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Sur « L’antisémitisme partout » d’Eric Hazan et Alain Badiou ou comment dissimuler les acquis d’un siècle de débats sur le sionisme

publié par Yves, le mercredi 14 mars 2012

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L’anti­sio­nisme est une idéo­logie par­fois res­pec­ta­ble, lorsqu’elle repose sur des argu­ments his­to­ri­ques soli­de­ment fondés (1) déf­endus par des mili­tants ou des intel­lec­tuels qui ne s’atta­quent pas à d’insi­gni­fiants épouv­antails réacti­onn­aires ou à des mou­lins à vent.

Dans sa pré­face à un recueil de contri­bu­tions sur l’anti­sio­nisme de gauche, August Grabski (http://bataille­so­cia­liste.word­press...) reprend à son compte une défi­nition de Todd Endelman. Pour cet his­to­rien bri­tan­ni­que, la cri­ti­que anti­sio­niste légi­time d’Israël devient antisé­mite et donc illé­gi­time dans les cir­cons­tan­ces sui­van­tes :

« 1. Quand elle remet en ques­tion la légi­timité de l’Etat juif, mais jamais celle d’un autre État ; quand elle conteste la légi­timité du natio­na­lisme juif, mais jamais celle d’autres natio­na­lis­mes, au Moyen-Orient ou ailleurs.

2. Quand elle refuse à l’Etat juif, mais jamais à un autre État, le droit d’expri­mer le caractère de la majo­rité de ses citoyens (c’est-à-dire le caractère juif d’Israël, ou le caractère français de la France).

3. Quand elle dia­bo­lise l’Etat juif, en trans­for­mant le conflit israélo-arabe en une ques­tion morale, un pro­blème que les Juifs, et seu­le­ment les Juifs, auraient créé et dont les Juifs, et seu­le­ment les Juifs, seraient res­pon­sa­bles.

4. Quand elle exprime une pré­oc­cu­pation obses­sion­nelle, exclu­sive et dis­pro­por­tionnée pour les fautes (2) des Israéliens et les souf­fran­ces des Palestiniens – au point que ce conflit entre deux petits peu­ples se trans­forme en un combat cos­mi­que, mani­chéen, entre les forces du Bien et du Mal. »

Et August Grabski d’ajou­ter : « Quand la cri­ti­que d’Israël tra­verse l’une de ces lignes jaunes et se trans­forme en un récit obses­sion­nel nourri de fan­tas­mes et de peurs, alors on peut dire qu’on a affaire à un dis­cours exclu­si­ve­ment antisé­mite. »

Hazan et Badiou auraient pu, par exem­ple, partir d’une telle défi­nition pour la déc­or­tiquer, la contes­ter, en pro­po­ser une nou­velle, etc., bref élever le débat. Pour notre part, le point 2 relève d’un rai­son­ne­ment natio­na­liste, réacti­onn­aire sur toute la ligne, mais les trois autres points pour­raient servir à com­men­cer à esquis­ser une défi­nition de l’antisé­mit­isme de gauche.

Malheureusement, on ne trou­vera aucun argu­ment ou rai­son­ne­ment nou­veau dans l’arti­cle de 60 pages de Hazan et Badiou, abu­si­ve­ment présenté comme un livre. Ce texte ignore sciem­ment les acquis de près d’un siècle de dis­cus­sions au sein des partis socia­lis­tes, com­mu­nis­tes et d’extrême gauche, mais aussi au sein du mou­ve­ment anar­chiste, à propos du sio­nisme et de l’antisé­mit­isme, contri­buant ainsi à ren­for­cer l’igno­rance des nou­vel­les géné­rations. Celles-ci, faute de temps et de référ­ences poli­ti­ques aisément dis­po­ni­bles, ris­quent de faire spon­tanément confiance à ces aînés censés être des puits de science, des « pen­seurs marxis­tes incontour­na­bles au XXIe siècle » et des mili­tants « anti-impér­ial­istes » exem­plai­res.

Un pam­phlet qui nous offre une énième ver­sion des théories du com­plot

Un exem­ple : si, après la création de l’Etat d’Israël, 900 000 Juifs ont quitté les pays dits « arabo-musul­mans » où ils vivaient depuis des siècles c’est bien sûr uni­que­ment à cause des atten­tats du Mossad contre « des syna­go­gues » (com­bien ? à quel­les dates ? les auteurs ne le pré­cisent pas et n’indi­quent pas leurs sour­ces) dans les pays arabes. Le statut dis­cri­mi­na­toire de « dhim­mis » (3) que les Juifs subis­saient depuis des siècles, ; le recy­clage de nom­breux anciens nazis dans les appa­reils poli­ciers en Egypte et en Syrie ; les mani­fes­ta­tions anti­jui­ves orga­nisées dans les années 1940 et 1950 et les lois anti­jui­ves prises par les régimes « arabes » après l’indép­end­ance ; la création d’un Etat censé offrir un havre de paix aux Juifs du monde entier (on sait aujourd’hui que c’est faux, mais on peut com­pren­dre les espoirs sou­levés par la nais­sance d’Israël, d’autant plus qu’elle fut accom­pa­gnée par des récits mytho­lo­gi­ques sur les kib­boutz et la prospérité éco­no­mique) ; tous ces phénomènes n’auraient eu aucune influence sur leur départ… L’exode massif des Juifs du Moyen-Orient, du Proche-Orient et d’Afrique du Nord serait uni­que­ment dû aux manœuvres conjoin­tes du Mossad et de la CIA…

La ficelle est énorme mais appa­rem­ment les auteurs jugent que l’anti­sio­niste moyen n’est pas très dif­fi­cile sur le niveau des argu­ments qu’on lui prés­ente…

Soyons clairs : des lob­bies comme l’AIPAC amé­ricain ou des réseaux comme le CRIF français, des ser­vi­ces secrets comme le Mossad israélien, des asso­cia­tions inter­na­tio­na­les comme le Bnai Brith (orga­nisé en loges, à l’exem­ple de la franc-maç­on­nerie), exis­tent bel et bien. On pour­rait aussi ajou­ter les radios com­mu­nau­tai­res juives qui, en France, don­nent la parole aux « mem­bres de la com­mu­nauté » les plus obtus, obs­cu­ran­tis­tes et réacti­onn­aires. Il est étonnant (mais quel­que part plutôt salu­taire) que leurs propos aber­rants ou scan­da­leux pas­sent ina­perçus des antisé­mites et qu’ils ne les exploi­tent pas davan­tage. Tous ces médias, lob­bies, ser­vi­ces ou grou­pes ont été et sont encore des outils de pro­pa­gande pour le « sio­nisme », en clair pour l’Etat israélien aujourd’hui.

C’est d’ailleurs exac­te­ment ce que défend l’antisé­mite Alain Soral dans son tor­chon Comprendre l’Empire, en évitant d’écrire « les Juifs » à chaque page, mais en se débrouillant pour faire com­pren­dre à ses lec­teurs qui sont véri­tab­lement, selon son esprit raciste, antisé­mite et para­noïaque, les véri­tables « Maîtres du Monde ».

Contrairement à Soral, nos deux héraults de l’anti­sio­nisme « blanc » (4), eux, ne sont pas antisé­mites. En même temps, ils emprun­tent à l’antisé­mit­isme l’un de ses thèmes favo­ris, celui du com­plot juif inter­na­tio­nal (le mot juif étant ici rem­placé par « sio­niste » auquel, pour faire bonne mesure, on adjoint celui d’ « amé­ricain »). Ils ne peu­vent s’empêcher de vou­loir à tout prix accré­diter l’idée d’un com­plot israélo-amé­ri­cano-sio­niste qui remon­te­rait à l’après 11-sep­tem­bre 2001 et aurait de soli­des relais dans les médias. Médias qui les condam­ne­raient ou ten­te­raient de les réd­uire au silence, quand ils ne sont pas traînés devant les tri­bu­naux pour payer de lour­des amen­des. Ils savent pour­tant très bien que, der­rière les par­ti­sans des théories du com­plot (capi­ta­liste, bol­che­vik, sio­niste, etc.), on risque tou­jours de trou­ver des antisé­mites mal déguisés.

Cependant, nos deux intel­lec­tuels n’en ont cure.

Drapés l’un dans sa toge de « phi­lo­so­phe » mao-sta­li­nien, coque­lu­che des intel­lec­tuels « marxis­tes » orphe­lins du « socia­lisme réel » (tra­duire : nos­tal­gi­ques du capi­ta­lisme d’Etat tota­li­taire), l’autre dans sa bure d’éditeur « blanc » gallo-chic, nos deux polém­istes n’ont aucun com­plexe à puiser dans l’argu­men­taire du com­plot.

Dans une cer­taine mesure, ce n’est pas étonnant ; on sait que les régimes russe et chi­nois, qu’ils ont adoré dans leur jeu­nesse, ont tou­jours traité leurs oppo­sants inter­nes de traîtres, d’espions, d’indi­vi­dus vendus à l’Amérique, au révisi­onn­isme, au sio­nisme, quand ce n’était pas à Hitler et au Mikado !

Les théories du com­plot et l’habi­tude de trai­ter leurs adver­sai­res poli­ti­ques à gauche comme des traîtres, des flics, des indics ou des espions font partie de leur édu­cation poli­ti­que sta­li­nienne : ces mét­hodes de « dis­cus­sion » ont prospéré dès que le parti bol­che­vik a pris le pou­voir et s’est trouvé en charge de l’Etat, de la police et de l’armée « sovié­tiques ». La situa­tion n’a fait qu’empi­rer, une fois que Staline, en tant que secrét­aire général du Parti, a réussi à éli­miner toutes les oppo­si­tions au sein du Parti com­mu­niste russe entre 1924 et 1928, et s’est lui-même servi de l’Internationale com­mu­niste pour ins­tau­rer un réseau d’espion­nage inter­na­tio­nal au ser­vice de la puis­sance russe. Le pro­ces­sus ne s’est pas arrêté aux fron­tières de l’URSS et aux manœuvres clan­des­ti­nes des ser­vi­ces secrets russ­ses : les bureau­cra­tes sta­li­niens ont appris à tous les partis de l’Internationale com­mu­niste à dif­fa­mer (puis à liqui­der phy­si­que­ment) leurs oppo­sants, en pui­sant notam­ment dans les théories du com­plot.

Et même leurs oppo­sants (les trots­kys­tes) ont été par­fois conta­minés. L’exem­ple rela­ti­ve­ment réc­ente de l’affaire Varga, montée au sein de l’OCI, le parti où se sont « formés » Mélenchon, Cambadélis, Jospin et quel­ques autres sociaux-patrio­tes actuels, l’illus­tre bien. Mais com­bien de mini procès sur le modèle sta­li­nien ont-ils été montés de toutes pièces contre des indi­vi­dus ou de peti­tes ten­dan­ces au sein des grou­pus­cu­les d’extrême et d’ultra­gau­ches ? Le sta­li­nisme a rép­andu son poison pen­dant des géné­rations, y com­pris chez les soixante-hui­tards, post-soixante-hui­tards, auto­no­mes, etc.

Combats contre des mou­lins à vent et des nains de jardin ger­ma­no­pra­tins

Le pam­phlet de Hazan et Badiou se résume à un plat règ­lement de comp­tes avec quel­ques indi­vi­dus sans intérêt, et qui, de sur­croît, n’occu­pent aucune place signi­fi­ca­tive dans les dis­cus­sions des mili­tants de gauche et d’extrême gauche : Alain Finkielkraut, Bernard Henri-Lévy, Claude Lanzmann, Eric Marty, Jean Birnbaum, Robert Redeker, André Glucskman, Pierre André-Taguieff et Jacques-Alain Millner.

Il est peu pro­ba­ble que plus de 1 % des mili­tants de gauche ou d’extrême gauche aient lu les ouvra­ges des indi­vi­dus précités. À la rigueur, ils ont pu par­cou­rir d’un œil dis­trait quel­ques-unes de leurs tri­bu­nes libres dans Le Monde ou Libération, ou les enten­dre quel­ques minu­tes à la radio ou à la télé­vision, mais il est évident qu’ils n’ont jamais accordé d’impor­tance à leurs vocifé­rations méd­ia­tiques, tant elles coïn­cident le plus sou­vent avec les dia­tri­bes de la droite réacti­onn­aire.

Un sujet comme l’antisé­mit­isme « à gauche » (pour repren­dre l’expres­sion super­fi­cielle de Michel Dreyfus) ou plutôt, comme l’antisé­mit­isme DE gauche méri­terait un livre sérieux qui prenne autre chose pour cibles que quel­ques épouv­antails conser­va­teurs méprisés par les mili­tants de gauche et d’extrême gauche. Et il méri­terait sur­tout une vision qui dép­asse le cadre franco-français dans lequel res­tent enfermés les intel­lec­tuels « radi­caux » hexa­go­naux.

L’antisé­mit­isme de gauche

On attend tou­jours l’his­to­rien qui mettra en pers­pec­tive (et en tenant compte du contexte, des débats dis­tincts à chaque époque) les posi­tions des anar­chis­tes, de la gauche et de l’extrême gauche, des syn­di­cats, du mou­ve­ment ouvrier, sur la « ques­tion juive », le « sio­nisme », l’anti­sio­nisme, etc., depuis un siècle.

Nous n’avons pas besoin d’un polém­iste intel­li­gent et cultivé mais déses­pérément brouillon comme P.A. Taguieff qui com­pile et déc­oupe mal­honnê­tement des cen­tai­nes de cita­tions, procède à des amal­ga­mes inad­mis­si­bles, et lance des accu­sa­tions insensées.

Pas plus que d’un his­to­rien (trop) pressé comme Michel Dreyfus qui bâcle ce qui res­sem­ble furieu­se­ment à un ouvrage de com­mande (L’Antisémitisme à gauche) pour ras­su­rer la gauche et l’extrême gauche, et que celles-ci puis­sent conti­nuer à dormir tran­quilles, et à rester confi­tes dans leur bonne cons­cience.

Nous avons besoin d’un cher­cheur, ou mieux d’une équipe de cher­cheurs patients et mét­ho­diques qui sachent nous res­ti­tuer la pro­fon­deur des débats, et l’impor­tance des pro­blèmes spé­ci­fiques et des dif­fi­cultés nom­breu­ses que soulèvent « la ques­tion juive », le sio­nisme et l’exis­tence l’Etat d’Israël, en France, et dans le monde.

Le tra­vail a été un peu déf­riché dans deux recueils d’arti­cles récents, publiés en anglais : le pre­mier ras­sem­ble des contri­bu­tions rédigées par des uni­ver­si­tai­res modérés ou carrément réacti­onn­aires, et porte sur de nom­breux aspects de l’his­toire de l’anti­sio­nisme antisé­mite, de gauche et de droite, y com­pris au sommet de l’armée amé­ric­aine (eh oui, les « anti­sio­nis­tes » gallo-chics auront sans doute un infarc­tus en lisant ce livre…) : « Anti-Semitism and Anti-Zionism in Historical Perspective : Convergence and Divergence » (2006), chez Routledge (5).

Le second « Rebels against Zion. Studies on the Jewish Left Antizionism » (2011), publié sous la direc­tion d’August Grabski, réunit des contri­bu­tions de plu­sieurs uni­ver­si­tai­res, mais aussi de mili­tants de gauche, pro­ches du PC israélien, du Fatah et des trots­kys­tes.

Lénine, Staline et l’anti­sio­nisme de gauche

À ce sujet, si l’on est un peu plus rigou­reux et sérieux que le duo Hazan/Badiou, on pourra aussi téléch­arger et lire la thèse d’Asmund Borgen Gjerde « Reinterpreting Soviet “Antizionism”. An ana­ly­sis of “anti­zio­nist” texts publi­shed in the Soviet Union, 1967-1972 », dont les pre­miers cha­pi­tres retra­cent les ambi­guïtés des bol­che­viks face à la ques­tion juive et au sio­nisme, afin d’expli­quer com­ment l’antisé­mit­isme en URSS n’a pas surgi sur un ter­rain idéo­lo­giq­uement vierge, et n’est pas sou­dain apparu au moment de la guerre des Six Jours (même si 1967 marque une rup­ture liée notam­ment à des chan­ge­ments impor­tants chez les Juifs russes), n’en dépl­aise aux (néo)sta­li­niens, (post)trots­kys­tes, lénin­istes et (post)maoïstes de tous bords. L’intérêt de ce tra­vail est aussi qu’il repose sur une série d’archi­ves iné­dites, du moins pour les années soixante.

A. Borgen Gjerde expli­que bien com­ment, dans sa lutte acharnée contre le Bund avant 1917, Lénine, tout en dénonçant les pogro­mes, l’antisé­mit­isme, les crimes des Cent-Noirs, les dis­cri­mi­na­tions anti­jui­ves, etc., a tou­jours déf­endu l’idée que l’antisé­mit­isme était un ves­tige du féo­dal­isme, qui ne pou­vait mobi­li­ser que des pay­sans arriérés. Il refu­sait d’admet­tre que l’antisé­mit­isme sév­issait aussi dans les rangs de la classe ouvrière russe – ce que lui repro­chait le Bund.

Comme chacun le sait, ou plutôt devrait le savoir, cette négation de l’antisé­mit­isme ouvrier a été une cons­tante chez ses suc­ces­seurs, ou dis­ci­ples, trots­kys­tes, sta­li­niens, maoïstes et ultra­gau­ches. Pour eux l’antisé­mit­isme (et d’ailleurs aussi sou­vent le racisme, mais ce serait une autre dis­cus­sion) est une idéo­logie qui ne sévit pra­ti­que­ment que dans les rangs de la petite bour­geoi­sie (pay­sans, petits com­merçants, arti­sans etc., toutes cou­ches socia­les censées être condamnées à dis­pa­raître par l’his­toire et par l’évo­lution inél­uc­table du capi­ta­lisme).

Cela permet sans doute d’expli­quer pour­quoi la gauche, l’extrême gauche, et l’ultra­gau­che occi­den­ta­les se sont tou­jours mon­trées si lentes à réagir face à l’antisé­mit­isme, de l’Affaire Dreyfus à l’assas­si­nat d’Ivan Halimi, en pas­sant par les dép­or­tations et le judéo­cide durant la Seconde Guerre mon­diale. L’antisé­mit­isme n’était (et n’est) sou­vent pour ces mili­tants qu’un phénomène mar­gi­nal, concer­nant seu­le­ment les petits bour­geois et les bour­geois : ceux qui le pro­pa­gent (les médias capi­ta­lis­tes et les clas­ses domi­nan­tes), ceux qui en sont infectés (les « clas­ses moyen­nes ») et ceux qui en sont vic­ti­mes (les usu­riers du Moyen Age, l’offi­cier Dreyfus au XIXe siècle, les com­merçants, arti­sans, ban­quiers et capi­ta­lis­tes juifs au XXe ou au XXIe siècles). Et ces marxis­tes ont tran­quille­ment ignoré les réalités socia­les, les contra­dic­tions de classe au sein des com­mu­nautés juives, notam­ment l’exis­tence d’un prolé­tariat juif…

Borgen Gjerde sou­li­gne éga­lement que Lénine oscille entre deux images du Juif :

- le mau­vais juif (bour­geois, réacti­onn­aire, natio­na­liste, « clé­ri­cal­iste », mani­pulé par les rab­bins et les bour­geois juifs, atta­ché à ses tra­di­tions reli­gieu­ses, cultu­rel­les, eth­ni­ques, qui veut perpétuer « l’esprit du ghetto » et considère l’antisé­mit­isme comme éternel – et qui est donc sio­niste)

- et le bon juif (prolét­aire, inter­na­tio­na­liste, uni­ver­sa­liste, acculturé voire assi­milé et sou­cieux de pren­dre ses dis­tan­ces avec ses « raci­nes » juives qu’il considère comme une limi­ta­tion, voire comme une prison iden­ti­taire insup­por­ta­ble – et donc anti­sio­niste).

Il dét­ecte éga­lement une contra­dic­tion chez Lénine, contra­dic­tion qui expli­que, à notre avis, en partie la confu­sion théo­rique qui règne chez les anti­sio­nis­tes de gauche actuels : tantôt Vladimir Illitch considère les Juifs comme une nation (mais seu­le­ment ceux qui par­lent le yid­dish, l’hébreu étant pour lui la langue de l’obs­cu­ran­tisme reli­gieux et du natio­na­lisme bour­geois), tantôt il leur dénie ce statut de nation. Cette posi­tion est liée à sa concep­tion par­ti­cu­liè­rement méca­nique concer­nant une prét­endue « double nature » des cultu­res natio­na­les : celles-ci, selon Lénine, auraient une dimen­sion révo­luti­onn­aire ( la culture bour­geoise, ici le sio­nisme et le judaïsme) et une dimen­sion réacti­onn­aire (la culture du prolé­tariat, ici, celle des prolét­aires et des intel­lec­tuels juifs socia­lis­tes inter­na­tio­na­lis­tes).

C’est sous Staline, selon Borgen Gjerde, et dès les années 1930, que la pro­pa­gande sovié­tique a com­mencé à assi­mi­ler le sio­nisme non seu­le­ment à un agent de l’impér­ial­isme en Palestine (cf. les déc­la­rations de l’Internationale com­mu­niste lors des pogro­mes de 1929 en Palestine qui en sou­li­gnèrent seu­le­ment l’aspect « posi­tif », la réb­ellion des masses arabes contre l’impér­ial­isme bri­tan­ni­que !), mais aussi au fas­cisme et au nazisme. Bien avant la Seconde Guerre mon­diale (et bien avant le 11 sep­tem­bre 2001 !!) les jour­naux sovié­tiques publiaient des cari­ca­tu­res mon­trant des rab­bins qui bran­dis­saient des armes et por­taient des châles de prières ornés de svas­ti­kas. Un livre publié en URSS en 1946 déf­endait déjà la thèse (si rép­andue aujourd’hui dans les milieux anti­sio­nis­tes qu’elle est deve­nue une sinis­tre bana­lité) que les « sio­nis­tes » auraient emprunté le concept de la « race supéri­eure » au fas­cisme. Cela fait écho à un autre thème devenu cou­rant dans la pro­pa­gande anti­sio­niste de gauche actuelle, et qui repose sur un contre­sens com­plet : l’assi­mi­la­tion entre la notion reli­gieuse de « peuple élu » et celle fas­ciste de race supéri­eure, qui permet de com­pa­rer judaïsme et nazisme, ou sio­nisme et fas­cisme.

Mais le ver (ou en tout cas l’ambi­guïté mor­telle de l’anti­sio­nisme de gauche) était dans le fruit bien avant, puis­que, du vivant donc de Saint Lénine et de Saint Trotsky, en 1921, furent montés des spec­ta­cles de rue à visée « péda­go­gique », sous forme de procès qui se ter­mi­naient par la condam­na­tion à mort sym­bo­li­que de la reli­gion juive. C’est d’ailleurs de cette époque-là (les anti­sio­nis­tes juifs de gauche n’ont rien inventé !) que date tout un arse­nal de pro­pa­gande créé par les bol­che­viks juifs (les Yevsekstii, sec­tions juives du Parti com­mu­niste-bol­che­vik russe, créées en 1918 et chargées de dif­fu­ser le mes­sage révo­luti­onn­aire dans les masses juives en yid­dish) qui repre­naient les stér­éo­types antisé­mites : les publi­ca­tions de ces juifs com­mu­nis­tes athées publiaient des cari­ca­tu­res de Juifs avec un long nez, des lèvres épa­isses, de gran­des oreilles, une barbe et des che­veux en bataille. Etant juifs, ces com­mu­nis­tes pen­saient pou­voir lutter contre le natio­na­lisme juif, le sio­nisme et la reli­gion juive avec ce type d’armes, sans que cela porte à conséqu­ence. Pour eux, la fin jus­ti­fiait les moyens. Une tra­di­tion « reli­gieu­se­ment » conservée jusqu’à nos jours chez les anti­sio­nis­tes de gauche.

Cet arti­cle n’est pas le lieu adéquat pour dével­opper en détail une telle hypo­thèse, mais on peut au moins avan­cer ici que cette vision lénin­iste binaire des Juifs, cette indé­cision sur l’exis­tence d’une ques­tion natio­nale juive, et cette sous-esti­ma­tion de l’antisé­mit­isme chez les com­mu­nis­tes, puis les sta­li­niens, juifs a marqué, avec des nuan­ces et des trans­for­ma­tions, toute l’his­toire de l’anti­sio­nisme de gauche, de Lénine jusqu’à des grou­pes comme l’UJFP ou Warshawski, par exem­ple aujourd’hui, en pas­sant par l’UJRE, l’Union des juifs pour la rés­ist­ance et l’entraide (si l’on consulte les archi­ves de son organe La Presse nou­velle à la biblio­thèque du MEDEM, on se rend compte qu’il a fallu des années aux sta­li­niens juifs français pour admet­tre l’exis­tence de l’antisé­mit­isme en URSS et dans les démoc­raties popu­lai­res, et ce avec bien des contor­sions).

En tout cas, si un jour un his­to­rien des idées et des pra­ti­ques poli­ti­ques s’adonne à cette tâche com­plexe, espérons qu’il saura que les débats sur l’antisé­mit­isme DE gauche n’ont pas com­mencé après l’atten­tat du 11 sep­tem­bre 2001, comme le prétend notre duo anti­sio­niste gallo-chic….

Un débat qui n’a rien à voir avec le 11 sep­tem­bre !

Même s’il ne daigne pas remon­ter pas jusqu’à la bro­chure des Etudiants socia­lis­tes révo­luti­onn­aires inter­na­tio­na­lis­tes de Paris (anar­chis­tes), inti­tulée « Antisémitisme et sio­nisme » (1900), ou s’il ignore l’éch­ange de let­tres entre Reginald Reynolds et Emma Goldman en 1937, et se contente d’étudier les débats des trente der­nières années, cet his­to­rien s’intér­es­sera par exem­ple

- aux Anti-Deutsch (litté­ra­lement Anti-Allemands) qui depuis 1989 ont lancé ce débat en Allemagne et en Autriche, DOUZE ans avant le 11 sep­tem­bre. Leur invo­lu­tion réacti­onn­aire ne doit pas faire oublier qu’ils venaient au départ de l’extrême gauche alle­mande et se réc­lamaient du marxisme de l’Ecole de Francfort ;

- aux trots­kys­tes de l’Alliance for Workers Liberty qui ont pris posi­tion en Grande-Bretagne dès 1985 ;

- aux anti­sio­nis­tes bri­tan­ni­ques de gauche comme Steve Cohen qui a abordé le sujet dans un livre dès 1984 ;

- aux com­mu­nis­tes liber­tai­res du groupe De Fabel van de ille­gaal (aujourd’hui Doorbrak) qui menèrent ce débat dans le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste dès 1998 et tentèrent (en vain) de l’élargir à d’autres pays, raison pour laquelle ils quittèrent ce mou­ve­ment.

Et cette liste n’est cer­tai­ne­ment pas exhaus­tive.

Le jour où la gauche et l’extrême gauche hexa­go­na­les tien­dront compte de la dimen­sion inter­na­tio­nale des ques­tions poli­ti­ques qu’elles abor­dent, elles ces­se­ront peut-être leurs dia­tri­bes inu­ti­les contre des pan­tins méd­ia­tiques. Soyons justes : elles ten­tent par­fois de s’élever au niveau « global », mais c’est pour repren­dre les idées les plus éculées de la géo­po­li­tique sta­li­nienne sur les Etats « pro­gres­sis­tes » et l’Axe du Mal amé­ri­cano-sio­niste !

Et ce afin de ren­for­cer le camp « alte­rimpér­ial­iste », cons­ti­tué, entre autres, par la Russie, la Chine, l’Iran et le Venezuela. Comme l’écrit le GARAP dans son arti­cle sur le sous-fas­cisme (NPNF n° 36-37), « l’alte­rimpér­ial­isme relaie, au sein des pays avancés, à la fois les velléités expan­sion­nis­tes (éco­no­miques, com­mer­cia­les, diplo­ma­ti­ques, ter­ri­to­ria­les et mili­tai­res) d’Etats-nations réc­emment hissés au rang de puis­san­ces rég­io­nales, et les dis­cours d’acier de leurs gar­ni­sons poli­tico-mili­tai­res implantées dans leurs sphères d’influence ».

Le pam­phlet que Hazan et Badiou ont commis est d’autant plus indécent que ces deux intel­lec­tuels dénués de toute mém­oire his­to­ri­que, mais non dépo­urvus de culot et de cynisme, accu­sent ceux qui ne pen­sent pas comme eux d’être des « sta­li­niens » et des « par­ti­sans de l’Etat ».

Arroseurs arrosés

Pourtant, le pre­mier (Alain Badiou) ne craint pas de déf­endre encore Mao-tsé-toung, cet homme d’Etat san­gui­naire et méga­lo­man­iaque qui diri­gea d’une main de fer son pays pen­dant pres­que trente ans, fut le grand orga­ni­sa­teur des camps de tra­vail, des fusilla­des et des fami­nes pla­ni­fiées, ainsi que le concep­teur d’une des plus gros­ses mobi­li­sa­tions anti-prolé­tari­ennes de l’Histoire (la très mal nommée « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne »).

Quant au second, (Eric Hazan) on attend tou­jours le bilan de son sou­tien au Parti sta­li­nien français jusqu’en 1956, les rai­sons de ses illu­sions sur le sta­li­nisme russe ou sur le FLN algérien, qui lui aussi cons­trui­sit un Etat tout ce qu’il y a de plus clas­si­que, malgré sa rhé­to­rique auto­ges­tion­naire ini­tiale. Notons que Hazan a encore la nos­tal­gie du Parti com­mu­niste d’avant 1956. Ce même Parti qui, suc­ces­si­ve­ment, négocia la repa­ru­tion de l’Humanité en juin 1940 avec Otto Abetz ; pro­posa à Pétain (par l’intermédi­aire du député « com­mu­niste » François Billoux, empri­sonné !) de tém­oigner contre Blum au procès de Riom ; dénonça de Gaulle comme un agent de l’impér­ial­isme bri­tan­ni­que avant l’atta­que alle­mande contre l’URSS ; puis mit le Général sur un piéd­estal ; prôna l’Union natio­nale et la poli­ti­que du « À chacun son Boche » ; réha­bi­lita Jeanne d’Arc, cette icône de l’extrême droite catho­li­que ; refusa toute pro­pa­gande révo­luti­onn­aire pour inci­ter les sol­dats alle­mands à se retour­ner contre leurs offi­ciers (ce que firent, au péril de leur vie, quel­ques mili­tants trots­kys­tes qui fini­rent fusillés ou déportés par les nazis, ou liquidés par les sta­li­niens) ; obli­gea les maqui­sards FTP pleins d’illu­sions sur leur Parti à rendre leurs armes après la Libération ou à s’enga­ger dans l’armée, quitte à se retrou­ver ensuite en Indochine ; fit retrous­ser leurs man­ches aux ouvriers français (« La grève est l’arme des trusts ») dès la Libération pour le plus grand profit des patrons français ; et sou­tint la mise en place du pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résistance (pro­gramme d’un Etat qui rép­rimait féro­cement les grèves)….

Il est déris­oire de voir nos deux compères s’indi­gner de l’expres­sion « hitléro-trots­kyste », alors qu’ils en ont été par­ti­sans pen­dant une partie de leur exis­tence poli­ti­que, sans qu’ils se livrent à la moin­dre réflexion auto­cri­ti­que – du moins à notre connais­sance. Car, que je sache, cette expres­sion se trouve bien dans les écrits de Mao que révère Alain Badiou et dans ceux du PCF dont Eric Hazan fut membre en pleine pér­iode sta­li­nienne.

« Arabo-musul­mans », une expres­sion inventée par les flics ??!!

Il est par ailleurs incongru de les voir affir­mer doc­te­ment que l’expres­sion « arabo-musul­mans » (que l’on peut d’ailleurs contes­ter, mais pour des rai­sons plus sub­ti­les que celles avancées par les auteurs) serait d’ori­gine poli­cière, alors qu’au cours des trente der­nières années (pour ne pren­dre que celles-là) des dizai­nes d’ouvra­ges ou d’arti­cles uni­ver­si­tai­res sont parus sur « Le fait colo­nial, l’his­toire de France et le monde arabo-musul­man », « Le don et l’anti-éco­no­mique dans la société arabo-musul­mane », « L’Encyclopédisme arabo-musul­man », « La phi­lo­so­phie et la sagesse dans la pensée arabo-musul­mane », « Le défi de la phi­lo­so­phie en terre arabo-musul­mane » », « L’influence des études urbai­nes dans le champ de la recher­che doc­to­rale franç­aise sur l’aire arabo-musul­mane », « L’ini­tia­tion à la musi­que arabo-musul­mane », « L’ima­gi­naire arabo-musul­man », etc.

Malek Chebel, Benjamin Stora, Gilles Keppel, l’Association des tra­vailleurs maro­cains de France, l’Institut de recher­che sur le monde arabe et musul­man, etc., tous influencés par la pensée poli­cière gau­loise post-2001 ? Un peu de sérieux, mes­sieurs les radi­caux-chics !

« Noirs de France » et Palestine

Quant à leur asser­tion selon laquelle les « Noirs de France » s’iden­ti­fie­raient à la Palestine, affir­ma­tion reprise du dis­cours racia­liste du Parti des Indigènes de la République, s’il reflète leur sou­hait d’une union entre « Noirs » ( ?), « Arabes » ( ?), « Musulmans » ( ?) et « Blancs » Franco-Gaulois toutes clas­ses socia­les confon­dues pour célébrer une nou­velle union natio­nale, on en attend tou­jours la démo­nst­ration.

La majo­rité des « Noirs de France » ne sont pas (contrai­re­ment à ce qu’écrivent Hazan et Badiou) des fils de tra­vailleurs maliens ou séné­galais réc­emment arrivés sur le ter­ri­toire « français » mais des Antillais, et je doute que l’anti­sio­nisme à la sauce gallo-chic soit leur prin­ci­pale pré­oc­cu­pation ! Et si, par mal­heur, cette idéo­logie néf­aste deve­nait domi­nante grâce à l’influence délétère d’indi­vi­dus comme Dieudonné, la Tribu Ka, le Mouvement des damnés de l’impér­ial­isme et autres canailles d’extrême droite, il n’y aurait pas lieu de s’en réjouir, fut-on par­ti­san de la poli­ti­que du… P.I.R comme Eric Hazan.

Y.C., Ni patrie ni fron­tières

5/3/2012

P.S. Merci à Charles, Jean-Pierre et Thomas pour leurs cri­ti­ques et remar­ques fort utiles !

Notes

1. On lira par exem­ple avec profit « Etre arabe » d’Elias Sanbar et Farouk Mardam-Bey aux Editions Sindbad, ouvrage qui dém­onte les men­son­ges de la pro­pa­gande sio­niste (ici sans guille­mets, car les auteurs savent de quoi ils par­lent) depuis le début du XXe siècle, puis israéli­enne depuis 1948, même si l’on peut ne pas par­ta­ger du tout leur admi­ra­tion pour Nasser ou leurs illu­sions délétères sur les vertus du natio­na­lisme arabe. Et le lec­teur fera même son miel de cer­tains bons livres édités par La Fabrique…

2. L’auteur uti­lise le terme consen­suel et neutre de « short­co­mings », que j’aurais préféré tra­duire par « actes cri­mi­nels »… mais ce n’est pas l’expres­sion employée ici par ce spéc­ial­iste de l’his­toire des Juifs en Grande-Bretagne. Ce mot anglais signi­fie aussi « lacu­nes, man­que­ments, erreurs » et est donc par­ti­cu­liè­rement faible pour déc­rire les pra­ti­ques colo­nia­les israéli­ennes et la vio­la­tion cons­tante des droits les plus élém­ent­aires des Palestiniens.

3. Cf. « Géopolitique de l’islam et dhim­mis juifs » http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php...

Ce statut était fondé sur les cri­ti­ques très vio­len­tes exprimées contre les Juifs dans le Coran, ceux-ci étant considérés comme des traîtres au mes­sage divin et comme res­pon­sa­bles du meur­tre d’un des Prophètes reconnus par l’Islam (Jésus-Christ) ; de plus, les tribus juives n’acceptèrent pas toutes la domi­na­tion mili­taire de Mahomet, ce qui donna nais­sance à des ver­sets anti­ju­daïques régul­ièrement uti­lisés par les musul­mans les plus antisé­mites.

Sur le site Islamophile (http://www.isla­mo­phile.org/spip/Le-...), un cer­tain « doc­teur Muzammil Siddîqî » répond benoî­tement à ce type de cri­ti­ques en ces termes : « Le Coran cri­ti­que plutôt les Juifs qui se sont détournés de l’authen­ti­que mes­sage divin [les­quels, il ne nous le pré­cise pas, ce qui permet toutes les inter­pré­tations, Y.C.] et il rép­rim­ande ceux qui mép­risaient et ridi­cu­li­saient le Prophète Muhammad (…) [en fait, il s’agit des tribus juives qui refusèrent les dik­tats du chef mili­taro-reli­gieux qu’était Mahomet, Y.C.]. Ces cri­ti­ques contre les Juifs sont simi­lai­res à celles qu’on peut trou­ver dans d’autres écri­tures dont la Bible [cri­ti­ques qui sont jus­te­ment à la base de l’antisé­mit­isme occi­den­talo-chrétien, ce qu’ignore sans doute notre bon « doc­teur » !!! Y.C.]. (…) De telles cri­ti­ques spé­ci­fiques n’ont jamais été inter­prétées par les grands savants du Coran comme une inci­ta­tion à la haine du peuple juif. Elles ne doi­vent donc pas être confon­dues avec de l’antisé­mit­isme. »

Quand on connaît la dif­fu­sion du Protocole des sages de Sion dans les pays dits « arabo-musul­mans », l’alliance étr­oite entre l’Allemagne nazie et le Grand Mufti de Jérusalem, les propos d’Ahmadinejad et l’orga­ni­sa­tion d’un congrès négati­onn­iste en Iran, etc., on se dit que les « grands savants du Coran » n’ont guère été « com­pris » des musul­mans à tra­vers les siècles, pas plus que les papes n’ont été « com­pris » des catho­li­ques, ou Luther des pro­tes­tants, ou Bouddha des hin­douis­tes…

Si le « mes­sage d’amour » des reli­gions se trans­forme régul­ièrement en paro­les et en actes de haine commis par leurs fidèles, il fau­drait peut-être se deman­der pour­quoi…

D’ailleurs, le « doc­teur Muzammil Siddîqî » nous four­nit un élément de rép­onse puisqu’il écrit, en toute inno­cence : « le Coran ne condamne pas la race sémite », puis s’élève contre l’idée que le Coran contien­drait la moin­dre « maléd­iction jetée contre un peuple, sim­ple­ment à cause de sa race ». Visiblement ce mon­sieur croit encore à la théorie des races, base idéo­lo­gique de l’antisé­mit­isme et du racisme.

Comme son arti­cle se ter­mine par « Et Dieu est Le plus Savant », nous ne pou­vons que recom­man­der à ce « doc­teur » d’envoyer un email à Allah pour savoir ce qu’il en pense… Nous publie­rons Sa rép­onse, car elle nous intér­esse vive­ment.

4. Il est pro­fondément néf­aste de clas­ser les indi­vi­dus en fonc­tion de leur appar­te­nance à des « races » (fus­sent-elles « sub­jec­ti­ves », comme le prét­endent les idéo­logues post-moder­nes actuels ou leurs copains du P.I.R.). Il est plus per­ti­nent de s’intér­esser à leur fonc­tion sociale dans les rap­ports de pro­duc­tion et à leurs posi­tions poli­ti­ques de classe. Mais puis­que ce sont les pseudo-concepts uti­lisés par Hazan et Badiou, il faut quand même leur rap­pe­ler cette « blan­chi­tude » incontes­ta­ble qu’ils par­ta­gent avec la petite-bour­geoi­sie et la bour­geoi­sie « blan­ches » à laquelle ils fei­gnent de ne pas appar­te­nir et qu’ils dén­oncent en bras­sant beau­coup de vent.

De plus, les posi­tions réacti­onn­aires ou « pro­gres­sis­tes » des indi­vi­dus ne dép­endent abso­lu­ment pas de leur cou­leur de peau, comme en tém­oignent Barack Obama, Condoleeza Rice et Colin Powell.

Enfin, quand on sait que Richard Nixon et le grand patro­nat « blanc » amé­ricain furent les pre­miers à récupérer le slogan du Black Power (cf. « Race, reform and rebel­lion. The Second Reconstruction in Black America, 1945-1990 », ouvrage de Marning Marable) et qu’une partie des diri­geants natio­na­lis­tes noirs radi­caux des années 60 et 70 sont deve­nus de fer­vents déf­enseurs de la libre entre­prise (idem), on peut avoir quel­ques doutes sur les effets posi­tifs, pour la lutte de classe, de l’impor­ta­tion de ces concepts dans le champ poli­ti­que et intel­lec­tuel européen par des mili­tants cer­tai­ne­ment révoltés et sincères mais fort mal informés, des uni­ver­si­tai­res ambi­tieux en quête de nou­vel­les chai­res, ou des poli­ti­ciens en quête de voix et de places.

5. Au som­maire : « Les antisé­mites et le sio­nisme, de l’indiffér­ence à l’obses­sion », « L’anti­sio­nisme peut-il avoir des prin­ci­pes ? Antihistoricisme et anti­sio­nisme dans la pensée juive moderne », « L’Allemagne nazie, l’anti­sio­nisme et l’antisé­mit­isme pen­dant la Seconde Guerre mon­diale », « Anti-amé­ri­can­isme et antisé­mit­isme », « Comment l’armée amé­ric­aine perçoit le sio­nisme depuis la Première Guerre mon­diale », « La cam­pa­gne anti­sio­niste de 1967-1968 en Pologne », « L’atti­tude de l’Allemagne de l’Est face au sio­nisme et à Israël », etc.

*******

Petite biblio­gra­phie sur les différents cou­rants de l’anti­sio­nisme

A) Le texte des ESRI « Antisémitisme et sio­nisme » (1900) se trouve dans la compil’ 1 de NPNF (« Question juive et antisé­mit­isme. Sionisme et anti­sio­nisme ») ainsi que les textes de Reginald Reynolds : « Les révo­luti­onn­aires et la Palestine », « Réponse à l’éditeur de Spain and the World » et Emma Goldman : « Lettre à l’éditeur de Spain and the World » (1937).

http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php...

http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php...

B) Sur la posi­tion de cer­tains Antideutsch, on lira notam­ment :

– en français l’arti­cle de Stephan Grigat : « L’antisé­mit­isme, l’anti­sio­nisme et la gauche » notam­ment sur notre site http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php...

– et en anglais l’arti­cle « Toward a cri­ti­que of anti-German com­mu­nism » de Raphael Schlembach dis­po­ni­ble sur Internet, qui retrace l’his­to­ri­que de ce cou­rant,

– ainsi que l’arti­cle « The Anti-Germans - The Pro-Israel German Left » de Simon Erlanger http://www.jcpa.org/JCPA/Templates/..., plus centré sur les posi­tions des Anti-Deutsch à propos d’Israël et qui contient des infos fort utiles, y com­pris pour ceux qui déf­endent un point de vue « anti­sio­niste ».

C) Parmi les textes que l’on peut trou­ver sur le site de l’AWL, petit groupe trots­kyste anglais qui, sur la ques­tion de l’antisé­mit­isme de gauche, tire la son­nette d’alarme depuis pres­que trente ans, citons

– Un arti­cle de Socialist Organiser du 28 mars 1985,

http://www.wor­kers­li­berty.org/story...

– une polé­mique d’octo­bre 1987 avec Tony Greenstein : John Mahony, Workers Liberty n° 8, « A Reply to A Perdition debate »

http://www.wor­kers­li­berty.org/story...

– un texte de 1988 : « Anti-Semitism and the Left : an Open Letter to Tony Cliff » (« L’antisé­mit­isme et la gauche : lettre ouverte à Tony Cliff » – Cliff était le diri­geant his­to­ri­que du SWP, prin­ci­pale orga­ni­sa­tion trots­kyste bri­tan­ni­que), par Sean Matgamma

http://www.wor­kers­li­berty.org/story...

On pourra lire aussi après la (pseudo) date fati­di­que du 11 sep­tem­bre 2001 la série d’arti­cles de Stan Crooke sur le procès Slansky, le sta­li­nisme et les théories du com­plot, procès qui, rap­pe­lons-le aux anti­sio­nis­tes phi­los­ta­li­niens, eut lieu en 1952 : http://www.wor­kers­li­berty.org/worke...;; ainsi que, du même auteur, « Les raci­nes sta­li­nien­nes de l’antisé­mit­isme de gauche » (2011) http://www.wor­kers­li­berty.org/story...;;

– Une inter­view de Moishe Postone « Zionism, anti-semi­tism and the left » (Le sio­nisme, l’antisé­mit­isme et la gauche), réalisée en février 2010, http://www.wor­kers­li­berty.org/story...

– « What is left anti-semi­tism ? » (Qu’est-ce que l’antisé­mit­isme de gauche ?) (2007) http://www.wor­kers­li­berty.org/node/5041

– « Anti-semi­tism on the left » (L’antisé­mit­isme à gauche) (2006) http://www.wor­kers­li­berty.org/node/6705

– « Zionism, anti­se­mi­tism and the left » (Le sio­nisme, l’antisé­mit­isme et la gauche) http://www.wor­kers­li­berty.org/story...

– Sean Matgamma, « Anti-racism is indi­vi­si­ble » (L’anti­ra­cisme est indi­vi­si­ble), juillet 2005 http://www.wor­kers­li­berty.org/node/4391

etc.

D) Le livre de Steve Cohen, avocat infa­ti­ga­ble de la déf­ense des « sans-papiers » en Grande-Bretagne That’s Funny, You Don’t Look Anti-Semitic (C’est curieux, t’as pas une tête d’antisé­mite), écrit en 1984 a été suivi par de nom­breux arti­cles du même auteur que l’on peut trou­ver sur ce blog ras­sem­blant ses écrits http://you-dont-look-anti-semi­tic.b...

E) On trou­vera les textes de De Fabel van de ille­gaal (qui a fusionné dés­ormais avec deux autres grou­pes pour former l’orga­ni­sa­tion Doorbraak) tra­duits en français sur Internet et dans le livre publié par nos soins

– « La cam­pa­gne contre l’AMI est ambi­guë et poten­tiel­le­ment antisé­mite » (1999) http://mon­dia­lisme.org/spip.php?art...

– « Entre anti­sio­nisme et antisé­mit­isme » (2000) http://mon­dia­lisme.org/spip.php?art...

– « Comment éviter quel­ques pièges antisé­mites et isoler les racis­tes » (2002) http://mon­dia­lisme.org/spip.php?art...

– « L’antisé­mit­isme sur le site d’Indymedia aux Pays-Bas » (2002)

http://mon­dia­lisme.org/spip.php?art...

F) Et pour finir cette biblio­gra­phie, le livre « Rebels against Zion. Studies on the Jewish Left Antizionism » (2011), publié sous la direc­tion d’August Grabski. Au som­maire (cer­tains textes se trou­vent sur Internet en anglais) :

- Roni Gechtman, « Les débats sur les ques­tions natio­nale et juive dans la Deuxième Internationale et le Bund », 1889-1914 ;

- Rick Kuhn, « L’anti­sio­nisme juif dans le mou­ve­ment socia­liste de Galicie » (lituano-polo­naise)

https://digi­tal­col­lec­tions.anu.edu....;;

- Jack Jacobs : « L’anti­sio­nisme du Bund dans la Pologne de l’entre-deux-guer­res » ;

Henry Srebrnik : « L’ICOR, Association pour la colo­ni­sa­tion juive en Union sovié­tique, et la cam­pa­gne contre le sio­nisme, “ennemi des masses juives” 1924-1935 » ;

- Bat-Ami Zucker : « Les com­mu­nis­tes juifs amé­ricains et la Palestine durant les années 1930 » ;

- Silvia Schenkolewki Kroll, « Idéologie et pro­pa­gande dans la cons­truc­tion de la mém­oire col­lec­tive : sio­nisme et com­mu­nisme en Argentine » ;

- August Grabski, « Matzpen et l’Etat d’Israël (1962-1973) ;

- Gennady Estraikh, « Un anti­sio­nisme oppor­tu­niste, Sovetish Heymland, 1961-1991 » ;

- Philip Mendes « La négation de l’expéri­ence juive de l’oppres­sion : les Juifs aus­tra­liens contre le sio­nisme et l’antisé­mit­isme (JAZA) et le débat sur la radio 3CR » (http://www.paul­bog­da­nor.com/anti­sem...) ;

- Bashir Abu-Manneh, « Israël dans l’Empire amé­ricain, réflexions sur le post sio­nisme »

http://month­ly­re­view.org/2007/03/01...;;

- Polly Pallister Wilkings : « Les anar­chis­tes contre le mur : un défi post-struc­tu­ra­liste contre le sio­nisme » ;

- Uri Davis, « Pour la solu­tion hybride d’un seul Etat »

http://www.odsg.org/co/index.php?op...;;

- Ilan Pappe, « La cons­truc­tion et la des­truc­tion de Hadash » ;

- Stan Crooke, « Faut-il boy­cot­ter Israël ? »

http://www.wor­kers­li­berty.org/story...

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