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Pays-Bas : Les jeunes Antillais pauvres sont la cible du gouvernement

mercredi 31 juillet 2013, par Yves

De Fabel van de illegaal n° 44/45, printemps 2001

Ellen de Waard

Bientôt, les jeunes Antillais pauvres ne pourront émigrer aux Pays-Bas qu’après avoir suivi un programme d’intégration. Rappelons que les Antillais des îles : Bonaire, Curaçao, Saba, Saint-Eustache et du Sud Saint-Martin ont la nationalité néerlandaise et que ces îles deviendront en décembre 2008 des “Etats autonomes” ou des “communes à statut particulier”, dépendant tous du Royaume des Pays-Bas.] Le gouvernement régional antillais n’était pas favorable à cette mesure mais il afini par capitulr devant les menaces du gouvernement central néerlandais de lui couper les vivres. Une menace tout à fait représentative des relations entre la “mère patrie” et sa colonie.

Au cours des trois dernières années près de 25 000 Antillais ont émigré aux Pays-Bas, ce qui représente plus de 10% di total de la population des Antilles néerlandais. La majorité viennent de Curaçao, la plus grande des îles et le coeur du gouvernement régional. Les jeunes de Curaçao, entre 16 et 25 ans, viennent en métropole à la recherche de meilleurs conditions. Ils espèrent trouver un emploi et une formation aux Pays-Bas. Ce ne sont pas seulement les Antillais peu formés ou pas formés du tout qui quittent les îles pour trouver une vie meilleure. Beaucoup de jeunes qui ont suivi leur scolarité sur le continent ou aux Etats-Unis veulent émigrer vers d’autres pays. La situation s’est détériorée consiérablement dans les Antilles néerlandaises. Le taux de chômage est éleve, les salaires et les prestations sociales sont bas, et le coût de la vie est cher.Le FMI prône des coupes économiques en réduisant les salaires et les retraites des professeurs, du personnel des hôpitaux et des autres fonctionnaires. Les institutions gouvernement licencient une bonne partie de leur personnel. Il est très difficile et coûteux de se procurer de l’essence et des médicaments. Et pour couronner le tout, 70% des Antillais vivent sous le seuil de pauvreté. Beaucoup d’adolescents ne terminent pas leurs études secondaires. Le système éducatif est encore fondé sur le néerlandais, langue que ne maîtrisent pas les trois-quarts de la population. À Saint-Martin, par exemple, 500 enfants en âge scolaire ne peuvent aller à l’école faute de moyens. Leurs chances de trouver un travail sont infimes. Beaucoup d’enfants traînet, désoeuvrés, dans les rues.

Des mesures drastiques.

Jusqu’au début des années 1990, les Antillais n’étaient pas vraiment les bienvenus aux Pays-Bas. Ils venaient surtout pour étudier. Habituellement les étudiants faisaient partie de l’élite de la société antillaise et parlaient très bien le néerlandais. Au cours des dernières années, les autorités locales néerlandais ont commencé à se plaindre du fait que c’étaient surtout des jeunes Antillais très pauvres qui émigraient aux Pays-Bas. Selon les autorités, ces émigrés causaient beaucoup de problèmes qui rendaient la situation locale “incontrôlable”. Les médias évoquent souvent le cas de jeunes qui essaient de survivre en se livrant à des activités criminelles. L’administration râle contre les Antillais qui ne sauraient pas parler néerlandais, seraient “incompréhensibles”, et le système bureaucratique n’arrive pas à les attraper dans ses filets. Ils sont souvent accueillis par leur famille, dans leur propre communauté. Ces familles envoient les enfants à l’école, essaient ensuite de leur trouver du travail et un logement indépendant, mais ils ne sont pas recensés localement par les autorités municipales. La raison que, si elles les déclarent, les familles d’accueil rencontrent des problèmes par exemple avec les allocations chômage ou les autres prestations sociales. Comme de nombreux Antillais récemment arrrivés n’ont pas d’adresse officielle sur le continent, ils ne peuvent recevoir d’allocations chômage ou d’aides sociales en leur propre nom. Leur niveau éducatif faible et leur manque d’expérience professionnelle sont des facteurs qui peuvent causer de graves problèmes. Les familles s’endettentde plus en plus et les jeunes essaient de trouver de l’argent en se mettant à vendre de la drogue. Les mères célibataires parfois sont obligées de se prostituer. Face à cette situation, les autorités locales appellent à l’adoption de mesures radicales. Elles ont suggéré de faire payer des amendes aux Antillais qui ne sont pas recensés dans les mairies. Certains fonctionnaires souhaitent même privé les Antillais de leurs droits à la Sécurité sociale et à l’éducation. D’autres considèrent que les jeunes Antillais devraient être enfermés dans des internats, à titre de mesure préventive. Certains veulent appliquer la loi sur la communication des données aux jeunes Antillais, ou alors imposer un système de visa entre les Antilles néerlandaises et le continent. “Les Pays-Bas ne sont pas un pays de cocagne”, déclare le secrétaire d’Etat aux relations extérieures du royaume, De Vries. Chaque année, les autorités antillaises sont accusées d’exporter les jeunes délinquants ou à problèmes vers la métropole. Certains ont élaboré des mesures grotesques, comme des programmes de formation dans les prisons, ou d’enrôler de force les jeunes Antillais dans la marine pour les discipliner et les éloigner de la rue. Van Boxtel, le ministre de la politique urbaine et de l’intégration, s’est rendu aux Antilles en décembre 2000. Le Parlement néerlandais l’avait envoyé là-bas en mission pour qu’il restreigne l’émigration des Antilles vers les Pays-Bas. Le gouvernement antillais ne voulaitpas/ n’a pas voulu coopérer avec un plan qui restreindrait les droits de voyager au sein du royaume. Après tout, les Antillais ont la nationalité néerlandaise. Ces autorités ont dénoncé l’attitude coloniale du gouvernement central néerlandais. Quand ce dernier a menacé de lui couper les vivres, le gouvernement antillais a rapidement obéi. Selon l’accord qui a été finalement conclu, les jeunes Antillais âgés de moins de 26 ans, qui ont un niveau d’éducation bas (inférieur, grosso modo, à l’équivalent du brevet ou du bac français, NPNF), doivent suivre un programme d’intégration pour bénéficier droit d’émigrer aux Pays-Bas. Le gouvernement antillais préfère qualifier ces programmes d’“éducatifs”. Ce cours d’intégration durera 10 semaines et contiendra des cours de langue et d’informatique, d’éducation civique pour comprendre le fonctionnement de la bureaucratie néerlandaise, mais aussi des conseils sur le fonctionnement des transports en commun et les habits nécessaires en fonction des différentes saisons. Ces cours devraient commencer à partir du 1er avril 2001. Les jeunes Antillais qui n’auront pas suivi ce cours seront obligés de payer une amende. Les deux gouvernement ) antillais et néerlandais ne sont pas tombés d’accord sur la possibilité de leur interdire d’émigrer sur le continent. Mais, depuis longtemps, toutes sortes de mesures ont été prises pour dissuader les Antillais de venir aux Pays-Bas, par exemple en diminuant la délivrance des passeports aux mineurs. D’un autre côté, en juin 2000, le Parlement antillais a dû accepter que considérablement facilité l’accès aux Antilles des citoyens hollandais qui veulent s’y installer.

Propagande

Les Antilles sont des colonies néerlandaises depuis 1634. Les Antillais font partie du royaume des Pays-Bas depuis cette date. Jusqu’au début du Xxe siècle les Antillais travaillaient dans le cadre d’une économie fondée sur l’agriculture. Les propriétaires terriens étaient surtout des Hollandais et les ouvriers agricoles souvent les descendants des esclaves amenés aux Antilles. L’esclavage fut aboli aux Pays-Bas en 1863, mais de nombreux anciens esclaves restèrent dans les îles pour travailler dans les champs, faute d’une solution meilleure. L’installation de la Shell dans les îles a créé un grand changement. En 1915, la Bataafsche Petroleum Maatschappij, qui devint ensuite la Shell, s’installa à Curaçao et acheta une plantation (Asiento) avec la péninsule voisine. On y stockait du pétrole brut et on construisit une grande usine pour raffiner le pétrole. En 1924, la Shell avait tellement grandi que Shell devint un des plus gros employeurs locaux. Cette migration provoqua une croissance de la population et du pouvoir d’achat des ouvriers. Les salaires du personnel de la Shell étaient plus élevés que ceux des autres entreprises de la région. En même temps, la Shall maintenant une relation hiérarchique très stricte entre les Blancs et les Noirs, et entre la « mère patrie » et les colonies. Sur les ferries qu’utilisait Shell pour transporter son personnel, les Blancs et les Noirs étaient séparés. Les bus spéciaux de la Shell ne transportaient pas les Noirs. Ceux-ci n’avaient pas le droit de se promener librement dans les quartiers blancs. La Shell essaya, par tous les moyens, de transformer les ouvriers agricoles et les anciens agricoles en des ouvriers industriels disciplinés. Pour accomplir cette tâche, les travailleurs n’avaient pas besoin d’acquérir de nouvelles qualifications. La Shell pensait qu’il fallait aussi changer les attitudes de ses salariés, en ce qui concerne leur vie privée. C’est seulement quand leur reproduction (leur vie domestiqueà était bien organisée, que la Shell pouvait utilisée au mieux ses ouvriers. Le mari devait entretenir sa famille et la femme s’occuper des enfants, du foyer et des besoins sexuels de son mari. Cette famille nucléaire idéale devait améliorer la discipline, le respect et la prospérité. Shell défendait l’insitution du mariage et l’obéissance des enfants à leurs parents, et elle récompensait ses vertus en construisant des logements pour le personnel, des centres de santé, en distribuant des bourses d’études et en créant un système de retraites.

Le paradis du profit

L’histoire de Curaçao est celle d’un capitalisme sans limites. Même encore au XXe siècle les îles antillaises sont restées un paradi du profit pour les entreprises privées et le gouvernement néerlandais. La Shell constituait un Etat dans l’Etat, elle avait fait main basse sur les terres, la distribution d’eau et avait crée ses propres installations. Les îles dépendaient beaucoup des services de la Shell et de l’emploi qu’elle asurait. Les automobilistes avaient besoin de l’essence de Shell, les ménagères avaient besopin de gaz de Shell pour cuisiner leurs aliments. En fait la Shell a assuré la direction de Curaco pendant des décennies. Le gouverneur était le « caniche du président de la société », confessa le ministre des Affaires coloniales dans les années 1930 quand on lui demanda d’expliquer pourquoi le gouvernement acceptait les exigences de la Shell. La Shall se moquait des conséquences sociales, écologiques et écolonomiques de ses activités sur la population antillaise. La rafinerie provoquera une baisse considérable des eaux de source, parce qu’elle consommait beaucoup d’eau. Ce qui finit par tuer l’industrie agroicole. La pollution de l’aire provoquée par Shell créa aussi un grave problème : la suie dans l’air provoque de nombreux problèmes de santé chez les Antillais qui vivaient à proximité de la rafinerie, sous la fumée. Mais la Shell peut poursuivre ses activités sans la moindre contrainte. Les bateaux sous pavillon néerlandais et d’autres colonies n’étaient pas obligés de payer des impôts pour balancer leurs marchandises dans les îles. Les entreprises étaient exonérées d’impôts pendant les dix premières années d’installation. Quant à la Shell, elle ne payait aucun impôt parce qu’elle dissimulait ses profits, comme des secrets d’Etat. Les riches néerlandais payaient un impôt très faible sur leurs capitaux. La compagnie d’aviation KLM obtint le monopole du trafic sur les Antilles, alors que les compagnies antillaises n’avaient pas le droit d’atterrir à Schiphol.

Une économie qui repose sur des sables mouvants

Quand la Shell commença à automatiser sa production, le nombre de personnes travaillant dans l’industrie pétrolière diminua de 75% dans un court espace de temps. Cela provoqua de nombreux conflits du travail, qui à leur tour provoquèrent une véritable révolte le 30 mai 1969. La population était forcement opposée à la domination coloniale. Les Antillais critiquaient particulièement la discrimination dont était victime la population noire. Le gouvernement néerlandais décide d’envoyer ses marines pour écraser la révolte. Certains des dirgeants de la rébellion se virent offrir des postes dans l’administration locale. D’autres Antillais noirs eurent des emplois dans la fonction publique. Certains d’entre eux finirent par devenir complètement corrompus et la population pauvre fut laissée à l’abandon. Mais une conscience noire vit le jour, qui donna lieu à une meilleure appréciation de l’art, de la langue et de la culture de la population non blanche. L’étendue du chômage reflétait la grande dépendance de l’économie antillaise vis-à-vis de la Shell. Selon des statistiques officielles, une grande partie des autres entreprises néerlandaises avaient leur siège social aux - Antilles. Mais il ne s’agissait que de sociétés sur le papier, ce que l’on appelle des partenariats par boîte aux lettres/ des domiciliations commerciales. Cette situation leur permettait de bénéficier d’avantages fiscaux, mais elles ne produisaient rien et ne créaient aucun emploi. Les profits de ces entreprises ne revenaient pas aux Antillais. Les entreprises qui créaient des usines étaient exemptées d’impôts pendant 10 ans. Par exemple, Texas Instruments profita de ces avantages pendant 10 ans puis s’en alla dans un autre paradis fiscal. Cette entreprise ne permettait aucune activité syndicale dans ses usines. Sous le prétexte d’aider au développement des îles, le gouvernement néerlandais a promus le tourisme aux Antilles. En pratique, cela a entraîné surtout un accroissement de l’aide aux entreprises néerlandais. Les hôtels ont été construits par des sociétés néerlandaises et exploités généralement par des sociétés américaines. Les injections de capitaux pour le tourisme ont créé peu d’emplois, et en plus les Antillais n’avaient pas accès aux boulots les mieux payés. L’industrie touristique attira beaucoup de sociétés d’investissement et d’entreprises fictives dans les îles. Mais elles n’investirent pas dans l’agriculture, ce qui aurait profité à la population locale. Les îles dépendaient donc de l’importation de la nourriture importée, ce qui en renchérissaiyt le coût.

Elimination de la démocratie

Le gouvernement néerlandais ne défend ue les intérêts des entreprises néerlandaises et ne veut pas affronter les conséquences de ce choix unilatéral : la croissance de la pauvreté chez les jeunes. Il ne s’intéresse qu’aux profits, pas aux dégâts que sa politique provoque. Certains Antillais en ont assez de dépendre des Pays-Bas. Les habitants d’Aruba ont choisi de se séparer du royaume. On trouve aussi beaucoup de partisans de cette forme d’indépendance à Saint-Martin. Mais les Etats-Unis, le Venezuela et la France s’opposent à une indépendance complète, pour des raisons économiques et militaires. Les entreprises néerlandaises ne veulent pas que disparaisse ce paradis fiscal et elles craignent que des Antilles indépendantes, bénéficiant de leur propre Etat et pouvant prendre des décisions souveraines, restreindraient la circulation des marchandises, des services et des capitaux. La misère augmentera probablement dans les îles. Caprilles, PDG de la plus grosse banque des Antilles, a réemment proposé d’abolir la démocratie pendant deux ans. Le gouverneur aurait les pleins pouvoirs, et les services publics seraient privatisés. On supprimerait la liberté d’expression et limiterait le droit de grève. Les patrons sont bien sûr favorables à cette proposition. Beaucoup d’Antillais approuvaient Caprilles parce qu’il a accusé le gouvernement antillais de corruption et d’être le responsable des troubles. « Le gouvernement antillais ne peut agir librement en ce moment : ses actions sont dictées par le FMI et les Pays-Bas », a très sérieusement déclaré Caprilles.