Accueil > Ni patrie ni frontières > Livres > A propos de « Vol au-dessus d’un nid de fachos, Dieudonné, Soral, (...)

A propos de « Vol au-dessus d’un nid de fachos, Dieudonné, Soral, Ayoub et les autres »

mercredi 28 mai 2014, par Yves

de Frédéric Haziza, Fayard, 2014, 180 pages, 15 euros

Journaliste à La Chaîne parlementaire, à Radio J et au Canard Enchaîné, Frédéric Haziza a été l’objet d’une violente campagne d’Alain Soral et de son site Egalité et Réconciliation, ce qui l’a sans doute amené à se pencher plus en détail sur la faune néofasciste, antisémite, d’extrême droite et « national-populiste », comme dirait P.A. Taguieff qui tente désespérément de « dédiaboliser » l’extrême droite et les néofascistes actuels dans son dernier ouvrage (1)....

Ce petit livre de Haziza ne nous apprend rien de vraiment neuf sur Soral, Dieudonné et Ayoub mais fait oeuvre utile (2), ne serait-ce que parce qu’il remet les pendules à l’heure sur ce qu’il appelle justement le « Rassemblement Brun Marine ». Tout en reconnaissant l’hétérogénéité de l’extrême droite, et les rivalités personnelles entre les chefaillons des différentes chapelles fascistes ou fascisantes, Haziza montre qu’il existe d’inquiétantes passerelles entre les fachos pur jus et les marinistes du FN, mais aussi qu’il y a une espèce de division du travail, planifiée ou pas peu importe, entre les « nationaux-populistes » pseudo respectables et les nationaux-socialistes, les nationaux-révolutionnaires ou les antisémites professionnels à la Soral ou à la Dieudonné.

Comme l’écrit Frédéric Haziza : « Marine Le Pen s’adresse à un public plus âgé (...), qui est revenu des partis traditionnels (...). C’est le slogan : immigration égale chômage. Avec la touche propre aux années 2000 : immigration égale insécurité et terrorisme. Pour ces gens le mondialisme” est d’abord vécu par le bas : ce sont les Roms, les Africains, les Arabes, qui menacent leur quotidien et, au-delà, leur identité. Soral lui s’adresse à un public plus jeune (...) qu’Internet remplit d’idées faussement complexes (...) Un public plus antiélitiste qu’anti-immigrés et en partie d’origine immigrée lui-même (...). Pour ce public-là, la cible ce sont les Juifs, les francs-maçons et aussi souvent les femmes et les homosexuels. Soral est davantage l’héritier de l’antijudaïsme religieux (...). »

Ces hypothèses devraient être vérifiées par des enquêtes détaillées mais elles ont un mérite : pointer la « répartition des tâches » (l’expression est d’Haziza) entre les différents acteurs de l’extrême droite, de ceux qui ont le langage le plus violent (Soral, Ayoub, Dieudonné) à ceux qui tentent d’avoir un langage policé (Marine Le Pen). Car il ne faut jamais oublier que le premier cercle de Marine Le Pen comprend des dirigeants de sociétés et des conseillers comme Frédéric Chatillon ou Philippe Péninque (chargés soit des finances du FN, soit de sa communication, soit de la protection de ses réunions), individus qui entretiennent des rapports amicaux avec les néofascistes italiens, les négationnistes (Faurisson, Garaudy), le national-socialiste antisémite Soral, mais aussi des dignitaires du régime Assad et du Hamas.

Autre intérêt de ce livre, même si l’auteur a visiblement été un peu trop impressionné (intoxiqué ?) par les confidences ou analyses fournies par ses informateurs policiers ou gouvernementaux (la liste – impressionnante – des « officiels » interviewés se trouve à la fin du livre) : l’éclairage sur les tentatives de déstabilisation ou au moins d’infiltration de l’armée française menées par un petit groupe de fascistes, qui semblent avoir profité du mouvement de la Manif pour tous et de l’engagement de plusieurs généraux cathos-tradis hostiles à la loi Taubira pour essayer de recruter dans l’armée française et appeler à un coup d’Etat.

Là encore, ces affirmations et ces hypothèses demanderaient à être plus solidement étayées que par des rapports de police, mais elles constituent l’un des aspects intéressants et utiles de ce petit livre. Un militant averti en vaut deux, même s’il ne faut pas tomber dans la paranoïa antifasciste...

Y.C., Ni patrie ni frontières, 28/05/2014

1. Nous reviendrons dans un prochain article sur le dernier livre de P.A. Taguieff : Du diable en politique. Réflexions sur l’antilepénisme ordinaire. Brouillon et confus, excessivement polémique comme d’habitude, très éloigné de la rigueur scientifique et du détachement qu’il prône, cet ouvrage pose quand même des questions importantes auxquelles il faut répondre, même si l’on combat le souverainisme douteux de son auteur et le culte qu’il voue à l’ordre et à l’Etat bourgeois.

2. Il rappelle le passé très chargé de Ayoub et son implication dans une affaire de meurtre raciste (en 1990) dont il sortit blanchi et dans de nombreuses autres affaires judiciaires (d’agressions de militants de gauche jusqu’au trafic de drogue qui lui valut de faire de la prison), ainsi que sa participation au service d’ordre du Front National, bien avant l’assassinat de Clément Méric par ses amis des JNR, groupuscule qu’il dirigeait. Il est évident qu’un « marxiste » comme Denis Collin ne pouvait ignorer le passé chargé d’un tel personnage quand il alla pérorer au « Local » sur « le marxisme et la nation » en 2009. On lira à ce propos les deux articles

http://www.mondialisme.org/spip.php?article1939

http://www.mondialisme.org/spip.php?article1942

qui ont suscité une violente colère et un déluge d’insultes à mon égard de la part des copains de Denis Collin, membres du groupe Militant, affiliés au PCF ou au Parti de Gauche...
A tous les admirateurs du national-marxiste Denis Collin, lui-même admirateur d’un autre national-marxiste identitaire Costanzo Preve, je ne peux que conseiller la lecture de ce petit livre, notamment le chapitre 2 consacré à l’itinéraire d’Ayoub...