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Pays-Bas : un modèle pour la droite gauloise ?

mercredi 13 novembre 2013, par Yves

(Ce dossier reprend et développe un topo présenté dans les locaux de L’Etincelle à Angers, le 18 juin 2008. Merci aux membres du « Collectif de soutien aux sans-papiers du 49 » – Maine-et-Loire – pour leur accueil chaleureux.)

L’objectif de ce dossier est de montrer qu’il existe de nombreux points communs entre le programme actuel de la droite française et les politiques menées aux Pays-Bas depuis les « accords de Wagenaar » (1). Ces similitudes concernent non seulement le traitement gouvernemental des migrations mais aussi toute la restructuration de l’Etat-providence que veulent aujourd’hui accélérer le gouvernement Sarkozy-Fillon et l’UMP, en jouant à la fois sur l’apologie de la mondialisation et sur la carte de la défense de « l’identité nationale ».

Loin d’être un émule de Le Pen, le partisan d’un mythique « Vichy II », le fourrier d’une « fascisation rampante » ou d’un « totalitarisme mou », Sarkozy a l’intention, comme d’ailleurs lui et ses ministres ne cessent de nous le répéter, de « rattraper le retard qu’a pris la France par rapport à ses voisins européens ».

C’est pourquoi il est utile de se pencher sur l’histoire récente des Pays-Bas, qui ont fait subir à leurs prolétaires plusieurs thérapies de choc en matière économique et sociale, avec l’accord et le soutien des syndicats et du parti socialiste local (le Parti du travail, PvdA), et augmenté son arsenal répressif contre l’immigration, tout comme souhaite le faire la droite gauloise.

Une telle démarche nous semble plus efficace et plus riche d’enseignements que d’agiter le chiffon rouge d’une hypothétique menace « fasciste » ou « totalitaire », devant des travailleurs de plus en plus sceptiques. Si l’on veut avoir une idée précise des mauvais coups que « nos » dirigeants nous préparent au XXIe siècle, il vaut mieux sortir de l’Hexagone et ne pas s’enfermer dans des comparaisons avec les années 30 ou la Seconde Guerre mondiale qui ne servent que les politiciens de la gauche pourrielle…

Y.C., juillet 2011

1. Accords tripartites signés entre le patronat, l’Etat et les syndicats, en novembre 1982, et à la base du « modèle polder »

Introduction

Contrairement à ce que croient beaucoup de gens de gauche et d’extrême gauche, la compréhension des migrations et des politiques migratoires n’est pas liée à de bons ou de mauvais sentiments, elle ne se réduit pas à un combat entre « racistes » crapuleux et « antiracistes » vertueux, ou entre d’ignobles « fascistes » et des « antifascistes » parés de toutes les qualités morales. La question ne se résume pas à la « tolérance de l’Autre » (version intello de gauche), ou au « respect des valeurs humaines » (version chrétienne).

On ne peut pas non plus s’en tenir à une opposition binaire et simpliste entre méchants « libéraux » et gentils « antilibéraux ». Il suffit de rappeler la politique qu’a menée Jean-Pierre Chevènement quand il était ministre de l’Intérieur, ou les déclarations du Premier ministre socialiste Rocard sur « toute la misère du monde » que « la France » ne pouvait, paraît-il, pas « accueillir ».

On a également vu, avec la position prise par certains patrons de l’hôtellerie-restauration en France, que des capitalistes peuvent parfaitement soutenir la légalisation d’une partie des travailleurs « clandestins » dans un pays donné, tant que cela leur permet d’accumuler des profits supplémentaires. Quitte à les licencier plus tard…

Et pour définitivement sortir des raisonnements simplistes, on pourrait aussi citer les régularisations massives des gouvernements Berlusconi (690 000 en 2003, et 170 000 en 2006, même s’il s’agit de titres salariés annuels et précaires), gouvernements soutenus par un parti xénophobe (La Ligue du Nord) et un parti dit « post-fasciste » (Aleanza nazionale), auteurs de la crapuleuse loi Fini-Bossi, du nom de leurs deux dirigeants, et dirigés par un chantre du « libéralisme » que la gauche et l’extrême gauche assimilent d’ailleurs souvent à Sarkozy, quand ce n’est pas à Mussolini.

Pour nous orienter dans les questions liées à l’immigration et au durcissement des politiques gouvernementales en Europe à l’égard des « clandestins » ou des « étrangers », un petit voyage aux Pays-Bas nous aidera à mieux comprendre ce qui se passe en France, notamment depuis l’élection présidentielle de 2007.

Un tel voyage nous permettra aussi de mieux comprendre l’existence et la persistance, en France, d’une droite dure et xénophobe, de 6 millions d’électeurs qui votent pour des candidats xénophobes. En effet, cette droite xénophobe existe aussi aux Pays-Bas, même si c’est sous une forme différente, populiste, médiatique et spectaculaire (Pim Fortuyn, Theo Van Gogh, Geert Wilders). Si l’extrême droite fascisante ou néofasciste néerlandaise n’a pas de représentation parlementaire, les idées xénophobes sont malheureusement répandues dans la population néerlandaise.

Signalons toutefois deux particularités locales : une bonne partie de la droite se réclame du combat des Lumières pour donner un vernis respectable à ses attaques contre les « musulmans » ; et les politiciens populistes comme Fortuyn ou Wilders ne sont pas homophobes. Ils combinent un (très relatif) « progressisme » en matière de mœurs avec un nationalisme délirant. Cela s’explique-t-il parce que le combat pour les droits des gays a été mené par des « hommes blancs, bourgeois et parfois de droite » et que « leurs demandes ne faisaient que renforcer le modèle sociétal néerlandais (individualiste, capitaliste, séculier, égalitaire et patriarcal) » comme l’écrit un analyste ? Ou bien, faut-il aller encore plus loin, et affirmer que, dans les grands pays impérialistes, la répression de l’homosexualité n’est pas (n’est plus ?) un enjeu pour la bourgeoisie, y compris pour ses fractions les plus réactionnaires ? Les gays et lesbiennes sont-ils devenus un banal marché de consommateurs pour le Capital ? Les 500 000 personnes qui participent à la Gay Pride chaque année en France (et qui ne se mobilisent jamais en aussi grand nombre pour la cause des sans-papiers) renforceraient plutôt cette dernière hypothèse…

Les populistes néerlandais sont bien sûr, engagés dans une lutte contre l’« islamisation » imaginaire de leur pays et plus précisément contre le péril « islamo-terroriste » (1). Par leurs discours provocateurs, les populistes néerlandais ont contaminé la droite « libérale » (en français, on dirait la droite humaniste, social-chrétienne, ou même laïco-républicaine) mais aussi la gauche néerlandaise, exactement comme dans l’Hexagone.

D’ailleurs, le terme de « contamination » n’est pas adéquat : en réalité, les populistes comme Wilders, Van Gogh et Fortuyn ont sans doute réveillé un nationalisme latent qui se cachait depuis longtemps dans les partis de droite et de gauche respectables : ceux-ci se vantaient du fait que les Néerlandais manquaient d’esprit national (pour la gauche) ou défendaient des valeurs pacifistes (la droite libérale), et cela a pu créer l’illusion que les Pays-Bas étaient vaccinés contre le chauvinisme, maladie qui n’affectait que ses grands voisins (France, Allemagne, Royaume-Uni) (2).

Ce nationalisme exacerbé des populistes a rencontré un grand succès dans une partie croissante de la population néerlandaise qui s’est mise à exprimer ouvertement quelques idées de base comme : « il faut faire le ménage (en clair : expulser les criminels étrangers ou les mettre en prison) ; la tolérance a assez duré ; il faut chasser les étrangers qui ne veulent pas s’intégrer ; tout le monde devrait savoir parler le néerlandais », etc.)

Ce dossier abordera également quelques aspects de l’histoire un peu plus lointaine des Pays-Bas, qui sont importants pour comprendre la situation des immigrés et des descendants d’immigrés, des « allochtones » aujourd’hui et les fondements historiques de l’actuel renouveau du nationalisme néerlandais.

Une dernière précision terminologique, celle-là : il faut savoir que les Néerlandais rangent les habitants de leurs pays en trois catégories, les « autochtones » et les « allochtones occidentaux » et les « allochtones non occidentaux (3) », et ils ont tendance à opposer de plus en plus ces populations.

« Allochtones » (sous-entendu non-Occidentaux) est souvent un mot codé pour « musulmans » ou pour désigner les Turcs et les Marocains vivant aux Pays-Bas, y compris ceux qui ont désormais la nationalité néerlandaise. Ce mot a une connotation plutôt xénophobe, un peu comme, chez certaines personnes, le terme « immigrés » en français qui, dans la bouche de la plupart des gens, qualifie rarement les Américains ou les Australiens blancs travaillant en France. Officiellement, le mot d’allochtone désigne toute personne qui a au moins un parent né à l’étranger, et n’a donc pas de rapport avec la définition de sa nationalité.

Si les statistiques officielles aux Pays-Bas sont « ethniques » et non religieuses, les citoyens ordinaires et les politiciens mélangent et confondent, sciemment ou pas, les deux dimensions.

Y.C.

Notes

1. Ce dernier danger est assez limité, puisque, de l’aveu même des flics néerlandais, il existerait, aux Pays-Bas, entre 100 et 200 « islamistes radicaux » qui sont allés se battre en Afghanistan ou en Tchétchénie, et 1 000 à 1 500 sympathisants. Aucun d’eux n’a jusqu’ici organisé d’attentat sur le sol néerlandais (à part l’assassinat de Theo Van Gogh), contrairement à ce qui s’est passé en France, en Espagne et en Angleterre.

2. Les dangers du patriotisme et du nationalisme ne sont pas mieux compris par les intellectuels de gauche en France qu’aux Pays-Bas, puisque dans Comment Sarkozy écrit l’histoire de France, publié en 2008 aux Editions Agone, la vingtaine d’historiens qui ont contribué à ce livre « oublient » de mentionner que, depuis le XIXe siècle, la gauche s’est autant servi que la droite des symboles du nationalisme pour « construire le roman national » français et une « identité nationale ». Elle a parfois utilisé exactement les mêmes symboles – il suffit de mentionner l’usage de Jeanne d’Arc par le Parti communiste français durant la Résistance, ou l’usage du drapeau tricolore par le PCF et le PS dans leurs manifestations et réunions, sans compter la cérémonie patriotique que propose Mme Ségolène Royal dans son livre Si la gauche veut des idées : « J’ai assumé, défendu, illustré l’identité nationale et l’hymne national » durant la campagne présidentielle, dit-elle. « Je propose, pour renforcer le sentiment d’appartenance à la nation, une cérémonie républicaine » aux jeunes qui vont avoir 18 ans et obtenir le droit de vote.

La cécité de ces historiens va jusqu’à juger positives les déclarations chauvines d’un Mitterrand, mais à juger négatives celles de Sarkozy, sous prétexte que le premier était « cultivé », ce qui ne serait pas le cas du second (argument peut-être exact d’un point de vue factuel, mais politiquement indigent). Depuis quand la maîtrise de la « culture » empêche-t-elle de défendre les intérêts des classes dominantes ?

3. Ce terme désigne les Américains, les Australiens, les Néo-Zélandais mais aussi les Japonais qui viendraient vivre et travailler aux Pays-Bas.

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Assimilation française

contre

multiculturalisme

néerlandais ?

On présente généralement la France comme un pays « assimilationniste », qui oblige les étrangers venant vivre et travailler sur son sol à abandonner la « culture » de leur pays d’origine, alors que les Pays-Bas seraient un pays « multiculturel » qui respecterait parfaitement les cultures des pays d’origine et voudrait les préserver. Les Pays-Bas serait beaucoup plus ouverte à ses « étrangers », comme le prouve, affirment certains, le fait qu’elle a donné le droit de vote aux élections locales aux non-Européens depuis 1985, donc il y a déjà plus de vingt-cinq ans. Et il est vrai qu’en France, depuis 1981, on attend toujours la réalisation des promesses électorales de la gauche sur ce terrain-là…

Or, depuis quelque temps, on a un peu l’impression que les élites dirigeantes de chacun de ces deux Etats, la France et les Pays Bas, sont en train de s’inspirer du « modèle » de l’autre.

Les Pays-Bas seraient tentés par une démarche de plus en plus « assimilationniste », tandis qu’une partie de la droite, et en particulier Sarkozy, mais aussi de la gauche lorgnerait plutôt du côté du multiculturalisme (*). Cette reconnaissance par la droite des aspects « multiculturels de la société française », s’est traduite notamment par la nomination très médiatisée au gouvernement de Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara, censées incarner symboliquement ce nouveau tournant respectueux de la « diversité ». On pourrait aussi citer le livre insipide de Sarko La République, les religions, l’espérance ou son discours au Palais de Latran, dans lesquels il n’a pas hésité pas à proclamer haut et fort ses convictions catholiques et son soutien au rôle positif de toutes les religions ; son forcing pour faire aboutir les négociations autour de la création du Conseil français du culte musulman ; ou encore sa mention (ou son lapsus ?) concernant un préfet « musulman ». Le tout étant d’ailleurs en totale contradiction avec le gaullisme, idéologie nationaliste, chauvine, assimilationniste, aux antipodes du multiculturalisme. Rien d’étonnant, car comme on le sait, incohérence, contradictions et démagogie sont inséparables du sarkozysme.

Mais commençons d’abord par nous intéresser au passé des Pays-Bas.

Y.C.

* La droite et la gauche ont depuis vingt ans systématiquement associé les Eglises à des discussions « éthiques », quand elles ne leur pas ont accordé des avantages matériels. Nous reviendrons sur cette question dans un numéro suivant.

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Une histoire nationale

un peu chaotique

jusqu’au XIXe siècle

Le pays que l’on appelle aujourd’hui la Hollande, ou plus exactement le royaume des Pays-Bas, a eu une histoire plutôt compliquée, que nous ne pouvons exposer ici en détail. Il nous suffira de préciser que la notion de « Pays-Bas » (appelés aussi « Provinces unies ») a sensiblement évolué, sur le plan géographique, entre le XIVe et le XIXe siècle. La Belgique fit partie des Pays-Bas jusqu’en 1830 et le Luxembourg jusqu’en 1839. Il y eut de fortes tendances germanophiles jusqu’en 1940, date de l’invasion des Pays-Bas par les armées d’Hitler. Et encore récemment on a pu entendre un homme politique suggérer que les Pays-Bas devrait fusionner avec l’Allemagne ! Rappelons enfin que le père et mari de la reine actuelle (Beatrix, qui règne depuis 1980) étaient tous les deux des Allemands et que la dynastie régnante est une dynastie d’origine allemande depuis plusieurs siècles – reconnaissons au moins une qualité à l’aristocratie : elle a toujours été « internationaliste » dans ses pratiques matrimoniales.

Pour résumer ce premier point, les frontières définitives des Pays-Bas sont relativement récentes, ce qui peut expliquer pourquoi le nationalisme néerlandais a des fondations plus fragiles que celui d’autres nations européennes.

Second point, et il s’agit là d’une différence importante avec la France, les Pays-Bas n’ont été une République que pendant une période très courte, onze ans, soit de 1795 à 1806. Auparavant, la Hollande était un comté qui a toujours dépendu, pendant plusieurs siècles, de rois étrangers et était constitué d’une fédération de villes libres ayant chacune ses lois. La République de la période 1795-1806 dut subir une très pesante tutelle militaire et fiscale française avec son cortège de viols, de corruption et de pillage éhonté, ce qui ne rendit sans doute pas le modèle républicain très populaire. Si c’est la République française qui a donné un coup de pouce aux libéraux néerlandais lors de leur seconde tentative pour se débarrasser du stadthouder et prince Guillaume V d’Orange (la première tentative des républicains néerlandais avait eu lieu deux ans avant la prise de la Bastille), c’est aussi un Français de sinistre mémoire, Napoléon Ier, qui a rétabli la monarchie en plaçant sur le trône son frère Louis Bonaparte en 1806 qui régna jusqu’en 1810 avant d’être remplacé par son fils Louis II, lui aussi roi de Hollande. Il fut remplacé en 1815 par Guillaume Ier de la dynastie d’Orange-Nassau, premier roi des Pays-Bas.

Paradoxalement, c’est donc la France républicaine, celle de Bonaparte, puis le Premier Empire de Napoléon qui ont donné le coup d’envoi d’un système monarchique stable qui a perduré jusqu’à aujourd’hui.

Les Pays-Bas sont donc un Etat-nation très particulier qui a eu du mal à se créer un imaginaire national aussi « cohérent », ou du moins qui ait une apparence aussi cohérente, et aussi ancienne, par exemple que la France avec les mythes de Clovis, Saint Louis, Jeanne d’Arc ou Vercingétorix.

Certains Néerlandais ont pourtant essayé puisque, au XVIe siècle certains, à la suite d’Erasme, inventèrent l’existence d’un peuple batave, lui-même issu d’un descendant… de Noé. Mais la mayonnaise nationaliste ne prit pas.

Cette carence en traditions aristocratiques et royales suffisamment anciennes a des conséquences politiques très concrètes aujourd’hui, maintenant qu’une partie croissante de la population est « étrangère » ou d’origine étrangère, « allochtone » comme disent les bureaucrates néerlandais – soit environ 3 millions de personnes sur 16 millions.

Y.C.

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Histoire,

valeurs et normes

« typiquement

néerlandaises »

Les politiciens populistes, les partis de droite et du centre, les médias mènent campagne depuis quelques années pour défendre les « valeurs et les normes » néerlandaises.

Le gouvernement a même créé trois tests de langue et de culture néerlandaises pour les étrangers.

Le premier est destiné à ceux qui vivent dans un autre pays et veulent immigrer aux Pays-Bas, le plus souvent pour épouser un(e) citoyen (ne) néerlandais (e). Il coûte 350 euros et la plupart des Néerlandais seraient d’ailleurs bien incapables de répondre aux questions qu’il contient. On passe ce test en téléphonant à un logiciel de reconnaissance vocale, mais il n’est pas remboursé si on le rate et nécessite, paraît-il, 300 heures de préparation, qui ne sont évidemment ni payées ni remboursées. Au départ, il était accompagné d’un film de présentation montrant des filles se baladant les seins nus sur une plage, et des hommes en train de s’embrasser, mais ces plans ont finalement été coupés. La ficelle était trop grosse.

Le deuxième type de test est destiné aux étrangers qui résident aux Pays-Bas depuis longtemps (ceux qui sont arrivés depuis 1975) et dont l’Etat considère qu’ils ne parlent pas suffisamment bien et ne connaissent pas suffisamment la « culture néerlandaise ».

Le troisième type de test est destiné à ceux qui veulent devenir Néerlandais.

Sont dispensés de tests les filles au pair, les étudiants étrangers et…les « immigrés » gagnant plus de 4 500 € mensuels ! ! ! Les capitalistes savent reconnaître les « bons » immigrés à l’épaisseur de leur compte en banque !

Comme les Pays-Bas n’ont pas une longue tradition guerrière, d’invasions, de conquête, des pays européens voisins au nom de la « civilisation », des droits de l’homme, ou de la « défense de la patrie », tradition qui aurait pu leur servir à étayer la construction d’une mémoire nationaliste, les cercles dirigeants mobilisent d’autres artifices comme la célébration des monarques étrangers qui avaient la Hollande sous leur coupe, bien que ce procédé soit très récent.

D’après l’historien Christophe de Voord, le culte du prince Guillaume d’Orange s’est seulement développé après 1933, la gauche et la droite communiant désormais dans sa célébration pendant la Seconde Guerre mondiale, pour donner du souffle à la Résistance antinazie. [Au XVIe siècle, Guillaume d’Orange combattit la monarchie espagnole, lutte qui aboutit à détacher les Pays-Bas – à l’époque les Provinces Unies regroupant la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et le nord de la France – du royaume d’Espagne à la suite de la guerre de 80 Ans (1568-1648).]

Aujourd’hui, les compétitions sportives où les Pays-Bas affronte d’autres équipes européennes (notamment l’Allemagne), y compris le récent Euro 2008, sont aussi l’occasion de stimuler le patriotisme. Le pays se couvre de drapeaux néerlandais arborant l’orange (couleur de la monarchie). On voit partout des porte-clés avec une paire de sabots, ou bien des tasses, des assiettes, des soucoupes arborant des images de moulins ou des tulipes (1). Une intense propagande se déploie autour des événements sportifs pour créer une mystique nationale néerlandaise, et inciter les « autochtones » à se raccrocher à des « valeurs néerlandaises » que la plupart des habitants de ce pays ont bien du mal à définir.

Les mensonges des intellectuels

et politiciens néerlandais

Quand on demande aux intellectuels ou aux politiciens néerlandais de définir ces fameuses « valeurs » (cf. Les identités néerlandaises, de l’intégration à la désintégration, Presses universitaires du Septentrion, 2006, livre collectif qui ressemble par moments à un bêtisier nationaliste), les notions citées sont en fait les valeurs de la société bourgeoise capitaliste moderne. Elles pourraient presque toutes servir à définir « l’essence éternelle » de tous les Etats, ou Etats-nations, européens, mais aussi non européens : le sens de l’économie, le goût du travail, la discrétion, la liberté d’expression, l’interdiction de toute discrimination, la liberté de foi et de religion, la tolérance, un pragmatisme « marchand », le sens de la mesure, un tempérament « industrieux », l’antihéroïsme, le goût du compromis, le pacifisme, l’aide aux pays plus pauvres, etc.

Il n’est pas question ici de démystifier la prétendue « néerlanditude » de toutes ces valeurs mais nous signalerons trois mensonges grossiers à propos du pacifisme, du sens du compromis et de l’égalité des femmes.

Sur le premier point, s’il est exact que les Pays-Bas ont défendu une politique de neutralité pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale (la seconde fois cette attitude leur a coûté très cher, mais entre 1914 et 1918 cela leur a été très bénéfique), c’était autant par « amour de la paix » que pour défendre leurs intérêts commerciaux.

De plus, après la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements néerlandais ont eu une attitude hypocrite puisque, dans les années 50 ils ont accepté d’héberger en secret des armes atomiques américaines sur leur sol ; qu’ils ont pris le parti de l’OTAN contre l’URSS pendant la guerre froide ; et qu’en 1984, ils ont menacé d’installer des missiles contre l’URSS. Cela n’empêche pas les politiciens ou les intellectuels aux ordres d’affirmer que leur pays aurait toujours eu des intentions « pacifiques ».

On soulignera enfin que le commerce des armes se porte bien aux Pays-Bas comme l’expliquent des ONG néerlandaises dont OXFAM : « Les Pays-Bas sont un partisan du plaidoyer des Lauréats du Prix Nobel de la Paix et de la campagne pour le Contrôle des armes en vue d’un Traité international juridiquement contraignant sur le commerce des armes. (…) Toutefois, même si des comptes rendus complets des licences d’exportation ne sont pas rendus publics, on sait que les Pays-Bas ont fourni des armes et des équipements militaires à des pays qui ne se conforment pas au Code de conduite de l’UE. Ainsi, les Pays- Bas ont fourni des armes à l’Indonésie, alors que l’armée indonésienne a été accusée d’atteintes systématiques aux droits humains. Ces armes sont peut-être utilisées actuellement par l’armée à Aceh. Au moins 20% des garanties de crédit à l’exportation officielles sont actuellement accordées pour des commandes militaires, encourageant ainsi les expéditions internationales d’armements – notamment vers l’Indonésie, la Jordanie, la Turquie, le Venezuela et la Corée du Sud, où les forces armées ont des antécédents contestables en matière de droits humains. Au cœur de l’Europe de l’Ouest, les Pays-Bas sont un pays de transit important, en particulier à travers le port de Rotterdam (le plus grand port maritime au monde) et l’aéroport de Schiphol (le quatrième aéroport européen). Il y a peu de contrôle ou d’information sur le volume du transit des équipements militaires. Contrairement à leurs politiques d’exportation restrictives, les Pays-Bas permettent toujours le transit d’armes vers des pays qui ne se conforment pas au Code de conduite de l’UE, tout particulièrement Israël. »

En ce qui concerne le sens du « compromis », qui serait incarné par le système de la « pilarisation » que nous expliquerons plus loin, il s’agit d’une vaste blague. En fait de compromis, on a affaire à un processus très sophistiqué de cooptation des élites (on appelle en néerlandais les notables des regenten du nom des régents qui gouvernaient les villes au XVIe/XVIIe siècles) et d’arrangements entre les chefs des communautés religieuses puis des partis, le tout en secret dans les coulisses du pouvoir.!

Enfin, ce qui concerne l’égalité hommes-femmes, cette référence à une « néerlanditude » féministe est plutôt douteuse quand on sait que jusqu’en 1954, dans la fonction publique, et jusqu’au début des années 60, dans le secteur des services, on licenciait les femmes qui se mariaient… De plus, la majorité des femmes ne travaillaient pas encore pendant les années 50, et restaient à la maison pour faire des enfants et s’occuper des tâches ménagères. Il a fallu attendre 1973 pour que le Parlement vote une loi interdisant aux employeurs de licencier leurs employées à l’occasion de leur mariage ou d’une grossesse. Et 2004 pour que l’on envisage de supprimer les subventions accordées à un parti monarchiste et protestant, le SGP (Staatkundig Gereformeerde Partij, Parti politique calviniste), qui s’opposait à ce que des femmes exercent des responsabilités dans leur mouvement. Là aussi, il y a loin des belles paroles à la réalité.

D’ailleurs les militants du groupe De Fabel van de illegaal (aujourd’hui dans le groupe Doorbrak) combattent cette vague chauvine en rappelant sans cesse, dans leurs publications, non seulement le passé colonial et le présent post-colonial des Pays-Bas, mais aussi en critiquant les connivences et les passerelles idéologiques entre les écologistes, l’extrême gauche (le SP) ou les altermondialistes, d’un côté, et les thèmes défendus par la classe dominante néerlandaise et ses chiens de garde dans les médias, de l’autre.

Y.C.

1. Ce mot n’a d’ailleurs rien de « typiquement néerlandais » puisqu’il est d’origine turque, tulban.

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Le pays

de la « tolérance » ?

En général quand on parle des Pays-Bas, on a l’impression qu’il s’agit, du moins depuis les années 60, d’un pays très libéral, au sens de libertin voire de libertaire. D’ailleurs récemment, sur Radio libertaire, un animateur matinal a tranquillement expliqué aux auditeurs qu’il « respirait (sic) la liberté » quand il allait fumer un joint dans un coffee shop néerlandais ! En dehors de la vente libre de drogues douces, d’autres clichés circulent comme ceux concernant la liberté de l’avortement, l’absence de préjugés vis-à-vis de l’homosexualité, de la pornographie, de la prostitution (les sinistres vitrines), le mariage homosexuel, les facilités accordées à l’euthanasie (qui aboutissent d’ailleurs à une situation très dure pour les vieux dans les maisons de retraite), ou le multiculturalisme.

Et si l’on remonte plus loin dans le temps, dès le XVIIe siècle les Pays-Bas sont apparus comme un pays où les individus persécutés pour leurs convictions religieuses (les catholiques, les juifs, voire certaines minorités protestantes dissidentes), les anticléricaux ou les écrivains et penseurs persécutés (Descartes, Erasme, Spinoza) trouvaient asile ou pouvaient se faire éditer plus facilement que nulle part ailleurs en Europe.

Selon certains historiens ou hommes politiques néerlandais, la société néerlandaise aurait toujours été « tolérante », c’est notamment la thèse de Frits Bolkestein dans Les identités néerlandaises. En fait, la société autorisait les membres des religions persécutées à venir se réfugier aux Pays-Bas à condition qu’ils forment une communauté fermée obéissant à de strictes lois religieuses formulées par les plus orthodoxes et les plus réactionnaires. En clair, les juifs ou les catholiques qui se réfugiaient aux Pays-Bas devaient obéir aux principes religieux orthodoxes de leur communauté.

Comme l’explique un historien néerlandais, la tolérance ne signifie pas le respect. C’est une attitude que l’on adopte quand on n’a pas le choix et qu’on ne peut ni convaincre ni éliminer l’autre. On tolère ce qu’on voudrait dénoncer, mais cela ne signifie pas du tout que l’on respecte pas ce qui est toléré. Ou comme l’explique un autre historien : la tolérance « consiste à prendre ses distances vis-à-vis d’autrui, plutôt qu’à s’intéresser à ses convictions et à ses idées ».

Voilà qui remet un peu les pendules (néerlandaises) à l’heure (de la norme capitaliste moderne).

Y.C.

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« Pilarisation »

et « dépilarisation »

de la société

Du XVIIe siècle au milieu des années 1960, la société néerlandaise a été, divisée entre plusieurs communautés religieuses puis politiques. Comme aucune communauté n’arrivait à triompher de l’autre, elles ont fini après la Première Guerre mondiale par établir des règles de coexistence pacifique, règles qui se sont plus ou moins perpétuées jusqu’à aujourd’hui.

Les deux premières grandes communautés regroupaient les protestants et les catholiques, puis de façon très minoritaire les juifs au XVIIe siècle, ensuite au XIXe siècle les libéraux (qu’on appellerait en France les républicains laïques ou les agnostiques humanistes), et enfin les sociaux-démocrates.

C’est en 1848 que les Pays Bas adoptent la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais cette mesure n’a pas grand rapport avec la loi sur la laïcité de 1905 en France. En fait, la constitution de 1848 reconnaît l’égalité des groupes confessionnels devant la loi. Cette reconnaissance était en effet importante pour les catholiques (38% de la population au XIXe siècle) qui étaient traités comme des citoyens de seconde zone. Ils devaient être discrets, ne pas troubler l’ordre public, ne pas faire de processions religieuses, ni avoir des églises « ostentatoires » (cela ne vous rappelle rien… ?), ni faire sonner les cloches pour ne pas gêner les protestants. Ils n’avaient pas le droit d’être fonctionnaires, etc.

La « pilarisation »

La période 1917-1967 marque l’apogée de la « pilarisation » (que l’on appelle aussi « cloisonnement », « compartimentation », et que certaines mauvaises langues qualifient même d’ « apartheid confessionnel » avant la fin du XIXe siècle) de la société néerlandaise. Ce processus, selon ses partisans, aurait permis une certaine « mobilité verticale ». Selon C. de Voord, l’émancipation de chaque pilier « jouait au profit des groupes et non des individus, soumis en contrepartie à un très fort contrôle social au sein de leur zuil » (pilier). Comme l’écrit un analyste : « Chaque pilier accompagne l’individu depuis le jardin d’enfants jusqu’aux pompes funèbres. » Mais un dicton néerlandais affirme aussi, à propos des communautés, « L’isolement fait la force » et un célèbre écrivain néerlandais a vanté la « distance qui n’attire pas les ennuis ». Tout un programme pour une société présentée comme un modèle de tolérance !

« Piliers » et nationalisme

Il faut souligner un autre aspect : l’influence de ce système de compartimentation sur la création d’une forme particulière de nationalisme. Selon C. de Voogd (qui n’est pas du tout un antinationaliste) : « le cloisonnement reposait également sur des valeurs communes à tous les groupes sociaux. Les “piliers” supportaient un toit abritant toute la nation néerlandaise, dont les matériaux étaient un patriotisme, un moralisme et un civisme partagés par tous ».

Religions, hiérarchie et passivité

La société néerlandaise s’est structurée suivant des divisions fondamentalement religieuses qui se sont traduites sur le terrain politique au point que le premier parti politique protestant (créé en 1879) s’appelait le Parti contre-révolutionnaire – tout un symbole.

Comme l’explique C. de Voogd, cette structuration en piliers s’est faite selon un très fort principe hiérarchique et – ajouterons-nous – contre-révolutionnaire dans toutes ses dimensions

– « chez les catholiques, les évêques n’hésitaient pas à intervenir pour assurer la discipline sociale et politique des fidèles »,

– « chez les protestants et les libéraux » s’exerçait « l’ascendant traditionnel de la bourgeoisie urbaine »,

– et chez les socialistes « la discipline de parti » et le « prestige des leaders ».

Bref, conclut l’historien, « tout concourait à ce respect de l’autorité » – indispensable au bon fonctionnement de la société capitaliste, ajouterons-nous.

Aucun militant révolutionnaire ne s’étonnera des conséquences et des bases d’un tel système : « passivité des masses, respect des autorités, monopole du jeu politique par les élites, ignorance entretenue des autres groupes sociaux » (C. de Voogd)

Les effets concrets de la « pilarisation »

Pour comprendre ce qu’a pu signifier cette « pilarisation », nous allons citer un certain nombre d’exemples qui montreront à quel point les Pays-Bas ont eu une histoire différente de celle de la France, en ce qui concerne les questions religieuses.

– Les écoles étaient organisées au départ sur une base confessionnelle et financées par l’Etat. Ce qui signifie par exemple qu’il y avait des manuels d’histoire protestants et catholiques et que l’on n’apprenait pas la même chose sur l’histoire des Pays-Bas suivant le choix éducatif que l’on opérait ; heureusement les écoles publiques connaissaient plus de mélanges, même si elles ne regroupaient qu’un tiers des élèves en 1940. Au XIXe siècle, donc au commencement de l’instruction publique, c’était l’inverse puisqu’il y avait 2 800 écoles publiques sur 3 800.

Mais encore aujourd’hui les parents peuvent demander des cours religieux pour leurs enfants dans les écoles publiques. De plus, dans beaucoup d’écoles primaires et secondaires publiques, on dispense des cours d’orientation sur les « grands courants spirituels » pour promouvoir la fameuse « tolérance ». On notera que les propositions de Régis Debray et de beaucoup d’universitaires « spécialistes des religions », soutenues par les différentes Eglises en France, vont exactement dans le même sens.

– Au XIXe siècle les catholiques ont créé des banques, des syndicats, des coopératives agricoles, des conservatoires de musique, etc., sur une base confessionnelle et évidemment les protestants les ont imités. « Un bon catholique s’adressait de préférence aux commerçants et aux artisans de sa confession, qui eux-mêmes recrutaient une main d’œuvre coreligionnaire. » (C. de Voogd).

– « En 1964, 90% de l’électorat du KVP [parti catholique] étaient des catholiques pratiquants, et inversement 84% des catholiques votaient KVP, tout comme 81% des membres du syndicat confessionnel NKV (anciennement KAB). La société KRO comptait parmi ses auditeurs et spectateurs 89% de catholiques. » (C. de Voogd)

– Il est intéressant de souligner que le poids de la religion était tel au XIXe siècle que « la section néerlandaise de la l’Internationale [l’AIT, la Première Internationale] adopta un profil bas et un programme vague » (C. de Voogd) ; quant au premier syndicat significatif regroupant des travailleurs qualifiés (typographes, ouvriers du diamant, la Fédération Générale des travailleurs des Pays-Bas (ANWV) créée en 1871, elle « écarta toute référence au socialisme et se concentra sur les aspects matériels et éthiques de la condition ouvrière : temps de travail, protection des enfants, éducation et élévation morale. Cette orientation la rapprocha des libéraux les plus ouverts à la question sociale » (Idem).

– Les Néerlandais se mariaient à 95% avec un partenaire de la même religion, et avaient peu de relations sociales avec des individus d’autres religions puisque les scouts, les associations sportives, les fanfares, les bibliothèques, étaient aussi organisés sur une base confessionnelle. Et cela a duré jusqu’au début des années 1960 !

– Les universités ont été confessionnelles jusqu’en 1923.

– Les partis politiques étaient au départ confessionnels (donc soit catholiques, soit protestants). Avant la Seconde Guerre mondiale 90% des catholiques votaient pour le parti catholique. Puis sont apparus les libéraux (appelés aussi « neutres ») et les socialistes, chacun formant de ces courants un des 4 principaux piliers ou compartiments (zuilen) de la société néerlandaise.

À ces quatre piliers certains historiens proposent d’ajouter 2 mini-piliers, le pilier juif avec ses écoles et ses organisations communautaires (en grande partie détruites par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, puisque 100 000 Juifs furent déportés et assassinés) et le pilier communiste (stalinien donc) très minoritaire, sauf pendant les quelques années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale (10 députés en 1945 mais 6 en 1952 et plus que 3 en 1959).

Encore aujourd’hui il existe des partis dont la référence est le christianisme (le CDA, par exemple) En 2005, le CDA a longuement discuté pour s’avoir s’il pouvait accepter des adhérents… musulmans. Quant à Bolkestein, il est un des fervents défenseurs de l’idée que l’Europe a des « fondements chrétiens ».

– Les temps de parole à la radio puis à la télévision publique étaient partagés suivant les quatre principaux « piliers » (protestants, catholiques, libéraux et socialistes) et le nombre d’adhérents de leurs associations d’auditeurs, associations qui existent encore. Aujourd’hui, par exemple, il existe un réseau de télévision islamique financé par l’Etat depuis le début des années 1980. Et des heures sont attribuées plusieurs fois par semaine aux imams, aux prêtres, aux rabbins, aux pasteurs, sur le réseau public de radio et de télévision.

– En 1954, l’Eglise catholique interdisait encore à ses fidèles, sous peine de refus des sacrements, l’adhésion à un syndicat socialiste, la lecture de journaux socialistes, l’audition de programmes de radio et la participation à des rassemblements socialistes !

– Jusqu’en 1986, donc il y a un peu plus d’une vingtaine d’années, l’Etat subventionnait la construction des lieux de culte. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, mais les associations musulmanes peuvent obtenir des subventions si elles peuvent prouver qu’elles contribuent à « l’intégration » des fidèles.

– Encore aujourd’hui l’ouverture de l’année parlementaire reçoit la bénédiction non seulement du clergé protestant, et catholique mais aussi de prêtres hindous et musulmans

Cette division de la société néerlandaise en 4 « piliers » fondamentaux, 2 piliers religieux (protestants et catholiques) et 2 piliers non religieux (les libéraux et les socialistes), a influencé la façon dont les élites dirigeantes ont déterminé la place qu’elles voulaient donner – ou ne pas donner – aux nouveaux arrivants depuis les années 70 et surtout aux dits « musulmans ».

Dans le système néerlandais, traditionnellement, les notables se sont toujours arrangés pour trancher les grandes questions politiques. Pour eux les questions liées à la famille, au mariage, à l’éducation, au travail ou à la propriété devaient se régler au sein des quatre piliers, l’Etat n’intervenant qu’un minimum. En fait, chaque pilier était, comme le dit un historien, une sorte d’ « île autonome », avec tout ce que cela suppose de mentalité particulière, voire séparatiste.

La « dépilarisation » : causes et conséquences

Le processus de « dépilarisation », ou de « décompartimentage », a commencé à partir des années 60. Il avait été précédé par un combat minoritaire mené par le Parti du travail (un parti « socialiste » qui avait abandonné la lutte des classes, reconnu la monarchie, etc, avant la Seconde Guerre mondiale) puis par Démocrates 66, parti social-libéral ou démocrate-libéral. Le fait que les pratiques religieuses chrétiennes aient considérablement reculé a certainement joué un rôle, même si les Néerlandais sont « culturellement chrétiens » comme les Français sont « culturellement catholiques ». Il faut signaler que l’Eglise catholique a connu une crise très importante à peu près à l’époque du Concile Vatican II.

Mais les Provos et plus généralement les mouvements de révolte de la jeunesse des années 60 contre toutes les formes d’autorité, donc aussi contre la monarchie et le système des piliers, l’ont aussi beaucoup affaibli.

Si la Constitution de 1983 donne la priorité à l’individu et non plus au collectif religieux ou philosophique, en même temps un texte du programme gouvernemental de la même année concernant les minorités ethniques reconnaît que « la religion a des vertus structurantes et civiques car elle permet de renforcer la dignité et de stimuler l’émancipation des immigrés et de leurs descendants » ! On voit donc que ces questions sont loin d’être claires et tranchées.

Aujourd’hui, 40 à 60% des Néerlandais ne revendiquent aucune appartenance religieuse. Seulement 21% des Néerlandais se disent protestants.

Sur la question des rapports entre religion et identité nationale, on peut distinguer deux positions opposées :

1) les Pays-Bas ont toujours été un pays d’immigration (catholiques, juifs, Flamands protestants des Pays-Bas du Sud) – c’est la version de Bolkestein par exemple ; on pourrait croire que cela inciterait les politiciens qui partagent cette vision à accueillir à bras ouverts les « musulmans » aux Pays-Bas, mais ce n’est pas du tout le cas ;

2) une position plus réaliste, du moins à mon avis : les Pays Bas deviennent vraiment un pays d’immigration après la Seconde Guerre mondiale, et surtout depuis les années 70. Et cela n’a été reconnu officiellement par l’Etat néerlandais qu’en 1998.

Les Pays-Bas ne sont pas du tout dans la même situation qu’en France, pays d’immigration depuis un siècle, même si, ici aussi, les élites dirigeantes françaises ne l’ont reconnu timidement qu’à la fin du XXe siècle – et encore pas toutes. Mais le fait de le reconnaître officiellement n’est qu’un minuscule premier pas.

Y.C.

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Les Pays Bas,

ex-puissance coloniale,

sont devenus

un pays d’immigration

Même si les Pays-Bas n’ont jamais eu un empire aussi important que la France ou la Grande-Bretagne, ils ont eu leur siècle d’or (à l’époque ils étaient la plus grande puissance maritime du monde avec 14 000 navires contre 4000 à la France et 5000 à l’Angleterre). Et ils ont tenu sous leur coupe l’Indonésie jusqu’en 1948, le Surinam jusqu’en 1975 et une partie des Antilles jusqu’à aujourd’hui.

« Le système des cultures créé en 1830 imposa [aux indigènes] de consacrer un cinquième de leurs terres et de leur temps de travail aux cultures d’exportation (thé, café, épices) livrables à l’Etat néerlandais. Grâce à ce système de travail forcé, dès 1831, l’exploitation de la colonie redevint bénéficiaire (…) Chaque année les revenus [de l’Indonésie] contribuaient pour un cinquième du budget de l’Etat ».

Cette exploitation se faisait bien sûr au nom de la civilisation et de la morale. C’est ainsi que E.H. Kossmann écrit « L’impérialisme éthique (sic) était un succès économique pour la mère patrie » et que C. de Voogd commente, sans rire : « La politique éthique (sic) fut l’une des premières manifestations de cette aptitude au consensus, dont les Néerlandais ne devaient cesser de faire preuve jusqu’à nos jours et qui forme, au regard de l’apparente vigueur des oppositions de principe, l’un des plus curieux paradoxes de la mentalité nationale. » Difficile de trouver une description plus claire de la bonne conscience coloniale et néocoloniale aux Pays-Bas – comme dans tous les pays qui en exploitent d’autres directement, ou indirectement.

La guerre coloniale d’Indonésie a donné lieu à la même situation que celles des harkis en Algérie puisque les 35 000 Moluquois (les Moluques sont des îles de l’archipel indonésien) ont servi en Indonésie de supplétifs de l’armée néerlandaise lors de la guerre d’Indépendance de 1945-1948. Ils ont donc dû venir vivre aux Pays-Bas en 1948 puisqu’ils avaient fait le mauvais choix. Pour les remercier, l’Etat néerlandais a commencé par les mettre dans les ex-camps de concentration qu’avaient utilisés les nazis, puis il leur a distribué beaucoup d’aides sociales et peu de travail (du moins, selon Ian Buruma qui ne semble guère s’en réjouir). Apparemment, ils se sont intégrés tant bien que mal dans la société néerlandaise, si l’on en juge par le taux de mariage hors communauté : plus de 40%. Mais cela ne s’est pas passé non plus sans violence, puisqu’un groupuscule (le Front de libération moluquois), dans l’incapacité de se faire entendre par d’autres moyens, a procédé à des prises d’otages en 1975 et 1977, qui se sont terminées par plusieurs morts à chaque fois. Les Moluquois ne représentaient qu’une petite partie des Néerlando-Indonésiens ou des Néerlandais qui ont émigré aux Pays-Bas entre 1945 et 1964.

La seconde vague d’immigration a eu lieu après l’indépendance du Surinam en 1975 : un tiers de la population est partie, il s’agissait d’une émigration économique de gens pauvres. 308 000 Surinamiens vivent aux Pays- Bas (et 450 000 au Surinam aujourd’hui) mais, selon Ian Buruma, il y aurait 30% de chômeurs, soit dix fois plus que les « Souchiens » néerlandais. Si c’est vrai, ce n’est pas le signe d’une « intégration réussie », mais d’un racisme persistant à leur égard. Les optimistes mettent en avant qu’il y aurait 40% de mariages avec des « autochtones ».

La troisième vague d’immigration, celle des Turcs et des Marocains durant les années 70, est celle qui a provoqué le plus de débats politiques et continue à en susciter.

La quatrième vague d’immigration, celle des années 80, a vu arriver 115000 Néerlandais des Antilles (Aruba, Bonaire, Curaçao). Et la cinquième vague, dans les années 90, a concerné surtout des demandeurs d’asile (200 000).

Donc pour résumer la situation à l’aide de quelques chiffres, les Pays-Bas comptent 16 millions d’habitants avec 17 « minorités ethniques » et 3 millions d’ « allochtones » dont certains n’ont pas la nationalité néerlandaise

920 000 « musulmans », dont 328 000 Turcs et 296 000 Marocains.

65 000 Tunisiens

16 000 Pakistanais

309 000 Surinamiens

117 000 Antillais (qui ont la nationalité néerlandaise)

200 000 réfugiés dont 35% seulement ont pu trouver un emploi. On peut les répartir grosso modo selon leur pays d’origine : Yougoslavie : 71 000, Irak : 38 000, Somalie : 30 000, Afghanistan : 26 000,Iran : 25 000.

Situation des « musulmans »

Apparemment, selon certains sociologues, les Turcs ont réussi, grâce à leurs associations, grâce aussi à la politique multiculturaliste des Pays-Bas, grâce à leurs traditions commerciales, à leurs origines plus citadines, ils ont réussi, donc, à trouver plus ou moins une place dans la société néerlandaise. Sur le plan religieux ils sont bien organisés puisqu’ils contrôlent 206 mosquées sur 453.

Par contre, les Marocains (92 mosquées sur 453) de la « première génération », en majorité d’origine berbère, très souvent illetrés et venant de petits villages, ont eu plus de mal à trouver leur place. Et ce sont surtout ceux de la « deuxième ou de la troisième génération » (donc des Néerlandais) qui sont au centre de toutes les polémiques et des attaques, de la gauche antimulticulturaliste (qui est favorable – comme les chevènementistes français – à un usage positif du nationalisme) à l’extrême droite. On les accuse de ne pas vouloir étudier à l’école, de traîner dans les rues, de considérer les Néerlandaises comme des filles faciles, de vivre de petits délits, bref vous connaissez la chanson des xénophobes et des racistes, c’est la même partout en Europe ou aux Etats-Unis.

Certains « spécialistes » citent des statistiques loufoques suivant lesquelles 33% des « suspects » seraient nés à l’étranger ! D’autres affirment que 55% des prisonniers seraient, eux aussi, nés à l’étranger mais ces statistiques ne veulent rien dire, puisque l’immigration illégale est un crime aux yeux de la loi. D’ailleurs, on sait bien que les « allochtones » (en français, on dirait les « basanés ») sont toujours plus arrêtés et condamnés que les « Blancs » dans les sociétés occidentales. À crime ou délit similaire, les « allochtones sont toujours condamnés plus souvent et à des peines plus lourdes que les autochtones. Un sociologue a calculé que, pour les jeunes, la différence était de 53 jours de prison supplémentaires pour la même infraction quand elle est commise par un allochtone.

Par contre, il est exact que c’est parmi la communauté marocaine que les islamistes ont essayé de recruter soit des jeunes pour aller se battre en Af-ghanistan et en Tchétchénie, soit des soutiens logistiques pour le GIA, pour la Résistance irakienne, etc. C’est de cette communauté que vient le meurtrier de Theo Van Gogh assassiné en novembre 2004. C’est aussi parmi cette communauté marocaine que les fondamentalistes musulmans ont essayé de faire du prosélytisme non seulement pour le hijab mais aussi pour la burqa, même si cette dernière reste statistiquement très minoritaire (une centaine dans le pays, paraît-il) (1).

Certains spécialistes pensent que les musulmans se sont servis du système des 4 piliers (catholiques, protestants, socialistes et libéraux) pour en quelque sorte chercher à devenir le 5e pilier de la société néerlandaise. C’est même ce que Job Cohen, le maire travailliste d’Amsterdam, a proposé aux musulmans, et qui a provoqué un énorme scandale.

Quoi qu’il en soit, puisque l’enseignement confessionnel était – et est toujours – financé par l’Etat aux Pays-Bas, les musulmans ont créé des écoles maternelles, collèges et lycées musulmans financés par des fonds publics ; il existe aussi deux universités islamiques financées par des fonds étrangers, etc. Certaines associations musulmanes ont aussi réclamé (comme en France) la non-mixité dans les cours de sport, le droit à porter le voile dans la fonction publique, le droit à l’abattage rituel toute l’année, mais ils n’ont pas obtenu satisfaction.

Par contre les musulmans ont obtenu beaucoup de droits dont ils ne disposent pas en France ou qu’ils ont du mal à mettre en œuvre :

– la possibilité de prendre des jours de congé pour des motifs religieux,

– l’enseignement coranique est autorisé dans les écoles publiques, mais ce n’est nullemenit un « privilège » puisque toutes les religions jouissent de ce droit,

– l’appel public à la prière est autorisé une fois par jour (et il peut être amplifié le vendredi et pour les fêtes religieuses),

– l’égorgement rituel seulement une fois par an (le reste du temps l’animal doit être anesthésié),

– les enseignantes sont autorisées à porter le hijab dans les écoles publiques… tout comme les gardiennes dans les prisons !

– le droit de prier sur le lieu de travail, notamment pendant le Ramadan,

– il existe des « aumôneries » musulmanes dans les prisons et les hôpitaux,

– le droit de construire des mosquées (500 en tout) beaucoup plus facilement qu’en France.

– le droit – au nom de la liberté d’expression – de tenir des discours homophobes (cas de plusieurs imams). La justice a considéré qu’ils avaient tenu ses propos en fonction d’une « interprétation de leur foi » et que les juges n’avaient pas à se mêler de questions religieuses.

– Et bien sûr de nombreuses subventions aux associations, aux médias, aux écoles musulmanes.

De fait une bonne partie des « musulmans » (ou plutôt ceux que l’Etat néerlandais classifie de cette façon) habitent de plus en plus dans des quartiers où ils vivent entre eux, car il s’est passé à peu près la même chose que dans les HLM françaises. Les « autochtones » (les Néerlandais « de souche ») sont partis dans d’autres quartiers, et les zones d’habitation les plus pauvres sont progressivement devenues des zones d’« allochtones ». Les écoles ont suivi le même chemin, on est passé d’écoles « blanches » à des écoles « noires » (c’est le terme administratif officiel !), donc de fait ethniquement séparées, comme le reconnaît cyniquement le vocabulaire technocratique ou politique. Et la méfiance et l’intolérance des Néerlandais n’ont fait que croître avec ce processus de ségrégation toléré ou encouragé par les municipalités. Apparemment 90% des Turcs et des Marocains choisissent leur conjoint dans leur pays d’origine. Mais, quand on cite ce type de chiffres, il faut aussitôt préciser que la plupart des Néerlandais préfèrent se marier avec un conjoint « batave » – en clair, bien « blanc ». Le multiculturalisme a eu pour conséquence d’aider à l’islamisation des « musulmans » turcs et marocains, le deal étant qu’ainsi les religieux feraient régner l’ordre dans les quartiers, une idée que partage aussi le président Sarkozy.

Cette ségrégation silencieuse a été accompagnée par un processus de « communautarisation » voulu par les éléments les plus religieux des communautés turques et marocaines. Ils gagnaient ainsi la possibilité de devenir les intermédiaires et les représentants de ces communautés, d’exercer, selon une vieille expression néerlandaise, la « souveraineté dans leur propre groupe ». Mais ce fragile « cinquième pilier » musulman naissant, la Droite, la Gauche et le Centre vont rapidement chercher à l’abattre après avoir contribué à l’ériger. Le multiculturalisme a en fait surtout servi à donner de bonnes raisons aux Néerlandais pour qu’ils ne se mélangent pas avec les autres populations dites « allochtones ».

En dehors du racisme institutionnel, qui a marginalisé une partie des Marocains et des Turcs, il faut signaler aussi en même temps la formation d’une petite-bourgeoisie marocaine et turque composée de travailleurs sociaux, assistantes sociales, fonctionnaires locaux chargés de distribuer des subventions. Tous ces gens-là se sont heurtés au plafond de verre qui existe dans la société néerlandaise comme dans la société française. D’où parfois de grosses frustrations et un retour vers la religion de leurs pères.

Notes

1. Incidemment le fait même que des « spécialistes » recensent le nombre de burqas dans les rues montre à quel point le contrôle social et policier est étendu, et jugé légitime. On imagine mal un sociologue sérieux recenser le nombre d’adolescentes portant une minijupe ou d’hommes portant des bottes. La burqa est, bien sûr, beaucoup plus qu’un simple attribut vestimentaire, c’est une prison de tissu, mais si l’on souhaite lutter contre l’intégrisme religieux et les traditions patriarcales, il vaudrait mieux s’intéresser à ce que pensent les femmes que de se focaliser sur leur tenue.
2.
On est tombé dans le même piège en France à propos des discussions sur le hijab, symbole politico-religieux notamment au Moyen et au Proche-Orient, mais qui a été apparemment utilisé par des adolescentes et des jeunes femmes aux idées très confuses et étonnamment ignorantes de la diversité des courants au sein de l’islam voire même ignorantes du contenu du Coran. À ce sujet, on lira avec profit Des filles voilées parlent, ouvrage édité par La Fabrique et leurs soutiens athées. Ces gens de gauche, voire d’extrême gauche (deux sont membres de la LCR), ne connaissent rien à l’islam (ou alors ils se sont tus par opportunisme politique), en tout cas c’est ce qui ressort de leurs questions et de la préface du livre qui se contente de dénoncer – justement – le racisme dont ces jeunes femmes ont été victimes sans aller plus loin, et sans relever les innombrables contradictions qui parsèment ces témoignages par ailleurs très émouvants. On voit ici un éditeur de gauche (Eric Hazan) procéder, sur une question politique, aux mêmes procédés que la téléréalité : il joue sur l’émotion et l’indignation des lecteurs (réelles face aux innombrables brimades dont été victimes ces jeunes femmes) pour mieux échapper aux questions politiques qui dérangent : la religion est-elle une forme d’obscurantisme ? l’islam est-il une religion monolithique ou comporte-t-il une pluralité d’interprétations ? Dans ce cas, certaines interprétations ne sont-elles pas plus intéressantes et plus progressistes que d’autres ? etc.

Y.C.

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France et Pays-Bas :

« problèmes » communs

et solutions

réactionnaires similaires

La situation des Pays-Bas depuis 1982 est très proche de celle de la France depuis quelques années et notamment depuis 2007.

D’ailleurs, sur le Net, on trouve toute sorte de rapports d’économistes qui cherchent à expliquer comment les Pays-Bas auraient réussi miraculeusement à diminuer le chômage alors qu’ils avaient un taux de 13% (sans compter les 13% d’ « inaptes au travail ») au début des années 80 et qu’il est aujourd’hui de 6% (mais deux fois plus faible pour les Néerlandais « de souche » que pour les « étrangers »).

Ce qu’il y a d’intéressant c’est que les recettes appliquées aux Pays-Bas depuis 1982 sont très proches du programme de l’UMP. Et cela est parfaitement normal, si l’on replace les questions du chômage dans un cadre plus large.

Depuis les chocs pétroliers de 1973-1974 et 1979-1980, le chômage ne fait qu’augmenter en Europe. Le milieu des années 70 (le premier choc pétrolier), c’est aussi le moment où, aux Pays-Bas comme en France, on stoppe officiellement l’immigration tout en autorisant le regroupement familial et, en principe, « l’accueil » des réfugiés politiques (de façon beaucoup moins « généreuse » en France qu’aux Pays-Bas, même si les camarades de De Fabel van de illegaal critiquent aussi sévèrement la politique d’accueil de plus en plus restrictive des réfugiés politiques, voire leurs expulsions vers des dictatures).

Offensive contre l’immigration et intégration forcée

Donc, à partir du milieu des années 70, on a vu deux phénomènes concomitants : d’une part l’immigration de travail (pour simplifier : les célibataires), qu’on appelait les « travailleurs invités » (expression technocratique qui marquait bien leur statut provisoire), se transformer en une immigration familiale ; d’autre part, la question de l’immigration, surtout de l’immigration musulmane, est devenue progressivement un enjeu politique central en France comme aux Pays-Bas. Et tout cela bien avant le 11 septembre 2001.

Aux Pays-Bas il y a eu une montée en puissance de la xénophobie à partir du début des années 90. Cette offensive a été menée par la Gauche, le Centre et la Droite, exactement comme en France.

Cela a commencé par une campagne de l’extrême droite qui n’a obtenu que 3% des voix dans les années 1980. Il s’agissait des Démocrates du centre et de leur dirigeant Janmaat

En 1991 Frits Bolkenstein écrit un article pour expliquer que l’islam prônerait, selon lui, des « normes et des valeurs incompatibles » avec la société néerlandaise.

A partir de 1998, la WIN (loi relative à l’intégration des « nouveaux venus ») oblige tout « nouvel immigrant » à souscrire à une « étude d’intégration » pour savoir s’il a besoin de cours de néerlandais, d’orientation sur la société néerlandaise et accessoirement de cours d’orientation professionnelle. Ces cours sont obligatoires sous peine de sanctions financières sur les allocations chômage, etc.

En 2000 Paul Scheffer (ancien maoïste devenu social-démocrate) publie un article – qui deviendra célèbre – sur « le drame multiculturel » : il y souligne que le chômage des jeunes « Marocains » et « Turcs » est trois fois supérieur à celui des « autochtones », mais il les rend responsables de cette situation tout en dénonçant en quelque sorte l’ « angélisme de la gauche », comme dirait Sarkozy. « Nous vivons aux Pays-Bas les uns à côté des autres sans nous rencontrer, chacun a son café, son école, ses idoles, sa musique, sa foi, son boucher et bientôt sa rue et son quartier. » Il « oublie » d’expliquer que ce système de ségrégation « culturelle » a été mis au point par les « Blancs bataves » et non par les immigrés venus travailler aux Pays-Bas.

En mai 2002 Pim Fortuyn est assassiné par un écologiste. Chef d’un parti rassemblant des investisseurs immobiliers, des publicitaires, un ex-DJ, etc., Fortuyn vendait de « la nostalgie d’une Hollande qui n’a jamais existé », selon Ian Buruma. Ses trois thèmes principaux étaient l’ « arrêt de l’immigration », la « néerlandisation de la société » et une « réforme politico-administrative » (en clair, la lutte contre la bureaucratie des fonctionnaires jugée envahissante). Il s’attaquait bien sûr au système fiscal jugé trop lourd et à la protection sociale jugé trop généreuse. Tout comme Le Pen, il attaquait « l’establishment », l’islam et l’Europe, avec une seule particularité par rapport à l’extrême droite française, il préférait fréquenter « les backrooms que les églises » ! En 2002, il conquiert la majorité du conseil municipal de Rotterdam avec 34% des voix et, suite à son assassinat, son parti (la LPF) obtient 26 députés sur 150 en 2002 et 4 ministres dans un gouvernement qui durera quelques mois et dont ils sortiront discrédités. 50 000 personnes se réunissent dans un stade pour lui rendre un vibrant hommage. L’hystérie collective, spontanée ou organisée, autour de sa mort est à la fois impressionnante et consternante.

Selon Ian Buruma, Fortuyn serait celui qui a réussi à briser le consensus multiculturaliste en remettant en cause l’intégration et en introduisant cette question dans le débat politique.

En 2003, a double nationalité est supprimée par Rita Verdonk en 2003.

Des restrictions de plus en plus grandes sont apportées à l’entrée des « allochtones », par exemple l’âge pour faire venir son conjoint est relevé à 21 ans en 2004.

Les immigrés de moins de 65 ans installés de longue date aux Pays-Bas mais qui y ont fait moins de 8 ans d’études doivent suivre des cours d’intégration ou d’ « acclimatation » comme disent les technocrates. Les médias ont avancé à un moment que 700 000 immigrés ne maîtrisaient pas la langue mais ce chiffre a été considérablement revu à la baisse.

En 2006, à Utrecht, la ville décide de supprimer les allocations chômage aux femmes qui portent la burqa lors d’entretiens d’embauche. Ce qui permet à Rita Verdonk, ex-directrice de prison et alors ministre de l’Intérieur, de proposer l’interdiction du port de la burqa dans les lieux publics (tout comme d’ailleurs les xénophobes républicains de gauche de Riposte laïque en France). Sa proposition sera débattue mais pas adoptée.

En 2006, à Rotterdam, des camps de travail (qui durent 6 mois et sont organisés selon un régime militaire) sont pour tous les mineurs en échec scolaire. De fait ils sont destinés pour l’essentiel aux Antillais et aux Marocains. Ils n’ont commis aucun délit mais sont envoyés dans ces camps simplement parce que la police les a repérés en train de « tenir les murs ».

L’offensive contre l’Etat providence

En dehors de ces mesures vexatoires et répressives contre les immigrés, la bourgeoisie néerlandaise a aussi essayé de s’attaquer à tous les aspects de l’Etat providence, mais cela avec 20 ans d’avance sur les gouvernements Sarkozy.

Loin d’avoir une politique « fasciste » ou « totalitaire », la bourgeoisie néerlandaise a au contraire cherché à mobiliser l’Etat, les patrons, les partis (y compris le Parti socialiste), et les syndicats dans une grande union nationale pour sauver l’économie néerlandaise qui était en crise depuis la moitié des années 70. Et des accords dits pudiquement de « modération salariale » ont plusieurs fois été renouvelés, la dernière fois en 2002.

C’est ce qu’on appelle le fameux « modèle polder », qui, selon la légende, reposerait sur une culture du « compromis ». En réalité, ce modèle repose sur la collaboration entre toutes les classes (un vieux classique qui n’a rien de « typiquement néerlandais »), et sur la conviction de la fin des affrontements idéologiques.

Ce modèle appliqué à partir de 1982 a des origines plus lointaines puisqu’il remonte à des pratiques inaugurées pour la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale (1/3 des richesses avaient été détruites entre 1940 et 1945). Depuis cette époque, deux organismes, la Fondation du travail et le Conseil économique et social (qui comprend 45 membres équitablement répartis entre représentants des patrons, de l’Etat et des syndicats) ont pour fonction d’organiser un dialogue permanent entre patrons et syndicats. Ils bénéficient du soutien du gouvernement (ou subissent ses pressions amicales) pour mettre au point des propositions qui sont ensuite discutées, soit dans le cadre des conventions collectives (décisives aux Pays-Bas), soit au Parlement. Plusieurs auteurs très modérés parlent à ce propos de « corporatisme » ou de « néo-corporatisme » ; en effet le système de régulation des conflits sociaux néerlandais permet que les syndicats se soumettent au bon vouloir des capitalistes et aux pressions du gouvernement, le tout dans une entente cordiale entre gens du même monde.

« Aux Pays-Bas (et en Autriche) prévaut l’idée que les familles de pensée (camps ou piliers) se sont largement dissoutes ou se trouvent au stade terminal de leur érosion. Les grands partis sont devenus, par effritement, des partis de taille moyenne. Les phénomènes d’identification à un parti se sont affaiblis », note justement un analyste.

Il est intéressant d’étudier la liste des mesures prises depuis 1982 aux Pays-Bas parce que ce sont exactement celles qui sont au cœur du programme de l’UMP :

Les femmes au boulot !

Tout d’abord une mesure spécifiquement néerlandaise, pour une fois, et qui n’avait pas de raison d’être appliquée en France, du moins à la même époque. La bourgeoise néerlandaise a mis les femmes au travail. On considère généralement les Pays-Bas comme un pays libéral au niveau de ses mœurs, un peu comme la Suède fantasmée par les Français à une époque (à la différence que la majorité des Suédoises travaillaient déjà dans l’industrie ou les services avant la Première Guerre mondiale). En fait, les Pays-Bas étaient un pays profondément rétrograde, machiste et religieux jusque dans les années 50 puisque jusqu’en 1954 toute fonctionnaire qui se mariait perdait automatiquement son emploi. Donc, la première mesure qu’a prise la bourgeoise néerlandaise au début des années 80 a été de mettre les femmes au boulot, et évidemment de leur réserver des travaux peu qualifiés et surtout à temps partiel : aujourd’hui 68% des femmes travaillent à temps partiel et c’est le cas de 80% des femmes mariées qui ont un emploi. Bien sûr les spécialistes expliquent qu’il s’agit d’un temps partiel « volontaire », à grands renforts de sondages, mais dans ce cas on peut se demander pourquoi, dans une société prétendument égalitaire et non sexiste, ce serait comme par hasard les femmes qui feraient ce « choix » !

Gel des salaires

Avec le soutien des syndicats, l’Etat et les patrons ont imposé un gel puis une diminution des salaires, surtout dans le public (– 25% entre 1982 et 1996), un peu moins dans le privé (– 5%). Ils ont supprimé le lien qui existait entre les deux secteurs au niveau des augmentations de salaires. Il y a un rapport évident entre ces attaques contre les salaires et la mise au travail des femmes. Un couple avec deux salaires réduits peut survivre mais pas s’il n’a qu’une seule paie. D’ailleurs, le schéma le plus répandu aujourd’hui aux Pays-Bas, dans un couple, c’est que l’élément masculin travaille à plein temps, et l’élément féminin à mi-temps, coutumes patriarcales obligent.

Généralisation du temps partiel dans tous les secteurs.

C’est pourquoi aujourd’hui les Pays-Bas sont le pays qui compte le plus de salariés à temps partiel en Europe (37%), soit 2,5 millions sur 6,8 millions de salariés. Et qui dit temps partiel dit des semaines de 10 à 15 heures de boulot (300 000 personnes travaillent moins de 12 heures par semaine), boulots réservés aux jeunes (pour la moitié) et aux femmes. Il y a même eu, pendant une période, des contrats de « travail à l’appel » (sans mention d’aucun horaire), dont les patrons ont évidemment usé et abusé, au point que les contrats ont fini par être « encadrés juridiquement » comme disent les économistes ! Conséquence : le développement fulgurant des agences d’intérim dans toutes les professions.

« Réforme » de la fonction publique

Cela abouti à une baisse des salaires des fonctionnaires (25% entre 1979 et 1996) et à une diminution du nombre absolu des petits salariés de l’Etat. Ils ont été soumis à un contrôle croissant et à une augmentation de leur productivité. Exactement le programme de l’actuel gouvernement Fillon. Par contre, pour les cadres de la fonction publique l’Etat s’est mis à embaucher des gens en intérim, ou avec des contrats temporaires, ce qui coûte bien sûr très cher. Mais cela réduit la dette publique, et c’est tout ce qui compte.

Les conséquences ne se sont pas faites attendre :

– baisse de la qualité des services publics,

– pénurie grave d’enseignants mal payés et subissant des horaires très lourds (- de 5% du PNB est investi dans l’enseignement, pourcentage très faible, même par rapport aux besoins de l’économie capitaliste)

– « dysfonctionnements » dans les chemins de fer, etc.

« Réformes » des assurances-chômage et invalidité

Le système social néerlandais est assez compliqué à décrire, car il mélange des institutions privées, semi-publiques et publiques, avec en plus une division complexe des tâches et des responsabilités entre l’Etat et les municipalités. Grosso modo, on peut dire que l’Etat a « dégraissé le mammouth » de ce qui correspondrait en France au Pôle Emploi. Il a sous-traité une bonne partie de leurs fonctions antérieures soit au privé soit aux municipalités, et obligé les patrons à souscrire des assurances privées pour leurs salariés.

Il existe aujourd’hui près de 600 entreprises qui prennent en charge les chômeurs et servent de bureaux de placement : en fait 10 grosses boîtes traitent 75% des chômeurs, les petites boîtes de placement travaillant surtout avec les municipalités et « gérant » des quantités beaucoup plus faibles de demandeurs d’emploi. Elles touchent 5000 € par chômeur. 2500 € à l’ouverture du dossier, et 2500 € si le chômeur trouve un boulot. Dans de telles conditions, il est évident que la boîte privée qui s’occupe d’un chômeur a tout intérêt à ce que celui-ci retrouve un boulot rapidement, comme cela elle empochera les 5000 € que lui donne l’Etat ou la municipalité.

Alors, bien sûr, on parle aux Pays-Bas, comme en France au PS et à l’UMP, de « formation tout au long de la vie » et autres attrape-nigauds, mais les boîtes privées font surtout ce qu’elles appellent du « coaching » et pas de la formation. En clair, leurs salariés harcèlent le demandeur d’emploi jusqu’à ce qu’il accepte n’importe quel boulot (pour une somme correspondant à 50% du salaire minimum soit environ 600 euros bruts ; 70% pour parent isolé, 100% pour les couples ; le temps de transport aller peut théoriquement atteindre 3 heures, soit la totalité des Pays-Bas !), en le culpabilisant, en exerçant un contrôle très strict sur ses recherches d’emploi et en évitant surtout d’investir dans une vraie formation professionnelle coûteuse qui avalerait les 5000 euros.

L’assurance maladie a été sous-traitée au privé.

Cela a commencé par une diminution progressive des cotisations patronales et une augmentation des cotisations salariales, le rapport s’établissant à 20% pour l’employeur et 80% pour l’employé. Puis on a institué un système d’assurance individuelle et privée. Conséquences : déremboursement de nombreux médicaments ; augmentation du prix des médicaments ; instauration d’une concurrence entre les médecins, les hôpitaux et les assurances privées obligatoires (compter 1 200 €/an ; et si l’on n’est pas assuré on paie des amendes) ; augmentation des frais d’hospitalisation et du coût des interventions chirurgicales ; nécessité d’attendre plusieurs mois dans les hôpitaux y compris pour les analyses, etc. Donc les pauvres (1 million aux Pays-Bas) se soignent moins et attendent d’être gravement malades pour aller à l’hôpital, ce qui coûte, plus cher, à la collectivité. Contrairement aux prévisions gouvernementales les dépenses de santé ont augmenté.

L’Etat a baissé les impôts sur les revenus et sur les sociétés.

Conséquence : les inégalités de revenus sont en hausse depuis 25 ans (les écarts dans ce pays dit égalitaire sont au moins de 1 à 100).

Le montant du salaire minimum a été réduit.

Les « spécialistes » prétendent que, le plus souvent, les salaires effectivement payés sont supérieurs au SMIC en raison des conventions collectives, mais le plus important, pour les travailleurs, est que le nombre d’emplois à bas salaires est monté en flèche.

L’Etat a cherché par tous les moyens – et échoué – à diminuer le nombre de personnes dites « inaptes au travail » (il en existe environ 900000 aujourd’hui et c’était le même chiffre il y a 20 ans) : on impose aux « inaptes au travail » un examen médical chaque année, car la pension étant constante jusqu’à la retraite il faut à tout prix « faire des économies ». L’objectif est de remettre sur le « marché » entre un tiers et la moitié des « inaptes » au travail. Mais cela n’a pas fonctionné !

La durée d’indemnisation du travail des jeunes a tout d’abord été réduite, puis on leur a imposé un job s’ils ne trouvaient pas de travail dans les 6 mois, boulot avec une paie très basse. C’est ce que l’on appelle la philosophie du « Work first » (le travail d’abord) censée remplacer celle de la « Solidarité d’abord ».

Les programmes de formation ont été encouragés. Conséquence : les employeurs n’ont pas de charges à payer pendant un temps pour les personnes qu’ils forment. Cela leur permet de les licencier puis d’en reprendre d’autres pour les « former », et ainsi de suite.

Le droit de licenciement a été considérablement « réformé ». Aucune indemnité n’est versée si le plan social est discuté avec les syndicats, et comme les syndicats sont particulièrement peu combatifs on imagine les conséquences de ces plans « sociaux ». Les partis de droite et du centre veulent en ce moment supprimer tout contrôle administratif préventif sur les licenciements (de toute façon les salariés portaient déjà rarement plainte), plafonner les indemnités de rupture de contrat et même déduire les indemnités de rupture des frais de formation ! ! !

La flexibilité du travail été introduite le dimanche, ce qui a entraîné évidemment l’ouverture des magasins durant le « jour du Seigneur ».

Les CDD bénéficient désormais de la plus grande flexibilité. En théorie 3 CDD successifs doivent aboutir à un CDI, mais en pratique la situation est bien différente, et les patrons, souvent avec l’accord des syndicats de l’entreprise, tournent la loi de toutes sortes de façons.

Les Postes et télécommunications ont été privatisées.

Les bourses d’études pour les étudiants ont été diminuées, ce qui les oblige à accepter des « petits boulots », voire des « mini boulots » (moins de 12 heures par semaine) ou à contracter des prêts (là aussi on voit que Mme Pécresse n’a rien inventé quand elle fait l’apologie des prêts bancaires pour les étudiants).

Le système judiciaire est devenu plus sévère pour les mineurs. Les enfants des migrants sont systématiquement punis plus sévèrement que les enfants des autochtones. Il faut signaler aussi que les peines de prison sont 50% plus élevées pour eux, qu’ils sont moins souvent condamnés à des travaux généraux, que les mineurs fils d’allochtones sont plus souvent soupçonnés de vol, par exemple dans les supermarchés.

Un juge peut décider qu’une grève est illégale. Il faut négocier avant de faire grève.

Face à toutes ces mesures de régression sociale il y a au moins DEUX ASPECTS POSITIFS en dehors des grèves qui ont éclaté depuis vingt ans mais qui malheureusement n’ont jamais pris une ampleur suffisante pour stopper la restructuration de l’Etat providence :

- la baisse de la productivité aux Pays-Bas. Elle découle certes du fait que les patrons investissent peu dans les machines et les installations, mais elle est sans doute aussi le fruit de la résistance des travailleurs, notamment de ceux qui ont été contraints à accepter un emploi sous-payé, précaire, etc.

- le nombre de personnes « inaptes aux travail » reste aux alentours de 900 000, une partie de ces « inaptes » étant des gens qui refusent de se faire exploiter.

Y.C.

Sources d’information

Articles disponibles sur Internet

À part 3 articles provenant du World Socialist Website (trotskyste), le rapport de Human Rights Watch, les contributions de Marie Wierink sur les Pays-Bas dans Chronique internationale de l’IRES (n° 36, 92, 97, 99, 108, 109 et 110), et un article de Dominique Vidal dans Le Monde diplomatique, presque toutes les informations disponibles sur les Pays-Bas, en anglais comme en français, sont noyées dans des textes charabiesques écrits par des spécialistes des sciences sociales dont les travaux serviront, en dernière analyse, à mieux « contrôler les flux migratoires », donc à réprimer les prolétaires « étrangers » venant s’installer ou se réfugier en Europe. En tapant sur un moteur de recherche, le lecteur intéressé les trouvera facilement.

Livres

– Christophe de Voogt, Histoire des Pays-Bas, des origines à nos jours, Fayard, 2005. Une histoire très utile des Pays-Bas – il n’y en a pas d’autre sur le marché ! L’auteur est très modéré politiquement, bien sûr, et ignore la lutte des classes, même si – bien malgré lui – il en décrit les effets.

– Thomas Beaufils et Patrick Duval (ouvrage collectif), Les identités néerlandaises, De l’intégration à la désintégration, Presses universitaires du Septention, 2006. Une compilation de points de vue divergents, et d’intérêt très divers, de Frits Bolkenstein (intellectuel et dirigeant de droite) à Job Cohen (maire de gauche d’Amsterdam) en passant par des spécialistes des littératures d’expression néerlandaise. L’article de C. de Voogt est très utile (du point de vue antinationaliste qui est le nôtre) car il décrit comment le roman national néerlandais a été réécrit plusieurs fois, selon les périodes et les courants politiques, et contredit totalement ce que raconte Bolkenstein dans le même ouvrage.

– Ian Buruma, On a tué Theo van Gogh, Enquête sur la fin de l’Europe des lumières, 2006, 289 p. L’auteur cite beaucoup de propos racistes et xénophobes (notamment au début de chaque chapitre) sans jamais dire ce qu’il en pense, ce qui est insupportable. On a l’impression qu’il est favorable à une politique beaucoup plus répressive contre l’immigration et spécialement contre les « musulmans » et les « allochtones », ce qui ne nous le rend pas sympathique. L’intérêt de ce livre, pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout les Pays-Bas, est qu’on apprend à mieux connaître qui étaient Theo Van Gogh, Pim Fortuyn ainsi que leurs deux assassins. On réalise à quel point les deux démagogues étaient populaires aux Pays-Bas (le culte organisé autour de ces deux crapules depuis leur mort est consternant), mais l’auteur tente de les faire passer surtout pour des provocateurs flamboyants « typiquement néerlandais », en minimisant les aspects ultaréactionnaires de leurs idées, et surtout les conséquences pratiques de leur propagande : le mur de haine qu’ils ont contribué à ériger contre les immigrés et leurs descendants naturalisés néerlandais. À signaler une piste intéressante (et qui ne concerne pas seulement les Pays-Bas) indiquée par Buruma : l’auteur montre rapidement comment les Lumières sont utilisées (manipulées en fait) par certains politiciens ou intellos de droite. Cela nous aide à comprendre pourquoi – par ignorance, par calcul et par esprit de contradiction infantile (le contraire d’une position réactionnaire est, pour ces gens-là, forcément révolutionnaire – toute une partie de la gauche anticolonialiste et de l’extrême gauche multiculturaliste a abandonné la lutte pour le matérialisme, le rationalisme et l’athéisme (cf. en France, les Indigènes de la République, le Collectif Une Ecole pour tous, les tendances de la LCR proches du SWP britannique, etc.). Et aussi pourquoi, de l’autre côté de la barricade, on constate des rapprochements douteux entre des policitiens ou intellectuels de droite et de gauche, par exemple en France chez les « républicains laïques ».

– De Fabel van de illegaal, La Fable de l’illégalité, Immigration et intégration forcée 1998-2008, recueil de textes traduits de l’anglais et publiés par Ni patrie ni frontières, 2008, 380 p.

– Amsterdam au XVIIe siècle, Autrement, 230 p.

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Ce dossier a été publié en Juillet 2011, dans NPNF n° 33/34/35