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Loren Goldner : Nous vivrons la Révolution (préface et sommaire du tome 1)

lundi 9 novembre 2009, par Yves

(Pour toute commande, prière d’écrir à Yves Coleman, 10 rue Jean-Dolent 75014 Paris ou à yvescoleman@wanadoo.fr. Pour le moment seul le tome 1 est paru. Son prix est de 12 euros hors taxe).

Préface

Loren Goldner n’est pas un marxiste « académique », et ce dans les deux sens du terme. Il ne détient pas une chaire dans une université, et ne perd pas non plus son temps et son énergie à participer à ces interminables querelles marxologiques que chérissent tant les intellectuels de gauche, toujours en quête de respectabilité universitaire ou d’une aura de « maître à penser » (d’Althusser à Bourdieu en passant par Badiou, Amin et Negri, ce ne sont pas les exemples – le plus souvent stalinophiles – qui manquent).
Loren Goldner essaie d’appliquer sa vision très personnelle du marxisme aux réalités des luttes de classes contemporaines. En dehors de ses lectures abondantes et variées en différentes langues, il profite de ses voyages ou de ses longs séjours dans d’autres pays pour rencontrer d’autres militants et tenter de saisir l’essentiel de leur combat contre le Capital.

En lisant les deux volumes de traductions qui présentent une bonne partie de ses écrits depuis vingt ans, le lecteur saisira tout de suite que l’auteur n’est pas un marxiste dont l’horizon se borne aux frontières intellectuelles ou matérielles de son pays d’origine, les Etats-Unis. Il tente de nous présenter une vision du monde, en partant d’emblée d’un point de vue international et même anational.

On peut – je dirais même on doit – ne pas être toujours d’accord avec Loren Goldner, mais il faut lui reconnaître trois qualités essentielles :

1) Il cherche toujours à débusquer les marxistes étatistes, à démonter leurs raisonnements et leur démagogie pseudo-radicale. Qu’il s’agisse des dirigeants guérilleros de l’ancien tiers-monde ou des présidents populistes du Sud actuel, des « nouveaux philosophes » ou des baudruches postmodernes, des théoriciens de la « déconstruction », il critique tous ceux qui manipulent les concepts marxistes pour les mettre au service d’un pouvoir, quel qu’il soit. « Le « meilleur de la social-démocratie allemande et du bolchevisme russe, écrit-il, est inextricablement imbriqué dans une pensée et un culte de l’État. Une perspective révolutionnaire renaissante ne peut plus y voir de lointains ancêtres, mais une impasse où le marxisme s’est perdu en discours étatistes qui lui étaient étrangers. »
Sa critique de l’étatisme de la gauche et de l’extrême gauche est une constante, qui le différencie de bien des « marxistes » et de bien des « penseurs » dits « révolutionnaires » ou altermondialistes.

2) Il prend fait et cause pour les luttes des travailleurs, ici et maintenant, tout en gardant une conscience antibureaucratique sans concessions.
À l’heure où tant de sociologues, d’historiens ou d’économistes « de gauche », n’arrivent même plus à prononcer des mots comme « classe ouvrière », « prolétariat » ou « lutte des classes », et où, quand ils en font timidement mention, c’est pour tresser des lauriers aux ministres et aux notables de gauche et aux bureaucraties syndicales ou partidaires, il fait bon lire les écrits d’un intellectuel qui ne se prépare pas à vendre ses talents au prochain gouvernement « de gauche », « populaire », « anticapitaliste », « anti-impérialiste », etc. Ce n’est pas un sociologue dont les travaux serviront à mieux contrôler l’immigration, les SDF ou les chômeurs ; ni un intello qui vante les vertus de la « police de proximité » dans ses livres tout en étant interviewé dans la presse d’extrême gauche et libertaire, ou qui enseigne dans une école… d’officiers de police ; ni un géopoliticien qui transmet son expérience de différentes guérillas… aux cadres de l’armée, ni un économiste qui vend son cerveau à une institution internationale (FMI, OCDE, ONU, Banque mondiale, etc.) pour que celle-ci puisse mieux défendre les intérêts des Etats-nations ou des multinationales.

3) Il s’intéresse aux transformations économiques du monde capitaliste, dont il essaie de nous présenter les grandes lignes de façon simple (enfin, quand c’est possible…) et compréhensible. On peut être en désaccord avec son idée d’un retour au vrai Marx des origines (pourquoi les révolutionnaires devraient-ils penser le monde aujourd’hui, dans toute sa complexité, principalement à partir des écrits fondateurs d’un penseur du XIXe siècle, aussi génial et brillant soit-il ?), mais on doit reconnaître une certaine force à son plaidoyer pour un usage renouvelé des catégories et concepts marxistes.

Dans ce premier recueil d’articles, à part un texte central de plus de cent pages qui pourrait donc constituer un livre à lui seul, le lecteur découvrira des textes abordant des sujets très divers et parus dans diverses revues françaises ou sur Internet : en dehors de trois critiques de livres, huit articles concernent des questions dites « économiques » et présentent la vision particulière de l’auteur concernant l’évolution du capitalisme et le soubassement de la crise mondiale actuelle ; ce premier tome contient aussi des textes sur les luttes ouvrières aux Etats-Unis, en Corée, et en Espagne ; Loren Goldner évoque également les origines du racisme aux Etats-Unis et de l’antisémitisme en Europe ; il se livre à une critique radicale du multiculturalisme et présente l’apport d’un auteur marxiste peu connu : Amadeo Bordiga à propos de la révolution russe et de la question paysanne.
Le second recueil d’articles (tous inédits en français) abordera des questions aussi variées que la situation sociale en Argentine, en Inde, en Chine, au Mexique et en Pologne ; l’héritage des Lumières ; l’articulation des questions de race et de classe aux Etats-Unis ; l’altermondialisme ; la désindustrialisation et l’absence d’un Parti ouvrier en Amérique, etc.

Y.C.

P. S. : la parution de ce livre n’aurait pas été possible sans le travail, au cours des quinze dernières années, de différentes personnes qui ont œuvré bénévolement pour faire connaître la réflexion de Loren Goldner en France. Par ordre alphabétique : Frédéric Cotton, Gilles Dauvé, Vincent Guillet, François Longchampt, Mireille Robin, Rina Saint-James et Nicole Thirion, sans compter bien sûr les traducteurs et traductrices de la revue Echanges et mouvements où ont été publiés la moitié des articles reproduits ici. Qu’ils soient ici tous remerciés.
Pour unifier le ton, le style et les concepts, les traductions ont été parfois légèrement revues par rapport à leur publication antérieure sur Internet ou dans des revues.

Nous avons choisi de traduire Kapitalverhältnis par la « relation capitaliste fondamentale », en spécifiant dès le départ que Kapitalverhältnis, pour Marx comme pour Goldner, désigne précisément la relation entre le capital et le travail productif. Le travail productif est le travail salarié dont une partie (celle qui n’est consommée ni dans le salaire, ni dans l’achat de nouveaux moyens de production) revient dans le circuit du capital pour contribuer à la reproduction élargie. Le travail improductif (celui des fonctionnaires, des flics et des militaires, mais aussi celui des petits-bourgeois traditionnels, paysans, boutiquiers, et des « nouveaux petits-bourgeois » membres des « classes moyennes ») ne fait pas partie de la relation capitaliste fondamentale. Toutes ces couches sociales font aussi partie du « marché », mais elles existent en dehors du rapport capitaliste fondamental. Elles consomment de la plus-value mais n’en produisent pas.
Les notes ou remarques supplémentaires en incise sont signalées par l’appellation NDE.

Un glossaire figurera dans le second volume, car nous n’avons pas pu l’insérer dans celui-ci, faute de place !

Sommaire

La notion d’impérialisme est-elle « ringarde » ? (2008) traduit par Yves Coleman………………………………………………………..….7

La classe ouvrière coréenne : de la grève de masse à la précarisation et au reflux (2008), traduit par Yves Coleman, Ni patrie ni frontières n° 23-24………………………………………..…………………...16

Le capital fictif pour les débutants : impérialisme, « anti-impérialisme » et pertinence actuelle de Rosa Luxembourg (2007), traduit par Echanges et mouvements (inédit)…………………..............41

Continuité et discontinuité dans le déclin de l’accumulation mondiale centrée sur le dollar, traduit et publié par Echanges et mouvements (n° 117, été 2006)……………………..………….……….…….59

La crise du dollar et nous (2004), traduit par Echanges et mouvements (n°117, été 2006)……………………..……………..………......69

Sur une nouvelle défaite des travailleurs américains. À propos de la grève des supermarchés de Los Angeles (octobre 2003-février 2004), traduit par Yves Coleman, Ni patrie ni frontières n° 1………...75

Je n’ai pas vu le même film : à propos de Revolution in the Air de Max Elbaum (2004), traduit par Echanges et mouvements (n° 108, printemps 2006)………………………..…...................................................80

Une pause dans la crise ou l’amorce d’un nouveau boom économique ? (2003), traduit par Echanges et mouvements (n° 107, hiver 2003-2004)………………………….………...….................................97

Un « warfare state » keynésien vide de substance : L’évolution de la démocratie américaine d’hier à aujourd’hui (2003), traduit par Nicole Thirion…………………………………………………………….…..107

Allemagne 1938, Etats-Unis 2003 : parallèles historiques ? (2003), traduit par Echanges et mouvements (n° 105, été 2003)……………..118

Sur le capital fictif (2003), traduit et publié par Echanges et mouvements (inédit)…………………………………………………………122

Sur Joe Hill. The IWW & the Making of a Revolutionary Working class Counterculture de Franklin Rosemont (2003), traduit par Echanges et mouvements (n° 111, hiver 2003-2004)……………………….130

Ce que raconte et surtout ce que ne raconte pas L’histoire générale de l’ultra-gauche de Christophe Bourseiller (2003), traduit par Frédéric Cotton et publié dans Agone n° 34 (2005)……………………..….….141

La classe ouvrière américaine : restructuration du capital global, recomposition du terrain de classe (écrit en 1981 et retouché jusqu’en 2002), traduit par Nicole Thirion………….………………………….157

La fusion afro-indiano-anabaptiste : Les sources du radicalisme américain (2002), traduit par Rina Saint James……………………...263

Seattle : La révolte américaine contre la « globalisation » ? (2000), traduit et publié par Echanges et mouvements (n° 93, printemps 2001)………………………………………………………..…………280

Crise de la liquidité internationale et lutte des classes : Première approximation (1998), traduit par Vincent Guillet et François Lonchampt………………………………………………………………..286

Le concept de race et le siècle des Lumières : De l’antisémitisme à la suprématie des Blancs (1492-1676), traduit par Rina Saint James (1997)…………………………………..……………………………..303

Lutte de Classes en Basse Andalousie, 1995-1996, traduit par Echanges et mouvements (n° 82, juillet-décembre 1996)…………….324

Multiculturalisme ou culture mondiale ? Sur une réponse de « gauche » au déclin social actuel (1993), traduit par Mireille Robin, publié dans Ni patrie ni frontières n° 4…………….……………………335

Le communisme est la communauté matérielle humaine : Amadeo Bordiga et notre temps (1991) traduit par Gilles Dauvé, publié dans Ni patrie ni frontières n° 1……………………………………………….358