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Dans le monde, une classe en lutte - Novembre 2014

mardi 2 décembre 2014

La restructuration du capital mondial

Dans son expansion absolument nécessaire à sa survie, le capital pénètre et élimine les secteurs qui étaient en dehors ou marginalisés quant à son champ d’exploitation et de production du profit, ou réduit les conditions d’exploitation de ceux qui, en raison de leur position dans l’appareil de production, avaient su conserver des conditions de travail plus favorables que l’ensemble des travailleurs. On peut trouver une convergence entre la lutte des chauffeurs de taxis, celle des cheminots allemands et français, des pilotes français ou allemands, des professions « dites protégées » en France, celles des « externalisés » d’un peu partout dans le monde. Avec une croissance zéro, l’État français se trouve contraint de trouver de « l’oseille » partout où cela semble possible sans trop de heurts. Mais cela ne suffit pas, l’attaque touche les pilotes de ligne d’Air France comme ceux de Lufthansa en Allemagne ; tous en grève. Les notaires, les pharmaciens, les taxis, huissiers, greffiers, avocats et autres professions réglementées sont appelés à protester contre les projets gouvernementaux qui souhaitent les réformer. Ces attaques, nous les retrouvons dans d’autres pays de l’UE, elles montrent que le système n’a plus beaucoup de marge pour faire face à la crise.

L’attaque sur les salariés

Des histoires de chemins de fer

Pendant longtemps, dans la plupart des États, les chemins de fer étaient un des fleurons nationaux, souvent nationalisés à la fois parce que leur fonction était un des maillons de l’économie mais aussi pour des « nécessités » de défense nationale. Pour cette raison, les cheminots bénéficiaient d’un statut spécial distinct de celui de la moyenne des travailleurs. Les bouleversements, tant dans les transports que pour les besoins militaires, ont fait que les chemins de fer ont perdu de leur importance relative, et que la relation à l‘Etat et le statut spécial des cheminots ne se justifiaient plus. L’invasion du capital s’est faite par différents canaux (sous-traitance, privatisation) qui tous visaient à la réduction de l’ensemble des conditions de travail, donc à des possibilités de profit. Certaines catégories de cheminots, les agents de conduite, disposant d’un pouvoir de nuisance en raison de leur fonction, pouvaient avoir conservé ce statut distinct. Nous avons déjà évoqué dans les précédents bulletins le conflit qui s’est ouvert lors de la restructuration dans les chemins de fer allemands (deutsche bahn) de la création de deux catégories de conducteurs. Le syndicat dominant EVG, lié à la principale confédération syndicale DGB, ne s’opposant pas à cette réforme, les agents de conduite ont créé un autre syndicat professionnel GDL qui, dans cette catégorie de cheminots, a réussi à s’imposer après des grèves victorieuses. Les dernières de ces grèves, les 15 et 16 octobre dernier puis du 6 au 11 novembre, particulièrement suivies, visent à défendre l’existence même du syndicat menacé par un projet de loi redonnant la prééminence au DGB dans les discussions avec ou sans papiers : un seul exemple, l’État de Californie exploite 1 850 000 migrants, plus de la moitié sans-papiers, un dixième de la main d’œuvre exploitée, certains depuis plus de dix ans.

La sous-traitance de tout ce qui peut être détaché du centre de production permet d’épargner à nombre de salariés les contraintes légasur les conditions de travail. Une disposition antérieure dénommée « discussion unifiée » donnant cette prérogative au DGB avait été écartée récemment par un jugement du tribunal fédéral, un projet prévoit de lui donner force de loi. Dans la foulée, les cheminots concernés revendiquent 5 % d’augmentation, la réduction du temps de travail de deux heures par semaine et la limitation des heures supplémentaires à 50 heures par an. Le syndicat GDL demande aussi le droit de représenter d’autres catégories de travailleurs du rail, d’autres « roulants ». Les choses en sont là et de nouvelles grèves sont à prévoir car la politique du gouvernement consiste, comme ailleurs, à éliminer les « petits » syndicats.

Les chemins de fer belges en grèves sauvages

Là aussi le capital veut envahir la SNCB : d’un côté des projets de privatisation, de l’autre une réduction des services qui touche particulièrement les agents de conduite. Les syndicats CSC et FGTB ne s’y opposent pas et du 6 au 21 octobre, des grèves sauvages éclatent dans un centre ferroviaire et s’étendent à d’autres. La plus grande confusion règne alors que des représentants syndicaux de base soutiennent ces grèves spontanées. Finalement, patronat, gouvernement et syndicat réussissent à faire reprendre le travail. Cette défaite entraîne l’annonce le 6 novembre de sanctions contre les grévistes et l’élaboration d’un règlement, voire d’une loi, permettant de museler les grèves sauvages dès leur début.

Des histoires d’aviation

Avec la compagnie aérienne Lufthansa se pose le même problème que dans les chemins de fer. Les pilotes de ligne se sont trouvés dans la même situation. La création par Lufthansa de deux compagnies, Lufthansa Cargo pour le fret et German Wings pour le low cost, lui a permis d’embaucher des pilotes à des salaires réduits et les conditions de travail se sont aggravées. Avec l’accord du principal syndicat lié au DGB, lequel prétend imposer les mêmes conditions aux 5 400 pilotes de Lufthansa. Ceux-ci ont réagi en créant un syndicat professionnel VL (cockpit) qui a lancé toute une série de grèves contre une augmentation des heures de travail, une réduction des effectifs et une augmentation de l’âge de la retraite. La grève du 10 octobre, la cinquième depuis avril, vise à s’opposer à ces mesures mais aussi, comme le GDL chez les cheminots à la nouvelle loi qui les éliminerait des discussions sur les conditions de travail.

On doit signaler à ce sujet que d’autres syndicats professionnels (notamment dans les hôpitaux) créés dans les mêmes conditions d’opposition à la domination de la confédération DGB sont aussi visés par la législation projetée qui, pour toutes ces catégories de professionnels, vise à leur appliquer des salaires et des conditions de travail plus conformes à la recherche du profit par le capital.

Une autre histoire d’aviation

En France, les pilotes d’Air-France-KLM se trouvent devant le même type de problème que les pilotes de Lufthansa. Cette compagnie a créé une compagnie low cost, Transavia, qu’elle entend baser au Portugal pour permettre d’imposer aux travailleurs des conditions plus contraignantes que celles des pilotes d’Air France KLM. Ceux-ci se sont mis en grève, une grève qui a duré quatorze jours et qui s’est terminée avec l’annulation de ce transfert mais le maintien de la compagnie low cost, avec toujours la même menace sur les conditions de travail des pilotes.

L’externalisation généralisée

Ce système d’exploitation de la force de travail n’est pas nouveau. Il permet de remplacer les travailleurs de l’entreprise sous un statut défini par des travailleurs ne bénéficiant pas de ce statut, c’est-à-dire avec un coût réduit de la force de travail. Mais elle comporte de nouvelles facettes, multipliant les méthodes utilisées :
- là où un cadre légal général ou spécifique à une entreprise impose le respect d’un ensemble de conditions d’exploitation, l’emploi de travailleurs hors de ce statut permet d’atteindre le résultat recherché.

L’emploi des intérimaires n’est pas seulement un volant d’adaptation mais peut être aussi une force de travail majoritaire. En Allemagne, dans la Ruhr, Krupp fait tourner une aciérie avec 90 % d’intérimaires. Chacun connaît l’existence de telles pratiques, notamment dans la logistique, la restauration, mais elle est certainement beaucoup plus répandue que ne le révèlent ces luttes. En Inde comme en Corée du Sud et ailleurs, de nombreux conflits (on en mentionne dans ce bulletin) tournent autour de la titularisation des « contractuels » précaires. En France, de nombreuses variantes de contrats à durée déterminée permettent aussi de faire baisser les coûts, sans compter qu’il est relativement facile de les transformer en contrats longue durée par des astuces juridiques. En Grande-Bretagne, le contrat zéro heure dont nous avons parlé est un asservissement du travailleur qui devient « utilisable » au besoin comme une matière première stockée sans frais. Le cas extrême est l’exploitation — à toute condition à cause de leur vulnérabilité – des migrants les de ce centre. De nombreux conflits surgissent quant aux conditions d’exploitation mais surtout lorsque le maître d’œuvre abandonne un sous-traitant pour un autre : les travailleurs souvent licenciés dans ce processus se trouvent alors contraints de lutter soit pour obtenir une indemnité de licenciement, soit pour leur réembauche par le nouveau sous-traitant à des conditions d’exploitation inférieures à celles auxquelles ils étaient soumis jusqu’alors (là aussi on trouvera des exemples dans ce bulletin). Ce que l’on appelle « délocalisation » n’est souvent qu’un aspect de la sous-traitance à l’échelle mondiale, échappant non seulement aux contraintes légales autour du travail mais aussi à celles de l’environnement et des opérations financières.

Au-delà de ces évasions dans un cadre national ou international, la rupture des cadres nationaux (essentiellement par des guerres) ne brise pas tant qu’on pourrait le penser l’exploitation du travail car on continue à y exploiter hommes et femmes pour la production de matières premières. Un exemple est donné avec la « décolonisation » du Congo belge devenu la RDC, proie d’une guerre civile entretenue par ses voisins, des bandes armées prospérant grâce à la plus extrême exploitation des populations locales pour la production du coltan, précieux minéral pour toute la gamme des portables qui procurent d’énormes profits aux multinationales. Un autre exemple est en Afrique du Sud, où les exploitations minières des multinationales – dans les conditions légales minimales abandonnées car non profitables – sont reprises clandestinement par des gangs locaux qui exploitent de véritables esclaves pour revendre leur production aux mêmes multinationales. On pourrait multiplier les exemples y compris dans les pays industrialisés : hommes, femmes et enfants peuvent se trouver soumis aux conditions les plus dangereuses. Les guerres civiles ou autres se multipliant de par le monde multiplient les opportunités d’augmenter les sources de profit (une tablette vendue jusqu’à 900 euros ne contient que 2,38 euros de coût du travail). Que signifie la lutte de classe à ce niveau ?

L’attaque contre les derniers vestiges des classes moyennes

Il ne reste plus guère de classes moyennes, elles formaient encore avant la Seconde Guerre mondiale près de 50 % de la population active. Elles étaient « indépendantes », travaillant pour leur propre compte, dans une position charnière, pouvant basculer aussi bien dans l’entreprise capitaliste que dans le salariat. Partout dans le monde, le capital a envahi ce secteur dans le commerce, l’agriculture, l’artisanat… certaines qualifiées de « professions libérales » ayant conservé, en raison du caractère spécifique de leur activité professionnelle, un statut protégé d’indépendant, ce qui, pour le capital, est un anachronisme dans les structures modernes de domination. Présentées comme un remède aux difficultés financières dues à la crise, les attaques contre ce secteur protégé ne sont que la continuation du même mouvement qui avait conduit dans les décennies antérieures à la quasi élimination des classes moyennes. Même si la lutte de ces « petits bourgeois » ne peut s’apparenter à la lutte de classe, elle n’en reste pas moins une lutte contre l’expansion du capital qui vise finalement à les transformer en salariés.

Une histoire de taxis

Dans la plupart des pays industrialisés, notamment en Europe, les chauffeurs plus ou moins indépendants de taxis des grandes villes comme Paris, Madrid, Londres, Milan, Berlin ont mené des actions (le plus souvent des blocages routiers) contre la concurrence d’une entreprise capitaliste américaine, Uber, qui cherche à briser leur quasi-monopole en utilisant les derniers cris de la technique.
Cette société née à San Francisco s’est rapidement répandue, non seulement aux USA mais elle exerce présentement dans plus de 100 villes du monde, menant une concurrence souvent victorieuse contre les taxis indépendants protégés par un statut spécial.

La société Uber accrédite le possesseur d’une voiture de tourisme en fournissant portable, GPS, et un dispositif de contrôle. Accréditant un grand nombre de ces VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur), la société est en mesure de répondre dans la minute à une demande de transport. Le prix d’un transport est en général 20 % moins élevé que celui demandé par un taxi patenté, mais cela est contesté car le prix peut varier. Uber peut contrôler le prix encaissé par la VTC et prélever un pourcentage.

Ces temps-ci, des manifestations se sont déroulées un peu partout dans les grandes villes (blocages routiers notamment dans l’accès aux aéroports, opérations escargot, etc. ). Le 10 octobre, un rallye de taxis a eu lieu dans le centre de Londres contre la politique d’un organisme de régulation qui favorise la firme Uber.
L’activité d’Uber est non seulement contestée par les chauffeurs de taxi (en France, ils sont 60 000 dont 90 % sont des artisans avec des formules juridiques diverses), mais par des dispositions juridiques et légales (par exemple en France, l’obligation est faite aux VTC d’attendre quinze minutes avant de répondre à un appel) ; le 18 octobre, Uber France a écopé de 100 000 euros d’amende pour « pratiques commerciales trompeuses ».
Aux USA, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui ont contesté leur rémunération lors d’une grève à Seattle.

Les professions « réglementées » en France

Chacun connaît le statut protégé de ces catégories et des conditions d’accès spécifiques qui leur donnent un monopole d’activité sur un territoire, ou une activité définie – tout au moins celles auxquelles chacun est contraint de recourir plus ou moins souvent –, et qui profitent de leur monopole pour se garantir des revenus confortables. De plus, ces catégories détiennent souvent, de par leur fonction sociale, un pouvoir dont elles usent précisément pour défendre leur position privilégiée et lucrative. Au-delà des médecins, pharmaciens, vétérinaires, notaires, etc., d’autres professionnels manifestent le même acharnement à défendre leurs privilèges dans une solidarité de classe. Une tentative récente de réformer ce secteur en le « libéralisant » a valu au gouvernement une levée de bouclier et d’imposantes manifestations de rue qui ont fait remettre ces projets aux calendes grecques.

Afrique du Sud

En octobre 2010, 25 % des 53 millions d’habitants souffrent de la faim, et 23 % sont prêts à tomber dans cette catégorie. Un des paradoxes de la situation est que le pays riche du point de vue agricole produit pour l’exportation et bien peu pour la consommation locale. De plus, la démographie comporte de grands déséquilibres : en 2011 , 40 % de la population a moins de 14 ans, ce qui accroît les problèmes alimentaires.

L’année 2014 a été marquée par une succession de grèves, avec en arrière-plan des manifestations quasi quotidiennes dans les townships, parfois violentes, concernant l’ensemble des conditions de vie (voir précédents bulletins), et des attaques xénophobes contre les migrants des pays voisins. Quelques exemples pour situer la condition de vie de la population noire en Afrique du Sud : on y compte 50 meurtres par jour ; une femme sur cinq est domestique et quatre sur cinq de ces domestiques travaillent à plein temps, soit plus de 28 heures par semaine. Les mini-émeutes dans les townships, avec leur lot de violence, de destruction et d’affrontements avec les flics, sont le quotidien de l’Afrique du Sud : rien que pour la période comprise entre le 24 septembre et le 1er octobre 2014, on recense 17 de ces mini-émeutes qui débutent toujours par des manifestations et des blocages routiers sur les problèmes du logement, de la voirie, de l’eau, de l’électricité, etc., avec l’enchaînement de la violence engendrée par la répression.

Le 29 janvier, 70 000 mineurs des 3 mines de platine les plus importantes sont en grève pour les salaires à l’appel du syndicat dissident Amcu (Association of Mineworkers and Construction Union). Le conflit se termine le 23 juin avec un accord courant sur trois ans qui prévoit un salaire minimum de 600 euros par mois.
Le 1er juillet, 220 000 métallos, à l’appel du syndicat National Union of Metalworkers of South Africa, affilié à la confédération officielle Cosatu, pour éviter la concurrence du syndicat dissident Amcu, se lance dans une surenchère. La grève se termine le 29 juillet avec une augmentation de salaire mais un syndicat patronal regroupant 3 000 PME refuse d’entériner l’accord et lock-out les grévistes.

Le 10 juillet, à l’appel des syndicats, 1 300 000 travailleurs de tous les services publics se lancent dans une journée de grève contre la pratique du contrat "zéro heure" concernant 300 000 précaires, et le gel des salaires depuis trois ans (un million d’entre eux sont sous le seuil de pauvreté). À la revendication de 15 % d’augmentation, le gouvernement fait une offre de 8 %. La grève est totale, obligeant hôpitaux, écoles, etc., à fermer.

Le 29 août, depuis deux semaines, une grève sauvage perdure dans les Postes, menée par les travailleurs à temps partiel et les auxiliaires en contrat précaire : les revendications concernent l’octroi de contrats permanents et la réduction du rythme de travail. La grève est particulièrement dure avec des intimidations des piquets bloquant les entrées des bureaux, le saccage d’autres bureaux (incendies de voitures postales, plus de 30 bureaux vandalisés rien qu’à Johannesburg), la police enquête sur 167 atteintes sérieuses à la « propriété ». La direction des Postes (Sapo) entreprend de briser la grève par tous les moyens : procédure de licenciement des grévistes, mobilisation des flics pour garder les bureaux encore ouverts, injonction du tribunal interdisant aux grévistes de s’approcher à moins de 500 mètres d’un bureau de poste, embauche de jaunes ; alors qu’il est évident que la stratégie est de laisser pourrir la grève, et qu’effectivement une tendance à la reprise du travail se dessine, une manifestation des grévistes bloque la capitale Pretoria le 30 octobre.

Ce même 30 octobre, la grève est lancée dans la mine de Diamond Corporation par le syndicat Amcu qui voudrait devenir représentatif et avoir deux représentants permanents payés par la firme. Une manifestation devant la mine dégénère avec l’attaque des flics, 16 blessés.

Le 20 octobre, le syndicat NUM lance une grève dans les mines de charbon de Koomfontain : 500 mineurs protestent contre des licenciements dans une restructuration nécessitée par les restrictions sur le marché mondial du charbon. Les mineurs licenciés obtiennent une indemnité d’une semaine de salaire par année dans la mine.

Le 6 novembre, le syndicat Amcu lance une grève dans une mine de charbon à Limpopo, grève illégale suite à une bagarre entre un mineur et un cadre. 500 mineurs sont licenciés. Le même jour, 100 chauffeurs de livraison de la firme Chexkers, en grève pour une augmentation de 15 % et qui ont installé des piquets de grève devant les entrepôts, attaquent et incendient les camions des jaunes

Ukraine:Une lutte de classe bien timide mais réelle

La majorité des mineurs de la région du Donbass refusent toujours de rejoindre un des camps . Au lieu de cela, ils forment des unités d’autodéfense qui se positionnent contre les séparatistes et les troupes du gouvernement. Une de ces unités s’est affrontée aux séparatistes et les a empêchés de faire sauter une mine dans le village de Makiivka. À Krasnodon, dans la région de Lougansk, les mineurs ont organisé en mai une grève générale et ils ont pris le contrôle de la ville. Ils ont ouvertement refusé de se joindre tant au camp des séparatistes « anti-Maïdan » à Lougansk qu’au camp des oligarques du Maïdan à Kiev, et ils ont exigé l’augmentation de leurs salaires ainsi que l’arrêt de l’embauche de main-d’œuvre pour la mine par des agences privées.

Les mineurs de 6 mines dans le bassin du Donbass ont déclenché une grève à la fin du mois de mai pour demander la fin de l’opération anti-terroriste dans l’est du pays et le retrait des troupes. Leur action fut de leur propre initiative et n’a été imposée en aucune façon par des hommes armés de la République populaire de Donetsk, d’après certains médias. Selon les grévistes, la guerre représente un danger pour l’existence même des mines et provoque le chômage.

« Le lundi 26 mai, lorsque l’armée ukrainienne a commencé le bombardement des villes, les mineurs ne sont tout simplement pas retournés au boulot parce que le ‘facteur externe’ des hostilités ayant lieu presque au pas de leur porte a sérieusement augmenté le risque d’accidents du travail dans leur entreprise. Par exemple, si jamais une bombe avait frappé la sous-station électrique, les mineurs auraient été pris au piège sous terre, ce qui aurait inévitablement signifié pour eux la mort. »

La grève fut déclenchée par quelque 150 mineurs de la mine Oktiabrski et elle s’est étendue comme une réaction en chaîne à d’autres fosses de Donetsk (Skochinskiy, Abakumov, « Trudovskaya », etc.), mais aussi à des mines d’autres villes, en particulier Ougledar (« Yuzhnodonbasskaya n° 3 »). Dans les mines dont le propriétaire est Rinat Achmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine et qui possède un empire industriel contrôlant économiquement presque toute la partie orientale du pays, les travailleurs ont été forcés de continuer à travailler, ils ont continué à descendre dans la fosse malgré le bombardement du voisinage proche. À l’initiative des mineurs de la mine Oktiabrski également (et à nouveau sans aucun soutien de la République populaire de Donetsk), une manifestation anti-guerre de plusieurs milliers de participants a été organisée le 28 mai. Le 18 juin, plusieurs milliers de mineurs ont à nouveau manifesté dans le centre de Donetsk pour la fin immédiate des opérations militaires. Les participants ont fait valoir qu’ils ne sont pas séparatistes, mais des gens ordinaires du Donbass. Ils ont également déclaré que si le gouvernement de Kiev ne répondait pas à leurs revendications, ils prendraient les armes.

Les séparatistes ainsi que les oligarques locaux pro-Kiev tentent de manipuler et d’interpréter ces assemblées chaotiques et contradictoires en fonction de leurs propres intérêts. Rinat Achmetov, l’oligarque de Donetsk, a donc organisé sa propre « grève » pour l’Ukraine unie, les séparatistes pour leur part essayent de faire passer les manifestations de mineurs comme l’expression d’une position pro-russe des travailleurs du Donbass.

Malgré les consignes nationalistes ou séparatistes qui apparaissent dans les manifestations de mineurs, les travailleurs ne sont pas très désireux de rejoindre la milice populaire du Donbass. Un des commandants séparatistes, Igor Girkin, s’est récemment plaint en public de ce que les populations locales prennent les armes de son arsenal, mais au lieu de se mettre au service des milices séparatistes, ils les ramènent chez eux pour protéger leurs familles et leurs villages contre les deux camps du conflit. Les séparatistes continuent donc de compter sur les gangs criminels locaux qui (après avoir été payés) leur ont permis de prendre le contrôle de bâtiments publics, de postes de police, de dépôts d’armes, de grandes artères et de moyens de communication dans la région de Donetsk et de Lougansk. La majorité des forces séparatistes est néanmoins composée de mercenaires provenant de l’autre côté de la frontière (russe), en particulier les anciens combattants des guerres en Tchétchénie.

Certaines associations déjà existantes se sont transformées en cadres de centralisation des activités anti-guerre – par exemple la Communauté des parents de la région de Donetsk « Kroha », qui a publié un appel à la population le 10 juin, tout limité, contradictoire et pacifiste qu’il puisse être : « Nous, les parents de la région de Donetsk, en appelons à vous, politiciens, personnalités publiques et personnes intéressées. Aidez-nous à sauver les gens de Slaviansk, Krasnyi Liman, Kramatorsk, arrêtez les opérations militaires. Nous avons besoin de votre aide pour faire comprendre la vérité sur ce qui se passe dans ces villes. Depuis plusieurs semaines, les gens vivent sous les tirs d’artillerie incessants. Les civils meurent constamment. Certains enfants ont été blessés, la mort de trois enfants est confirmée. Des maisons, des hôpitaux, des crèches et des écoles sont en train de s’effondrer. Les gens, y compris des enfants, vivent dans un état permanent de stress, en se cachant dans les sous-sols pendant plusieurs heures des attaques qui ne s’arrêtent presque jamais. (…) Nous demandons votre aide pour sauver la vie de ces personnes et pour l’arrêt des actions militaires. » Une autre association, les Mères du Donbass, affirme dans sa déclaration : « Nous voulons juste vivre ! Nous, des gens ordinaires : maris et femmes, parents et enfants, frères et sœurs. Nous, des civils pacifiques, nous sommes les otages du conflit dans notre région, les victimes des affrontements militaires. Nous sommes fatigués de la peur et aspirons à la paix. Nous voulons vivre dans nos maisons, marcher dans les rues de nos villes, travailler dans les entreprises et organisations de notre région, et cultiver notre terre. (…) Nous, les mères du Donbass, nous insistons pour que soit mis un terme immédiat à l’opération anti-terroriste et aux actions militaires dans notre région ! (…) Nous sommes sûres que le conflit dans notre pays peut être résolu pacifiquement ! Arrêtez la guerre ! Évitez le décès des enfants ! Sauvez le peuple du Donbass ! » La Voix d’Odessa a organisé une manifestation contre la guerre le 13 juillet à Odessa. Les participants criaient des slogans comme « Nous sommes contre la guerre ! », « Arrêtez l’opération antiterroriste à l’Est ! » ou « Nous voulons la paix ! ».

Pendant cette flash-mob, d’effrayants enregistrements audio de tirs d’artillerie et d’impacts sur des civils étaient diffusés. À Kharkov, des associations anti-guerre locales (entre autres le Mouvement des femmes de Kharkov « Kharkivianka ») ont organisé le 20 juin une manifestation en face de l’usine de chars VA Malyshev. Cette usine a reçu une commande de 400 véhicules blindés pour être envoyés au front. Les manifestants ont exigé l’annulation de la commande et ont scandé des slogans comme « Non à la guerre » ou « Arrêtez le massacre insensé ! ».

Des troubles sociaux apparaissent depuis un certain temps. Outre les grèves de mineurs dans la partie orientale du pays, les prolétaires dans les régions de l’ouest commencent aussi à en avoir assez. Les mineurs de Krivoy Rog ont entamé une grève illimitée générale en mai exigeant le doublement de leurs salaires. Ils ont commencé à organiser des milices armées d’autodéfense. Plusieurs manifestations pour « des conditions de vie décentes », contre l’augmentation des prix et pour l’augmentation des salaires et des pensions ont eu lieu dans différentes villes du pays. (Une série d’actions contre l’augmentation des prix des logements et des tarifs des services publics ont eu lieu à Kiev à la fin de juin et en juillet. Le 1er juillet, une manifestation contre l’augmentation des prix s’est déroulée à Kharkov. La plus importante protestation pour le moment a eu lieu à Kiev le 24 juillet avec des slogans comme « Réduisez les revenus des oligarques, pas ceux du peuple » et « Ne volez pas les citoyens ordinaires ».)

La République populaire de Donetsk tente de restreindre le mouvement des mineurs qui se soucient plus de leurs intérêts matériels que de toute idéologie, tout en jonglant entre les revendications des grévistes à qui on avait promis la nationalisation des complexes industriels et les intérêts des oligarques, à qui on avait promis l’inviolabilité de la propriété privée.

« Les mineurs se soulèveront. » Cet avis de Mikhaïlo Volynets est partagé par Yevhen Bondarenko, président de l’organisation régionale du Syndicat des travailleurs de l’industrie houillère d’Ukraine (PRUPU) à Donetsk, qui fait partie de la Fédération des syndicats d’Ukraine (FPU) : « La Russie n’a pas besoin de notre bassin minier ; mais dire que nous, avec notre charbon, nous sommes indispensables à l’Europe, n’a pas de sens non plus. Les mineurs se maintiennent uniquement parce que l’État exerce ses fonctions et paie les salaires. Si la paie n’est pas assurée, alors les mineurs se soulèveront avec une telle force que ça se verra. » Volynets dit que le conflit dans l’est de l’Ukraine a déclenché une vague de mécontentement chez les mineurs du Donbass. Jusqu’à présent, ils se tenaient à l’écart, mais maintenant ils disent qu’ils sont prêts à se soulever, si leurs salaires et leurs familles devaient pâtir de cette crise. « Les mineurs se soulèveront dans un mois ou deux, lorsqu’ils ne seront plus payés. Ce sont des gens qui n’ont peur de rien. Aujourd’hui, on les a trompés et dressés contre le pouvoir central, mais demain ils s’en rendront compte. Pour le mineur, la valeur suprême c’est la famille, et la famille doit être nourrie avec quelque chose. Le moment est venu – argumente Volynets – où les mineurs devront refouler de manière décidée les séparatistes. Toutes ces amourettes pro-russes font que de nombreuses mines sont déjà à l’arrêt, les gens travaillent à l’abattage au fond, mais le charbon n’est pas enlevé et il y a le risque que les salaires ne soient pas payés. Si les mineurs ne reçoivent pas leur paie pendant un mois ou deux, et qu’ils ne peuvent pas nourrir leurs familles, alors il y aura des révoltes de la faim dirigées contre tous ceux qui se mettront en travers de leur chemin. Les mineurs sont des hommes très vaillants. Ils n’ont pas peur de balles, ni de ceux qui s’avanceront contre eux avec des armes automatiques. Le peuple les soutiendra. »

64 mines sur 104 ont dû cesser toute opération, licenciant 100 000 mineurs. Dans les mines encore opérationnelles, près d’un tiers des mineurs de moins de 40 ans sont partis, ce qui peut causer des problèmes lors d’une reprise. Les distributions de charbon aux mineurs, familles et retraités ne peuvent être honorées, ce qui posera des problèmes pour l’hiver. Un seul exemple : le 10 juillet, un bombardement a détruit le centre de pompage et la mine est noyée ; d’un seul coup, des centaines de familles de mineurs sont privées de toutes ressources.

Présentement, ces mouvements de résistance semblent cantonnés dans l’est de l’Ukraine, précisément dans les zones encore dominées par les séparatistes. Ceux-ci ne font pas de quartiers contre les manifestations qui se multiplient et les quelques grèves qui peuvent surgir ici ou là. Les protestations se déroulent souvent devant les locaux gouvernementaux : elles sont réprimées le plus violemment, jusqu’à des tirs à balles réelles ou des attaques de nuit à la grenade contre le domicile des « meneurs ». Dans une situation économique et politique très mouvante, il est difficile de dire comment ces mouvements de lutte de toute une classe menacée dans son existence même et dans ses conditions d’exploitation se développeront.

Manifestations simples ou se radicalisant

Émeutes

Turquie - 7/09/2014 - La chute d’un ascenseur dans un bâtiment en construction et tuant 10 travailleurs fait ressortir une fois de plus l’absence de mesures de sécurité sur les chantiers. Un millier d’ouvriers manifestent devant le bâtiment. Les flics emploient les grands moyens pour les disperser. La Turquie tient la première place en Europe et la troisième dans le monde quant au nombre de tués dans des accidents du travail.

Grande-Bretagne - 18/10/014 - 80 000 manifestants à Londres à l’appel de la centrale TUC ; d’autres manifestations dans bien d’autres villes, pour le niveau de vie et contre les mesures d’austérité, mais les travailleurs des services forment le plus gros contingent de manifestants.

Espagne - 22/10/2014 - Barcelone. Plus de 600 femmes manifestent lors d’une journée de lutte contre la condition faite aux femmes, bloquant les artères centrales de la ville. Une des déclarations lors de cette manif : « Nous vivons dans une société capitaliste très productiviste où tout ce qui est réellement important n’est pas valorisé… Il y a le travail accompli par les femmes qui est invisible, peu reconnu et sans lequel nous ne pourrions pas survivre. »

Chine - 15/10/2014 - Sansui (Guizhou), 10 000 habitants manifestent, y compris nombre de travailleurs en grève, contre les dirigeants locaux corrompus dans des projets immobiliers grandioses.

La répression est particulièrement violente : 2 morts et des centaines de blessés.

15/10/2014 - Jinning, proche de la capitale du Yunnan, Kumming. La construction d’un centre logistique entraîne l’expropriation des paysans du village. Une bagarre éclate entre les ouvriers construisant le centre, les paysans tentant de les empêcher, et la police : 8 morts, 18 blessés.

25/10/2014 - 800 ouvrières de Gold East Paper Co dans le Jiangsu (usine à papier) sont en grève depuis le 15 octobre pour obtenir le même salaire que leurs collègues et contre une menace de sous-traitance. Elles organisent un sit in à la porte de l’usine, dispersé par la police, 5 blessées. Elles s’élèvent aussi contre le syndicat officiel qui, dans l’usine, partage ses bureaux de permanents avec le département Culture et Propagande.

Etats-Unis - Ferguson, Missouri, banlieue de Saint-Louis. Le 9 août, un flic tue un jeune noir sans aucun motif. Ce meurtre déclenche plus d’une semaine d’émeutes et d’affrontements (un autre jeune noir est tué) et depuis, les incidents divers se déroulent quasi quotidiennement. L’état de tension n’est pas particulier à cette ville mais se retrouve à des degrés divers dans tout le pays. C’est aggravé par le déploiement récent (à la mesure dont les autorités prennent conscience du risque d’émeute) de tout un arsenal de guerre au service des polices municipales.

Au cours des douze jours d’affrontements, plus de 170 arrestations ont eu lieu, le plus souvent pour simple « refus de se disperser » de la part d’au moins 19 journalistes. En fait, la police utilise constamment son arme contre tout contrevenant dans une sorte de menace de tuer. Les statistiques officielles montrent que les attaques contre la propriété étaient en 2000 deux fois plus importantes à Ferguson que pour la moyenne américaine, et qu’en 2012, elles étaient au même niveau, ce qui peut signifier que la violence est dorénavant partout la même aux USA. Dans le pays, rien qu’en septembre 2014, 77 personnes ont été tuées par la police.

Le 11 octobre, une manifestation de protestation de 2 000 jeunes entraîne 17 arrestations et la semaine précédente, un jeune a été tué par les flics dans la ville.
Bangladesh - 28/09/2014 - Les travailleurs d’AT Apparel manifestent devant l’usine, bloquent les routes, pour le paiement d’une prime et des congés payés : attaqués par les flics, 14 blessés.

Inde - 18/10/2014 - 3 000 travailleurs de Bosch Auto (dont 370 temporaires) à Adagodi (Bangalore), en grève depuis le 16 septembre pour les salaires, une couverture maladie et la titularisation des temporaires, manifestent devant le siège du gouvernement local qui a déclaré leur grève illégale et les a menacés d’une retenue équivalant à 8 jours de salaire par journée de grève après l’injonction de la reprise : 200 arrestations.

Belgique - 7/11/2014 - 100 000 manifestants dans les rues de Bruxelles contre tout un train de mesures d’austérité (dont 11 milliards « d’économies » et la retraite à 67 ans), très offensifs contre les flics. Les gros bras des dockers d’Anvers et de Gand viennent à la rescousse, ces « casseurs » d’un nouveau genre, comme les qualifie le Premier ministre. De la casse effectivement et une bonne douzaine de voitures incendiées.

Italie - –29/10/2014—600métllos des aciéries Thyssn-Krupp à Terni protestent à Rome contre le licenciement de 550 d’entre eux suite à des restructurations. Ils s’affrontent avec les flics lorsqu’ils tentent d’occuper la gare principale-6 blessés.

Le 8 novembre, 100 000 manifestants dans les rues de Rome pour des augmentations de salaires ( bloqués depuis 6 ans dans la fonction publique) et le recrutement dans la fonction publique ( 300 000 ont été licenciés notamment dans les hôpitaux, les écoles et autres services)
Un « jobs act » du gouvernement a supprimé toutes les protections contre les licenciements

Occupation d’usines, de bâtiments ou d’espaces publics

États-Unis 2014 - Depuis des mois, un mouvement de lutte touche toutes les installations de fast-food du pays, organisé par des comités Fast Food forwards et Fighting 15 movement. Ces actions ont débuté timidement (voir précédents bulletins) autour essentiellement d’une revendication d’un salaire de 15 $ de l’heure (12 euros). Comme le salaire minium a été élevé récemment par le gouvernement fédéral de 7,25 $ à 10,10 $, le mouvement continu en s’amplifiant, notamment par la participation d’autres précaires. Le 4 septembre, il a touché 150 villes et s’est quelque peu radicalisé cette fois par des blocages routiers, ce qui a entraîné des arrestations. De nouveau, le 5 septembre, la désobéissance civile s’est manifestée par des sit in sur la chaussée. Plus de 500 arrestations.
Des tentatives pour porter cette lutte sur le plan international ont lieu, ce qui est parfaitement possible avec l’implantation internationale de certaines enseignes bien connues. Le syndicat des services, Service Emplyees International Union, soutient quand même ce mouvement de lutte de travailleurs ignorés par les autres syndicats, et organisé en dehors de lui.

Costa Rica - 22/10/2014 - Un conflit mondial dans les ports se poursuit depuis des décennies. Grève illimitée dans les ports du pays autour de la création d’un nouveau terminal destiné au trafic des conteneurs et géré par le trust mondial des installations portuaires APM Terminals. Comme partout lors de l’installation de ces nouveaux terminaux, le travail des dockers est totalement modifié, à commencer par une réduction drastique de leurs effectifs. Les dockers en grève installent des piquets aux entrées du port et occupent les docks. Ils en sont virés par les flics qui procèdent à 68 arrestations. Des jaunes sont amenés de l’étranger pour assurer un minimum de service portuaire. La grève se termine le 6 novembre avec la désignation d’un médiateur.

Égypte - 14/09/2014 - Chez Alexandria Textile Company, plusieurs centaines d’ouvriers protestent contre le non-paiement des salaires depuis trois semaines. Des piquets bloquent tous les accès de l’usine. Ils sont attaqués par les flics : 6 blessés, 14 arrestations.

Brésil - 16/09/2014 - Depuis six mois, 200 familles SDF occupent un hôtel désaffecté à Sao Paulo. Une descente en force des flics déclenche une bataille rangée dans tout le quartier.

Cambodge - 25/10/2014 - Usine de chaussures Junhui Footwear à Kampung Chen. Le 1/09, 5 000 travailleurs se mettent en grève limitée pour le paiement des heures supplémentaires et une prime de repas, de nouveau le 16 septembre, 1 000 travailleurs sont licenciés. Ce 25 octobre, ils manifestent devant l’usine pour exiger leur réintégration. 200 flics et gardes de l’usine les attaquent, 25 blessés, 10 arrestations. Réembauche seulement de ceux qui ne sont pas membres du syndicat Coalition of Cambodian Apprael Workers Democratic Union.
1/11/2014 - Blocage routier par plus de 5 000 travailleurs de Grand Twin Industrial, usine de confection à Phnom Penh qui, en grève depuis le 20 octobre, requièrent la discussion d’un cahier de 16 revendications.

Grèce - –10/11/2014– Etudiants et lycéens occupent près de 600 lycées contre une réformes des examens d’entrée dans lycées et universités et le manque d’enseignants.

L’immigration – déplacements de population

Corée du Sud - 29/10/2014 - Les travailleurs immigrés sont soumis à un système de contrôle particulièrement strict. L’Employment Permit System permet d’affecter dès son arrivée l’immigrant dans un secteur défini comme l’agriculture, le petit commerce, ou la petite entreprise chez un patron précis. Il lui est défendu de quitter cet emploi sans autorisation de l’autorité de contrôle de l‘immigration. C’est naturellement un encouragement à toute les formes d’exploitation par les patrons : abus physiques et sexuels, heures supplémentaires non payées, lourdes tâches, etc. De 49 000 en 1990, le nombre de ces esclaves venus d’ailleurs atteignait 1 580 000 en 2013.

Monde - 1/10/2014 - 3 000 migrants seraient morts en Méditerranée depuis janvier 2014. Et 175 000 ont réussi à échapper à la mort. 40 000 dans le monde auraient subi le même sort que les frères de la Méditerranée depuis 2 000, dont 22 000 en Méditerranée. QUEL SORT ? Ce ne sont que des chiffres officiels. Passer la mare nostrum coûte entre 1 000 et 4 000 euros. Pour échapper aux contrôles et leurrer les migrants, ceux-ci sont embarqués sur un navire confortable et sûr. Mais en mer, on les débarque dans de vieux rafiots, frêles esquifs, et ils doivent gagner la côte inhospitalière à leurs risques et périls, livrés à eux-mêmes. Les commanditaires disparaissent et on ne trouve aucun responsable.

États-Unis - 3/10/2104 - Bilan Obama - Sous sa présidence, on a enregistré plus d’expulsions des États-Unis que sous n’importe quel autre président. En 2013, 438 000 immigrants ont été expulsés, plus que dans les huit années du règne de Busch. 44 % sans jugement, 310 000 venaient du Mexique, 44 000 du Guatemala, 36 000 du Honduras, 20 000 du Salvador. C’est le bilan le plus draconien de tous les temps (en 1996, 100 000 expulsions).

5/11/2014 - Californie - 1,85 million d’immigrants, avec ou sans papiers (10 % des actifs de l’État) sont exploités, certains depuis dix ans : 80 % des actifs de l’agriculture, 62 % de ceux du nettoyage, 57 % de ceux de l’industrie, 42 % de ceux de la restauration, ou du BTP ou des transports, et 37 % de ceux de la santé.

La grève et rien d’autre

Allemagne - 27/10/2014 - Amazone, 9 000 permanents, 14 000 temporaires dans 9 centres du pays, en grève deux jours contre le temps partiel imposé et le rythme du travail.

Chine - 11/10/2014 - Chongqing : 100 000 travailleurs de Foxconn sont en grève pour les salaires et manifestent avec le slogan : « Nous ne sommes pas des robots. Nous devons manger et nourrir notre famille. »

8/10/2014 - Guangzhou Island - Un type de grève connu partout, conséquence du changement de sous-traitant pour ramener les salaires au minimum : les agents de nettoyage et de maintenance de l’université (200 000 étudiants) sont licenciés suite au changement du sous-traitant. Le choix est soit d’accepter une indemnité de licenciement et donc de partir, soit d’être réembauché à des conditions qui signifient un départ à zéro dans des conditions minimales. Le 21 août, après une première action, les travailleurs concernés lancent un ultimatum menaçant de se mettre en grève le 25 si rien n’est résolu. Sans réponse, ils se mettent en grève avant qu’un règlement intervienne le 2 septembre, fixant l’indemnité de départ à 3 000 yuans par année de service. La grève a vu dans l’action 80 % de femmes particulièrement actives.

France - septembre 2014 - « Mon palace est un rapace. » Ce slogan des grévistes du Royal Monceau Raffles, un des grands hôtels parisiens, marque une série de conflits qui ont touché ces hôtels de luxe. Mais alors que l’ensemble des travailleurs subalternes du Park Hyatt Vendôme, après seulement cinq jours de grève, ont obtenu environ 400 euros mensuels d’augmentation, ceux du Royal Monceau n’ont gagné qu’entre 60 et 100 euros au bout de trente-cinq jours. Par contre, on ne sait pas grand-chose d’une revendication concernant le rythme de travail, par exemple le nombre de chambres à nettoyer à l’heure par employé.

Inde - 3/10/2014 - 11 000 travailleurs d’une mine de lignite dans le Tamil Nadu sont en grève depuis un mois, grève qu’ils poursuivent malgré une injonction du tribunal local du 3 septembre leur ordonnant la reprise du travail. Ils sont payés 130 euros par mois et en revendiquent 320. Leur grève entraîne une réduction de la production d’électricité car la mine alimente une centrale thermique.
Corée du Sud - 4/10/2014 - Après un mois de grèves tournantes, 47 000 ouvriers reprennent le travail à Hyundai (automobile) avec une augmentation des salaires, une prime de productivité mais, en contrepartie, un départ à la retraite à 60 ans au lieu de 59.

18/10/2014 - Série de grèves tournantes à Kia Motors depuis trois mois qui se terminent le 25/10 par une augmentation de 5 % et une prime de productivité.
Grande-Bretagne—octobre 2014—série de grèves sauvages dans les postes à Portsmouth le 22/10 de 120 postiers contre le licenciement de l’un d’entre eux pour avoir refusé de travailler hors du temps légal, à Bridgewater le 24/10 de 80 postiers contre un licenciement pour maladie , le 27/10 à Plymouth contre le licenciement pour avoir quitté son travail à l’heure légale en laissant du ouvrier non trié. 

13/10/2104 - Quatre heures de grève des 500 000 travailleurs du National Health Services (l’ensemble des services de santé et hospitaliers nationalisés) pour les salaires et contre l’austérité.

Etats-Unis– novembre 2014— Les 20 000 dockers de la côte ouest mènent une grève perlée entraînant le blocage des ports essentiels pour le commerce avec l’Asie. Ce mouvement concerne le renouvellement du contrat expiré depuis le 1er juillet dernier.. Le syndicat patronal de commerce de détail National Retail Federation a adressé une lettre à Obama lui demandant de prendre des mesures contre un mouvement menaçant les intérêts nationaux ( les leurs bien sûr)

La répression

Israël - Les flics ont des remords tardifs - L’Unité 8200 est une section de Tsahal, l’armée israélienne chargée du renseignement à l’égard des Palestiniens, qui extorque de l’information par tous moyens de chantage pour trouver des indics (relations homosexuelles ou autres, extra-conjugales, besoin de traitement médical en Israël, etc.). Cette « élite militaire » est prête à tout. Tant de coups tordus ont fini par écœurer des réservistes de l’Unité 8200 qui ont écrit une lettre ouverte collective dénonçant les méthodes qu’ils avaient pratiquées. Rejoignant ainsi les déserteurs de l’armée. Le ministre de la Défense les a aussitôt classés comme tels, en dénonçant comme criminels tous ceux qui ont signé cette lettre.

Algérie - 18/10/2014 - Des centaines de flics manifestent à Alger et encerclent pendant 24 heures le palais présidentiel, exigeant la démission du chef de la police pour ne plus être engagés dans une politique de répression sociale. Un signe de la décomposition du système ?

Égypte - 1/11/2014 - Un décret place sous la loi militaire toute attaque contre toute « installation publique », ce qui ne concerne non seulement les bâtiments publics mais l’ensemble de l’économie. Soi-disant dirigé contre les islamistes, ce décret permet aussi de traduire devant les tribunaux militaires toute grève ou manifestation ouvrière.

La magie des chiffres

France - Octobre 2014 - L’industrie aurait perdu en dix ans 700 000 emplois, un tiers de ses effectifs. Dans le même temps, le secteur des services s’est considérablement accru. Chiffes contestables car dans beaucoup d’industries, ce n’est pas la délocalisation à l’étranger qui réduit les effectifs nationaux. Une large part de cette soi-disant fuite des emplois à l’étranger est restée dans l’Hexagone, ne fuyant que d’un secteur des statistiques à un autre. Une entreprise industrielle n’existe et ne fonctionne qu’avec un appareil complexe de tâches diverses dans lequel la fabrication de la marchandise tient une grande place, mais pas la seule ; les tâches dites annexes jouent également un rôle essentiel et sont dans une totale interdépendance avec les tâches productives.

Lorsque l’on évalue les effectifs d’une entreprise industrielle, c’est la totalité des effectifs, y compris ces tâches annexes que l’on prend en compte. Toutes ces dernières tâches : recherche, compta, informatique, entretien, nettoyage, services juridiques, services de ventes, de livraison, etc., peuvent être externalisées et confiées à la sous-traitance. Le recours à l’intérim et la sous-traitance dans la fabrication de certaines pièces détache les travailleurs concernés de la statistique de l’emploi.

Toutes ces sorties de travailleurs de l’entreprise industrielle-mère font que les effectifs « industriels » s’amenuisent et que le secteur des « services » dans lequel tous ces détachements sont classés se gonfle d’autant.

Chine - Octobre 2014 - Grèves et protestations. Le 3e trimestre 2014 a vu (officiellement) 372 « incidents » (45 % des grèves dans l’industrie, 15 % de grèves dans le BTP) contre 185 dans l’équivalent de 2013. En raison de la chute de la consommation de charbon, 30 % des mines ont été dans l’incapacité de payer les salaires en temps voulu et 20 % d’entre elles ont baissé les salaires de 10 %.

Grande-Bretagne - 15/10/2014 - Au cours des trois derniers mois, le chômage aurait diminué de 154 000 « bénéficiaires » et l’emploi aurait augmenté de 46 000 nouveaux exploités ; mais ces chiffres seraient dû à un retrait du marché du travail, le nombre avoué des « inactifs » s’étant accru de 113 000 au cours de la même période. Des frontières particulièrement floues. Au cours des douze derniers mois, le nombre de patients hospitalisés pour malnutrition s’est accru de 20 %.

Grèce - Depuis quatre ans, les salaires ont baissé en moyenne de 24 %, et 60 % de la population est sous le seuil de pauvreté. Le « plan européen de sauvetage de la Grèce » a versé au cours des dernières années 254 milliards de dollars qui ont servi uniquement à rembourser les créanciers de l’État et des banques (qui avaient emprunté à des taux d’intérêt allant jusqu’à 20 %). De toute cette manne, les Grecs n’ont pas vu la couleur.

Etats-Unis - 4 sur 5 des nouveaux emplois concernent les bas salaires des secteurs du commerce, des loisirs, le secteur hospitalier, l’éducation et l’aide sociale.

France - Octobre 2014 - En six ans, les salaires réels ont baissé de 6,5 %, juste au-dessus de la Grèce, ce qui constitue le plus bas niveau depuis 2006.
Union Européenne - Octobre 2014 - Où se déroulent les grèves ? L’an passé, l’Allemagne a connu 16 jours de grève par 1 000 travailleurs, la Grande-Bretagne 24 et la France 150.

Faits et méfaits du capital

Espagne - 9/09/2014 - 2,2 millions d’habitants se nourrissent aujourd’hui grâce aux soupes populaires, contre 923 000 en 2008 et 1,8 million en 2012.

Grande-Bretagne - 9/09/2014 - Une personne sur trois est sous le seuil de pauvreté ; au cours des douze derniers mois, les hospitalisations pour malnutrition ont augmenté de 19 %. Le pays est l’un des plus inégalitaires du monde développé quant à l’éducation : 45 % des enfants de 11 ans ne savent pas lire correctement ; le Royaume-Uni, pour la proportion des pauvres, est avant-dernier, dans l’Union européenne, juste devant la Roumanie. En six ans, les salaires ont diminué de 6,5 %, soit l’avant-dernier État de l’Europe devant la Grèce.

Italie - Septembre 2014 - En 2013, le taux de chômage des mois de 25 ans atteint 40 %, et 52 % de ceux qui ont un emploi ont un contrat précaire.

Monde - Octobre 2014 - Les 400 personnes les plus riches ont vu leurs fortunes augmenter de 13 % en 2013, et elles possèdent à elles seules des fortunes supérieures au PIB du Brésil.

Monde - 2012 - Les travailleurs précaires représentent 16 % des tués par accidents au travail, en hausse de 35 % par rapport à 2011.

États-Unis - 9/10/2014 - Le géant mondial de la distribution trouve que ceux qu’il exploite à temps partiel lui coûtent trop cher, et la firme qui engrange des bénéfices records (+ 5 % en 2013) supprime pour 30 000 (2 % des 1 300 000 exploités) d’entre eux toutes les garanties maladies dont ils pouvaient bénéficier jusqu’alors.

Mexique - 10/10/2014 - Des dizaines de milliers de manifestants à Mexico et dans d’autres villes du pays contre l’assassinat de plus de 50 enseignants de collèges ruraux qui se rendaient à Iguala (État de Guerrero) pour protester contre la réduction des crédits de fonctionnement de ce secteur scolaire. La collusion des autorités de la ville (50 000 habitants) dans ce meurtre avec les narco-trafiquants est plus qu’avérée. 5 000 manifestants à Oaxaca (voir lointains bulletins) bloquent les accès à la raffinerie locale. Ces conflits avec les enseignants et les éducateurs sont fréquents, ces derniers sont souvent accusés d’être membres des guérillas. Ce qui vient de se passer à Iguala n’est pas une exception : en juin, 22 jeunes ont été froidement assassinés après leur arrestation à Tlacotalpan dans l’État de Mexico.. L’Etat de Guerrero est pratiquement en état d’émeute permanente depuis la découverte que les corps des étudiants ont été incinérés at ceci malgré l’arrestation des édiles d’Iguala.

Monde - Octobre 2014 - Impossible de chiffrer le nombre de victimes du virus Ébola ; chacun sait que cette épidémie touche essentiellement la zone centrale de l’Afrique occidentale subsaharienne dans une population parmi les plus pauvres de la région. Découvert en 1976, le virus Ébola ne s’est guère répandu jusqu’à l’an passé, où il a soudainement explosé en créant une sorte de panique dans les pays évolués. Alors que des recherches ces quarante dernières années auraient pu aider à mettre au point un vaccin, cela n’a intéressé les multinationales du médicament qu’à partir de ce moment où l’expansion du virus pouvait atteindre les pays riches, capables de le payer.

Activités syndicales

Espagne - 4/11/2014 - Après la création d’un nouveau parti politique, Podemos, prétendant être la continuation du mouvement des Indignés, et qui semble, d’après des sondages récents, rencontrer du succès, certains de ses membres pensent lui donner, dans la tradition des partis de gauche, une aile syndicale. À cet effet, ils viennent de fonder un nouveau syndicat, Somos (Nous sommes), qui se déclare "indépendant" du parti. Ce « nouveau » modèle syndical veut lutter contre la corruption des organisations existantes et privilégier le système des assemblées loin du système représentatif. Dans la mesure où celui-ci serait nécessaire, tout représentant syndical ne pourrait l’être que pour un seul mandat. La recherche serait celle d’un consensus sur toute activité mais pas dans l’affirmation d’une radicalité.

France - 7/10/2014 - Avec le tarissement des adhésions (environ 8 % des actifs pour l’ensemble des syndicats, toutes professions confondues) et des cotisations syndicales, la tentation est grande de prendre l’argent là où les syndicats peuvent en disposer, notamment dans les fonds des comités d’entreprise (en principe 0,2 % de la masse salariale, mais cela peut atteindre beaucoup plus selon les entreprises). La CGT, qui contrôle le comité central d’EDF-GDF, donc le fonds d’action sociale, est poursuivie pour s’en être servie pour financer les activités du PC. Nous avons déjà évoqué le rapport Perruchot (mis au placard pour vingt-cinq ans) parce qu’il contient des informations sur les financements occultes des syndicats qui seraient de véritables bombes à retardement. Sur les 4 milliards du budget de fonctionnement des syndicats, 90 % sont couverts par l’État et les patrons, et 4 % seulement par les membres. Nous avons aussi parlé de l’ex-patron du syndicat patronal de la métallurgie UIMM qui a préféré la prison plutôt que de révéler les destinataires syndicaux des fonds secrets du syndicat.

Italie - octobre 2014—Un sondage a révélé que 45% des travailleurs non syndiqués et 23% des syndiqués considèrent que les syndicats ne servent à rien. S’ils ont un conflit avec leur employeur 36 % des travailleurs auraient quand même recours au syndicat, 13% préféreraient un recours en justice et 1% rechercheraient un soutien politique

DES LUTTES PARTOUT DANS LE MONDE

Il n’est pas possible dans ces quelques pages de parler, même brièvement de toutes les luttes qui se déroulent un peu partout dans le monde.

Nous aurions pu évoquer :
- la lutte des étudiants de Hong Kong qui se poursuit encore actuellement ;
- la lutte en France autour du barrage de Sirvens , qui paraît se transformer en une agitation lycéenne ;
- les développements des manifestations et émeutes populaires au Mexique suite au massacre de plus de 50 enseignants dans l’Etat de Guerrero ;
-  des manifestations contre l’austérité que l’on retrouve un peu partout ;
- de nombreuses grèves ponctuelles et limitées sur des questions de salaires et conditions de travail ou de suppression d’emplois qui ne parviennent pas à se relier dans un mouvement général.

Un prochain bulletin essaiera de faire le point de ces luttes oubliées tout en sachant que nombre de luttes ne sont même pas connues médiatiquement et restent méconnues.