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« La révolution défaite. Les groupements révolutionnaires parisiens face à la révolution espagnole » de Daniel Aïache, Editions Noir et Rouge, 2013, 136 pages, 16 euros

mercredi 12 mars 2014, par Yves

Ne vous laissez surtout pas décourager par le titre, un peu long et tristounet. Ce n’est ni un livre sinistre pleurant sur « la défaite » des révolutionnaires d’avant-guerre ; ni une chronique groupusculaire pour initiés – parisiens de surcroît ! – qui aurait été écrite par le représentant de telle ou telle ou telle chapelle anarchiste, trotskyste ou « bordiguiste », soucieux de prouver que ses ancêtres politiques avaient tout prévu, tout compris avant... la défaite ; ni une énième évocation nostalgique des années 1936-1937 en Espagne.

Cet ouvrage tente de restituer brièvement – on espère que l’auteur pourra un jour nous donner une version plus longue de ce travail – tous les espoirs qu’ont suscités la Révolution espagnole en France. Même ceux qui ne connaissent pas bien les événements de l’époque pourront capter l’enthousiasme suscité par la Révolution espagnole, découvrir les mille difficultés soulevées par la politique de non-intervention du Front populaire, admirer l’ingéniosité déployée pour traverser les frontières, trouver des armes, mobiliser tous les talents et toutes les compétences, le courage de ces hommes et de ces femmes qui sont partis se battre aux côtés des prolétaires espagnols pour défendre un idéal anarchiste, socialiste ou communiste.

Loin de s’intéresser exclusivement aux quelques intellectuels français connus qui se rendirent sur le terrain (Simone Weil, Benjamin Péret, Georges Bataille) ou qui en eurent l’intention (André Breton) l’auteur nous évoque rapidement les destins croisés de nombreux militants, peu connus ou inconnus, de différentes tendances qui tentèrent, de leur mieux, d’aider leurs camarades espagnols.

Daniel Aïache ne nous cache rien des divergences graves qui apparurent au sein de ces « groupements révolutionnaires parisiens », et entre eux et la CNT, mais il ne le fait pas en réglant des comptes de façon sectaire, mais en montrant quels choix cruciaux s’offraient à l’époque :

– poursuivre la révolution sociale ou lutter contre le fascisme ;

– participer au gouvernement du Front populaire ou garder son indépendance ;

– accepter l’aide de l’URSS et collaborer avec le Parti « communiste » espagnol ou résister aux sirènes staliniennes ;

– poursuivre l’expropriation ou rétablir l’ordre et la discipline dans les usines et dans les champs ;

– tendre la main aux nationalistes marocains ou pas.

L’auteur évoque brièvement aussi le coût politique et moral qui en résulta pour tous les participants, et les leçons que certains en tirèrent.

Bref, un livre fort utile, vivant et bien écrit...

Y.C., Ni patrie ni frontières, 12/3/2014