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De l’agression contre des membres de l’Hachomer Hatzair boulevard Beaumarchais (en 2003) aux attaques de synagogues en juillet 2014

vendredi 18 juillet 2014, par Yves

La polémique fait rage autour des incidents qui ont entouré la manif "pro-palestinienne" du dimanche 13 juillet 2014. Certains parlent de provocations de la LDJ (un groupe d’extrême droite juif qui défend des positions racistes contre les Arabes et est en effet tout à fait capable de provocations), d’autres d’attaques délibérées contre deux synagogues. D’autres enfin combinent les deux versions.

On trouvera 3 témoignages intéressants sur i-télé :
http://www.itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette-la-police-est-responsable-88714
(un organisateur de la manif)
http://www.itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette-serge-benhaim-dement-toute-attaque-de-la-synagogue-88717
(le témoignage d’un responsable de la synagogue)
http://www.itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette-ca-a-ete-un-piege-88720
(une manifestante)

La polémique fait rage autour des incidents qui ont entouré la manif « pro-palestinienne » du dimanche 13 juillet 2014. Certains parlent de provocations de la LDJ (un groupe d’extrême droite juif qui défend des positions racistes contre les Arabes et est en effet tout à fait capable de provocations), d’autres d’attaques délibéréeera 3 témoignages intéressants sur i-télé, à la rubrique itele.fr/france/video/incidents-rue-de-la-roquette, d’un des organisateurs de la manif, d’un responsable de la synagogue et d’une manifestante.

Il est difficile de démêler le vrai du faux dans cette affaire, chaque partie ayant intérêt à mentir. Il est évident qu’un certain nombre de manifestants ont crié « Mort aux Juifs » et que ce type de slogans ne peut en aucun cas être justifié par les provocations de la LDJ (Ligue de défense juive). Seuls des antisémites peuvent crier « Mort aux Juifs », fussent-ils face à des Juifs d’extrême droite.

Un petit retour en arrière sur ce qui arriva lors de plusieurs manifestations en mars 2003 permet de comprendre une des sources du problème actuel. Le premier article est paru dans Ras l’front. Nous publions ensuite une correspondance sur un incident survenu entre l’auteur de ces lignes et un militant de la CNT, avec la réaction comique d’un représentant du Bureau confédéral de la CNT. Cet incident minuscule et ridicule est cependant bien significatif, étant donné la nature du tract que je distribuais (« Dix conseils pour lutter contre l’antisémitisme et isoler les racistes ») et qui est reproduit aussi.

Ces différents incidents soulignent l’incapacité (et surtout l’absence de volonté politique) des organisateurs des manifestations de gauche et d’extrême gauche à tenir à l’écart les manifestants antisémites : de ceux qui crient des slogans antisémites ou chantent des chants religieux invitant à tuer des Juifs à ceux qui brandissent des drapeaux d’organisations djihadistes, en passant par tous ceux qui se baladent avec des pancartes « Israël=SS », « Sharon=SS », « Le CRIF, la France ne t’appartient pas », « Sionistes=fascistes », « Israël, cesse d’inventer des excuses pour tuer. Assume ton génocide », « Sionistes, terroristes », « Arabes = Sémites ; Israël=antisémites », la reprise d’un drapeau nazi avec l’étoile de David qui remplace le svastika etc.

Mais il faut aussi ajouter tous ces gens de la gauche antisioniste qui versent de l’huile sur le feu antisémite :

– Yvan Najiels qui vante les mérites d’Alain Badiou (ce philosophe qui pense qu’il faut « oublier l’Holocauste » pour qu’Israéliens et Palestiniens résolvent le conflit), de l’UCF-ml et de l’UJFP qui dénonce un « pouvoir CRIF-LDJ-PS », « l’antienne gouvernementale alignée sur le consensus siono-fasciste », les « opiniâtres relais de l’establishment israélien » au pouvoir, etc. Bref de la propagande nationaliste-révolutionnaire pur jus (Médiapart, 21 juillet 2014).

– Bertrand Ravenel de l’AFPS qui lui aussi, sur Oumma.TV dénonce un pouvoir aux ordres d’Israël, etc.

Comme l’écrit justement une internaute sur Facebook : « Élément de langage : après des années passées à nier la résurgence de l’antisémitisme, après des années à répéter qu’il ne fallait rien faire contre Dieudonné, car en parler serait lui faire de la pub, la gauche radicale confrontée à l’antisémitisme violent et massif dans ses propres rangs, a trouvé son expression pour qualifier la situation : "une poignée d’énergumènes". C’est ce mot, très entendu ces derniers jours que reprend Mélenchon dans un discours halluciné et conspirationniste, où il est question du “rayon paralysant” constitué selon lui par les accusations d’antisémitisme dans ce pays.
« Energumène, à l’origine signifie "possédé par le démon", et vient d’un verbe grec traduisible par "influencer". L’étymologie n’est pas inutile pour comprendre le choix du mot dans ce contexte précis. Il est très adapté à un discours qui vise à nier toute responsabilité politique dans les attaques antisémites, à s’abstenir de toute remise en cause de son discours et de ses analyses et à présenter ceux qui passent à l’acte comme des fous au comportement incompréhensible et sans lien avec la réalité dans laquelle ils émergent et agissent, mus par une influence totalement étrangère au milieu dans lequel ils évoluent. Le diable a bon dos. »

C’est parce que l’antisémitisme est toléré dans les manifestations de gauche et d’extrême gauche, que les provocations de la LDJ sont grandement facilitées, que cette organisation d’extrême droite peut se présenter en défenseure des Juifs, et que des petites minorités antisémites viennent aussi dans ces manifestations car elles pourront y parader sans problème.

Nous ne croirons aux protestations indignées des organisateurs que lorsqu’ils adopteront des positions politiques claires contre l’antisémitisme de gauche. En attendant nous les considérons comme complices de ces « débordements » antisémites, même s’il est évident que nous ne pouvons en aucun cas approuver l’interdiction des manifestations de soutien à la Palestine par tel ou tel préfet.

C’est évidemment aux militants de gauche, libertaires et d’extrême gauche de faire le ménage dans leurs rangs pas aux flics, surtout quand on connaît leurs préférences politiques (leur vote pour le FN, organisation raciste et antisémite) et le passé de l’Etat français face à l’antisémitisme sous l’Occupation.
Alors à quand le Grand Ménage contre l’antisémitisme de gauche, camarades et compagnons ? Mettez-vous au boulot si vous voulez être crédibles. (cf. http://www.mondialisme.org/spip.php?article2055).

Y.C., Ni patrie ni frontières, 18/07/2014. Augmenté et modifié le 19 août 2014

PS. Pour celles et ceux qui ont la mémoire courte, nous reproduisons ci-dessous un article de René Monzat paru dans Ras l’Front en 2003. Anatomie d’une agression

par René Monzat, Ras l’Front, n° 93, avril-mai 2003

Une grave agression antisémite s’est déroulée à Paris en marge de la manif antiguerre du 22 mars dernier.
Que s’est-il passé ?

L’agression

Alors que le cortège emprunte le boulevard Beaumarchais, un petit groupe court sur le trottoir, criant « où sont les juifs », s’en prenant à des militants de l’association Hachomer Hatzaïr qui regardent passer le cortège « à cause » de la kippa que porte l’un d’entre eux. Ils se replient vers le local d’Hachomer à quelques dizaines de mètres dans la rue Saint Claude, ou sont réunis 150 enfants et ados de 6 à 16 ans.
Les agresseurs les suivent, les attaquant à plusieurs reprises à coups de bâton. Les incidents durent plusieurs minutes. Deux militants de 18 et 25 ans doivent être hospitalisés.
Plusieurs incidents antisémites, moins graves, se sont déroulés en marge de cortèges anti-guerre ou pour les droits des Palestiniens depuis plus d’un an. Voir à ce sujet les articles de Karl Laské dans Libération.

Y a t-il eu attaque du Betar ou de la Ligue de Défense Juive ?

Le bruit a circulé qu’un commando du Betar ou de la LDJ (extrême droite sioniste) avait attaqué le cortège. Il est sans fondement. Le Betar est exsangue à Paris. Les commandos qui ont attaqué plusieurs réunions sont composés de membres de la Ligue de Défense Juive se réclamant du mouvement Kach, interdit en Israël pour racisme. Ils sont venus tourner autour d’autres manifs du même genre, mais pas de celle du 22 mars.

Qui sont les agressés ?

Des militants et militantes du mouvement sioniste de gauche Hachomer Hatzair.
Né il y a 90 ans en Galice, ce mouvement de jeunesse qui s’est longtemps réclamé du marxisme. Il a fourni de nombreux cadres à l’extrême gauche ou à Shalom Archav (la Paix Maintenant).
Il pense certes pis que pendre de l’OLP et de Yasser Arafat, mais n’a jamais fait de concession sur le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat et veut que Jérusalem devienne la capitale des deux états .
Il participe à la « Coalition pour la paix » et mène campagne dans ce cadre pour le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés, et pour le démantèlement des colonies. Il a participé à la manifestation anti Le Pen du 1er Mai 2002. A cette occasion, ses militants arboraient l’autocollant Ras l’Front.

Quelle est la nature de l’agression ?

Une agression antisémite délibérée, déclenchée parce qu’un des militants portait une kippa, dont la signification est strictement religieuse.

Qui sont les agresseurs ?

En premier lieu de jeunes loubards qui se disent musulmans et crient « Jihad », mais dont une bonne partie ne comprend pas un traître mot d’arabe et n’a manifestement jamais ouvert un exemplaire du Coran. Ils circulent le long des cortèges en collectionnant les auto-collants de différentes organisations.
En second lieu de petits noyaux politiques de groupes islamistes. Ils ne sont pas forcément les mêmes d’une manifestation à l’autre. Leur caractère islamiste apparait dans leur propension à scander Allah Akbar, et à réciter ostensiblement la prière à la fin des manifs. Ces groupes d’une dizaine à quelques dizaines de personnes cherchent souvent à instrumentaliser les loubards. Ils occupent de petits segments de cortèges et suivent un animateur qui dispose d’un porte-voix, mais n’arborent aucune banderole. Il y a un an, certains de ces groupes se signalaient par des drapeaux du Hamas ou du Hezbollah, et ne sont pas revenus depuis, suite à des « explications » avec le SO des manifs.
Autant les jeunes antisémites se caractérisent par leur impulsivité, autant les groupes islamistes montrent parfois une véritable maîtrise technique de la manipulation de cortèges. Ainsi, le 6 avril 2002, des militants munis d’oreillettes, arrivent à la hauteur de telle ou telle bande de « loubards », se mettent à courir en criant « le Betar arrive ! ». Arrivés à la hauteur des groupes du Hezbollah (dont un des cadres libanais était présent ce jour-là) ou de porteurs de drapeaux verts du Hamas, ils s’évanouissent dans la nature. Plus question du Betar, mais les islamistes ont renforcé leur cortège.
Dans d’autres cas, ils ont tenté d’imposer leurs propres slogans au cortège des comités Palestine. Ils se sont insinués entre la camionnette et le premier rang, « improvisé » un sit­in pour éloigner la camionnette et couvrir les slogans décidés par la coordination.
La bande vidéo rendue publique sur le site de Digi-Presse permet de reconnaître rue St Claude des membres de ces deux types de groupes : jeunes loubards et militants plus âgés. Les militants et militantes du Hachomer ont remarqué parmi leurs agresseurs des gens du même âge qu’eux (une vingtaine d’années) et d’autres, souligne une militante « de l’âge de mon père »

Les réactions

La condamnation des organisateurs de la manifestation a été claire et sans équivoque. Le maire de Paris, Bertrand Delanoé, et celui du IIIème, Pierre Aidenbaum, sont venus assurer le Hachomer de leur indignation et de leur solidarité.

Qu’est-ce qui a rendu l’agression possible ?

Les organisations qui ont appelé à la manifestation n’arrivent pas à assurer collectivement le contrôle politique et militant des cortèges. Il est géré segment par segment. La difficulté augmente avec la disproportion entre le noyau militant d’une structure et les centaines voire milliers de personnes qui se joignent, le jour venu, au cortège.

Les organisateurs ont-ils une politique pour prévenir des dérapages ou incidents ?
Un dispositif a été mis au point par les organisateurs de la manif suivante, du 29 mars, durant une réunion au siège du Hachomer Hatzaïr. Avec une efficacité limitée.

Une structure comme la Coordination des Comités Palestine définit une orientation et arrive globalement à la tenir malgré une expansion fulgurante. En revanche le happening organisé place Denfert Rochereau, en fin de manif par une des camionnettes d’Agir Contre la Guerre, donnait le micro à qui voulait le prendre. On a ainsi entendu successivement des invocation religieuses aux martyrs, au Jihad, et au soutien d’Allah contre les juifs, le tout en arabe, puis le représentant de l’Union Française Juive pour la Paix.

Par ailleurs les auteurs devront rendre compte de leur participation à l’agression devant les tribunaux. Et cette affaire ne sera pas enterrée.

Encart

Une polémique secondaire est due au fait que les incidents ont éclaté non loin du cortège de la Capjpo. (Coordination des appels pour une paix juste au Proche Orient.)

La CAPJPO est elle auteur de l’agression ? La CAPJPO milite pour deux Etats et affirme lutter contre l’antisémitisme. Soupçonner la direction de cette structure d’avoir fomenté une agression antisémite est absurde.

Des gens portant l’autocollant de la CAPJPO y ont-ils participé ?
L’agression aurait pu se déclencher à la hauteur d’un autre segment du cortège. La CAPJPO ne dispose pas d’un vrai SO permanent. N’importe qui pouvait manifester dans son cortège sans pour autant y militer habituellement.

Que dit la CAPJPO de cette agression ?
Les trois communiqués rédigés par la direction de cette organisation montrent qu’elle n’a rien compris aux faits ni au sens de ce qui s’est passé.
En effet le premier communiqué est titré « nouvelle agression et provocation sharonienne ». Il évoque un commando d’une vingtaine de personnes armées du matériel habituel de la LDJ, commando qui n’a jamais existé.
De toute façon une telle attaque du cortège par un commando de la LDJ aurait justifié une réaction du SO, mais en aucun cas un déchaînement antisémite.
Nulle part ces communiqués ne décrivent l’agression antisémite pour ce qu’elle a été.
En d’autres termes les communiqués semblent excuser, et de ce fait couvrir après coup(s) l’agression qui a été commise.
Samedi 29 mars, le rédacteur du communiqué reconnaissait, oralement, s’être « trompé » dans la relation des faits.