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Sur François Duprat

vendredi 2 décembre 2011, par Yves

Duprat, François (1940-1978). Antisémite, raciste antisioniste, négationniste et informateur stipendié des Renseignements généraux (400 euros par mois, de l’argent de poche pour certains, une grosse somme pour d’autres), il a joué un rôle important dans l’importation de thèmes de gauche dans la propagande des groupes fascistes et du Front national. Il contribua à importer en France le slogan de la « cause des peuples », inspiré par les nationalistes-révolutionnaires allemands. Il fut aussi l’inventeur du mot d’ordre de la « préférence nationale » (1) (même si celui-ci fut développé quelques années plus tard par Jean-Yves Le Gallou, dans le cadre du Club de l’Horloge, fondé en 1974 par des membres du Parti républicain et du RPR, think-tank pour énarques, polytechniciens et anciens de Normale sup’). En 1967, dans L’Agression israélienne, il déroulait déjà tous les thèmes de la propagande antisioniste-antisémite de droite, comme de gauche :

– Israël est en train de perpétrer un « génocide » contre les Palestiniens ;

– les Français sont manipulés par les médias influencés, ou possédés, par les juifs (ces « techniciens de classe » selon Duprat) ;

– si l’antisémitisme croît, ce serait parce que les Juifs font trop de bruit ;

– il faut lutter contre le « lobby sioniste » en France et pour la « liberté de la Palestine arabe » ;

– il faut se montrer solidaires avec « le peuple opprimé de Palestine dans son héroïque résistance contre l’occupation sioniste ».

Duprat vit dans le négationnisme (quelques années avant Guillaume, Thion et Faurisson) un moyen pour l’extrême droite de se débarrasser des accusations de pétainisme et de philofascisme qui la maintenaient à l’écart du champ politique. Le triomphe éventuel des idées révisionnistes, pensait-il, permettrait de réhabiliter les régimes fascisants ou fascistes qui servaient de références à l’extrême droite.

Pour plus de détails, on consultera le documentaire « François Duprat, une histoire de l’extrême droite » disponible sur Internet : http://www.lemonde.fr/week-end/visuel/2011/04/08/francois-duprat-une-histoire-de-l-extreme-droite_1504004_1477893.html

1. La lutte contre « l’immigration sauvage » (les technocrates et les politiciens préfèrent parler d’immigration « illégale ») est d’ailleurs, trente ans plus tard, le terrain sur lequel le travail idéologique de François Duprat a laissé le plus de traces, puisque les lois ou les codes sur l’immigration ont sans cesse été modifiés par les gouvernements de droite, comme de gauche, et que les droits des immigrés ont chaque fois été restreints davantage. L’instauration d’un climat xénophobe a permis à l’extrême droite de devenir respectable sur le plan politique, puisqu’une partie de ses idées ont été reprises par les partis dits républicains.