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Dans le monde, une classe en lutte mars 2013

vendredi 28 juin 2013, par Echanges et mouvement

C’est délibérément que nous avons délaissé dans ce bulletin les informations sur les luttes concernant la France et l’Europe qui sont mieux connues ( nous y reviendrons dans d’autres bulletins) pour insister plus sur les luttes moins connues dans le monde entier, non parce que nous les privilégions, mais parce qu’elles sont , en général, occultées et en quelque sorte minimisées

EGYPTE

Lorsque l’on parle de l’Egypte, il ne faut pas perdre de vue que l’armée est la colonne vertébrale du pays – soutenue et entretenue financièrement par les USA, puissance militaire mais contrôlant aussi près de 50 % de l’activité économique, exploitant dans les entreprises qu’elle contrôle des conscrits quasi gratuitement et sous la férule de la loi militaire. Les dirigeants, aussi bien passés que présents, sont pratiquement tous issus de ce milieu militaire qui, pour ne pas se trouver devant des réactions contestant cette puissance économique, adopte en général un profil bas, évitant de se mettre en avant tant dans les appareils politiques que dans la répression politique et sociale, sauf à se poser en arbitre des conflits.
On pourrait penser que les grèves récurrentes sont catastrophiques pour le pays, ce qui nécessiterait des solutions drastiques pour les maîtriser. Mais si le secteur privé et les quelques entreprises nationales en subissent le poids, cette incidence est finalement assez réduite car, outre ce secteur militaire dominant qui n’est pas touché, l’économie souterraine incontrôlée, les principales sources de revenus – sauf le tourisme – pétrole et gaz, trafic du canal de Suez et transferts financiers des émigrés n’ont nullement diminué.
Politiquement, trois camps cherchent à conquérir sinon à partager le pouvoir : l’armée et les anciens soutiens de Moubarak (lui-même issu de l’armée), les éléments activistes divers issus du printemps arabe, et les Frères musulmans. Ces derniers, qui ont accédé au pouvoir à travers un habillage démocratique, préservant le pouvoir de l’armée, se sont déconsidérés, comme en Tunisie, faute de résoudre la crise économique et sociale, de contrôler les exactions des extrémistes musulmans et d’évincer les cadres de l’ancien régime dans l’administration et les entreprises. Il est difficile, dans le chaos économique, les grèves et les manifestations qui se répètent, de discerner le rôle de tous ces éléments, par exemple de ce récent noyau des plus radicaux « Black Blocs », qui ont inquiété suffisamment le pouvoir pour qu’il en fasse les cibles d’une répression particulièrement sévère..
Alors que les grèves se poursuivent un peu partout, d’autres milieux sont touchés : le 5 mars en Haute Egypte des centaines de paysans bloquent le réseau routier à cause des carences dans l’approvisionnement en Diesel. Le même jour, dans la banlieue du Caire, des centaines de manifestants incendient la résidence de l’ex-ministre de l’intérieur.
C’est pour tenter d’endiguer tous ces « troubles » que cette répression a sévi récemment à propos d’événements datant de plus d’une année dans la zone du Port Saïd, ce qui a déclenché des émeutes dans la zone du canal et jusqu’au Caire.
Tout remonte au 1er février 2012 lors d’un match de foot à Port Saïd entre un club du Caire, Al Ahly, et le club local, Al Masry. Ce dernier possède une équipe de fans particulièrement actifs et engagés, « les ultras », qui auraient été impliqués dans les manifestations de la Place Tahrir au Caire, d’où un soupçon de représailles concernant ce qui va suivre. Le match tourne à des affrontements violents entre les supporters des deux clubs et à une panique des assistants, affrontements qui occasionnent 79 morts et plus de 100 blessés. Il apparaît rapidement qu’il y a eu manipulation avec un rôle très ambigu de la police locale (pas de contrôle des billets, pas de fouilles, issues de secours fermées, retrait des flics lorsque les affrontements commencent) ; par contre, une cinquantaine d’arrestations, pour l’essentiel de membres du club local Al Masry, ont lieu.
Durant toute l’année 2012, l’agitation continue à Port Saïd, dans l’incertitude du sort réservé aux prisonniers. Le 26 janvier 2013, 21 des supporters de l’équipe locale sont condamnés à mort. Aussitôt, c’est l’émeute : une manifestation devant la prison où sont détenus les condamnés et où des tirs sont échangés laisse 2 flics et 26 manifestants tués ; il est difficile d’en donner la dimension réelle tant les témoignages sont confus et souvent contradictoires. Depuis quelque temps, à l’instar de ce qui se passe dans d’autres villes du delta du Nil, un mouvement de militants d’opposition, dont on connaît mal la dimension, tente de mettre en quelque sorte les villes en autogestion autour d’une campagne de désobéissance civile. Ce mouvement semble se juxtaposer avec les résistances et les affrontements qui se déroulent à Port Saïd. Toujours est-il que les échauffourées se poursuivent avec la police pendant plusieurs jours, laissant 6 tués et des centaines de blessés. L’armée se serait interposée entre les manifestants et les flics tirant sur ces derniers. Après une course poursuite après des flics ayant commis quelque exaction, le commissariat central dans lequel ils se sont réfugiés est incendié et est protégé par l’armée.
Les entreprises de la zone du canal sont en grève depuis deux semaines, de même que le port. Mais malgré des tentatives de bloquer le trafic sur le canal de Suez, celui-ci n’a jamais été interrompu car les installations, distinctes du port, sont strictement gardées par l’armée.
D’après les informations concernant l’ensemble de ces mouvements, il est difficile de tirer une conclusion quelconque entre le slogan « L’armée et le peuple sont une seule main », l’existence d’une « police populaire », et l’existence d’une « Commune de Paris égyptienne ».
Le 8 mars, le gouvernement ordonne le retrait de la police, confiant à la seule armée le « maintien de l’ordre ». Dans le même temps, plusieurs milliers de policiers sont en grève dans 10 des 29 provinces du pays, à la fois pour protester de l’ampleur des tâches qu’on leur confie mais aussi pour se voir attribuer plus de matériel pour faire face à ces tâches.
Le 9 mars, un tribunal du Caire (où se tient l’appel du premier procès délocalisé pour éviter des troubles) confirme les 21 condamnations à mort, prononce 28 acquittements et condamne 19 autres à de la prison. À Port Saïd, c’est de nouveau la révolte avec le blocage des ferries et des tentatives avortées de bloquer le canal de Suez ; mais les supporters de l’équipe du Caire n’acceptent pas non plus le verdict et tentent d’incendier un commissariat et le siège de la Fédération égyptienne de football.
L’intervention de l’armée et l’éloignement de la police semblent avoir provisoirement ramené le calme dans la région de Port Saïd. Même le mouvement de désobéissance civile aurait perdu toute perspective et serait réduit à un activisme de jeunes militants. Le retrait de la police et le rôle confié à l’armée ont aussi des répercussions au niveau national, dans le bras de fer avec les Frères musulmans, et certains évoquent la possibilité d’un coup d’Etat militaire. D’un autre côté, le procureur général du Caire incite les citoyens à former des milices privées politiques pouvant arrêter toute personne soupçonnée d’un délit ; des « comités populaires » islamistes ont déjà été constitués dans certaines régions d’Egypte pour veiller à la sécurité de la propriété privée.

L’explosion des dernières luttes

- 10/3/2013—Mahalla—grèves et manifestations contre le pouvoir aux mains des Frères Musulmans:1 300 usines sont en grèves. D’autres grèves dans le pays contre la pénurie de carburant ( chauffeurs de bus, taxis…)
- 22 mars 2013- des manifestations ont été appelées par une vingtaine de partis d’opposition devant les quartiers généraux des Frères Musulmans pour dénoncer la violence dont ces derniers ont fait preuve samedi dernier contre des journalistes devant leur siège et des auteurs de graffiti sur les murs de leur quartier général au Caire.
Le siège des Frères Musulmans à Alexandrie a été complètement saccagé par les manifestants. Les meubles, ordinateurs, ont été jetés dans la rue. Des rumeurs disent aussi que le bureau des Frères également à Alexandrie dans la quartier d’Asafra a été brûlé pendant que les affrontements continuent ce vendredi soir à Sidi Gaber, juste en dehors de la zone militaire nord d’Alexandrie et dans la rue Feld Maréchal Ismail ainsi que dans les rues avoisinantes. À Mahalla le siège du parti Justice et liberté (parti des Frères Musulmans) a été brûlé pendant que des affrontements opposent manifestants et Frères Musulmans qui tentent de protéger leur siège à Tanta. Les quartiers généraux des Frères Musulmans auraient été brûlés dans 5 villes pendant que des affrontements ont lieu dans de nombreuses villes.À Zagazig, la maison de Morsi a été encerclé par le mouvement du 6 avril qui appelle les habitants à venir les rejoindre et empêcher la famille de Morsi de rentrer chez elle. Le trafic des trains entre le Caire et la Haute Égypte a été bloqué par des barrages sur la voie à hauteur de Giza, Al Ayat et Al Badrasheen.Au Caire plusieurs marches ont été organisées de différents endroits de la ville, place Nafoura (où ont eu lieu des affrontements), et place Sayeda Aisha par exemple, pour se rejoindre dans la banlieue de Moqattam où est situé le quartier général des Frères. Beaucoup de femmes dans les manifestants. Les manifestants ont brûlé sur leur route le bureau des Frères à El-Manial avant de se rendre à Moqattam, 6 km plus loin. Les Frères Musulmans avaient mobilisé les Frères de tout le pays pour protéger leur quartier général. Quand les manifestants sont arrivés à Moqattam, les jeunesses des Frères Musulmans ont commencé à les attaquer violemment puis se sont réfugiés derrière les 3000 policiers qui protègent le quartier général des Frères Musulmans en scandant “État islamiste”, “Sharia contre l’État séculier” ou “Police et islamistes, front commun” pendant que les manifestants crient “Les Frères ne sont pas des musulmans”. Et toujours “Le peuple veut la chute du régime” ou “À mort Mohamed Badie” (le chef de la confrérie).. Des Frères Musulmans qui ont été capturés par les manifestants sont lynchés, battus violemment par les manifestants, torturés même disent certains, et leurs corps ensanglantés abandonnés sur la chaussée. Des Frères Musulmans ont enfoncé les portes de la mosquée de Moqattam pour s’y réfugier
-21 mars, à Port-Saïd des milliers de manifestants ont accompagné pour ses funérailles Salah Abdel Azim assassiné par la police. Les gens chantaient “Le peuple veut la chute du gouvernement” et “Aussi longtemps que le sang égyptien vaudra aussi peu, nous ferons tomber les gouvernements”.À Suez, mercredi 20 mars, la troisième armée de campagne a procédé à l’évacuation de 120 familles qui occupaient illégalement des logements, pendant qu’un groupe de protestataires se rassemblait pour dénoncer la répression d’une manifestation de sans emplois par l’armée la veille mardi. Mercredi toujours, les employés du Sénat au Caire ont manifesté pour dénoncer les appointements supérieurs de 90 membres qui ont des places plus importantes parce qu’ils font partie des Frères Musulmans et leur attitude persécutrice à leur égard.Les résidents de Salloum dans le gouvernorat de Matrouh ont bloqué la route dans la semaine reliant l’Égypte et la Libye pour protester contre les règles imposées par les nouveaux visas de Tripoli.
.- Lundi 18 mars aussi a eu lieu une manifestation à Alexandrie en solidarité avec le militant Hassan Mustafa, qui a été condamné à 2 ans de prison sans raison.La contestation se déplace sur le terrain social. lDes milliers de travailleurs de la Société Idéal ont protesté contre le Conseil d’État lundi 18 mars demandant l’annulation de la décision de privatisation de l’entreprise. Idéal était une société d’État jusqu’à sa privatisation en 1997. Les nouveaux propriétaires de l’entreprise ont donné aux travailleurs le choix de continuer à travailler pour eux ou de quitter l’entreprise avec une indemnité de deux mois de salaire pour chaque année travaillée. Mais les travailleurs privatisés ont un salaire mensuel de 900 pouvant être licenciés à tout moment alors que les employés de la société d’État recevaient 1200 .
-Dimanche 17 mars, la violence dans différents gouvernorats a été causée par les conditions que le FMI a mis à l’Égypte pour lui donner son aide. Le gouvernement a accentué ses restrictions du gasoil subventionné, ce qui a eu comme conséquence la hausse de son prix au marché noir et rendu la vie des gens de plus en plus difficile. Il y a eu plusieurs dizaines de blessés et 1 tué dans des affrontements à Beni Suef, Qalyubiya et Assiut. Plusieurs automobilistes ont coupé la route entre Beni Suef et Gharbiya. À Qalyubiya, les affrontements ont eu lieu les armes à la main. À Kafr el Sheikh, les manifestants ont bloqué la mairie avec des chaînes. Les paysans à Beheira se disant incapables de payer le gasoil ont attaqué une station pour se servir. Pareil à Daqahliya. La route a été coupée à Hurghada. Des bagarres ont également eu lieu entre automobilistes provoquant la mort de l’un d’entre eux à Giza.Parmi les mesures récemment évoquées pour satisfaire le FMI, il y a le fait de relever de 9000 à 12’000 le plafond de l’exonération d’impôts sur le revenu, l’augmentation des tarifs douaniers sur les produits de luxe ainsi que les taxes sur les alcools, les cigarettes, l’acier et le ciment qui avaient provoqué un soulèvement en décembre et d’autres mesures encore. Outre ces mesures, le gouvernement entend augmenter les prix du carburant, de l’essence et du gasoil, ce qui entraînerait une hausse des prix de 50 % d’après les experts.. Déjà 20 % des Égyptiens vivent avec à peine plus d’un dollar par jour .Mais surtout ce qui inquiète toute l’Égypte ce sont les restrictions ou la hausse annoncée du prix du pain, par l’abandon d’une partie des subventions d’État. Or le pain subventionné est la base de l’alimentation égyptienne. Ce qui rendra la situation hautement explosive dans toute l’Égypte. Tout le monde ayant le souvenir des émeutes du pain en 1977 et 2008. Une première expérimentation devrait avoir lieu dans deux mois à Port-Saïd .Déjà des centaines de boulangers subventionnés ont saccagé pour la deuxième fois ce mardi 19 mars le ministère de l’alimentation pour protester contre les restrictions de gasoil qui font monter les prix en criant “À bas Morsi, à bas Bassem Ouda” (le ministre).

LA LUTTE SUR TOUS LES FRONTS

Au-delà de l’émeute, la guerre civile
Dans nombre de pays, il est difficile de tracer la limite entre ce qui est la récurrence des manifestations et des affrontements avec la répression et une lutte ouverte constante entre le pouvoir en place et une opposition, dont il est parfois tout autant difficile de comprendre la composition de classe, les revendications politiques, et les liens avec les grandes puissances.

OCCUPATION D’ESPACES PUBLICS OU PRIVES, BLOCAGE DE BÂTIMENTS, DE VOIES ROUTIERES OU FERROVIERES

*Azerbaïdjan – 23/02/2013 – Ismayilli, principale ville du pays, est le théâtre de violentes manifestations. Initialement, un incident provoqué par l’impunité à laquelle croient les dirigeants (soutenus par les USA et Israël) : le fils du ministre du Travail (dont le gouverneur de la ville est le frère) frappe en pleine rue un chauffeur de taxi pour un banal accident. La haine contre la corruption, le népotisme, et le climat de peur sont tels qu’entre 2 000 et 4 000 habitants de la ville manifestent et se heurtent aux flics. Le climat de tension dû au chômage, à la pauvreté, contrastant avec un enrichissement éhonté du pouvoir est tel que cette révolte s’étend aux autres villes du pays et se prolonge jusqu’au 25 : couvre-feu, déploiement de troupes, censure d’Internet. Entre 20 et 100 arrestations.

*Bangladesh – Récurrence des grèves dans l’industrie textile avec pratiquement toujours le même schéma. Contre le non paiement des salaires, à cause de la fermeture de l’usine ou pour une augmentation, les travailleurs sortent de l’usine, bloquent les voies routières proches, sont attaqués par la police ou par les unités spécialisées dans la répression, ripostent par des attaques sur les bâtiments, incendient, pillent, sont souvent rejoints par les ouvriers des usines voisines. Le 7/2, 450 ouvriers d’une usine textile à Ashulia près de Dhaka manifestent pour les salaires et bloquent les routes : 20 blessés. Le 12/2, une usine ferme dans le même secteur, salaires impayés, même manifestation : 15 blessés.

*Inde – 31/12/2103 – Des centaines de travailleurs de l’équipementier Sankrg Piston and Rings, à Srikakulan dans l’état d’Andhra Pradesh, manifestent pour les salaires : 200 arrestations. Des mouvements se poursuivent en janvier.

*Cambodge – 5/01/2013 – Depuis le 24/12, 2 000 travailleurs d’une usine textile qui vient de fermer manifestent et bloquent nuit et jour les sorties de l’usine pour empêcher le déménagement des machines et des matériaux et pour avoir paiement des salaries arriérés pour un total de 160000 euros.

*Bulgarie – Février 2013 – Les premières manifestations furent contre la hausse du prix de l’électricité et du gaz (autrefois nationalisés mais privatisés récemment). Pris entre les restructurations, la dimension de la corruption et la crise, les travailleurs subissent de plein fouet la chute de leur niveau de vie : bien que le salaire mensuel soit de 250 euros en moyenne, un tiers de la population vit avec moins de 210 euros ; la retraite moyenne est de 80 euros par mois ; officiellement, le chômage serait de 12,4 % ; en fait il s’agirait du double, et un Bulgare sur 5 vivrait avec moins de 100 euros mensuels.
La répétition des manifestations dans plus de 30 villes du pays (attaques de bâtiments publics, 30 blessés) a conduit à la démission du gouvernement. Mais cela n’a rien calmé du ressentiment et les manifestations se sont poursuivies, exigeant cette fois la démission du président et de tous les politiciens. Par dizaines de milliers, les manifestants se sont retrouvés devant la Banque centrale aux cris de « On a faim ». D’autres ont attaqué le siège de la société d’électricité. Ailleurs, on a brûlé un policier en effigie. 40 000 manifestants bloquent la ville de Varna. D’autres ont installé des tentes devant le Parlement. Plusieurs se sont immolés par le feu. Devant l’ampleur et la répétition des protestations de toutes sortes, un contre-feu est tenté, la convocation le 9 mars d’une conférence nationale de protestation semble plus une manœuvre du pouvoir qu’autre chose.

*Chine – Depuis janvier 2013, c’est toujours le même schéma qui se développe avec d’une part, la crise (ralentissement de la croissance), d’autre part les luttes elles-mêmes qui contraignent à des augmentations de salaires, prétextes à des délocalisations. Pour les augmentations de salaires, plus simplement de salaires arriérés, ou fermeture d’entreprise, les travailleurs sortent de l’usine, manifestent, bloquent les routes ou tentent d’aller devant des bâtiments officiels. Attaqués par la police, ils se défendent et les bagarres peuvent s’étendre et/ou durer de plusieurs heures à plusieurs jours ; le 10 janvier, à l’usine Foxconn de Fengcheng, dans le Jiangxi (8 000 travailleurs), 1 000 travailleurs bloquent les rues dont ils sont chassés par les flics.
- Le13/1 à Dongguan dans le Guangdong, dans une filiale de Foxconn, 1 000 ouvriers de l’équipe de nuit se voient donner à la cantine de la nourriture avariée, se révoltent et cassent tout.
- Le 17/01/2013, à l’usine Sanyo Electric Plant de Shenzhen, 4 000 travailleurs protestent contre une fusion qui signifie licenciement sans compensation. Dans les rues, ils se battent avec la police : des blessés, des arrestations.
- Le même jour, 1 000 travailleurs sur les 80 000 de l’usine de Foxconn à Yantai dans le Shandong, sont en grève pour l’égalité des salaires pour un même poste, au lieu des différences suivant la date d’entrée.
- En janvier 2013, 1 000 travailleurs manifestent à Dongguan dans le Guangdong ; l’usine du groupe Creative Master (sous-traitant de l’automobile) est fermée sans préavis et sans paiement des salaires. Une occupation des rues contraint les autorités à payer deux mois de salaires et à poursuivre les employeurs.
- D’autres grèves dans le Jiangsu (machines à laver) et le Fujian (chantiers navals).
- 10/03/2012 – Suite à la cession à bail de cinquante ans, et pour une bouchée de pain, par les autorités du village de Shangpu (3 000 habitants), de 33 hectares de rizières jouxtant le village à un industriel projetant d’y construire une usine de câbles électriques, les paysans manifestent pour faire annuler cette cession conclue sans leur accord. Une nuit, plusieurs centaines d’hommes de main débarquent dans le village pour contraindre les habitants à accepter par la violence l’accord en question. Dans les affrontements qui s’ensuivent, plus de 20 voitures sont incendiées et l’émeute se prolonge plusieurs jours ; la police intervient : 12 blessés, 5 arrestations.

*Belgique
– 21/02/2013 – 30 000 manifestants à Bruxelles contre l’austérité. Dans d’autres villes du pays également.

*Colombie – 26/02/2013 – La mine de charbon de Cerrejon, une des plus grandes du monde, est totalement intégrée verticalement depuis l’extraction du charbon jusqu’à son embarquement, depuis les mineurs jusqu’aux dockers. Les 5 000 travailleurs sont toujours en grève début mars pour les conditions de travail et les salaires, soutenus pas toute la communauté. Quelques échauffourées ont lieu, marquées par l’incendie de camions de jaunes transportant le charbon. La grève se termine le 7 mars avec un contrat de trois ans avec une augmentation de salaire de 5%(ce qui était pratiquement proposé avant le conflit) et une prime de6 000 euros. Mais rien n’est résolu quant à 21 ures revendications concernant la santé, le temps de travail et les dégâts à l’environnement et aux paysans locaux.

*Algérie – 2/012013 – Émeute de chômeurs qui bloquent le réseau routier. Arrestations massives.

Espagne – 21/02/2013 – Un magistrat, porte-parole de l’association Juges pour la démocratie, a déclaré : « Les institutions ont atteint un niveau de dégradation intenable », faisant allusion aux innombrables révélations sur la corruption et l’enrichissement de toutes les « élites » économiques et politiques. En regard, un seul chiffre parmi d’autres aussi sombres : entre 2007 et 2012, les juges ont prononcé 416 875 ordonnances d’expulsion pour non paiement des loyers ou des anuités de prêts, mais seules 216 000 ont pu être exécutées.

Bangladesh – Février 2013. Lors de la décolonisation de l’Empire des Indes, deux entités politiques furent constituées, l’Inde et le Pakistan. Ce dernier Etat était constitué de deux parties, séparées par les milliers de kilomètres de l’Inde, le Pakistan occidental à dominante musulmane et le Pakistan oriental à forte minorité bouddhiste. En 1976, le Pakistan oriental attaque militairement le Pakistan oriental qui amorce une sécession menée par la ligue Awami : les hindouistes en sont les victimes : 10 millions d’entre eux doivent se réfugier en Inde. La guerre aurait fait entre 300 000 et 3 millions de morts.
Soutenu militairement par l’Inde, le Bangladesh accède finalement à l’indépendance mais pour se trouver aux prises à des troubles constants dans une alternance politique entre la ligue Awami et un parti musulman, le BNP, troubles marqués par des émeutes qui masquent quelque peu les fréquents mouvements de grève des exploités du textile. La ligue Awami actuellement au pouvoir vient de faire condamner à mort un dirigeant du BNP, Jamaat-e-Islami, pour des massacres perpétrés en 1971, et elle a entamé des poursuites contre 98000 activistes musulmans dans tout le pays. Des émeutes (incendies, pillages…) ont éclaté lors de deux journées nationales de protestation : 62 morts.

*Slovénie—16/3/2013—Des milliers de manifestants à Ljubliana la capitale pour de nouvelles élections et l’éviction des politiciens corrompus. Le déclin économique ( moins 2,1% en 2012) frappe particulièrement ce pays présenté comme prospère en raison de la crise profonde des pays Balkaniques et de la Grèce

*Irak—8/3/2013—des centaines de chômeurs envahissent les installations pétrolières West Qurna mettent à sac les bureaux et brisent les caméras de surveillance. L’armée est appelée à la rescousse. Le 19 février, des centaines d’ouvriers du pétrole avaient pour les salaires, le logement et un travail permanent avec le slogan : » Le pétrole du peuple est pour le peuple pas pour les voleurs »

La grève et rien d’autre

*Espagne – La compagnie aérienne Iberia, fusionnée avec British Airways, restructure (voir précédent bulletin).
Contre le licenciement de 3 800 travailleurs (20 % de l’effectif), une grève de six jours projetée en décembre 2012 avait été reportée sur intervention du gouvernement ordonnant l’ouverture de pourparlers. Un arbitrage en cours interdit aux pilotes de faire grève, sous menace de sanctions. Lesdits pourparlers ayant échoué, le 20 février voit la première d’une série de grèves d’une journée programmée par les syndicats. Une manifestation de 4 000 personnes qui tentent de bloquer l’aéroport de Madrid est attaquée par les flics. Des arrestations. Les licenciements suite à des restructurations touchent les travailleurs de toutes les compagnies aériennes, notamment européennes (6 000 à Scandinavian Airlines, 15 000 à Lufthansa, 5 000 à Airfrance-KLM).

Thaïlande – 23/02/2013 – 5 000 travailleurs de l’usine automobile de G*eneral Motors à Pluakdaeng sont en grève depuis le 8 février contre une extension des horaires de travail sans le paiement des heures supplémentaires.

*Italie – 18/02/2013 – Aciérie de Tarente (voir précédents bulletins). De nouveau, 2 cheminots de l’usine morts par asphyxie : tous les cheminots de l’usine sont en grève pour la sécurité.

*Etats-Unis – 30/01/2013 – Les 8 800 travailleurs de bus scolaires de New York (chauffeurs et accompagnateurs) sont en grève depuis neuf jours pour la garantie d’emploi en cas de reprise du marché par un autre sous-traitant. La mairie de New York tente de briser la grève en embauchant des jaunes et en licenciant immédiatement ceux qui refusent de traverser les piquets de grève. Un recours déposé devant le National Labor Relation Board pourrait contraindre à la reprise du travail.

*Iran – 19/12/2012 – La nouvelle élite dirigeante s’est enrichie avec les importations de nourriture et autres biens de consommation mis sur le marché, et les contrats d’exportation de gaz et de pétrole. Cette nouvelle classe capitaliste liée au gouvernement et aux Gardiens de la révolution islamiste échappent pratiquement à l’impôt et bénéficient de prêts, en fait des subventions. À l’opposé, la plus grande partie de la population tombe dans la misère. En huit ans, le pourcentage de ceux tombés dans la pauvreté est passé de 22 % à 35 % de la population de 75 millions d’habitants du pays. Le chômage dépasse 30 % (officiellement). Si les salaires ont augmenté de 15 % par an dans le secteur public, les loyers, en sept ans, ont grimpé de 450 %. La crainte du régime est de voir se soulever les pauvres relégués dans les banlieues des villes. Les grèves sont fréquentes pour des questions de salaires, autant pour leur montant que pour les délais dans leur paiement. Un exemple : début décembre, grève de quatre heures des 1 200 ouvriers de l’aciérie Sufia Rolling and Pipe Mills Co à Saveh pour paiement des salaires arriérés depuis six mois. La grève continue au-delà de cette période, le 31 décembre avec des barrages routiers et des piquets de grève. Au bout d’une semaine, des promesses de pourparlers n’y mettent pas fin. La grève est toujours effective le 5 mars dernier.

*Algérie – Pour le nouvel an 2013, mouvements de grève dans les postes pour une prime de rendement et pour l’alignement des salaires avec ceux des travailleurs du téléphone.

*Russie – 20/03/2013 – Comme partout, la classe ouvrière subit le contre-coup de la crise. Les résistances ouvrières sont bien distinctes des manifestations, qui mobilisent surtout les classes moyennes. En 2012, il y a eu plus de grèves qu’en 2009, qui vit la production industrielle chuter en moyenne de 19 % (de moitié dans certaines usines). Cela ne tient pas compte de l’économie souterraine qui attendrait 50 % du PNB. Une récupération chaotique qui n’apporte rien aux travailleurs, dont le niveau de vie a été largement réduit, de même que les services sociaux (éducation, santé notamment) ont été largement restreints. Les prix du gaz et de l’électricité ont augmenté selon les secteurs entre 10 et 225 %. Souvent, les luttes concernent les retards dans le paiement des salaires.

*Inde – 21/02/2013 – Une grève générale de deux jours de dizaines de millions de travailleurs, à l’appel des syndicats, paralyse le pays, contre les hausses de prix et la libéralisation du marché dans les secteurs public et privé (réductions ou suppressions de subventions, privatisations).

*Grèce – 20/02/2013 – Nouvelle grève de vingt-quatre heures lancée par les 2 principaux syndicats contre une nouvelle baisse des salaires et des retraites, et contre le licenciement de 25 000 fonctionnaires : le taux de chômage serait de 30 %.

*Inde. On parle beaucoup des grèves en Chine mais bien peu de celles de l’Inde. Pourtant ce pays connaît une lute de classe permanente dans tous les secteurs. Quelques exemples de la période récente ;
- Etat de Bihar : suite à la répression violente le 5 mai dernier de 5 000 enseignants qui lors d’une manifestation pour les salaires et leur titularisation se sont battus pendant trois heures avec les flics, le 250 000 enseignant non titulaires continuent de mener une campagne pour les salaires ( actuellement 100 euros par mois) et leur titularisation . Ils menacent de boycotter tous examens scolaires à partir du 13 mars.
- Dans le même Etat grève des ouvriers des briqueteries et tuileries pour les salaires en discussion infructueuses depuis des mois.
- Assam—grève avec occupation de centaines de travailleurs d’une usine de pâte à papier pour les salaires
- Tamil Nadu—des centaines d’employés d’une agence de l’Etat pour la promotion de l’horticulture en grève manifestent pour les salaires
- Maharastra—45 000 travailleurs du textile à Ichalkaranji sont en grève depuis 37 jours pour une augmentation de salaires ( salaire actuel 80 euros mensuels) et des équipes de 8 heures au lieu de 12 heures.

*Thaïlande—23/3/2013—2 000 travailleurs de l’usine de General Motors de Pluakdaeng en grève depuis le 6 févriers dernier contre l’extension de l’horaire hebdomadaire de travail au samedi sans augmentation de salaire. L’une continue de tourner avec les cadres et 3 000 jaunes certains spécialement embauchés, mais la production de 600 voitures jour est tombée à 100 voitures jour.

*Cambodge—23/3/2013—300 travailleurs sur 2 900 de l’usine textile E Garment dans la banlieue de Phnom penh la capitale en grève depuis janvier pour la réintégration de 33 syndicalistes licenciés dans les années précédentes lors d’attaques répétées de la direction pour empêcher la création d’un syndicat. Les travailleurs birmans exploités dans l’usine sont l’objet de pressions allant jusqu’à la violence physique pour les contraindre au travail assorties de la menace en cas de départ de les priver de leurs salaires et de leur infliger des amendes

*Canada -Terre Neuve—Les 85 travailleurs de l’aéroport St John en grève depuis six mois pour obtenir l’alignement de leurs salaires sur ceux de l’aéroport le plus proche d’Halifax ce qui leur apporterait une augmentation de 58% sur 4 ans

Les dirigeants séquestrés, injuriés, battus, exécutés

*Inde – 27/12/2013 – 1 000 travailleurs d’une plantation de thé en grève depuis deux semaines dans l’Etat d’Assam incendient la villa de leur patron qui, lui et son épouse, y sont incinérés du même coup.

*Chine17/01/2013 – Dans le Jiangxi, à l’usine d’automobile Chang menacée de fermeture, les 2 000 travailleurs envahissent les bureaux, en expulsent manu militari le directeur général alors que 400 autres bloquent les rues avoisinantes, lançant des slogans hostiles au PCC. Tout cesse sur la promesse que l’usine restera ouverte.

La récupération

*Argentine – 21/12/2013 – La Patagonie, aux environs de Bariloche, est dans une situation économique catastrophique suite à une éruption volcanique qui a recouvert la région de cendres, tué 500 000 moutons et ruiné pour un temps agriculture et tourisme. Peu avant Noël, le lendemain d’une manifestation syndicale contre l’austérité, des douzaines de jeunes armés de bâtons, de barres de fer et de pierres, venus des quartiers pauvres de Bariloche (100 000 habitants à fort pourcentage d’indiens Mapuches), attaquent le supermarché Wal-Mart, protégeant femmes et enfants qui se servent autant qu’il est possible en nourriture essentiellement mais aussi en biens durables. Cette réussite déclenche une opération générale contre tous les supermarchés de la région et les boutiques diverses d’une telle ampleur que la municipalité ne peut que constater qu’elle n’a pas assez de flics pour endiguer la vague. Parfois, le pillage tourne à l’émeute avec incendies de voitures. Ce n’est que quelques jours plus tard que le gouvernement central envoie 400 policiers militaires pour « rétablir l’ordre » ; On trouve une situation similaire dans différentes villes d’Argentine avec l’attaque de 20 supermarchés à Rosario et Villa Gobernador Galvez, mais là les affrontements font 4 morts, 25 blessés et 130 manifestants sont arrêtés ; de même à San Fernando, 378 arrestations. Les autorités ont craint un moment de se retrouver dans la situation des grandes manifestations et attaques de 2001.

Le Sabotage

France – 17/02/2013 – L’usine automobile PSA d’Aulnay-sous-Bois (banlieue nord de Paris) – chaîne de montage entourée d’une foule de sous-traitants équipementiers – dont la fermeture est annoncée pour fin 2014, est prise dans un mouvement social complexe avec arrière-plans politiques. Sur les 2 800 travailleurs, la majorité vote pour une syndicat indépendant héritier d’un syndicat jaune de tendance facho, et le mouvement de grève lancé par les syndicats CGT, SUD et CFDT (ensemble, 42 % des voix aux élections d’entreprise) ne rassemble que 500 grévistes qui, par des opérations de commando, réussissent à saboter les installations de commande électronique des automatismes de la chaîne, contraignant PSA à cesser pratiquement toute production et à instituer une sorte de lockout. Différents projets, dont la nomination d’un « conciliateur » ou le transfert d’ouvriers à l’usine du groupe de Poissy (banlieue ouest de Paris), ne résolvent nullement le problème central de la fermeture de l’usine et la sortie de l’impasse dans laquelle ce conflit semble s’enliser.

Les autres formes de la violence sociale

*Ulster (Irlande du Nord) – 11/01/2013 – Une histoire de drapeau britannique apparemment anodine ravive pourtant les vieux affrontements entre catholiques et protestants, c’est en fait l’expression de la crise sociale dans une zone particulièrement marquée par la désindustrialisation de la Grande-Bretagne. Ce sont les jeunes sans emploi, les plus touchés par la crise, qui sont les acteurs des journées d’émeutes, prenant ce détour confessionnel et politique.

*Brésil – 7/01/2013 – Un moyen parmi d’autres. Les matons de la prison Arupiraca ont découvert qu’un chat avait été dressé pour transporter des outils et des portables aux encabanés en escaladant les murs et en entrant pas les fenêtres des cellules. Mais ils n’ont pas découvert qui étaient les destinataires.

TUNISIE

Tout comme en Égypte, les Frères musulmans arrivés au pouvoir à la faveur de « l’ouverture démocratique », bien que très minoritaires suite à un processus électoral marqué par une forte abstention, se sont déconsidérés faute de pouvoir répondre à la crise économique et sociale, et de contrôler les exactions de ses éléments extrémistes. L’assassinat d’une des têtes de l’opposition politique le 6 février 2013 a déclenché des émeutes alors que les conflits sociaux se poursuivent. Dans les dix premiers mois de 2012, 27 557 conflits se sont déroulés : 53 incendies d’usines, 171 occupations, 887 blocages par des piquets de grève, 1 055 barrages routiers, 1 585 grèves « reconnues », 806 grèves sauvages, 23 séquestrations de dirigeants et 88 coupures de l’électricité et de l’eau. Et ces chiffres seraient encore plus éloquents si l’on y ajoutait ceux de 2011, et ce qui s’est déroulé depuis. Pour tenter d’étendre son pouvoir, le parti islamiste Ennahda vient de lancer une « Ligue pour la protection de la révolution », organisée par les services secrets, avec des branches dans tout le pays et chargée de « combattre par la violence » les attaques des opposants « pour préserver la santé spirituelle de la communauté musulmane ».

SYNDICATS ET SYNDICALISME

Allemagne – 17/12/2012 – Syndicalisme à l’allemande (voir précédents bulletins).
Oliver Burkhard, membre du Parti social démocrate, SPD, et président du puissant syndicat IGMetall de Rhénanie Westphalie, devient chef du personnel du géant de l’acier Thyssen Krupp (avec l’accord du syndicat IGMetall) et aux appointements de 2 millions d’euros par an.

*Etats-Unis – 13/02/2013 -– Ports de la côte Ouest (voir précédent bulletin). 800 employés des ports de Los Angeles et Long Beach se sont vu proposer un nouveau contrat par leur syndicat l’ILWU ; Ils avaient stoppé leur grève ayant entraîné la paralysie de ces ports (tous les dockers refusant de traverser les piquets de grève) sous la menace d’une réquisition et avec l’engagement d’ouverture de pourparlers. Ce nouveau contrat ne leur apportait aucune garantie quant au temps partiel et aux possibilités de sous-traitance. Depuis l’expiration de l’ancien contrat il y a deux ans et demi, ils sont sans contrat, et de nouveau ils n’ont d’autre recours, après ce rejet, qu’une nouvelle grève.

*Chine – Janvier 2013 – L’histoire édifiante des élections syndicales dans les usines Foxconn. Le problème qui se pose partout où il y a exploitation de la force de travail (cette multinationale taïwanaise exploite, rien qu’en Chine, 1 200 000 travailleurs dans des usines dispersées) est celui des relations entre le management et les ouvriers (entre le capital et le travail). Dans les usines Foxconn, les conditions de travail sont telles que se sont développées tout un éventail de résistances, depuis les grèves, le turnover, les suicides spectaculaires d’une telle ampleur que les médias internationaux les ont commentés, d’autant plus que Foxconn n’est que le sous-traitant spécialisé dans l’électronique, fabriquant notamment le ipad et d’autres produits Apple. Dénonciation « humanitaire » mais aussi « concurrentielle ».
C’est pour préserver son image de marque dans cette féroce compétition qu’Apple s’est trouvé à l’origine de ce battage médiatique sur l’instauration de syndicats « indépendants » et d’élections syndicales « libres ».
Pourtant, depuis des années, à Foxconn et ailleurs en Chine, de nombreuses tentatives ont été faites pour tenter de régler « pacifiquement » les conflits du travail parfois violents. Mais ces tentatives n’ont guère donné de résultats car, restant toujours sous la domination du parti, des patrons, et du seul syndicat officiel (ACFTU), elles ne se sont jamais, même de manière réformiste, souciées de l’intérêt des travailleurs ; lesquels les ignorent le plus souvent. Le problème d’une représentation syndicale « indépendante », mieux adaptée aux situations de conflit, restait donc entier. Les dirigeants du parti en sont bien conscients, soucieux, pour la préservation de leur pouvoir, d’éviter que les conflits sociaux restent contenus avant qu’ils ne se transforment en conflits politiques directs.
En 2012, suite à d’importants conflits locaux dans le sud de la Chine, à Shenzhen et dans la Guangzhou, les autorités incitent les compagnies à organiser des élections pour des représentants syndicaux. Mais très peu d’entreprises suivent ce conseil. Le projet de Foxconn prenait, vu la taille de l’entreprise, une dimension nationale qui pouvait servir de modèle.
Avant d’examiner en détail le contenu réel de cette « démocratie syndicale à la sauce chinoise », il importe de revenir à ce que l’on peut appeler l’affaire Apple. En 1998 fut fondée aux USA une Fair Labor Association (FLA) à l’initiative du président Clinton, une ONG basée à Washington, administrée par un comité de 18 membres (6 universitaires, 6 patrons, 6 ONG) chargée « d’améliorer les conditions de travail pour des millions de travailleurs dans le monde ». Étant donné qu’il existe un organisme de réputation internationale, l’OIT basée à Genève, et dépendante de l’ONU, on peut deviner le but de cette nouvelle machine de guerre économique américaine destinée à lutter contre les délocalisations en poussant à l’augmentation du coût du travail dans les pays de relocalisation, d’autant plus que son président est un ancien fonctionnaire de l’OIT, Van Heerden. Le financement de cette association était assuré par les contributions des firmes adhérentes, celles-là même qui pouvaient faire l’objet de ce contrôle, notamment pour leurs activités directes ou indirectes dans les pays en développement. Bien que le slogan de l’association en question fut « Protéger les travailleurs est le meilleur moyen de faire des affaires », bien peu de compagnies profitèrent de cette prétendue aubaine : en 2008, les audits sur les conditions de travail n’avaient concerné que 126 000 travailleurs de 4 500 usines, même pas une goutte d’eau dans l’océan de l’exploitation capitaliste mondiale. De plus, sauf pour l’Amérique centrale, l’essentiel de cette activité concernait les pays de délocalisations du Sud-est asiatique.
Le fait est que jusqu’à récemment, les multinationales ignoraient totalement cette ONG. Pourquoi Apple, et à sa remorque Foxconn,voulurent soudainement l’utiliser comme caution de la « bonne condition » des travailleurs qu’ils exploitaient, alors qu’il était depuis longtemps de notoriété publique – limitée – que Foxconn était un modèle de la dureté de ces conditions ?
Le 25 janvier 2012, le New York Times publiait un article édifiant sur les conditions de travail chez Foxconn en insistant sur la fabrication des ipad d’Apple. Le 13 janvier, ayant eu vent de cette publication et cette fois soucieux de son image de marque, Apple adhérait à FLA et demandait un audit sur les usines Foxconn en Chine. Le président de FLA (qui ne parle pas chinois) se rendit en Chine toutes affaires cessantes pour une tournée des popotes dans les usines Foxconn, et publia le 16 janvier une sorte de contre rapport dans lequel il constatait que « les installations sont de premier ordre… les conditions physiques sont bonnes, bien supérieures aux normes chinoises… Foxconn n’est nullement une “sweatshop”… les travailleurs parlent sans crainte et ne sont pas du tout tendus »…
Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais cela ne suffisait pas pour l’image de marque d’Apple qui incita le FLA à intervenir pour l’organisation « d’élections syndicales libres ». La firme prétend s’être déjà engagée dans cette voie de « démocratisation » après avoir « encouragé » en 2007 la formation d’un syndicat maison, Foxconn Federation of Labor Union, qui avait élu en 2008 des représentants syndicaux pour trois ans. Mais les candidats avaient été choisis par le management (parmi les contremaîtres et les plus anciens travailleurs). La plupart des membres actuels des comités syndicaux sont des cadres.
Ce qui est présenté comme une avancée est en fait une extension aux « jeunes travailleurs » du droit de vote et de candidature « libre », mais à l’intérieur des structures syndicales existantes. Un Guide pour les jeunes travailleurs dans le processus électoral a été distribué dans toutes les usines aux travailleurs qui, apparemment, ne connaissent rien à leurs « nouveaux droits ». La question de « qui votera ? » est essentielle, quand on sait que la durée moyenne de présence chez Foxconn est de treize mois. Pour le moment, on n’en sait guère plus car le battage médiatique ne révèle rien et est présentement éteint, au-delà de son effet d’annonce pour Apple.

LES CRIMES DU CAPITAL

*Monde – Mars 2013 – 3,6 millions d’habitants sur la terre meurent chaque année de maladies dues à l’utilisation d’eau polluée par des microbes et virus divers, sans compter les pesticides et autres intrants agricoles ou industriels, faute de pouvoir avoir accès à une source ou un réseau de distribution d’eau potable.

*USA – 18/01/2013 – Les banques américaines auraient amassé d’énormes profits : plus 53 % pour Morgan Chase,200 % pour Goldman Sachs. En 2012, 9 dirigeants de 4 institutions financières ont perçu 800 millions d’euros en salaires et indemnités diverses, soit pour chacun d’entre eux plus de 2 000 fois le revenu moyen d’un foyer américain, alors que les salaires sont à leur niveau le plus bas depuis les années 1950 et que bien des services sociaux sont frappés de coupes importantes.

*France – 19/12/2013 – Une enquête sur l’exposition aux pesticides sur les salariés viticoles et les riverains des vignobles a révélé la présence d’une augmentation de la concentration de produits chimiques divers dans le corps, notamment des salariés viticoles, sept fois plus importante que chez les non professionnels du secteur, concentration qui peut être génératrice de cancers.
- 13/11/2013 – Un jugement de la Cour d’appel de Lyon a enfin reconnu que les ouvriers du bitume contractent des cancers de la peau alors qu’on ne leur reconnaissait jusqu’alors que des brûlures et des irritations respiratoires. À cette occasion, un universitaire spécialiste des maladies professionnelles a fait la constatation suivante, qui peut s’appliquer à tous les problèmes de santé causés par les pollutions de toutes sortes : « Pour chaque épidémiologiste indépendant étudiant les risques des produits industriels, il y en a plusieurs autres employés de l’industrie pour attaquer la recherche. »
*Monde – 13/11/2013 – Les pays d’Asie du Sud-est (Inde, Pakistan, Chine) se disputent le démantèlement des navires mis au rebut. C’est à qui offrira le « meilleur marché » et les pires conditions d’exploitation, où pollution et accidents voisinent avec des salaires de misère et des longues journées de dur labeur.

*Amérique du Sud – 28/01/2013 – La part du revenu national détenue par les 10 %des plus riches de la population en 2010 oscille entre 50 % (Brésil et Colombie ) et 35 % (pratiquement tout le reste du continent).
*Brésil – 28/01/2013 – Pour le seul profit, une sécurité inexistante, 245 brûlés vifs ou asphyxiés dans l’incendie d’une discothèque, et 48 chanceux seulement blessés.

*Grèce – 29/12/2013 – Crise et austérité engendrent un stress psychologique qui se traduit par des crises d’anxiété, des insomnies, des dépressionset tous autres malaises du type post traumatiques stress disorders (PTSD), sans compter les conséquences sur les enfants. Ces troubles auraient augmenté de 37 % de 2009 à 2011, une sous-estimation en raison de l’impossibilité pécuniaire de se soigner.

*Pakistan – 13/09/2012 – 289 brûlés vifs dans l’incendie de l’usine textile Ali Enterprise à Karachi (installations électriques défectueuses) , usine de matières plastiques exploitant entre 1 200 à 1 500 travailleurs sur 4 étages dont les sorties étaient bloquées et les fenêtre s grillagées pour prévenir les vols, sans sortie de secours. 25 morts dans les mêmes conditions à Lahore. Salaires de 5 euros par jour.

*Monde 24/2/2013—plus de 4 milliards d’êtres humains n’ont pas accès à un système sanitaire le plus élémentaire. Tous les rejets d’excréments humains sont ainsi déversés dans la nature en général dans les rivières : 50% des lacs et rivières sont ainsi sérieusement pollués ainsi que des zones côtières. Il en découle pour les habitants locaux toute une série de maladies transmises par l’eau directement ou ç travers la nourriture faite essentiellement de produits locaux. On estime que chaque année 1, 6 millions d’habitants meurent de maladies contractées à travers cette pollution.

AFRIQUE DU SUD

Alors que des remous politiques et syndicaux visent à mettre en place des solutions de rechange aux pouvoirs actuels (minés par la corruption, l’intégration dans le monde des affaires et la violence répressive), tant syndicales que politiques, dans le but de préserver l’essentiel de la domination capitaliste, la vague de protestation de l’été 2012 n’est pas encore éteinte. Parallèlement, les sociétés minières tentent de répondre à la violence sociale et à l’accroissement des coûts de production qu’elles ont dû concéder en fermant les mines jugées non rentables, ce qui accroît les tensions sociales persistantes.
15/12/2012 – Grève sauvage de mineurs d’Harmony Gold à Carltonville. Un meeting devant la mine est attaqué par les flics : 5 blessés. Après les fêtes, la mine ferme les hôtels miniers et en expulse les occupants dans la foulée de 578 licenciements, après l’annonce de la fermeture prochaine de la mine.
- 12/01/2013 – Devant les troubles et les revendications, Amplats, second producteur mondial de platine, veut fermer la mine de Rustemburg, ce qui entraînerait 14 000 licenciements. Une grève sauvage à cette annonce ne dure qu’un jour car il court un délai de deux mois avant que la décision ne devienne définitive, après des pourparlers.
- 9/01/2013 – Les ouvriers agricoles, qui avaient repris le travail en décembre 2012 sur la promesse d’une décision nationale répondant à leur revendication de 15 euros par jour (actuellement, ils gagnent entre 4 et 7 euros par jour), reprennent la grève sauvage car ils n’ont rien vu venir : blocages routiers et attaques de fermes. Réponse répressive : un tué, 200 arrestations. Mais, poussés par l’urgence des récoltes (ce sont les vendanges dans le Sud), le front des patrons se rompt et des fermes obtiennent la reprise du travail en concédant 11,77 euros par jour. Ce qui autorise le syndicat COSATU à ordonner la reprise, sur promesse d’intervention du gouvernement pour fixer le salaire minimum à ce taux. Ce qui devient effectif fin janvier. Mais le climat dans le secteur agricole reste délétère, avec des licenciements, des représailles, et l’exode de certains fermiers. Le 8 mars, d’après une enquête, 80 % des fermiers n’appliqueraient pas le salaire minimum gouvernemental, faisant signer aux travailleurs des contrats pour 7 euros par jour sous la menace de licenciement immédiat
- 20/01/2013 – Sasolburg (25 000 habitants). Un regroupement administratif, sans doute pour un meilleur contrôle social de l’ex-réserve, devenue le township Zam, déclenche une émeute qui va durer plusieurs jours avec barrages routiers et pillages : 2 morts, des blessés, et 150 arrestations.
- 20/3/2013—Depuis deux semaines des débrayages sauvages dans 5 mines de charbon de la société Exxara , dont 250 dans la mine de Graspan en grève sauvage totale qui fait fermer la mine Les grévistes utilisent pour charger les flics les engins de chantier de la mine
- Mars 2013—les postiers de Johannesburg entament leur deuxième mois de grève sur des questions de retraite. 600 d’entre eux sont menacés de licenciement et de leur remplacement par des jaunes.

LA REPRESSION SOUS TOUTES SES FORMES


*Etats-Unis
– 27/12/2012– La section antiterroriste du FBI a infiltré les animateurs supposés du mouvement Occupy Wall Street bien avant les manifestations de septembre 2011, visant spécialement les milieux divers d’opposants sur des sujets spécifiques. C’est ultérieurement sur leur dénonciation que des enquêtes violentes et des arrestations ont été opérées.
- 25/01/2013 – Trois « anarchistes », classés comme « terroristes », emprisonnés pour avoir refusé de témoigner (de jouer les mouchards) dans l’enquête sur les manifestations du mouvement Occupy en mai 2012, sont d’abord dans un isolement total. Rappelons qu’Obama a autorisé à tuer partout dans le monde, y compris sur le territoire américain, quiconque classé comme terroriste. Le Sénat américain a refusé d’annuler la décision d’Obama de déployer des drones sur le territoire américain, des drones autorisés à tuer en plus de la surveillance au millimètre près.
- 14/02/2013 – Le Sénat américain rejette la proposition d’augmenter le salaire minimum de 8,25 à 10 dollars de l’heure (6,50 à 8 euros), la dernière augmentation de ce minimum remonte à 2009. Ce salaire est plus élevé dans certains Etats qui ont la possibilité de fixer un taux supérieur.

*Birmanie – 16/01/2013 – Pour éviter le détour des pétroliers à destination de la Chine par le détroit de Malacca, facile à bloquer en cas de conflit, des pipelines sont en construction à travers la Birmanie à destination de la Chine du Sud. Notamment du port birman de Kyaukpyu à Kumming. Mais il est important de sécuriser les zones frontalières où précisément des minorités ethniques sont en rébellion constante contre le pouvoir central. En janvier 2013, une offensive de l’armée birmane contre la rébellion des Kachin, à la frontière chinoise du Yunnan, entraîne le déplacement de plus de 100 000 personnes de cette minorité ethnique.

*Inde – 2/01/2013 – Maruti Suzuki (voir précédents bulletins). Les dirigeants de la firme ont fourni aux flics une liste de 215 noms de travailleurs accusés de différents crimes ou délits lors des grèves de l’an passé. 149 n’ont pas eu le temps de suivre les 66 autres qui ont pu se planquer, notamment en retournant dans leurs villages (d’où des pressions sur les familles pour les livrer). Ces 149, dont 12 « meneurs » du syndicat indépendant MSWU, sont sous les verrous, et des manifestations se répètent pour obtenir leur libération. Le 27 janvier, un millier de personnes se rassemblent ainsi à Rohtak, résidence du Premier ministre.

*Indonésie – 21/02/2013 – Il est question de porter le salaire mensuel moyen actuel de 100 euros à 170 euros. Les employeurs prétendent que si cette mesure était prise, plus d’un million de travailleurs seraient licenciés. Cette promesse faisait suite à une vague de grèves en 2012 qui avait vu, le 3 octobre dernier, 2 millions de travailleurs en grève dans 24 villes pour cette revendication. De nouveau, le 6 février 2013, 35 000 métallos sont en grève une journée à Jakarta .

LE DEGRE ZERO DE L’EXPLOITATION

*Pérou – 6/02/2013 – Des mafias exploitent 2 000 mineurs illégaux à Apurinac en Amazonie, et produisent chaque jour 10 tonnes de cuivre, passant du stade artisanal clandestin à un stade industriel.
*Afrique du Sud – Les zuma zuma (en dialecte zoulou cela signifie « celui qui saisit l’occasion »).
Quand les multinationales abandonnent un filon ou un puits de mine, ou toute une mine parce que leur exploitation n’est plus rentable dans les conditions actuelles du marché mondial, la mine abandonnée se peuple de fantômes reprenant l’exploitation dans les conditions les plus terribles : ce sont les zuma zuma. En 2009, 86 d’entre eux meurent asphyxiés, en novembre dernier 20 sont tués dans un effondrement.
C’est un monde du secret aux mains de cartels maffieux où, dans l’obscurité des profondeurs, la règle est la plus extrême violence. S’ils enfreignent les règles internes édictées par les cartels, c’est la correction physique, le plus souvent la mort, ou la livraison aux flics. Certains sont au fond par 40° C pendant des mois sans voir le jour, devant payer leur ravitaillement lui aussi aux mains des cartels illégaux. Personne ne sait combien ils sont, des dizaines de milliers, plus de 100 000 ? La répression est impuissante à endiguer le mouvement.
Toute une chaîne industrielle clandestine extrait l’or du minerai (1 gramme d’or pour un kilo de minerai, soit 25 euros) en surface, dans des ateliers clandestins camouflés dans les townships. Toute une autre chaîne clandestine écoule la production d’or et, à un stade, cette chaîne devient respectable et on entre alors dans le circuit habituel des multinationales qui récupèrent une production, marginale mais non négligeable, à des coûts de production inégalés.
De telles pratiques, avec des variantes et concernant toutes sortes de minerais et le charbon, existent dans le monde entier, avec des mentions particulières pour toute l’Afrique subsaharienne, la Chine, l’Inde, l’Amérique du Sud, et même l’Europe, par exemple en Pologne

IMMIGRATION

*Jordanie – 19/12/2013 – Il y aurait plus de 250 000 réfugiés syriens dans le pays, en concurrence avec les autochtones sur le marché, et qui acceptent des salaires inférieurs au minimum légal (fixé à 200 euros mensuels), soit jusqu’à 100 euros, une aubaine pour les exploiteurs locaux. On craint que les 150 000 réfugiés palestiniens du camp de Yarmouk, près de Damas, pris dans la zone des combats, ne viennent se réfugier en Jordanie où chaque jour entrent entre 600 et 1 500 réfugiés.

*Pologne – 23/01/2013 – Le chômage atteint 15 % et les mesures d’austérité incitent les travailleurs à chercher fortune ailleurs. On prédit qu’entre 500 000 et 800 000 d’entre eux choisissent la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Hollande et la Norvège. Même dans le plus bas de l’échelle de l’exploitation dans le « pays d’accueil », c’est mieux que ce qu’on peut avoir en Pologne. Un migrant peut gagner entre 1 000 à 2 000 euros par mois le double de ce qu’il peut espérer au mieux en Pologne.

*Bangladesh – 12/02/2013 – Plus de 4 millions de Bangladais (sous-estimation car rien que les Émirats arabes compteraient 300 000 clandestins) sont exploités à l’étranger, et l’argent qu’ils envoient dans leur famille représente 12 % du PNB. Alors que le salaire moyen au Bangladesh est de 30 euros mensuels, en Arabie ou ailleurs un immigré peut gagner jusqu’à 170 euros par mois (dont il faut déduire pourtant les prélèvements des agences de placement, celui des marchands de sommeil, et le coût des transferts bancaires).

*Russie—15/3/2013—des dizaines de milliers de travailleurs dont 16000 immigrés sont surexploités dans les construction des installations (hôtels de luxe et infrastructures) prévues pour les jeux olympiques de 2014. Une enquête d’une organisation internationale a révélé que ces immigrés, originaires tant de la Russie que des pays limitrophes, embauchés en principe pour 350 à 400 euros mensuels mais sans contrat de travail doivent travailleur jusqu’à 12 heures par jour sept jours sur 7 par semaine et que ces salaires sont souvent impayés en temps ou réduits. Une bonne partie d’entre eux peuvent ainsi ne rien recevoir pendant des mois, souvent seulement nourris et logés. La nourriture est essentiellement du riz et le logement est particulièrement sordides, jusqu’à 12 logés dans une pièces ou 200 avec une seule toilette. Une partie ne peuvent même pas quitter car leur passeport leur a été confisqué ; un groupe de serbe qui avait tenté une grève ont été privés de nourriture ; la règle , en cas de protestation est de menacer d’expulsion dans paiement des dus. La Russie compterait 15 millions d’immigrés recensés mais il y en aurait beaucoup plus d’illégaux. Ces immigrés sont aussi victimes des conditions précaires notamment d’habitation ( incendies fréquents) et du racisme. La mairie de Moscou a mis sur pied a mis sur pied une milice spéciale de 300 flics pour faire la chasse aux « illégaux »

UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE D’UNE BONNE UTILISATION DES SYNDICATS BEAUCOUP DE BRUITS POUR RIEN

Quand on lance une attaque sur des positions établies, on doit se doter des instruments qui peuvent permettre de vaincre. On peut considérer que les attaques récentes concernant les conditions d’exploitation de la force de travail ont été précédées de la mise en place des instruments qui ont permis de faire passer ces attaques sans trop de résistance et même qui permettront éventuellement d’aller plus loin dans cette voie.
Tout un ensemble de mesures avaient pu être prises dans un passé récent en ce sens mais il s’agissait d’une sorte de grignotage ne nécessitant pas d’instruments particuliers et nullement de remises en cause fondamentale de ce qui avait été construit dans les relations de travail depuis plus d’un demi siècle.
Quand on mesure aujourd’hui le bouleversement dans les règles d’exploitation de la force de travail avec l’accord sur « le maintien de l’emploi » ou l’accord Renault, on ne peut s’empêcher de chercher si la période antérieure ne comportait pas déjà les prémisses de cette transformation radicale. On pourrait remonter aux lois sur les 35 heures (lois Aubry de juin 1998 et octobre 1999) : les discussions et les accord sur l’application de ces lois avaient privilégié le niveau de l’entreprise ; les centrales syndicales se trouvaient en quelque sorte dépossédées de régler les conditions d’exploitation de la force de travail par des conventions collectives de branche hors de toute intervention des cellules syndicales de base. Dans la période qui suivit, dans une sorte de régularisation d’une telle situation, l’ensemble des conventions collectives avaient été renégociées sur intervention du patronat, dans le sens d’une individualisation des relations de travail et d’une évaluation de chaque travailleur « au mérite », bien éloigné du cadre rigide des conventions antérieures qui attribuait automatiquement un salaire défini à l’exercice d’un poste de travail.
Ces structures dans les relations de travail étaient devenues obsolètes en raison des modifications dans l’organisation du travail dans le procès de production. Une réforme était d’autant plus nécessaire qu’elle correspondait à la volonté du patronat d’en finir avec la lourdeur économique et de management due à la multiplicité des fédérations syndicales ouvrières que la concentration capitaliste rendait encore plus complexe. Cette volonté patronale correspondait à celle des deux principales confédérations ouvrières CGT et CFDT qui étaient souvent gênées par la surenchère et le coût financier de la concurrence des « petits » syndicats. C’est de cette convergence, dans l’intérêt d ‘une « bonne gestion » capitaliste que se développa la réforme de la représentativité syndicale. Au-delà de ces considérations d’intérêt respectif à une telle réforme, on peut voir maintenant, celle-ci apparaît maintenant comme une sorte de porte ouverte pour faciliter les réformes en profondeur du « marché de la force de travail ». Cet aspect caché – qui était vraisemblablement dans les perspectives de ses promoteurs –visait en fait à éliminer toute initiative de base et à redonner du pouvoir à la tête des bureaucraties syndicales
Il n’est pas inutile de rappeler les quelques points que nous considérons essentiels dans cette loi du 20 août 2008 qui entérinait l’accord signé par les seules confédération ouvrières CGT et CFDT avec les organisations patronales MEDEF et CGPME. D’abord une observation que nous retrouverons dans cette loi à venir entérinant l’accord sur le « maintien de l’emploi » : le fait qu’il faille recourir à une loi pour généraliser l’application de ces accords (au lieu d’un simple décret) signifie que leur contenu touche des textes fondamentaux du code du travail et qu’autrement, ces accords seraient caduques.
Pour voir les modifications introduites, il faut aller au-delà de l’octroi de la représentativité aux syndicats ayant recueilli 10% des voix aux élections d’entreprise pour la représentativité dans l’entreprise et globalement sur le territoire national 8% des mêmes voix pour la représentativité sur le plan national. La question essentielle dans la fixation de ces taux est : qui vote ? Les pourcentages en question sont calculés sur le nombre de voix recueillies aux premier tour des élections au comité d’entreprise ( à défaut des élections de délégués du personnel) par rapport aux suffrages exprimés c’est-à-dire quel que soit le nombre des votants. Quand on sait d’une part que les intérimaires, CDD et nouveaux entrants ne votent pas à ces élections, d’autre part qu’il y a toujours des abstentions, que des listes concurrentes peuvent réduire le nombre de voix attribuées à chaque syndicat et que les votes nuls et blancs ne sont pas décomptés, cela signifie qu’un syndicat peut devenir « représentatif » en n’ayant recueilli qu’un pourcentage fort réduit d’adhésion eu égard à l’ensemble des travailleurs de l’entreprise.
Ainsi nantis de cette représentativité « légale » détachée en quelque sorte de toute participation des travailleurs, les syndicats ou confédérations peuvent signer des accords d’entreprise ou de branche ou interprofessionnels, seuls ou à plusieurs à condition qu’ils représentent seuls ou à plusieurs 30% des « suffrages exprimés » aux élections , c’est-à-dire quelque soit le nombre des votants, c’est-à-dire aussi qu’il peuvent représenter qu’un partie infime des travailleurs concernés par ces accords.
Le problème avec cet accord sur le « maintien de l’emploi » c’est que son adoption se fait avant que soient calculés et annoncés les pourcentages entraînant la représentativité de sorte que ce sont les anciennes règles qui s’appliquent : l’accord est valable s’il est approuvé par la majorité des syndicats représentatifs au plan national. Le fait que les dispositions de l’accord soient reprises dans une loi résout cet imbroglio juridique et rend vains tous les palabres largement médiatisés.
Un autre point de l’accord sur le « maintien de l’emploi » sur lequel bien peu insistent est l’entrés non des « salariés » comme on le présente mais des syndicats dans les conseils d’administration des entreprises. Comme ces deux « administrateurs salariés » à pleins pouvoirs ne pourront être membres ni du CE, ni CHESS, du de la délégation du personnel, cela laisse une large place aux bureaucrates syndicaux. Il est aussi difficile d’évaluer quelles seront les entreprises concernées car l’application de cette disposition s’appliquera aux usines françaises des compagnies ayant des effectifs de 10 000 travailleurs à l’échelle mondiale ou 5 000 en France ; cela peut laisser penser que même des usines d’une multinationale de faible dimension en France pourront ouvrir les portes d’un conseil d’administration aux syndicats si cette firme emploie plus de 10 000 travailleurs dans le monde.