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"La voix des sans-papiers" n° 13 : La France ou le Mali « patrie des droits de l’homme » ?

jeudi 10 septembre 2015, par Yves

De tout temps les hommes ont exprimé, de diverses manières, leur droit à l’égalité et à la justice – comme dans ces paroles divines parvenues jusqu’à nous du fond des âges de l’ancienne Égypte : « J’ai créé la crue [du Nil] pour que tout pauvre puisse en profiter autant que le riche… J’ai créé chaque homme égal à son voisin. »

Sans remonter aux époques les plus reculées, bornons-nous à rappeler ici le célèbre « Serment des chasseurs » (Donsolu kalikan, en malinké), qui, de griot en griot, nous est venu du début du XIIIe siècle de notre ère, de la fondation de l’empire du Mali par Soundjata Keïta. Ses « sept paroles », mieux connues sous le nom de « Charte du Manden » (Manden kalikan, serment du Manden) depuis qu’elles sont inscrites au « Patrimoine culturel immatériel de l’humanité » de l’UNESCO, sont considérées par nombre d’historiens africains comme « la première déclaration des droits humains connue au monde », antérieure de plus d’un demi-millénaire à la déclaration des droits de 1789. Que déclaraient-ils donc les chasseurs maliens ?

« Une vie [humaine] n’est pas… plus respectable qu’une autre vie… une vie n’est pas supérieure à une autre vie. … Par conséquent… que nul ne martyrise son semblable. … Que chacun veille sur son prochain… que chacun veille sur le pays de ses pères. Par pays… il faut entendre aussi et surtout les hommes. … La faim n’est pas une bonne chose, l’esclavage n’est pas non plus une bonne chose. Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là, dans ce bas monde. … La faim ne tuera plus personne au Manden… la guerre ne détruira plus jamais de village pour y prélever des esclaves… nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu… mis à mort, parce qu’il est fils d’esclave. … L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour… d’une frontière à l’autre du Manden ; la razzia est bannie à compter de ce jour au Manden. … Les gens d’autrefois nous disent : "L’homme en tant qu’individu, fait d’os et de chair, de moelle et de nerfs… se nourrit d’aliments et de boissons ; mais son âme, son esprit vit de trois choses : voir qui il a envie de voir, dire ce qu’il a envie de dire, et faire ce qu’il a envie de faire ; si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine, elle en souffrirait et s’étiolerait sûrement." En conséquence, les chasseurs déclarent : Chacun dispose désormais de sa personne, chacun est libre de ses actes, chacun dispose désormais des fruits de son travail. Tel est le serment du Manden à l’adresse des oreilles du monde entier. »

(Extraits tirés de : Y.T. Cissé et W. Kamissoko, Soundjata, la Gloire du Mali, Karthala)

La voix des sans-papiers n° 13