Accueil > Vagabondages > La voix des sans papiers > "La voix des sans-papiers" n° 13 est parue !

"La voix des sans-papiers" n° 13 est parue !

jeudi 10 septembre 2015, par Yves

PDF - 222.9 ko

Europe : la barbarie !

Vintimille, Paris, Calais… Combien d’autres endroits, rien qu’en France ? Dans combien d’autres pays, en Europe ?... Personne ne sait, tant la banalité du mal envers les sans-papiers et réfugiés est devenue monnaie courante nationale, en Europe et notamment en France.

À Paris, depuis l’évacuation violente de la Chapelle, début juin, on a perdu le compte des campements dressés et des opérations de balayage social des campements. Pour Calais, l’ONU est (une deuxième fois) intervenue, rappelant à l’État français son devoir de respect des droits de l’homme. Et à Vintimille ? Les migrants – hommes, femmes, enfants, femmes enceintes, familles entières avec enfants, raflés dans Nice et la Côte d’Azur par centaines, puis reconduits en petits groupes à la frontière franco-italienne, refoulés au-delà en pleine et bien rodée illégalité d’État – on connaissait ça à Vintimille. Mais à la mi-juin, on a fait les choses en grand, côté français. Coup sur coup, on a refoulé plus de mille migrants, puis verrouillé la frontière. Côté italien, deux jours plus tard, on s’est mis en devoir de couronner l’œuvre, on a traqué, chassé de l’ancienne frontière effacée de droit, rétablie de fait, haut lieu touristique, cette portion d’humanité misérable coupable de fuir guerres civiles et économiques et autres fléaux du Sud du monde. À Vintimille, une centaine de jeunes migrants acculés à la mer, contraints, pour ne pas être emmenés de force [voir les photos : http://www.ilfattoquotidiano.it/2015/06/16/ migranti…], de se sauver dans ces eaux qu’ils avaient traversées au péril de leurs vies, ont décidé, depuis, de ne pas quitter les rochers de bord de mer pour protester au monde de leur qualité d’hommes contre l’inhumain.

Il y a, et c’est le plus inquiétant, à la tête de l’Europe et de ses principaux pays, abdication de la pensée – et consensus dans une large opinion publique européenne. Refus de réfléchir aux conséquences de ses actes, et, plus encore, de son inaction ; incapacité d’envisager le mouvement d’ensemble de la population mondiale. Penser l’arrêter, revient moins à se fermer au champ des possibles qu’à laisser se former (on le voit en Méditerranée) les engrenages efficaces d’un vaste génocide social inconnu dans l’histoire, et qui durera non reconnu – quand déjà est en marche la machine à broyer les pauvres du monde.

On se souvient de l’État nazi qui sut faire du « juif » l’incarnation du mal dans le corps social, répandre dans le banal partout accepté l’image de l’ennemi à abattre, pour le salut de la société allemande. Par l’État français notamment, le mécanisme de fabrication de l’ennemi social paraît aujourd’hui enclenché : le « migrant » (le pauvre venant d’ailleurs) est l’ennemi à refouler aux frontières, le mal que, pour son salut, il faut expulser du corps de la société française. Et en Europe, il y en a déjà un qui a franchi le pas de la grande et ouverte criminalité d’État : depuis combien d’années l’État espagnol ne fait-il tirer sur les foules des migrants ! (avec le feu vert tacite de l’Europe).

La cécité, la criminalité d’État grande et petite sont manifestes en Italie et en France. L’Italie est un pays depuis longtemps vieillissant, il y a dans cela un facteur endogène de crise. Au lieu de profiter de la chance de cet afflux et présence de forces jeunes et vives, les politiques romains qu’ont-ils fait ? Ils ont géré le grand nombre d’arrivants de façon à empocher l’argent de leur accueil ! (scandale de Rome « mafia capitale »).

Depuis les années 1980 la France a cessé d’être un pays d’immigration postcoloniale massive. Le solde migratoire annuel est minime, et, d’un côté, les immigrés sont avant tout des Européens, de l’autre, pour les non communautaires, il s’agit d’une immigration notamment « de survie ». Les voix qui se lèvent contre l’« invasion » des migrants sont fausses d’abord statistiquement. Et pourtant, au lieu de voir dans l’arrivée de jeunes africains une chance pour régulariser ses rapports avec ses ex-colonies, cesser de s’appuyer sur des régimes corrompus et tyranniques, enfin aider à un large plan d’accueil et de sauvetage, de partenariat réel, sur un pied d’égalité, avec les peuples réels, favorisant leur libre mobilité, c’est la chasse à l’homme que pratique l’État français. Cela est d’autant plus scandaleux et criminel qu’il a été l’artisan international du chaos libyen et de la guerre au Mali qui s’en est suivie : comme il se doit, les pots cassés ce n’est pas à l’État riche et fauteur de guerre de les payer, mais aux peuples réduits en état de ruine économique !