérêt à entre­te­nir les contra­dic­tions et la diver­sité de la condi­tion pay­sanne. Tirant parti du fait qu’il se heurte à l’obs­ta­cle de ne pou­voir pour l’ins­tant indiffér­encier tota­le­ment le tra­vail agri­cole, il joue sur plu­sieurs tableaux : en entre­te­nant l’illu­sion d’une pro­mo­tion patro­nale des pay­sans moder­nisés ; en fai­sant des efforts pour main­te­nir les popu­la­tions res­tan­tes disséminées, afin de leur faire rem­plir des acti­vités qui lui sont néc­ess­aires (la ré-oxygé­nation et la recom­po­si­tion de la force de tra­vail des cita­dins, la mise en place de réseaux de nour­ri­ture natu­relle, de « luxe », pour les pri­vilégiés, le main­tien d’un mini­mum d’équi­libre du milieu natu­rel) .Ces efforts visent à limi­ter l’exode rural. Ils visent aussi à indus­tria­li­ser les cam­pa­gnes. Dans ces condi­tions, la lutte reven­di­ca­tive du prix de la force de tra­vail des pay­sans pau­vres ou moder­nisés au moyen de syn­di­cats durs se différ­enciant des syn­di­cats du néo-capi­ta­lisme paysan, ne peut suf­fire à dres­ser des pers­pec­ti­ves révo­luti­onn­aires. Pas plus qu’un syn­di­ca­lisme « dur » qui, en milieu ouvrier, vou­drait prét­endre oppo­ser une alter­na­tive au réf­orm­isme . Ici encore, c’est la liai­son de noyaux de lutte pay­sans avec des asso­cia­tions ouvrières qui peut rés­oudre les contra­dic­tions de la pay­san­ne­rie.

C’est ensuite la cons­ti­tu­tion d’asso­cia­tions ouvrières et pay­san­nes per­ma­nen­tes intégrant d’autres noyaux de lutte urbains, anti-ins­ti­tu­tion­nels intel­lec­tuels qui per­met­tra de vivre autre­ment et, parallè­lement, (sans jamais quit­ter le ter­rain de la lutte contre l’exploi­ta­tion), de sus­ci­ter des luttes de type nou­veau contre le sala­riat, tel que le refus col­lec­tif du tra­vail capi­ta­liste ou la rép­ar­tition com­mu­niste du tra­vail.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de cons­ti­tuer un syn­di­cat ou « un parti de la classe ouvrière » mais plutôt de favo­ri­ser l’auto-éman­ci­pation et l’auto-orga­ni­sa­tion réelles des tra­vailleurs pour ABOLIR LE SALARIAT. Il s’agit d’inclure l’abo­li­tion du sala­riat et la fin de l’éco­nomie de marché et de l’Etat, donc du pou­voir au dessus des tra­vailleurs, dans la lutte elle-même : Pour faire en sorte que la pro­chaine crise révo­luti­onn­aire soit la bonne et ins­taure le pou­voir social et com­mu­nau­taire des pro­duc­teurs asso­ciés. Faute d’une pré­pa­ration anti-sala­riale, anti-éta­tique, anti-mar­chande, aux affron­te­ments qui sur­vien­nent pér­io­diq­uement, l’his­toire montre que les tra­vailleurs sont tou­jours défaits. Soit par la bour­geoi­sie, soit par les appa­reils du mou­ve­ment ouvrier « orga­nisé », qui font entrave à toute pos­si­bi­lité d’autodéf­ense et les lais­sent dis­po­ni­bles à l’écra­sement au nom du capi­ta­lisme d’Etat - du sala­riat d’Etat - qu’ils veu­lent ins­tau­rer. Ni volon­ta­ris­tes, ni uto­pis­tes, nous déf­endons donc le simple réal­isme.

DANS L’IMMÉDIAT

Pour aller dans le sens de l’abo­li­tion du sala­riat dès aujourd’hui, sans aller de révo­lutions déçues en révo­lutions man­quées, il y a des choses à faire : sans dis­so­cier la lutte pour l’avenir du présent immédiat, sans couper notre vie en miet­tes : en vivant col­lec­ti­ve­ment de façon nou­velle par la lutte, pour la lutte, en dével­oppant des réseaux d’entraide et d’éch­ange, des lieux nou­veaux de confron­ta­tion pour des pra­ti­ques nou­vel­les ayant bien en tête l’objec­tif : l’abo­li­tion du sala­riat. C’est pour y réfléchir ensem­ble que nous vous convions à un débat.

*** Il ne peut être ques­tion de regrou­per des mili­tants dans le but de former un ras­sem­ble­ment sur la base d’un consen­sus idéo­lo­gique au niveau du dis­cours « anti-sala­rial ». On ne ferait que répéter tous les défauts habi­tuels des grou­pus­cu­les et des sectes : presse auto-valo­ri­sante, et sél­ec­tive, acti­visme à vide, reli­gio­sité, bureau­cra­ti­que, pro­pa­gande. Le pro­blème est de sus­ci­ter un mou­ve­ment inau­gu­rant des pra­ti­ques nou­vel­les, des confron­ta­tions entre clas­ses ou cou­ches engagées dans les luttes à ten­dance auto­nome, des réseaux d’entraide, des noyaux de com­mu­nauté de lutte. Comment ?

On peut déjà contac­ter tous ceux qui au cours des der­nières années ont par­ti­cipé à de telles luttes en res­tant sur leur faim. Tous ceux qui insa­tis­faits des pro­gram­mes et des pra­ti­ques tra­di­tion­nel­les res­tent dans l’attente et sont prêts au débat On peut ensuite inter­ve­nir dans tous les lieux (presse, revues, jour­naux, tri­bu­nes où les sten­tors des appa­reils « pren­nent » la parole On peut encore, impli­qué dans une lutte à ten­dance auto­nome, la faire évoluer dans le sens du main­tien d’une com­mu­nauté de lutte anti-sala­riale.

Enfin, sans atten­dre que de telles com­mu­nautés se dével­oppent, on peut déjà dans chaque loca­lité cons­ti­tuer un lieu de ren­contres et d’ani­ma­tion, un lieu où interférent les luttes anti-sala­ria­les et anti-ins­ti­tu­tion­nel­les, les pra­ti­ques de rup­ture. Un creu­set où pour­raient se confron­ter des luttes menées par les tra­vailleurs mét­ro­po­litains, immi­grés, pay­sans.. femmes, lycéens et ensei­gnants, tra­vailleurs de la santé, sol­dats du contin­gent... sur la base d’une reconnais­sance des clas­ses engagées, de leurs différ­ences (voire des contra­dic­tions) de situa­tions, d’intérêts, d’aspi­ra­tions au moyen d’une cri­ti­que de la société sala­riale. On peut faire en sorte qu’un tel creu­set soit aussi un début de réseau d’entraide, d’éch­anges directs, de per­mu­ta­tions dans le tra­vail. Un tel lieu pour­rait atti­rer de nom­breux mili­tants « apar­ti­dai­res », syn­di­qués et non-syn­di­qués, insa­tis­faits dans leur iso­le­ment. Tout en oeu­vrant pour une recom­po­si­tion col­lec­tive de l’exis­tence, une coor­di­na­tion souple et ouverte, il per­met­trait l’élarg­is­sement du débat.

Ce n’est que par la suite, que l’on pourra envi­sa­ger de cons­ti­tuer réel­lement des embryons d’asso­cia­tions regrou­pant effec­ti­ve­ment un ensem­ble de tra­vailleurs (ouvriers, pay­sans, employés.) et de sala­riés intel­lec­tuels admet­tant la mise en ques­tion de leurs fonc­tions et de leurs pri­vilèges. S’atte­ler à ces tâches pour ceux qui, sans être acti­vis­tes, refu­sent le passé­isme, sup­pose certes un mini­mum de consen­sus théo­rique en matière d’ana­lyse, de projet à long terme, de pro­ces­sus. Mais, plus que tout cela, c’est la mise en oeuvre de pra­ti­ques com­mu­nes allant dans le sens de l’union révo­luti­onn­aire par l’asso­cia­tion qui" doit primer. Seules de telles pra­ti­ques de rup­ture anti-sala­ria­les, anti-éta­tiques, anti-mar­chan­des, peu­vent ’en finir avec le rap­port d’extér­iorité qui caracté­rise tous les grou­pes poli­ti­ques par rap­port au mou­ve­ment des sala­riés réels. Où est la cohér­ence d’un tel projet ? Si nous concluons que loin de favo­ri­ser l’auto­no­mie anti-sala­riale et de mûrir à terme une révo­lution authen­ti­que, les syn­di­cats, après les partis, n’ont fait que les inhi­ber, nous n’enten­dons pas pour autant déla­isser d’emblée, ou affron­ter, le syn­di­cat qui, pour l’ins­tant est un lien contes­ta­ble mais réel, que les tra­vailleurs ont pour se déf­endre et dis­pu­ter le prix de leur force de tra­vail. Tout au moins tant que nos luttes, n’engen­dre­ront pas des formes auto­no­mes d’orga­ni­sa­tion et d’exis­tence dont les aspects com­mu­nau­tai­res s’affron­te­ront non seu­le­ment à l’exploi­ta­tion mais aussi à l’oppres­sion du tra­vail. sala­rié, c’est-à-dire aux formes de pro­duc­tion et d’exis­tence qu’il sup­pose. Nous nous considérons comme un élément de ce mou­ve­ment social d’éman­ci­pation. Aussi pen­sons-nous qu’il est utile de nous retrou­ver aujourd’hui avec tous ceux qui ont vécu des expéri­ences simi­lai­res et qui par­ta­gent des conclu­sions voi­si­nes, pour affir­mer la cohér­ence d’une dém­arche qui tend à inclure l’abo­li­tion du sala­riat dans la lutte ; et cela sans prét­endre ins­tau­rer un nou­veau syn­di­cat, un parti ou un grou­pe­ment poli­ti­que de plus, pas plus qu’une quel­conque société mar­gi­nale.

Nombreux sont ceux en effet qui aujourd’hui, comme nous, épr­ouvent le divorce fla­grant entre le mili­tan­tisme tra­di­tion­nel, des­tiné pour l’essen­tiel à prou­ver l’exis­tence de 1’orga­ni­sa­tion, et à tenir les adhérents, comme dans les « ordres », en reli­gion, et leur volonté d’effec­tuer des chan­ge­ments pra­ti­ques, des rup­tu­res réelles. Pour creu­ser un peu plus les contra­dic­tions du système, avec des par­ti­ci­pants de plus en plus nom­breux, tout en s’ins­cri­vant dans un projet révo­luti­onn­aire réel à long terme.

Nombreux sont ceux qui, comme nous, res­sen­tent l’insa­tis­fac­tion de lutter essen­tiel­le­ment sur les lieux de pro­duc­tion : « pour 1’emploi et les salai­res » sans remet­tre en cause le tra­vail lui-même et la pro­duc­tion mar­chande.

Nombreux sont ceux qui ne satis­font plus du couple « arti­culé » formé par les syn­di­cats et les partis, pas plus que les cou­pu­res entre les luttes à répu­tation « éco­no­mique » que les luttes à répu­tation « poli­ti­que » Il est temps de coor­don­ner nos efforts dans la voie de notre auto éman­ci­pation.

Il est temps d’affir­mer la cohér­ence !

Juillet 1975

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