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Comment être pro-palestinien ...sans être « antisioniste » ?

mercredi 14 novembre 2018, par Yves

de Martin Thomas (Alliance for Workers Liberty)

Le terme « antisioniste » était rare dans le discours politique, lorsque les véritables débats avec les sionistes constituaient une partie vivante des discussions au sein de la gauche au sens large, au début du XXe siècle. Son utilisation a quadruplé dans les années 1930, lorsque le mouvement stalinien prit un tournant ouvertement « antisioniste » et antisémite. Elle a encore été multipliée par trois, pour atteindre douze fois le niveau du début des années 1930, au cours des années 1970, lorsque le terme « sioniste » perdit sa signification initiale dans le vocabulaire politique courant pour devenir une espèce de qualificatif attrape-tout et une injure. C’est du moins ce que montrent les statistiques de Google Ngram.

Des études telles que The Left’s Jewish Problem : Jeremy Corbyn, Israel and Anti-Semitism (2016) de Dave Rich ont montré que ce fut à la même époque, dans les années 1970, que cet « antisionisme absolu » ou cet « antisionisme qui se considère antiraciste et anti-impérialiste mais est en fait antisémite », a commencé à se répandre au sein de la gauche tiers-mondiste (commençant en Grande-Bretagne, selon Dave Rich, dans un lieu aussi peu évident que les Jeunes Libéraux ).

Les statistiques pour l’usage du terme « antisioniste » en français, « antizionistisch » en allemand, etc., montrent le même schéma général avec des différences de détail. Le terme « sioniste » en russe marque un bond considérable dans les années 1970, signifiant à la fois que l’URSS courtise certains régimes arabes, que l’antisémitisme s’intensifie en Russie et en Europe de l’Est, et que la confusion « antisioniste » s’intensifie dans l’Union européenne et influence les gauches européenne et américaine bien au-delà des partis communistes officiels.

Le terme « antisioniste » devint largement utilisé, non pas pour indiquer une dissidence face au sionisme ou une critique du sionisme, mais pour des raisons bien différentes.
Avant la Seconde Guerre mondiale, les groupes sionistes constituaient un élément visible de la gauche dans de nombreux pays européens. Pendant la guerre civile russe, l’Armée Rouge compta même une unité explicitement sioniste. Les premiers gouvernements bolcheviques donnèrent leur accord de principe à la création d’une république juive au sein de l’URSS, où les Juifs pourraient s’auto-administrer s’ils le souhaitaient : finalement, ce projet politique ne fut appliqué que de manière caricaturale, durant une période politique ultérieure, avec la création du Birobidjan en 1934.

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