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Nuits debout ou pensée couchée ? Un bouffon (Alain Finkielkraut) se fait jeter de la place de la République mais un autre (Yanis Varoufakis) est chaleureusement accueilli avant d’aller rencontrer son ami Macron

lundi 18 avril 2016, par Yves

Ceux qui croient en une « radicalité » quelconque de la « pensée » de Monsieur l’ex-ministre des Finances Yanis Varoufakis doivent absolument écouter cette émission

http://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/l-europe-de-yanis-varoufakis.

L’avantage de ce mec est qu’il parle cash. C’est un peu comme Hubert Védrine pour la diplomatie. C’est le genre d’individus très sûrs de lui, qui sont totalement au service du Capital et de l’Etat. Quand ils ne sont plus au pouvoir, ils peuvent se permettre de parler un peu moins la langue de bois que leurs copains toujours aux manettes. Pour mettre du beurre dans les épinards, ils donnent des conférences bien rémunérées et publient des livres (avec de confortables avances sur les ventes) pour se donner un air critique. Ils amusent les médias complaisants (l’animatrice Caroline Broué et le « professeur de science politique » Frédéric Sawicki n’ont pas arrêté de lui passer la brosse à reluire) et certains gogos s’y laissent prendre tandis que d’autres chefs de « la gauche de la gauche » nous préparent une future union nationale derrière de tels pantins, comme ils l’ont fait en Grèce avec Syriza.

Les zozos comme Védrine ou Varoufakis peuvent ainsi lancer une petite vanne qui paraît parfois « radicale »... ou un embryon de critique de « la crise européenne » ou de « l’hyperpuissance américaine » – du moins à ceux qui ne sont pas très difficiles sur la qualité de la marchandise altermondialiste ou citoyenniste, pourtant fort avariée depuis le temps qu’elle est sur le marché.

Alain Finkielkraut croit, paraît-il, que Nuits debout à Paris serait « une kermesse gauchiste sous cloche, une bulle révolutionnaire » : il se gourre complètement (comme d’habitude). C’est une assemblée où n’importe quel réformard bourgeois peut s’exprimer librement et faire la « promotion mondiale de son livre »... comme il l’a fait aujourd’hui sur France Culture.

Si Finkielkraut écoute cette émission, il devrait se reconnaître parfaitement dans les propos de cet ex-ministre... tout comme ceux qui l’ont chassé d’ailleurs. Varoufakis respecte la « lucidité », les connaissances et l’intelligence des chefs d’Etat bourgeois (Angela Merkel, Franklin Delano Roosevelt, François Mitterrand, Bruno Kreisky, Wolfgang Schaüble) les technocrates européens (Jacques Delors), les institutions internationales (l’étalon-or, la Banque européenne, le Marché commun qui est « une bonne construction américaine »).

Bref, c’est un centriste tendance Bayrou qui n’a aucune envie de remettre en cause le capitalisme et l’exploitation. Il veut juste réformer un petit peu l’Union européenne, la « démocratiser », comme n’importe quel politicien. Il souhaite limiter « l’hégémonie américaine » et le pouvoir des banquiers (pas celui des industriels et des capitalistes, bien sûr, seulement celui de la méchante « finance spéculative » comme si l’on pouvait les séparer les uns des autres). Il a même le culot d’affirmer que, puisque les banquiers privés n’étaient pas physiquement présents à Bretton Woods en juillet 1944, leurs desiderata n’auraient pas été pris en compte et que les gentils Etats occidentaux auraient uniquement tenu compte des intérêts des peuples qu’ils « représentaient ». Quelle blague !

Et quand un journaliste lui parle de la possibilité de « refondre le système complètement », il évoque le Cambodge de Pol Pot... comme repoussoir à toute tentative radicale de remettre en cause l’Union européenne. Il ne veut surtout pas détruire les institutions étatiques, nationales ou européennes, ce dont, pour dire la vérité, je me doutais un peu avant même de l’entendre. On ne devient pas ministre des Finances d’un Etat bourgeois comme la Grèce sans avoir fourni de solides garanties à la classe dominante locale ainsi qu’à la bourgeoisie et à la technocratie internationales.

Il est intéressant aussi d’entendre ses anecdotes personnelles quand il copinait autour d’un bon verre ou d’un repas avec les politiciens et les technocrates (qu’il feint par ailleurs de dénoncer), « pour créer un lien personnel » dans le cadre des négociations qu’il menait. On découvre que plusieurs gestionnaires de l’UE sont d’accord avec lui ; simplement ils n’osent pas le dire pour ne pas perdre leur capital politique.

Alors tirez-en la conclusion qui s’impose : il y a eu des coups de pied au cul qui se sont bel et bien perdus sur la place de la République... En effet entre le bouffon réac qui passait pour écouter ce qui se disait et un économiste, ex-ministre bourgeois et défenseur du capitalisme, qui a pris la parole qui était le plus dangereux des deux ?

Poser la question c’est y répondre...

Y.C., Ni patrie ni frontières, 18 avril 2016

P.S. On mettra en parallèle ses propos démagos sur la Place de la République (http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2016/04/17/nuit-debout-acclame-varoufakis-chahute-gattaz-et-expulse-finkielkraut/) avec ceux tenus à France Culture....

Les deux faces de ce bouffon de gauche sont riches d’enseignements du point de vue de l’analyse du cynisme politique de la gauche de la gauche. Et le plus fort c’est que, si l’on écoute bien ce qu’il dit, dans les deux cas il est en fait tout fier d’avoir rencontré, dans une position de pouvoir comme celle de ministre de l’Economie, des diplomates, des chefs de gouvernement ou des ministres.

Comme s’il était l’un d’eux...

Ce qu’il est effectivement...

PP.S. du 19 janvier : Après avoir été acclamé à la Nuit debout, le bouffon a rencontré son ami Macron....

http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/04/19/25001-20160419ARTFIG00062-varoufakis-encense-macron.php