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Marx contre le travail

jeudi 29 janvier 2004, par admin

Essai de définition

Ce qui permet le développement du capital, c’est la nécessité qu’ont les prolétaires, propriétaires de leur force de travail, de devoir la vendre contre un salaire. La différence entre leur salaire etr la valeur qu’ils produisaient crée de la plus-value, donc du capital additionnel, donc participe au développement de celui-ci.

Donc, nous pouvons déjà dire que le capital est du travail accumulé. Ceci a une signification immédiatepour le travailleur, et c’est logique : son propre travail s’oppose de plus en plus à l’ouvrier à mesure qu’augmente la capital, qui concentre de plus en plus entre ses mains les moyens d’existence et d’activité de toute la population et plus particulièrement au détriment des ouvriers.

Ce qui permet à Marx d’écrire : « Tandis que la division du travail augmente la force productive du travail, la richesse et le rafinement de la société, elle appauvrit l’ouvrier jusqu’à en faire une machine ». Il faut comprendre ce que signifie la division du travail : elle témoigne de la séparation entre ce qui n’ont que leur force de travail à vendre et ceux qui possèdent les infrastructures, les amchines et les usines qui permettent de mettre en œuvre cette force de travail.

Il pouvait donc dejà déjà conclure : « Mais dans l’état (…) de la société, la misère et l’appauvrissement de l’ouvrier sont le produit de son travail et de la richesse qu’il crée. Misère qui réside donc dans l’essence du travail actuel » et « L’aliénation n’apparaît pas seulement dans le résultat, à savoir que qui est produit, mais dans l’acte de la production, à l’intérieur de l’activité productive elle-même ».

Les prolétaires face au travail

Dans ce qui vient d’être dit, apparaît déjà une forte critique du travail, en ce sens qu’il ne peut signifier rien d’autre pour l’ouvrier que sa misère ou son appauvrissement, qui n’est pas seulement physique, mais aussi moral et intelectuel. L’ouvrier tend en fait à ne plus être qu’une marchandise, et cela se traduit pour lui par la perte de sa réalité d’être humain.

Cette réalité est d’abord une réalité économique. La vente d’une marchandise, certes particulière, mais marchandise quand même - la force de travail - se transforme, est concomittante avec l’aliénation, à la fois del’ouvrier et du travail lui-même.

Je cite ici un long passage des manuscrits, qui, s’il ouvre la discussion, se passe de commentaires tant il est limpide :
« En quoi consiste l’aliénation du travail ?

D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’apparient pas à son essence, que donc dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas un libre activité physique, mais mortifie son corps et son esprit. En conséquence, l’ouvrier n’a pas le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du traval et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Il est comme chez lui quand il ne travaille pas, et quand il travaille, il ne se sent pas chez lui. Son travail n’est donc pas volontaire, mais contraint, c’est du travail forcé.

Il n’est donc pas de la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lesquel l’homme s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. Enfin, le caractère extérieur à l’ouvrier du travail apparaît dans le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas, que dans le travail l’ouvrier ne s’apartient pas lui-même, mais appartient à un autre. De même que , dans la eligion, l’activité propre de l’imagination humaine, du cerveau humain et du cœur humain, agit sur l’individu indépendamment de lui, c’est-à-dire comme une activité divine ou diaboliuqe, de même l’activité de l’ouvrier n’est pas son activité propre. Elle apartient à un autre, elle est perte de soi-même ».

On à là, il me semble, l’une des plus fines analyses de ce qu’est le travail, et de ce qu’il implique pour le prolétaire : le Capital et Travail sont indissolublement liés ; le prolétaire, de par sa propre activité, certes contrainte et obligée, fabrique les chaînes qui l’asservissent. Et c’est bien parce qu’il les fabrique lui-même qu’il peut seul s’en débarasser et par là-même libérer la totalité du monde.

Ce qui permettra, dès 1845, à Marx de signifier le contenu du communisme, le contenu de la rupture avec la capital, qui n’est pas seulement politique, mais essentiellement sociale. Dans les Notes sur Friedriech List, il écrira : « Si alors on veut donner à la propriété privée le coup de grâce, il ne faut pas l’attaquer seulement en tant que condition objective, mais en tant qu’activité, en tant que travail (…) Le travail est de par sa nature activité non-libre, inhuaine, asociale conditionnée par la propriété privée et créatrice de propriété privée ».

Il ya quelque chose là d’important : il sest là qu’aussi longtemps que perdurera le travail perdurera l’exploitation, et que les societés qui ne réalisent pas l’abolition du travail reste en fait des societés capitalistes, quel que soit le nom qu’elles se donnent . Capitalisme et travail sont indissolublement liés.

Le problème de l’abolition du travail

Toutefois, nous ne pouvons en rester là. En effet, si le travail est extérieur à l’ouvrier, donc en quelque sorte extréieur à la nature, à alui-même, si comme le croit encore Marx, que dans le capital se réalise objectivement le fait que travail est l’homme qui s’est complétement perdu lui-même, on peut difficilement comprendre pourquoi depuis des millénaires, l’homme continue de travailler, et qu’il ne tente que rarement de briser ses chaînes.

Le problème de contradiction entre le travail et l’homme est celui de l’activité humaine, du processus de sa propre socialisation et de la socialisation de la nature, du rapport de l’homme à lui même, aux autres, à la nature.

Marx écrit encore : « Le travail est le devenir pour soi de l’homme à l’intérieur de l’aliénation, ou en tant qu’homme aliéné ». Le travail est donc une forme de l’activité humaine propre au cycle de l’aléination, donc au capital. Je ne fais là que poser le problème, car on voit immédiatement le vaste débat qu’engendre les questions posées plus haut.

Pourquoi une telle phase est-elle possible ?

1° Parce que l’homme n’est pas seulement un être naturel. Il est aussi un être naturel humain, qui existe pour soi, donc un être « générique » (il est individuellement de le représentant de l’homme, lui et tous les autres, c’est parce qu’il est lui qu’il est tous les autres, et que les autres sont lui).

2° Ni la nature au sens objectif, ni la nature au sens subjectif, n’existent immédiatement d’une manière adéquate à l’être humain.

3° Pour survivre, vivre, l’homme doit nécessairement se transformer, transformer ses rapports aux autres, transforer la nature et ses rapports avec elle. Pas queston ici de savoir si ce qu’il a fait est bien ou mal. Mais au moins de poser le poblème.

Ce qui se dégage ici est le caractère humain du travail. Cela se traduit concrétement par l’appropiration des lois de la nature et par l’adaptation des objets à l’activité et à ses besoins, mais le travail permet aussi à l’homme de présupposer son rapport à la nature, et de cette présupposition dérive sa capacité d’adaptation et de transformation.

Ceci dépasse la notion simple de la satisfaction des besoins, son activité doit être comprise comme intégrration de la vie naturelle dans la vie subjective. C’estr la quelque chose qui dure plus longtemps que la besogne qu’il a produit. C’est aujourd’hui une nature socialisée mais dans la forme particlière de la propriété privée.

On peut donc dire que le travail est la médiation / activité aliénée de l’homme aliéné dans un monde aliénant et aliéné, et parce qu’il est hiomme et non pas animal, il devra assumer ces deux phases / moments contradictoires du travail.
On voit donc imméidatement que « Abolition du travail » ne signifiera jamaus ne plus rien faire du tout. Car l’aspect médiation de soi, de son rapport aux autres, à la nature, continuera de se poser. C’est un autre débat, celui du contenu possible du communisme.

Quelques raisons supplémentaires de la persistance du travail
La situation contradictoire du prolétaire implique un comporteme,nt contradictoire par rapport au travail. Le salaire est vente de force de travail, il est une partie du capital , il est du capital. Ce qui fait que le travail est pour lui une nécessité, son horizon.

Donc, l’idéologie de la force de travail est l’idéologie nécessaire de la situation du prolétaire au sein du capital, car l’idéologie d’une époque est l’idéologie de la classe dominante, il ne peut y avoir qu’une idéologie du travail, l’idéologie capitaliste. Et tout le monde y est soumis. On peut la critiquer, on ne peut s’y soustraire, et je pense que sur ce point, les situationnistes, en affirmant « ne travaillez jamais », se trompaient. Ils n’ont dans le travail que sa représentation, pas sa réalité.

Petit historique de l’idéologie du travail

L’idéologie valorisant le travail est en fait une idéologie récente, et le travail n’a pas connu un règne sans partage. Le triomphe de son idéologie aura duré moins d’un siècle. Par exemple, en 1843, dans l’Angletere victorienne, Carlyle lance son « évangile du travail » et James pourra affirmer plus tard : « Il n’y a pas d’idéal plus noble que celui d’une societé ou le travail serait souverrain ».

On peut dons, très rapidement du moins pour ce qui concerne les pays européens, ceux qui vont voir nâitre le capitalisme que jusqu’à l’avénement dudit capital, le travail est vu comme ue malédication, une activité expiatoire : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Saint-Augustin ajoutait même : « Qui ne travaille pas, ne mange pas » ; L’dée est que la vie sur terre est une vie ou l’homme doit expier en quelque sorte le péché originel. Pour les femmes s’ajoutes le « Tu enfanteras dans la douleur ». Cette idéologie durera quelques siècles, et le travail et tout ce qui y touche sera en fait le triste privilège des classes pauvres, dangereuses, puisque les gens dit « de qualité » ne travaillent pas.

La situation va changer avec le déveeloppment des échanges marchands donc du capital, et l’apparition de a religion réformée, qui affirme que Dieu a mis a notre service des richesses et qu’il est honorable de vouloir les valoriser : le faire, c’est lui rendre grâce.

Avec l’apparition du capital, la situation change encore. Le travail n’est plus une malédiction, il devient source de toutes les richesses , moyene et moment de la réalisation des hommes. Hors du travail, point de salut.

Le travail devient alors quasi-soical, devoir social du à la societé et va en quelque sorte borner tout l’imaginaire siocual, interiorisé par chacun.

Cette idéologie va être mise à mal à partir des années 19790, pour deux raisons :

1) La critique du travail par les prolétaires eux-mêmes.

2) L’évolution du capital et des « techniques » de
production, fondées sur la domination du travail « mort » et de la polyvalence, qui fait que le travail devient beaucoup plus un simple moyen degagner sa vie.

Rien n’est positif en soi, ce n’est pas la même chose si c’est le capital qui critiquele travail et son idéologie ou si ce sont les prolétaires qui le font.

Comme on le voit, on ne peut pas tout aborder dans un seul exposé, dans une seule discussion. Je pense qu’il faudra y revenir, notamment sur un point essentiel, celui du communisme, qui est abolition de l’état, des classes, du travail.

Karl Nesic