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Trois nouvelles publications en avril-mai 2012

mercredi 2 mai 2012, par Yves

G. Munis : De la guerre civile espagnole à la rupture avec la Quatrième Internationale (1936-1948) - Textes politiques - Œuvres choisies Tome I, 400 pages, 12 euros

G. Munis n’est pas très connu en France, même si plusieurs de ses ouvrages sont déjà parus dans ce pays. Ce premier volume de ses œuvres choisies retrace son évolution théorique, du trotskysme le plus orthodoxe à des positions plus proches de ce qu’il est convenu d’appeler les Gauches communistes – ce que les journalistes désignent sous le nom d’« ultragauche ».

Les documents réunis dans ce volume couvrent la période 1937-1952, année où G. Munis est incarcéré par le franquisme. C’est une période marquée d’abord et avant tout par la guerre civile espagnole, puisque Munis se trouvait à Barcelone, où il tenta, avec une poignée de militants, de construire une organisation révolutionnaire ; la prison et les tortures en Espagne, puis l’exil en France et enfin au Mexique ; sa collaboration avec Trotsky à Mexico ; la Seconde Guerre mondiale, les mouvements de résistance et les discussions que ces événements provoquèrent au sein des groupes trotskystes ; la naissance des démocraties populaires et la construction d’un glacis autour de l’URSS considérée désormais par Munis comme un capitalisme d’Etat ; la naissance de la guerre froide et les problèmes nouveaux qu’elle posa.

Toutes ces questions peuvent paraître lointaines, voire dépassées, mais elles sont toujours actuelles. Il suffit de voir avec quelle rapidité la crise mondiale que nous subissons provoque de nouveau, à gauche comme à droite, des discours anti-allemands ou anti-chinois, l’apologie du protectionnisme, ou au contraire les appels au renforcement des structures politiques de l’impérialisme européen, pour vérifier que le poison du nationalisme est toujours là, même si l’URSS et ses satellites ont disparu et même si le déclenchement d’une nouvelle guerre mondiale en Europe ne semble, pour le moment, pas crédible .

La lecture de ces textes, en grande partie inédits en français et en tout cas introuvables, a aussi un autre intérêt : nous faire découvrir les écrits d’un homme qui n’a jamais abdiqué son combat pour le communisme, qui ne s’est vendu ni aux staliniens, ni à la social-démocratie, ni à la bourgeoisie, et a su rester fidèle à ses convictions.

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Ni patrie ni frontières n° 38-39 : Des altermondialistes aux Indignés - Bilan provisoire, avril 2012, 220 pages, 10 euros

L’altermondialisme commence à avoir une longue histoire et est présent dans de nombreux pays. Ce numéro tente de dresser un bilan provisoire, partiel et partial, en évoquant les lignes de force idéologiques qui font consensus au sein du « mouvement des mouvements », au-delà des divergences multiples, profondes ou superficielles. Nous republions plusieurs textes du groupe néerlandais De Fabel van de illegaal, du Cercle social et de L’Oiseau Tempête, qui, il y a dix ans, avaient fort bien perçu les limites et les faiblesses de l’altermondialisme. Leurs critiques n’ont, hélas, pas été démenties par les faits.

La revue présente ensuite trois points de vue différents sur le mouvement des Indignés, deux assez sévères et le dernier plus dans le questionnement. Nous ne prétendons pas, bien sûr, épuiser dans ce numéro l’étude de ce récent produit dérivé de l’altermondialisme.

Les camarades néerlandais du groupe Doorbraak nous racontent leur première campagne contre le travail obligatoire aux Pays-Bas, ce laboratoire de toutes les politiques antisociales en Europe.

Nous abordons ensuite la façon dont les milieux d’extrême gauche ont réagi face à la tuerie de Toulouse, en niant sa dimension antisémite, comme à leur habitude, et en s’alignant sur la version des médias et du pouvoir selon laquelle Mohamed Merah aurait été un « fou », un « sociopathe », un « psychopathe » et/ou un « loup solitaire ». Ou bien en cherchant désespérément une explication dans une abracadabrante théorie du complot.

Nous publions deux textes des Luftmenschen, l’un sur la signification des attentats commis par le fasciste norvégien Anders Beh-ring Breivik, l’autre sur « les racines et les excroissances du négationnisme ». Ces deux articles tentent d’expliquer ce qu’est le néofascisme aujourd’hui et quelles sont ses influences idéologiques.

Nous lançons quelques pistes sur la question de l’antisionisme en soulignant certains éléments peu connus, en tout cas peu discutés, de son histoire, qui à notre avis permettent de mieux saisir les limites de l’antisionisme de gauche actuel.

Enfin, nous publions un article sur les proximités idéologiques entre Alain Soral et Hassan Iquioussen, texte qui éclaire les convergences surprenantes entre les extrêmes droites « gauloise » et « musulmane » en France.

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Ni patrie ni frontières N° 40-41 : Soulèvements arabes - Tunisie et Egypte, 240 pages, mai 2012, 10 euros

Ce numéro porte essentiellement sur les révoltes dans les pays arabes. La première partie comporte deux imposantes brochures de Mouvement communiste (« Tunisie : Restructuration à chaud de l’État après une tentative d’insurrection incomplète » et « Egypte : Compromis historique sur une tentative de changement démocratique »), qui tentent de nous donner quelques clés sur ce qui s’est passé en 2011. En dehors de nous fournir une chronologie précise et de nombreuses données statistiques, ces textes essaient de décrire et comprendre les forces sociales et politiques en présence, en partant d’un point de vue de classe et non de considérations oiseuses sur le « conflit des civilisations » ou le prétendu retard « anthropologique » des « Arabes ».

Qu’ils approuvent ou pas le parti-pris marxiste du groupe Mouvement communiste, le fait que ces camarades placent au centre de leurs espérances l’auto-organisation et les luttes des prolétaires, les lecteurs disposeront d’analyses sociales, historiques et économiques solides, loin de tout triomphalisme gauchiste et de toute naïveté tiersmondiste.

L’idéal aurait sans doute été de publier un recueil de traductions d’articles écrits par des groupes ou des individus militant en Tunisie et en Egypte, malheureusement cela ne nous a pas été possible, cette fois-ci.

La seconde partie, plus polémique que la première, commence par souligner la complicité des régimes de Chavez et Castro avec les dictatures de Bachar al-Assad et Mouammar Kadhafi, complicité dont les bases économiques et financières ont apparemment échappé aux « anti-impérialistes » et aux altermondialistes de tout poil. A tous ces militants qui sont prêts à payer 1 500 billets d’avion pour montrer leur solidarité avec les Palestiniens soumis au colonialisme israélien, mais pour qui les 10 000 morts (et le compteur macabre continue à tourner à toute vitesse) massacrés en quelques mois par le régime « anti-impérialiste » syrien soutenu par Castro et Chavez, leurs idoles, ne sont qu’un « point de détail » dans leur agenda bien rempli...

Un article rappelle la complicité de tous les partis de l’Internationale socialiste avec les régimes de Ben Ali et de Moubarak.

Enfin, nous nous interrogeons sur la pertinence de certaines déclarations du philosophe Cornelius Castoriadis à propos du monde arabo-musulman. Cette réflexion est née d’une discussion avec un collectif de « castoriadiens » (Lieux Communs). Notre débat a tourné court mais il aura au moins permis de révéler que, même chez des individus « radicaux » qui prétendent avoir un esprit critique, qui affirment échapper aux pièges des modes intellectuelles réactionnaires, qui dénoncent ce qu’ils appellent le simplisme, l’inculture et le sectarisme de l’extrême gauche, même chez ces individus-là, on trouve des pulsions xénophobes et des raisonnements racialisants tout ce qu’il y a de plus ordinaires derrière un mince vernis sophistiqué.

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