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Nostalgies et manip’ identitaires

lundi 25 janvier 2016, par Yves

Présentation et sommaire du n° 54/55 de Ni patrie ni frontières (février 2016, 12 €)

Présentation

Comme l’écrivent Nicolas Lebourg et Jean-Yves Camus, « (...) lors de l’abandon de franges entières de la population à la violence économique, en l’absence à gauche d’un mouvement social apte à produire une “conscience de classe” produisant une identité collective, ou, en l’absence, à droite, d’un mouvement idéologique apte à légitimer la hiérarchisation sociale, c’est la rationalisation raciale qui prend le dessus et divise le corps social selon ses critères (1) ». Ce que ces auteurs écrivent à propos des groupuscules fascisants du Pouvoir blanc dans différents pays s’applique parfaitement à la période actuelle et aux nostalgies identitaires qui s’expriment, à gauche comme à droite, et donnent lieu à de multiples manipulations politiques.

Pour poser le contexte économique et social de ces mouvements identitaires, ce numéro s’ouvre sur un texte du groupe allemand Wildcat analysant l’évolution de « la classe ouvrière mondiale » depuis les années 1970. En effet, « contrairement aux sophismes trop répandus la classe ouvrière est en expansion permanente », comme l’annonçait le titre d’un livre de Simon Rubak paru aux Editions Spartacus en 1972. Il est utile de rappeler cette « vérité » élémentaire en une période où l’on ne parle plus que d’« identité », qu’elle soit ethnique, religieuse, sexuelle, nationale, de « genre », etc. – quand les militants d’extrême gauche ou anarchistes ne tombent pas dans l’apologie délétère de la race, prétendument « sociale ».

Deux articles de La voix des sans papiers exposent leur position sur le faux débat autour des prétendues différences entre (mauvais) migrants économiques et (bons) réfugiés politiques. Un long dialogue s’instaure ensuite avec Nad autour de l’articulation possible entre antiracisme et lutte de classe, en évoquant notamment les positions catastrophiques du groupuscule identitaire qu’est le PIR et celles de la mouvance plus large, surtout universitaire mais aussi militante, dans laquelle il évolue.

Plusieurs textes dénoncent avec virulence la Marche pour la dignité et contre le racisme qui s’est tenue le 31 octobre 2015. Ces critiques sont parfois justes mais restent très insuffisantes, car elles ignorent les sources d’inspiration des identitaires de gauche et surtout elles ne proposent ni analyses ni actions alternatives contre le racisme.

Nous abordons ensuite la question du social-chauvinisme, de ses porte-parole intellectuels (Ariès, Lordon, Michéa, Todd, etc.) et médiatiques (Le monde diplomatique, Politis, Marianne, etc.) qui diffusent ce qu’il faut bien appeler la peste identitaire gauloise-républicaine qui ne vaut pas mieux que la peste identitaire tiers-mondiste dopée au postmodernisme.

Le problème de l’antisémitisme de gauche (2) est ensuite analysé, notamment sous l’angle, sous-estimé, de son utilité politique et symbolique.

Temps critiques nous expose ce que ce groupe-revue appelle « l’angle mort du 13 novembre » 2015.

Nous revenons sur quelques idées préconçues et clichés fort répandus sur le Front National ainsi que sur la réalité de son implantation en milieu ouvrier.

Un camarade néerlandais nous décrit la récente vague de mobilisation raciste orchestrée par Geert Wilders (le copain de Marine Le Pen) contre les réfugiés aux Pays-Bas et les tentatives militantes de l’enrayer. Généralement la « Hollande », bien qu’elle soit absente des références internationales habituelles des militants français, nous indique le pire de ce qui nous attend en matière de régression sociale et politique (3) (traitement du chômage, généralisation du temps partiel, réformes de l’éducation et de la fonction publique, privatisation des services publics, diffusion de l’idéologie national-populiste, racisme antimusulmans, etc.), en particulier parce que le mouvement ouvrier est faible dans ce pays.

Enfin une camarade nous fait découvrir, à travers la critique d’un livre paru en anglais, ce qu’a été la Ligue des ouvriers noirs révolutionnaires de Détroit, dans les années 1970, organisation dont les positions étaient à des années-lumière, malgré ses limites, de la bouillie identitaire-de-gauche actuelle.

Bonne lecture !

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Sommaire

Présentation 1

Wildcat : Sur la classe ouvrière mondiale 3

Proposition de Charte mondiale des migrants 37

La voix des sans papiers : La lutte des réfugiés de La Chapelle. Demandeurs d’asile ou sans papiers ? 39

La voix des sans papiers : Nous sommes tous des réfugiés économiques ! 44

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Dialogue autour du PIR et de l’articulation entre antiracisme et lutte de classe 49

Avant-propos de Nad 50

1. Sur les origines et l’évolution des Indigènes de la République 61

2. Le PIR partage et propage l’idéologie identitaire dominante 70

3. Critiques violentes contre la gauche mais propositions politiques très modérées 75

4. Le PIR est une organisation nationaliste qui invente ou glorifie les identités ethnico-religieuses... 80

5.... et qui voudrait jouer le rôle d’un think tank « décolonial » 83

6. Les contorsions du PIR face à l’homophobie et au sexisme 84

7. Le PIR minimise et manipule l’antisémitisme 93

8. Le PIR défend les obscurantismes religieux 104

9. Le PIR soutient l’islam politique 107

10. Le PIR essaie de « marcher sur deux jambes » mais promeut le corporatisme ethnique et religieux 109

11. Le PIR a-t-il un avenir ? 113

Annexe : Sur la lutte contre l’antisémitisme en France 116

***

Non Fides : Nique la « race » ! 121

Crossroads : Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème 126

Discussion à propos de la marche contre le racisme du 31 octobre et de la « lettre ouverte » qui critique cette initiative 129

Collectif l’identité j’t’emmerde : Marche au pas 135

Modèles d’interprétation du racisme et conséquences politiques actuelles 138

Du « Black-Blanc-Beur » à la « race sociale » : la confusion s’épaissit chez les gauchistes gaulois 147

***

Idéologues (Michéa, Lordon, Todd, Mélenchon) et militants du social-chauvinisme (Parti de Gauche, MPEP, PCF) 157

Origines et actualité du concept de social-chauvinisme 162

Un exemple chimiquement pur : le cas du social-chauvin Emmanuel Todd 166

Quand un groupe « castoriadien » fantasme sur l’identité nationale 171

La tradition sociale-chauvine française : quelques points de repère 173

Dix points communs entre les social-chauvins 185

Pourquoi le social-chauvinisme a un boulevard devant lui 199

Lettre d’un lecteur à propos de Guy Debord 201

Initiative communiste ouvrière : « Le Hareng de Bismarck »… ou le poison nationaliste 203

***

Antisémitisme de gauche : définition et fonctions politiques 207

Définition de l’antisémitisme. Passerelles possibles entre antisionisme et antisémitisme 210

Propos et analyses antisémites chez Marx, Proudhon et Bakounine 217

Piètres arguments marxistes et anarchistes 219

M. Dreyfus et P.A. Taguieff : utiles mais très insuffisants 222

Fonctions politiques de l’antisémitisme de gauche 227

La CNT et l’édit d’expulsion des Juifs : correspondance entre Ben-Krimo et Mariano R. Vázquez. (Barcelone, 1938) 246

***

Polémiques 253

A propos de quelques nouveaux mensonges de Bricmont 254

L’UJFP pratique la politique de l’autruche face aux tenants de l’antisémitisme de gauche 256

Quand l’UJFP manipule sans précaution ni rigueur la pensée complexe et paradoxale de Yeshayahou Leibowitz 262

A propos du dernier livre d’Emmanuel Todd : les « anti-Charlie » primaires auraient-ils enfin trouvé leur « Taguieff » ? 268

Roberto Massari : « Desaparecidos », appelez-moi Bergoglio 277

Patsy : Divergences ou nuances ? 283

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Temps critiques : Dans l’angle mort du 13 novembre 291

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Du Front national et de sa démagogie « sociale » 313

FN et classe ouvrière 315

Clichés sur le FN 330

Antifascisme en France 341

Peter Storm :Vague raciste aux Pays-Bas 347

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Livres

Camille Estienne : A propos du livre de James A. Geschwender, Class, Race, and Worker Insurgency – The League of Revolutionary Black Workers, Cambridge University Press, 1977 354

Pour toute commande écrire à

yvescoleman@wanadoo.fr

NOTES
1. Souligné par nous et extrait de Les droites extrêmes en Europe, Seuil, 2015, p. 132. Ces deux universitaires sont parfois beaucoup trop complaisants dans leur exposé « objectif » des thèses et du rôle de la Nouvelle Droite, qu’elle soit fasciste ou fascisante, tout comme Pierre-André Taguieff l’avait été avant eux dans Sur la Nouvelle Droite. Jalons d’une analyse critique, Descartes & Cie, 1994. Leur indulgence marquée s’exprime particulièrement par rapport à Alain de Benoît mais aussi à d’autres intellectuels fascisants « étrangers », qui ne méritent aucun égard particulier, aussi cultivés fussent-ils. Ces réserves faites, l’ouvrage est utile pour connaître le foisonnement des groupes et idéologies d’extrême droite en Europe.

2. Cf. notamment « Sur les sources de l’antisémitisme de l’antisémitisme de gauche, anticapitaliste et/ou anti-impérialiste » NPNF n° 44-45, septembre 2014 et « Multiplicité des formes de l’antisémitisme mondialisé et “antisémitisme mondialisé” actuel », NPNF n° 46-47, octobre 2014.

3. Cf. « Pays-Bas, un modèle pour Sarkozy et la droite gauloise ? » NPNF n° 33-34-35, juin 2011.