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Pourquoi diable (re)publier des textes du site néostalinien des Redskinheads ?

lundi 16 avril 2012, par Yves

La publication dans Ni patrie ni frontières (n° 36/37 : Extrême gauche/extrême droite : inventaire de la confusion) de plusieurs articles du site Redskinheads de France et notamment de leurs « Dix commandements » (« Les onze thèses du redskinhead ») a suscité quelques commentaires acides sur le site Classe contre classe. Comme nous récidivons dans ce numéro (le n° 38/39) avec l’article sur Hassan Iquioussen et Alain Soral, nous reproduisons dans ce numéro notre réponse à ces critiques.

Ce numéro, comme il est dit dans l’intro, est un premier défrichage et ne prétend pas être parfait. Toute contribution critique est la bienvenue, tant qu’elle ne s’enlise pas dans l’insulte, la polémique stérile ou les digressions sans rapport avec le sujet. (...). Il ne me semblait pas possible de publier de bons articles sur le plan informatif du site redskins, tout en cachant leur idéologie stalinienne.

Un, c’est plus honnête.

Deux, je fais confiance à l’esprit critique des lecteurs et lectrices face à une profession de foi stalinoïde.

Et trois, surtout, c’est l’orientation de la revue depuis le début, il y a bientôt 10 ans, de publier des textes affichant des positions différentes sinon opposées entre elles. Donc de mécontenter tous ceux qui souhaiteraient ne voir qu’un seul point de vue exposé (...).

C’est la seule originalité et la seule utilité de cette revue, de mon point de vue : montrer l’éventail des positions dans l’extrême gauche et chez les libertaires et inciter chacun à réfléchir par soi-même sans suivre aveuglément la ligne de sa chapelle et en prenant connaissance dans un même volume des positions de plusieurs chapelles, sectes, groupes ou individus (...).

Y.C.

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Pour jouer les coupeurs de cheveux en 4 :

Comment reprocher (très justement d’ailleurs) les liens et publications faits consciemment (ou non) par certains sites et pratiquer la même démarche avec des horreurs d’un autre type : le stalinisme ?

En fin de compte l’argumentaire ci-dessus ressemble point par point à celui du Grand Soir ou d’autres sites foireux sur la liberté d’expression.

Tout ca suppose quand même de considérer les staliniens comme étant des militants authentiquement communistes et/ou révolutionnaires.

Faisons confiance au sens critique des lecteurs comme des éditeurs de revue...

Doctor Louarn

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1) « Comment reprocher (très justement d’ailleurs) les liens et publications faits consciemment (ou non) par certains sites et pratiquer la même démarche avec des horreurs d’un autre type le stalinisme ? »

La différence est que ni mondialisme.org ni la revue NPNF ne publient le moindre lien régulier vers des sites staliniens. Sur un thème précis (l’extrême droite), la revue et le site (pour être plus précis, la partie de ce site partagé qu’est mondialisme.org, partie gérée par la revue) ont reproduit des textes informatifs utiles sur l’extrême droite. Tout en faisant précéder le tout d’une introduction sans complaisance avec les Redskins

Ce que ne font jamais le Grand Soir, Bellaciao, etc. Donc nous mettre sur le même plan n’est pas correct. Pour ne pas dire malhonnête.

2) « En fin de compte l’argumentaire ci dessus ressemble point par point à celui du Grand soir ou d’autres sites foireux sur la liberté d’expression. »

Je n’ai jamais parlé de « liberté d’expression » pour les staliniens. C’est une invention pure et simple.

Quand la revue a reproduit et traduit pour la première fois en français les textes de Trotsky et Emma Goldman qui dialoguent entre eux (ce que ni les trotskystes ni les anarchistes n’avaient jamais fait en 60 ans), ainsi que ceux de Chris Harman (du SWP) et d’un libertaire anglais qui lui répondait, le tout dans un même volume, il ne s’agissait pas d’introduire le moindre relativisme. Il s’agissait de donner les éléments du débat. Et là aussi les introductions à ces textes n’étaient pas neutres ou académiques....

3) « Tout ca suppose quand même de considérer les staliniens comme étant des militants authentiquement communistes et/ou révolutionnaires. »

Là aussi il s’agit d’une pure et simple invention de ta part. Mon introduction dit exactement LE CONTRAIRE.

Par contre, je pense qu’il y a plus de chances qu’un stalinien découvre qu’il s’est fourvoyé, a été manipulé, ou a fait des saloperies, qu’un nazi ou un fasciste. Et que toute l’histoire de l’antistalinisme de gauche (qu’il s’agisse d’intellectuels ou d’ouvriers) fourmille d’ex-staliniens, ou d’ex-trotskystes, qui ont fait un bilan honnête de leur passé. Bilan qui nous aide à comprendre ce qu’a été le stalinisme et ce qu’a été le trotskysme dans toutes ses ambiguités.

Par contre, du côté des ex-nazis ou des ex-fascistes, je ne connais aucun texte ou livre vraiment éclairant sur le fascisme. Si tu en connais, signale-les moi. Et je connais très peu d’exemples de militants ou d’intellectuels ex-fascistes ou ex-nazis qui soient venus ensuite du bon côté de la barricade. Je ne connais pas ne serait-ce que des gens qui soient devenus des syndicalistes ou des démocrates honnêtes. Si tu en connais, cela m’intéresse.

Je n’ai pas de points communs pour l’essentiel avec les Redskins, comme l’introduction l’explique, mais je ne les considère pas comme des fascistes. Ce sont des staliniens, ou plutôt des néostaliniens qui ont écrit quelques descriptions utiles de ce qu’est l’extrême droite actuelle, même si je ne partage pas leur forme spécifique d’antifascisme ni même leur analyse du Front national.

La critique résolue du stalinisme, voire même la mise en avant des points communs qu’il peut y avoir entre les régimes staliniens, nazis et fascistes, ne doivent pas nous faire oublier que les « révolutionnaires » ont toujours tenté de s’adresser aux ouvriers des partis staliniens. Et que cela a parfois marché.

S’adresser aux ouvriers des partis fascistes par contre était à la fois suicidaire et totalement improductif....

Si tu bosses dans une boîte il ne te viendra jamais à l’idée d’aller discuter avec un ouvrier du syndicat patronal (CFT, hier, CSL aujourd’hui). Par contre tu auras intérêt à discuter avec les ouvriers staliniens de la CGT... Si tu es dans une prison (ex. les années 70 en Italie) avec des militants staliniens, tu essaieras (avec précautions) de voir quelles alliances tu peux nouer avec eux, tu ne le feras pas avec des prisonniers fascistes....

Ne pas comprendre cela, c’est vivre sur une autre planète...

Y.C.