Accueil du site > Ni patrie ni frontières > 27-28-29 Gauchisme post moderne – Sans-papiers – Venezuela, (...) > Un texte de « Rapaces » à propos d’Alain Soral : « Les sots râlent et (...)

Un texte de « Rapaces » à propos d’Alain Soral : « Les sots râlent et la bourgeoisie se prélasse »

publié par Yves, le vendredi 12 juin 2009

Enregistrer au format PDF

Ce texte est extrait du site http://sinis­tres­pec­ta­cle.free.fr/

LES SOTS RÂLENT ET LA BOURGEOISIE SE PRELASSE

Exécution som­maire des aboyeu­ses sous-fas­cis­tes.

Depuis quel­ques années, une coa­li­tion d’énergumènes iden­ti­tai­res tente labo­rieu­se­ment d’engrai­ner les plus cré­dules issus des clas­ses opprimées (sous-prolé­tariat, prolé­tariat, petite bour­geoi­sie) pour escor­ter les exac­tions ad nau­seam de l’ultra réaction ins­ti­tu­tion­na­lisée. La pos­ture offen­sive de ces gui­gnols, caractérisée par une hargne sans limite dou­blée d’une stu­pi­dité crasse, ren­voie à des marot­tes idéo­lo­giques par trop éculées d’avoir pour­ries dans la gueule du fas­cisme. Ceci dit, leur mode d’action peut impres­sion­ner au pre­mier abord. Tranchant avec la doci­lité d’une gauche et d’une extrême gauche putréfiées, le ton colé­rique d’un Alain Bonnet de Soral, les asser­tions toni­truan­tes de Thierry Meyssan ou le ver­biage com­mi­na­toire d’un Stellio Gilles Robert Capochichi (dit « Kemi Seba »), sont autant d’appa­rats séd­ucteurs pour qui se trouve légi­ti­mement sub­mergé par les motifs de rév­olte sociale. Mais, alors que cet assem­blage bri­colé de pour­fen­deurs du sio­nisme mon­dia­liste s’épanche dans un tapage très méd­iatisé, on pour­rait croire qu’une énième rés­urg­ence du fas­cisme est en marche. Pourtant, loin de cons­ti­tuer des forces ancien­nes sous des appa­ren­ces nou­vel­les, ce sec­teur d’agi­ta­teurs est, en vérité, un agglomérat mal agencé de grou­pus­cu­les poli­tico-reli­gieux guidés par d’arri­vis­tes trans­fu­ges venus ramas­ser la matra­que d’une extrême-droite dis­soute dans la dic­ta­ture en cons­truc­tion. Le vieux fas­cisme est vaincu et ne revien­dra plus, mais il n’en cons­ti­tue pas moins une base idéo­lo­gique et orga­ni­que du présent capi­ta­lisme sui­ci­daire.

En 60 ans, jamais l’appa­reil d’Etat n’a été aussi répr­essif, omni­po­tent et doté d’ins­ti­tu­tions anti-démoc­ra­tiques. Jamais les orga­ni­sa­tions patro­na­les n’ont été autant arti­culées sur des prin­ci­pes et mét­hodes réacti­onn­aires. Jamais l’ensem­ble des représ­en­tations ouvrières n’a été aussi intégré à la ges­tion de la dér­oute du prolé­tariat. La dic­ta­ture à l’œuvre, fille de tous les fas­cis­mes, n’a plus besoin de for­mu­les poli­ti­ques jadis néc­ess­aires à d’aven­tu­ris­tes déva­lo­ri­sations du coût du tra­vail qui ne pou­vaient repo­ser que sur l’embri­ga­de­ment massif. Pour autant, les ges­ti­cu­la­tions de ce natio­na­lisme bigarré sont bel et bien dan­ge­reu­ses, sa fonc­tion objec­tive étant de semer des fron­tières eth­ni­ques, reli­gieu­ses et com­mu­nau­tai­res à l’intérieur du camp des exploités afin de par­ti­ci­per à leur paci­fi­ca­tion, exi­gence per­ma­nente de la gou­ver­nance glo­bale. Les dégâts poten­tiels de tels sabo­teurs sont d’autant plus graves que la culture et la mém­oire prolé­tari­ennes ont subi ces 5 der­nières déc­ennies les assauts les plus vio­lents d’une société spec­ta­cu­laire mar­chande à la force de pénét­ration iné­dite. La régr­ession de la cons­cience de classe au profit de l’indi­vi­dua­lisme consumér­iste est le creu­set d’une réc­ep­tivité popu­laire aussi dés­emparée que naïve face aux char­la­tans du conser­va­tisme contes­ta­taire. Incomparables avec les vieilles for­ma­tions d’extrême droite, tant dans leurs moyens (une capa­cité d’enré­gim­en­tement rela­ti­ve­ment faible au regard des ligues fas­cis­tes), leur forme d’expres­sion (un cha­ra­bia pauvre com­paré à l’intel­lec­tua­lisme des vieilles élites fas­cis­tes) et d’orga­ni­sa­tion (des réseaux sou­ples, peu exi­geants avec leur mem­bres, attirés par le coup d’éclat et non par l’action séditi­euse) que dans leur but réel (accom­pa­gner le pou­voir et non le pren­dre), ces for­ma­tions d’appui aux frap­pes bour­geoi­ses peu­vent donc revêtir, par soucis de cla­ri­fi­ca­tion, le qua­li­fi­ca­tif de sous-fas­cis­tes.

Le combat révo­luti­onn­aire ne sau­rait ainsi se priver de concep­tua­li­ser des réalités nou­vel­les contre les­quel­les le pou­voir de classe espère le voir ina­dapté et donc désarmé. Par conséquent, il convient de procéder méti­culeu­sement à une exé­cution som­maire de ces bouf­fons criards qui, affu­blés d’attri­buts pro­pres à notre classe, croient pou­voir sub­sti­tuer leur chau­vi­nisme capi­tu­lard à la révo­lution prolé­tari­enne sal­va­trice.

Rapaces

Dissection d’une pensée sous-fas­ciste : le cas Alain Soral

Analyser la pensée d’Alain Bonnet de Soral, plus connu sous le nom d’Alain Soral, est impor­tant dans ce contexte de crise éco­no­mique pro­pice à la pro­pa­ga­tion de dis­cours fas­cis­tes. Ce genre de dis­cours a d’autant plus de ris­ques de gagner en influence que ladite crise a révélé la lâcheté, la veu­le­rie, la tra­hi­son des partis de gauche et d’extrême-gauche. En outre, Soral est suf­fi­sam­ment habile pour sau­pou­drer ses dia­tri­bes de réflexions appa­rem­ment pro­gres­sis­tes et de cri­ti­ques rela­ti­ve­ment per­ti­nen­tes de divers grou­pe­ments poli­ti­ques (le NPA, Bertrand Delanoë et son équipe muni­ci­pale…) ou phénomènes de société (le com­mu­nau­ta­risme, le « fémin­isme » de la bour­geoi­sie…). Ce fai­sant, il espère endor­mir la vigi­lance de son audi­toire et, ainsi, faire passer « en fraude » sa came­lote d’extrême-droite.

Nous avons divisé notre ana­lyse visant à démont(r)er l’impos­ture sora­lienne en 7 thèmes :

1°) Doubles dis­cours et contra­dic­tions ;

2°) Récupération au profit de l’extrême-droite d’auteurs, de pra­ti­ques et de com­bats qui ne sont pas les siens ;

3°) Fascisme et pou­ja­disme ;

4°) Antisémitisme ;

5°) Stalinisme ;

6°) Apologie de régimes répr­ess­ifs ;

7°) Arrivisme et haine de classe.

Cette divi­sion est en partie arbi­traire puis­que cer­tai­nes déc­la­rations d’Alain Soral peu­vent avoir leur place dans plu­sieurs des thèmes ci-des­sous développés.

1°) Doubles dis­cours et contra­dic­tions

Soral a com­pris que, s’il veut « ratis­ser large », il doit avoir un dis­cours flou et chan­geant, et savoir « s’adap­ter à son public ». Cette faculté d’adap­ta­tion lui permet, certes, d’espérer ren­contrer du succès au-delà des seuls nos­tal­gi­ques du IIIè Reich… mais c’est au prix de ridi­cu­les pirouet­tes théo­riques et pra­ti­ques.

Soral, qui n’hésite pas à se dire « marxiste », considère pour­tant qu’il existe un « intérêt général des citoyens du monde »… Une négation en paro­les de l’exis­tence de la lutte des clas­ses… Mais aussi et sur­tout un propos bien dans l’air du temps qui, n’en dou­tons pas, plaira aussi bien aux citoyen­nis­tes d’ATTAC qu’aux fachos par­ti­sans de l’asso­cia­tion Capital/Travail !

C’est sans doute en qua­lité de « marxiste » que Soral qua­li­fie le FN de « mou­ve­ment qui évolue vers la vraie gauche, la gauche séri­euse, la gauche éco­no­mique ». Dans la foulée de cette affir­ma­tion hasar­deuse, Soral conseille de lire « le pro­gramme éco­no­mique » du Front National. Merci du conseil, Alain ! Une petite visite sur le site du FN peut tou­jours servir, effec­ti­ve­ment ! Même si – crise éco­no­mique oblige – le FN passe dés­ormais sous silence ses pro­po­si­tions les plus ouver­te­ment pro-patro­na­les (sur la Sécurité sociale, notam­ment), il reste encore lar­ge­ment assez de « matière » sur leur site pour voir que ce parti est à 100% au ser­vice de la bour­geoi­sie. En vrac : « libérer au maxi­mum l’entre­prise des contrain­tes de toute nature qu’elle subit », « libérer le tra­vail et l’entre­prise de l’état­isme, du fis­ca­lisme et du rég­lem­en­tar­isme », « rené­goc­iation de la durée heb­do­ma­daire du temps de tra­vail par bran­ches d’acti­vité. Permettre en par­ti­cu­lier de ‘gagner plus à ceux qui tra­vaillent plus’ », « sim­pli­fi­ca­tion du Code du tra­vail », « créer un cadre favo­ra­ble à l’entre­prise, notam­ment aux PME », « bais­ser la pres­sion fis­cale » et notam­ment l’impôt sur la for­tune et l’impôt sur les sociétés, dével­opper les « régimes de retraite com­plém­ent­aire par capi­ta­li­sa­tion », « assu­rer un ser­vice mini­mum dans les ser­vi­ces publics », « obte­nir des éco­nomies budgét­aires en réor­ga­nisant la Fonction publi­que, par l’intro­duc­tion du prin­cipe de mobi­lité et le non-rem­pla­ce­ment d’une partie des départs en retraite ». Ah ! c’est donc ça la « vraie gauche » ! ‘fal­lait y penser… Avec une telle concep­tion de la « gauche éco­no­mique », il n’est pas étonnant que Soral puisse dén­oncer la « société d’assis­ta­nat » tout en conti­nuant à se prét­endre « marxiste »…

Soral affirme, à propos de la police et de l’armée : « il y a très long­temps que ces gens-là n’ont plus aucun pou­voir en France, on peut leur cra­cher à la gueule tant qu’on veut » et qua­li­fie les flics de « pau­vres fonc­tion­nai­res qu’ont le plus haut taux de sui­cide de France ». Mais il affirme par ailleurs « nous sommes dans un régime tota­le­ment poli­cier et tota­li­taire […] on est dans une société intég­ra­lement poli­cière et dégu­eul­asse ». La France, « régime tota­le­ment poli­cier et tota­li­taire »… où les flics « n’ont plus aucun pou­voir » depuis « très long­temps » ? La contra­dic­tion est évid­ente, mais Soral espère pro­ba­ble­ment séd­uire les jeunes de ban­lieue et une partie de l’extrême-gauche avec sa rhé­to­rique pseudo-liber­taire et anti-keuf, tout en ras­su­rant ses sou­tiens (et sou­te­neurs) d’extrême-droite avec un dis­cours plus tra­di­tion­nel sur le thème de l’auto­rité qui n’est plus res­pectée. (Au pas­sage, nous ne sau­rions trop conseiller aux par­ti­sans d’Alain Soral de tester la vali­dité des asser­tions de leur Grand Chef en « cra­chant à la gueule » de tous les flics qu’ils croi­sent. Avec un peu de chance, à force de coups de tonfa et de GAV, ils devien­dront d’authen­ti­ques révo­luti­onn­aires.)

Il y a quel­ques années, Soral évoquait « l’inculte – et dés­ormais pas drôle – Dieudonné » (Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Jusqu’où va-t-on des­cen­dre ?, Pocket, Paris, 2003, p. 112). Il lui repro­chait notam­ment de ne pas oser mon­trer du doigt cette « ‘com­mu­nauté invi­si­ble’ certes sur­re­présentée dans le show-biz en termes de quotas, mais à laquelle il doit aussi son doux statut de rigolo » (Ibid., p. 114). « Communauté invi­si­ble », com­pren­dre : les Juifs. Soral fait dés­ormais liste com­mune avec « l’inculte » Dieudonné aux élections europé­ennes de 2009… L’humo­riste ( ?) est pour­tant au moins aussi con aujourd’hui qu’en 2002, lors­que Soral écrivait ces lignes… en revan­che, il est vrai qu’en matière d’antisé­mit­isme, Dieudonné a accom­pli d’immen­ses « pro­grès » ces der­niers temps !

Même type de revi­re­ment concer­nant les Arabes et/ou musul­mans. Soral affir­mait l’année der­nière : « Aujourd’hui, on voit très bien que le Système dia­bo­lise les maghrébins. […] Vous Français arabo-musul­mans et nous Français du Front National sommes dia­bo­lisés par le même système […] Toutes les salo­pe­ries qu’on raconte aujourd’hui sur les maghrébins de ban­lieue, sur les ‘kärc­hé­risables’, c’est les mêmes qu’on a racontées sur Le Pen et les gens du Front National… et elles sont aussi faus­ses ! » … Soral souf­fre sans doute d’amnésie, il nous faut donc lui rap­pe­ler ses posi­tions antéri­eures sur le sujet : « Leur seul espoir [aux Algériens], c’est qu’on y retourne [en Algérie]. » (Ibid., p. 15) ou « celui qui se com­porte en colon, de plus en plus c’est le Beur » (Ibid., p. 99) ou : la France devient « un pays d’Anglo-Saxons névrosés enva­his de Maghrébins hos­ti­les » (Ibid., p. 124) ou encore, à propos de la situa­tion en ban­lieue popu­laire dans les années 60 : « Les seuls qui posaient pro­blème, déjà, c’étaient les Algériens qui se tenaient à l’écart dans la soli­tude, la peur, l’islam et la Sonacotra, et dont les jeunes, peu nom­breux encore, fou­taient déjà la merde » (Ibid., p. 40). Soral est dém­asqué par ses pro­pres écrits : il fait partie de ce Système qui « dia­bo­lise les maghrébins », qui « raconte des salo­pe­ries sur eux » ! …Il est vrai qu’il a, depuis, changé radi­ca­le­ment de stratégie à leur égard : il espère même les incor­po­rer à l’ « avant-garde » des bataillons d’extrême-droite : « Les pre­miers qui devraient se battre pour la pré­fér­ence natio­nale, ça devrait être les Français d’ori­gine immi­grée, parce que c’est eux que [l’immi­gra­tion] met le plus en danger. » Soral se plaît à répéter que le Système « divise pour mieux régner » : c’est indén­iable… Tout aussi indén­iable que le fait que lui-même divise pour mieux régner ! Après avoir fait des maghrébins des boucs-émiss­aires, il leur conseille de se retour­ner contre les nou­veaux arri­vants en France et, au pas­sage, il se dédo­uane de ses pro­pres res­pon­sa­bi­lités en accu­sant un « Système » (imper­son­nel) d’être à l’ori­gine de leur stig­ma­ti­sa­tion.

Dans cette même opti­que, lors d’une confér­ence à Fréjus en 2008, Soral a affirmé à propos des exac­tions com­mi­ses aux Invalides lors d’une mani­fes­ta­tion le 23 mars 2006 : « Moi j’étais très content de voir, effec­ti­ve­ment, le ‘bolos­sage’ des petits cons du CPE… Tout ça est quel­que part bon signe. » Le plus amu­sant est que les fafs présents dans la salle ont applaudi ces propos d’Alain Soral ! Les mêmes qui, en d’autres cir­cons­tan­ces, met­tent en avant l’exis­tence d’un racisme anti-blanc pour convain­cre les électeurs d’accor­der leurs suf­fra­ges à l’extrême-droite… Bonjour l’hypo­cri­sie…

Ultime contra­dic­tion, à propos de ses oppo­sants, Soral affirme : « ces gens-là ne vous sor­tent que des référ­ences des années 30 »… Or, lui-même ne se gêne pas pour « sortir des référ­ences des années 30 », en se réc­lamant notam­ment des paci­fis­tes de cette pér­iode qui, se plaint-il, ont eu de gros pro­blèmes après la guerre. De deux choses l’une. Ou bien les connais­san­ces his­to­ri­ques de Soral sont très limitées (ce qui, après tout, n’est pas à exclure)... Ou bien il n’ose pas se réc­lamer trop expli­ci­te­ment de Jacques Doriot, Marcel Déat, Fernand de Brinon et autres « paci­fis­tes des années 30 » qui ont été inquiétés à la Libération, non pas pour paci­fisme mais… pour col­la­bo­ra­tion avec les nazis ! Soral fait par­fois preuve d’un peu plus de dis­crétion et brouille les cartes en se fai­sant passer pour un « homme de pro­grès »…

2°) Récupération au profit de l’extrême-droite d’auteurs, de pra­ti­ques et de com­bats qui ne sont pas les siens

Les dia­tri­bes de Soral sont truffées de référ­ences, par­fois expli­ci­tes, à des auteurs qui ne sont pas d’extrême-droite. C’est bien connu : la culture, c’est comme la confi­ture, moins on en a, plus on l’étale. Soral tient donc à nous faire savoir qu’il a lu Guy Debord (tout en affir­mant par ailleurs qu’il est « la partie de l’œuvre de Marx acces­si­ble aux publi­ci­tai­res », Ibid., p. 96 ), Jean-Claude Michéa, Michel Clouscard (référ­ence à « l’idéo­logie du désir » ou dén­onc­iation de la récu­pération de Nietzsche par des intel­lec­tuels de gauche), Pier Paolo Pasolini (« codes intég­ra­lement fas­cis­tes de la mode »), Pierre Clastres…

De là où ils sont, Debord, Pasolini et Clastres ne ris­quent pas de pro­tes­ter… Concernant Michéa : les thèses qu’il dével­oppe dans ses essais sont contes­ta­bles, mais il n’en reste pas moins évident que c’est de manière abu­sive que Soral se sert d’elles comme cau­tion à sa prose d’extrême-droite. Nous ne pou­vons que vous invi­ter à vous faire votre propre opi­nion en lisant L’ensei­gne­ment de l’igno­rance et ses condi­tions moder­nes, Impasse Adam Smith, L’empire du moin­dre mal, etce­tera.

Quant à Michel Clouscard (dont les thèses sont, là aussi, contes­ta­bles – mais, prés­en­tement, là n’est pas la ques­tion), dans une tri­bune libre dans L’Humanité (30 mars 2007), il a tenu à pré­ciser qu’ « asso­cier […] d’une manière quel­conque nos deux noms [le sien et celui de Soral] s’appa­rente à un déto­ur­nement de fonds. Il s’avère qu’Alain Soral croit bon de dériver vers l’extrême droite (cam­pa­gne pour le FN). Il veut y asso­cier ma per­sonne, y com­pris en uti­li­sant mes photos à ma totale stupéf­action. Je n’ai en aucun cas auto­risé Alain Soral à se pré­valoir de mon sou­tien dans ses menées pro­lepén­istes. Le Pen est aux anti­po­des de ma pensée. » Clouscard étant décédé le 21 février 2009, gageons que le fos­soyeur Soral va pou­voir repren­dre tran­quille­ment son « déto­ur­nement de fonds »…

Soral se plaît éga­lement à affir­mer que « Marx vote­rait aujourd’hui Le Pen. » Sans doute cons­cient que cet « argu­ment » est trop visi­ble­ment spécieux, il prétend aussi que votent pour le FN « des bran­chés, des mar­gi­naux, […] des anciens d’Action Directe »… A défaut de cor­res­pon­dre à une quel­conque réalité, cette façon de prés­enter l’élec­torat FN est bien plus sym­pa­to­che que celle qui dépe­indrait les par­ti­sans de Le Pen sous les traits de bour­ges de la région PACA, de vieilles ren­tières, de bone­heads alcoo­li­ques (ah ouais mais nan… eux, ‘fau­drait déjà qu’ils trou­vent le bureau de veaute) ou encore de petits patrons/com­merçants/arti­sans (qui ont eu l’occa­sion de mon­trer, tout au long du XXe siècle, qu’ils cons­ti­tuaient le ter­reau de toutes les réactions).

Dans la même veine, Soral reprend à son compte le concept de décro­iss­ance, se dit « assez proche de cer­tains éco­log­istes ». Il évoque aussi « un pro­ces­sus de domi­na­tion par l’intég­ration du flic ». Ce qui est juste, seu­le­ment voilà : ça sonne très « Mai 68 » (cf. les slo­gans du style « Tue le flic qui est dans ta tête. ») dont Soral est, comme chacun sait, un contemp­teur ! Plus fort encore, il s’ima­gine même rejoin­dre un jour « les anti-système radi­caux qui vivent uni­que­ment de récup’ dans les pou­bel­les, et dans des endroits squattés » et il n’hésite pas à pren­dre la déf­ense de Julien Coupat. Et puis quoi, ensuite ? Une apo­lo­gie des black-block ? A un tel stade d’oppor­tu­nisme et de déma­gogie, tout est pos­si­ble…

Démagogie tou­jours, lors­que Soral jus­ti­fie son sou­tien aux PME en disant que des « éco­nom­istes marxis­tes » prônaient un tel sou­tien dès les années 90. « Économi­stes marxis­tes » que, bien sûr, il ne cite pas… Et pour cause puis­que soit ils n’exis­tent pas, soit ils ne sont pas marxis­tes !

Alain Soral se réc­lame abu­si­ve­ment de la « dia­lec­ti­que. » En fait, il ne s’agit que d’un arti­fice rhé­to­rique bien com­mode dont il use à chaque fois que son arri­visme ou sa méd­iocrité intel­lec­tuelle mena­cent d’éclater au grand jour. Ainsi, à ceux qui s’étonnent de sa tra­jec­toire poli­ti­que, Soral répond qu’elle est « dia­lec­ti­que ». Et sa fâcheuse ten­dance à faire de Karl Marx un apôtre de l’extrême-droite est – devi­nez quoi ? – « dia­lec­ti­que » !

Notons que cette ten­dance à la récu­pération de tout et n’importe quoi va au-delà du seul Alain Soral : c’est une véri­table mode à l’extrême-droite depuis quel­ques temps. Presque tous se disent main­te­nant « révo­luti­onn­aires » (en pér­iode de crise éco­no­mique, ça passe mieux que « contre-révo­luti­onn­aires » ou « roya­lis­tes »… mais il s’agit de « révo­luti­onn­aires » bien par­ti­cu­liers : des « révo­luti­onn­aires » qui sont anti­com­mu­nis­tes pri­mai­res, qui sou­tien­nent les contre-réf­ormes du gou­ver­ne­ment et qui agres­sent les grév­istes). Et pen­dant que cer­tains fachos se réc­lament de Che Guevara, d’autres déc­ouvrent les situa­tion­nis­tes… Des iden­ti­tai­res se prét­endent même « enfants de la Commune et du 6 février 1934 ». Comme s’il était pos­si­ble d’établir une filia­tion entre le pre­mier gou­ver­ne­ment prolé­tarien de l’Histoire et une ten­ta­tive de coup d’Etat fas­ciste ! Cela étant dit, le 6 février 34, on leur le laisse et on confirme : ils en sont bien les héritiers !

3°) Fascisme et pou­ja­disme

Dans sa pré­face à Jusqu’où va-t-on des­cen­dre ?, Soral sup­po­sait que le « libéral liber­taire bour­geois bohème » trou­ve­rait ses écrits « pou­ja­dis­tes » ou encore « fas­cis­tes » (Ibid., p.12). Eh bien, si tel a vrai­ment été le cas en 2002 lors­que cet essai est sorti, force est de cons­ta­ter que le « li-li bo-bo » – que pour­tant nous n’apprécions pas – aura cette fois-là eu raison. Puisque, quel­ques années plus tard, Soral se van­tera d’avoir écrit cer­tains dis­cours de Jean-Marie Le Pen. Rien d’étonnant quand on voit à quel point les thé­ma­tiques fas­cis­tes et pou­ja­dis­tes sont au cœur de la « pensée » sora­lienne.

Dans une confér­ence de mars 2009, entre une référ­ence à la pro­pa­gan­diste du IIIe Reich Leni Riefenstahl et une dén­onc­iation de l’ « idéo­logie maç­on­nique », Soral trouve quand même le temps de se mon­trer choqué par le tri­bu­nal de Nuremberg (« On tue tous les nazis, parce que c’était le Mal donc on les raye de la planète terre. ») et par l’épu­ration à la Libération… Cette confér­ence se dér­oulait pour­tant à l’ini­tia­tive du Parti Populiste (extrême-droite), dont le pro­gramme men­tionne le rétabl­is­sement de la peine de mort pour les auteurs de « crimes de guerre, […] assas­si­nats, actes de bar­ba­rie, tor­tu­res d’inno­cents », donc on ne voit pas trop pour­quoi Soral s’indi­gne des exé­cutions de nazis et de col­la­bos (à moins qu’il ne considère pas les Juifs, les Tsiganes et autres com­mu­nis­tes qui ont été mas­sa­crés comme de « vrais » inno­cents ?). Soral estime aussi que « de toute façon, le mét­is­sage c’est la vio­lence » … Assertion guère com­pa­ti­ble avec celle-ci, éga­lement de son « cru » : « On [le peuple français ?] est un mét­is­sage réussi puis­que cohérent, lent, accepté, etce­tera. » Alors, le mét­is­sage c’est la vio­lence, oui ou non ? Comme nous l’avons vu pré­céd­emment, Soral se fiche pas mal de s’empêtrer dans ses contra­dic­tions puisqu’elles sont « dia­lec­ti­ques ».

Soral nous offre encore un magni­fi­que exem­ple de « dia­lec­ti­que » quand il déc­lare : « quand on est marxiste, on doit fonc­tion­ner sur des concepts marxis­tes, quand on aban­donne tout ces concepts pour se fonder sur des concepts petits-bour­geois, on se casse la gueule » avant d’affir­mer que « pour faire quoi que ce soit de sub­ver­sif en poli­ti­que », il a plus confiance dans les « patrons de bis­trot, les chauf­feurs de taxi et ce qu’on appelle la petite-bour­geoi­sie » que dans les profs et les étudiants. Karl Marx voyait-il dans ces caté­gories de popu­la­tion une force révo­luti­onn­aire ? A-t-il prôné la dic­ta­ture des patrons de bis­trot ? Ou bien écrit « petits-bour­geois de tous les pays, unis­sez-vous » ? Soit Alain Soral a accès à des textes cachés de Marx, soit – c’est plus pro­ba­ble – il se sert, pour appuyer ses théories ban­ca­les, de ces mêmes « concepts petits-bour­geois » qu’il repro­che à d’autres d’uti­li­ser.

Typiquement pou­ja­diste est la déf­ense sora­lienne du « petit patron », prét­endue vic­time de la « persé­cution fis­cale » et de la « méch­anceté des prud­hom­mes ». Soral se livre à cet exer­cice en se réc­lamant notam­ment de « Michéa »… On le com­prend : pour réussir la prouesse de déf­endre ouver­te­ment une frac­tion du patro­nat tout en res­tant « marxiste-com­pa­ti­ble », il fal­lait au moins la cau­tion d’un intel­lec­tuel qui se réc­lame du Socialisme (et pas de la « gauche » : dans l’esprit de Michéa, ce n’est pas la même chose… c’est même anti­no­mi­que)… Au pas­sage, Soral se livre à des repro­ches (mal­heu­reu­se­ment !!) infondés concer­nant Arlette Laguiller : selon lui, dans ses dis­cours, elle ne ferait pas de différ­ence entre petit patro­nat et grand patro­nat… En réalité, dans ses inter­ven­tions, cette réf­orm­iste patentée de Laguiller flétrit pres­que uni­que­ment le « grand patro­nat »… comme si les autres patrons étaient plus res­pec­ta­bles !

Soral res­sort éga­lement une ruse habi­tuelle du fas­cisme pour servir de « para­ton­nerre » à la bour­geoi­sie en temps de crise éco­no­mique : il dén­once régul­ièrement et avec insis­tance le « capi­ta­lisme finan­cier spé­cu­latif » et la « finance mon­diale spé­cu­la­tive », espérant que les exploités ne s’aper­ce­vront pas que le pro­blème est plus global et que c’est toute la société de classe (Alain Soral com­pris) dont ils doi­vent se déb­arr­asser. Dans « Qu’est-ce que le natio­nal-socia­lisme ? », texte daté de juin 1933, Trotsky remar­quait déjà que « tout en se pros­ter­nant devant le capi­ta­lisme dans son entier, le petit bour­geois déc­lare la guerre à l’esprit mau­vais de lucre. »

Cette autre sen­tence sora­lienne par­ti­cipe de la même logi­que du « para­ton­nerre » : « Ce monde [du marché] est porté par les élites blan­ches occi­den­ta­les judéo-pro­tes­tan­tes » Il s’agit ici, en réd­uisant le capi­ta­lisme à ses seuls par­ti­sans juifs ou pro­tes­tants, d’épargner le catho­li­cisme (dont Soral se réc­lame – entre mille autres « étiqu­ettes », il est vrai !) ainsi que les Arabes et/ou musul­mans dont Soral veut se faire de nou­veaux alliés, convaincu qu’il est que « dans l’ima­gi­naire poli­ti­que afri­cain ou maghrébin, c’est un type de gauche Le Pen, hein… et même d’extrême-gauche parce que c’est pas des régimes très cools là-bas. »

Au cas où vous en auriez douté, Soral manie fort bien la théorie du com­plot et a des talents cer­tains en matière de rééc­ri­ture de l’Histoire : « [Les Noirs] étaient issus de l’empire colo­nial qu’ils ne dét­estaient pas par­ti­cu­liè­rement d’ailleurs, en dehors de cer­tai­nes élites financées sou­vent on sait pas trop par qui… » Comme dirait un chan­teur sar­ko­zyste : « Ah ! Le temps béni des colo­nies… » Eh oui, Soral, c’est bien connu : les colo­nisés ne dét­estaient pas par­ti­cu­liè­rement la puis­sance colo­niale, cette der­nière a décidé d’elle-même, spon­tanément et sans pres­sion d’aucune sorte, de quit­ter le conti­nent afri­cain et, d’ailleurs, depuis la déco­lo­ni­sation, la France a tota­le­ment cessé de s’immis­cer dans les affai­res intéri­eures du Gabon, de la Côte d’Ivoire, du Tchad ou du Togo…

Enfin, dans la rubri­que « com­ment, par la calom­nie, l’extrême-droite assas­sine Jaurès une seconde fois », cette cita­tion : « La posi­tion de Le Pen est très res­pec­ta­ble et très cohér­ente, même sur le plan de l’immi­gra­tion, du racisme, etce­tera, elle est très saine, c’est une posi­tion de patriote français de gauche du début du siècle, c’est la posi­tion… il serait même à la gauche de Jaurès aujourd’hui ! » … Sûrement, oui !! Le Pen est à peu près autant à la gauche de Jaurès que l’était l’homme qui l’a abattu, Raoul Villain, qui fut membre du mou­ve­ment catho­li­que du Sillon et du groupe d’étudiants « natio­na­lis­tes » de la « Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine »…

4°) Antisémitisme

L’antisé­mit­isme, ce socia­lisme des imbé­ciles, est très apprécié d’Alain Soral. Il s’agit, là encore, de déto­urner la colère popu­laire vers des boucs-émiss­aires. Mais ce brave Soral, décid­emment très prévoyant, n’a pas attendu la crise éco­no­mique pour dis­til­ler son poison. En 2004, déjà, il déc­larait : « Quand avec un Français, Juif sio­niste, tu com­men­ces à dire ‘y a peut être des pro­blèmes qui vien­nent de chez vous. Vous avez peut-être fait quel­ques erreurs. Ce n’est pas systé­ma­tiq­uement la faute de l’autre, tota­le­ment, si per­sonne ne peut vous blai­rer par­tout où vous mettez les pieds.’ Parce qu’en gros c’est à peu près ça leur his­toire, tu vois. Ça fait quand même 2500 ans, où chaque fois où ils met­tent les pieds quel­que part, au bout de cin­quante ans ils se font dérouiller. Il faut se dire, c’est bizarre ! C’est que tout le monde a tou­jours tort, sauf eux. Le mec, il se met à aboyer, à hurler, à deve­nir dingue, tu vois. Tu ne peux pas dia­lo­guer. C’est à dire, je pense, c’est qu’il y a une psy­cho­pa­tho­lo­gie, tu vois, du judaïsme sio­nisme (sic !) qui confine à la mala­die men­tale. » …Puis, cette année : « Il y a quand même un mil­liard de chrétiens qui s’excu­sent face à 15 mil­lions de Juifs… C’est quand même bizarre, il a dû se passer quel­que chose pour qu’on soit obligés de s’humi­lier à ce point là, que notre pape soit obligé de deman­der pardon parce qu’il y a un évêque ultra-mar­gi­nal qui a dit trois conne­ries » Les « conne­ries » de Richard Williamson étant « juste », pour rappel, ses déc­la­rations selon les­quel­les « 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concen­tra­tion, mais pas un seul dans les cham­bres à gaz. »

Intéressante éga­lement, cette déc­la­ration de Soral qui reprend le stér­éo­type, popu­la­risé par le Protocole des Sages de Sion, du Juif fau­teur de guerre : « M. Finkielkraut était pro-croate, M. Bernard Kouchner… euh… M. Cohn-Bendit… euh nan pas Cohn-Bendit… C’était Bernard-Henri Lévy, il était pro-bos­nia­que, ils ont chacun choisi leur camp afin d’atti­ser la haine et la vio­lence. On ne sait pas trop pour­quoi, ils ont dû tirer ça à pile ou face... » Au risque de décevoir Soral et ses grou­pies, il est impor­tant de sou­li­gner que l’ané­ant­is­sement de la République fédé­rale socia­liste de Yougoslavie a des causes mul­ti­ples et com­plexes, n’ayant rien à voir ni avec Finkielkraut ni avec BHL. Pire encore : Finkielkraut et BHL n’auraient jamais existé que cela n’aurait stric­te­ment rien changé au sort des peu­ples des Balkans.

Courageux mais pas témér­aire, Soral, peut-être lassé des agres­sions phy­si­ques et des décisions de jus­tice défa­vo­rables, se replie la plu­part du temps sur des propos plus allu­sifs visant « l’autre d’une telle com­mu­nauté que je ne nom­me­rai pas », stig­ma­ti­sant Daniel Cohn-Bendit en tant que « para­site de la société franç­aise… qu’il insulte ! » ou affir­mant : « La France [que les mecs de ban­lieue] n’aiment pas, je ne l’aime pas non plus… C’est la France de Bernard-Henri Lévy, je ne l’aime pas non plus. » Que l’on soit bien clairs : les per­son­na­lités aux­quel­les Soral s’en prend sont sou­vent mép­ri­sables. Seulement, bien d’autres le sont tout autant et dont Soral ne pipe pour­tant pas un mot. Et il n’est pas com­pli­qué de com­pren­dre quel est sans doute le but – et quel sera assurément le rés­ultat – des envolées sora­lien­nes visant Bernard Kouchner, Alexandre Adler, BHL, Jacques Attali, Laurent Fabius, Alain Finkielkraut, Élis­ab­eth Lévy, etce­tera. Ces dia­tri­bes per­met­tent à Soral de passer pour un type qui ose s’en pren­dre aux « puis­sants » alors qu’elles ont pour fonc­tion objec­tive, en ne visant que des per­son­na­lités à l’ori­gine eth­nico-reli­gieuse (sup­posée !) com­mune, d’épargner la bour­geoi­sie dans son ensem­ble en déto­urnant le prolé­tariat des appro­ches stric­te­ment clas­sis­tes.

5°) Stalinisme

Soral a gardé de graves séqu­elles de son pas­sage par le Parti dit « Communiste ». Il n’hésite pas à qua­li­fier la CGT de « réseau de rés­ist­ance ou d’oppo­si­tion tra­di­tion­nelle » alors que cela fait au moins sept bonnes déc­ennies que la Confédération Générale de la Trahison est un obs­ta­cle aux ten­ta­ti­ves d’éman­ci­pation des prolét­aires. Pour Soral, « tout ce qui est de l’ordre de la vio­lence […] et de la guerre civile, c’est forcément un truc qui affai­blit la France. » Ce Soral qui s’oppose à la vio­lence et à la guerre civile au nom du salut de la France n’a, contrai­re­ment à ses prét­entions, rien d’un marxiste… mais c’est un par­fait sta­li­nien ! C’est avec ce même type d’argu­ments, avec cette même dévotion envers l’unité natio­nale que le P « C » F a, à trois repri­ses, saboté des situa­tions révo­luti­onn­aires : en 1936 (Maurice Thorez, secrét­aire général du P « C » F : « il faut savoir ter­mi­ner une grève »), à la Libération (Thorez, tou­jours : « pro­duire, pro­duire, encore pro­duire, faire du char­bon c’est aujourd’hui la forme la plus élevée de votre devoir de classe, de votre devoir de Français » et « La grève, c’est l’arme des trusts. »), en Mai 68 (Georges Séguy, secrét­aire général de la CGT : « …ce mou­ve­ment lancé à grand ren­fort de publi­cité qui, à nos yeux, n’a pas d’autre objec­tif que d’entraîner la classe ouvrière dans des aven­tu­res en s’appuyant sur le mou­ve­ment des étudiants. »).

Il arrive aussi à Soral de s’atta­quer au « Capital apa­tride » et au « Capital nomade ». C’est cette même idée qu’il dével­oppe lorsqu’il affirme dans une inter­view que « tous les inter­na­tio­na­lis­tes aujourd’hui sont des gens de droite, par essence, tu vois… » Notons en pas­sant que, trois minu­tes plus tôt, dans cette même inter­view, il affir­mait : « Je ne crois pas à l’essen­tia­lisme, les gau­chis­tes essen­tia­lis­tes m’emmer­dent, ce sont des crétins et des petits cons ». Pour en venir à ce que révèle, sur le fond, cette cita­tion, Soral – ce « crétin » et ce « petit con » d’essen­tia­liste (ce sont ses termes) – reprend à son compte la vieille antienne sta­li­nienne qui affirme que, par oppo­si­tion au Capital qui n’a pas de fron­tières, qui est « cos­mo­po­lite », les tra­vailleurs se doi­vent d’être natio­na­lis­tes. C’est ballot : Soral le stal’ a oublié que le Manifeste du parti com­mu­niste se ter­mine par un appel à l’union des prolét­aires de tous les pays…

6°) Apologie de régimes répr­ess­ifs

Il n’y a pas besoin de creu­ser bien long­temps pour s’aper­ce­voir que Soral est contre-révo­luti­onn­aire : il suffit de regar­der quels régimes et quels chefs d’Etat il admire ! Saddam Hussein (entre autres) est rangé par ses soins dans la caté­gorie des « chefs d’Etat locaux de puis­san­ces alter­na­ti­ves ». Alternatives à quoi ? Sûrement pas au capi­ta­lisme, en tout cas ! Le pre­mier fait d’armes de Saddam Hussein est la par­ti­ci­pa­tion à une ten­ta­tive d’assas­si­nat, en 1959, du général et Premier minis­tre marxi­sant Abdul Karim Qasim qui, l’année pré­céd­ente, avec d’autres mili­tai­res, avait ren­versé la monar­chie ira­quienne. Une fois arrivé au pou­voir (avec le sou­tien des Etats-Unis), à la tête du parti Baas, Saddam Hussein a réprimé féro­cement ses oppo­sants, notam­ment les mem­bres du Parti Communiste Irakien (ce qui n’a pas empêché Moscou de conti­nuer à sou­te­nir le régime baa­siste… ça en dit long sur la teneur en socia­lisme de la bureau­cra­tie sta­li­nienne).

Soral fait éga­lement l’apo­lo­gie de Poutine, ex-membre du KGB et bour­reau du peuple tchétchène qui, en fait d’« alter­na­tive », a sur­tout para­chevé le rétabl­is­sement du capi­ta­lisme privé en Russie (ouver­ture à la concur­rence du fret fer­ro­viaire, baisse du taux d’impo­si­tion sur les sociétés…) et res­treint les déjà peu nom­breu­ses libertés démoc­ra­tiques dont béné­ficiaient les Russes ( jour­na­lis­tes assas­sinés, oppo­sants empri­sonnés, désig­nation par le Président et non plus élection des gou­ver­neurs des sujets de la Fédération de Russie, grande impu­nité accordée aux mem­bres des grou­pes fas­cis­tes/néo­nazis qui com­met­tent de nom­breu­ses exac­tions).

Autre objet d’admi­ra­tion de Soral : la République isla­mi­que d’Iran, régime thé­oc­ra­tique où les mili­tants des orga­ni­sa­tions de gauche ont été exécutés par mil­liers suite à la contre-révo­lution isla­mi­que et où les mino­rités (kurdes, arabes) sont sou­mi­ses à de mul­ti­ples bri­ma­des. Ce régime qui tente de fédérer sa popu­la­tion autour de dis­cours hos­ti­les à l’Occident, aux Etats-Unis, à Israël, sait pour­tant miser sur plu­sieurs lièvres à la fois : dans les années 80, il n’a pas hésité à ache­ter des armes aux Etats-Unis (qui se sont servis de l’argent récolté grâce à ces ventes pour finan­cer une guér­illa d’extrême-droite au Nicaragua : c’est la fameuse affaire Iran-Contra) et à Israël. Les diri­geants ira­niens sont éga­lement ravis de la décision des Etats-Unis et de la dic­ta­ture europé­iste de clas­ser comme orga­ni­sa­tion ter­ro­riste l’Organisation des Moudjahiddines du Peuple Iranien (OMPI), et ils ont sûrement vu d’un bon œil les per­qui­si­tions visant l’OMPI opérées en France en 2003. La « lutte contre le ter­ro­risme » (c’est-à-dire, en réalité : le ter­ro­risme d’État) est décid­emment sans fron­tières…

7°) Arrivisme et haine de classe

Soral qui repro­che à BHL, Finkielkraut, Cohn-Bendit, etce­tera (voir 4°)) leur capa­cité à retour­ner leur veste n’a peut-être pas tort sur le fond… Mais il est très mal placé pour parler, sa propre tra­jec­toire poli­ti­que étant mar­quée par de nom­breux retour­ne­ments de veste. Après avoir adhéré au mou­ve­ment punk, il rejoint le P « C » F. Il finit par quit­ter ce parti dans les années 90, une fois que l’Union Soviétique s’est cassé la gueule et qu’il s’est rendu compte – soixante ans après tout le monde, mais mieux vaut tard que jamais – que le P « C » F n’est pas révo­luti­onn­aire. Il qua­li­fie son Abécédaire de la bêtise ambiante, paru en 2002, de « natio­nal-répub­licain » et paraît alors proche de Jean-Pierre Chevènement. Passade de courte durée puisqu’il se rap­pro­che ensuite à gran­des enjambées de l’extrême-droite, jusqu’à rejoin­dre l’équipe de cam­pa­gne de Jean-Marie Le Pen en vue des pré­sid­enti­elles de 2007. Mais il est vrai que, dans l’inter­view où il annonçait son rap­pro­che­ment avec le FN, Soral affir­mait que, fai­sant cela, il rejoi­gnait un parti « qui pèsera demain 25% mini­mum » (forcément, puis­que « Le Pen, c’est le plus grand rés­istant au Système de France » !!). Quelle déc­eption au soir du pre­mier tour des pré­sid­enti­elles quand Le Pen, doublé sur sa droite (extrême) par un Sarkozy vrai­ment très déc­omplexé, n’obtient « que » 10,44% des voix. Pas grave, Soral a l’expli­ca­tion : « Le Pen mérite la France, mais je ne suis pas sûr que la France et les Français tels qu’ils sont aujourd’hui méritent Le Pen. » Dit plus clai­re­ment : les Français sont des cons. Venant de quelqu’un qui passe son temps à glo­ri­fier déma­go­giq­uement le « Peuple » et la « Nation », c’est plutôt cocasse… A l’échec du FN aux pré­sid­enti­elles vient s’ajou­ter l’échec, plus net encore, des muni­ci­pa­les en 2008, ce qui fait que Soral doit com­men­cer à se deman­der s’il a misé sur le bon cheval (blanc).

Soral annonce fina­le­ment son départ du FN le 1er février 2009, le parti n’ayant daigné lui pro­po­ser, en vue des élections europé­ennes, qu’une place d’hon­neur sur la liste en Ile-de-France. Une simple place d’hon­neur à lui, Alain Soral, lui qui est « rebelle depuis l’âge de seize ans », vous vous rendez compte ?!? Comme l’aurait dit une de ses déf­untes icônes sta­li­nien­nes : c’est un scandÂÂÂÂle ! Mais puisqu’il ne veut sur­tout pas som­brer dans l’oubli et qu’il tient à faire parler de lui à tout prix, Soral se contente fina­le­ment d’une place de numéro 5 sur la liste antisém… pardon… « anti­sio­niste » de Dieudonné. On ne sait jamais, dès fois que… Après tout, « les gens sont tel­le­ment cons, ils en rede­man­dent… » et puis « un sala­rié, c’est comme un enfant ». Alors, qui sait ? Ces ânes-là iront peut-être voter…

Le gran­dis­sime Soral qui, lui, n’est ni un con ni un sala­rié, chie sur la Star Academy, les émissions d’Arthur, celles de Stéphane Bern… Le hic c’est que Soral n’a jamais hésité à aller faire la promo de ses bou­quins de merde chez Thierry Ardisson ou Evelyne Thomas ! Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais… Soral semble pani­qué à l’idée de retom­ber dans l’ano­ny­mat : « Si vous ne faites pas ce qui faut, vous êtes pro­gres­si­ve­ment mar­gi­na­lisés, c’est-à-dire vous ne passez plus dans les grands médias, vous êtes un peu mal vus […] On voit bien ceux qui peu­vent se main­te­nir et ceux qui sont mar­gi­na­lisés, et pour­quoi […] Et cette mar­gi­na­li­sa­tion elle est bon… au niveau des médias évid­emment, c’est-à-dire on est dis­qua­li­fiés, on n’est plus invités, etce­tera... Moi on voit très bien que j’pas­sais beau­coup dans les émissions mais à un moment donné on n’m’a plus vu […] d’ailleurs les gens ne se posent même pas la ques­tion ‘tiens, on ne vous voit plus !’ » C’est qu’il doit éga­lement se deman­der com­ment il va faire pour écouler ses daubes fas­cis­toïdes si, par mal­heur, il se voit privé de l’accès aux prin­ci­paux médias et de la noto­riété qui va de pair… Aiguillé par son ambi­tion sans scru­pu­les, Soral saura, s’il le faut, chan­ger une énième fois son fusil d’épaule, trou­ver de nou­veaux com­pa­gnons de route et de nou­vel­les tri­bu­nes d’où il pourra dégu­euler sa prose pseudo contes­ta­taire qui, en fait, nuit exclu­si­ve­ment au prolé­tariat. A moins que ce der­nier ne lui en laisse pas l’occa­sion…

sour­ces :

- Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Jusqu’où va-t-on des­cen­dre ?, Pocket, Paris, 2003

- inter­view d’Alain Soral après qu’il ait annoncé qu’il rejoi­gnait l’équipe de cam­pa­gne de Jean-Marie Le Pen, fin 2006 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/search/a... )

- inter­view d’Alain Soral suite au pre­mier tour des der­nières pré­sid­enti­elles, 22 avril 2007 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rela­ted/... )

- Alain Soral, confér­ence à Fréjus, 23 mai 2008 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc... et http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc... )

- Alain Soral, confér­ence « Vers la gou­ver­nance glo­bale » à l’invi­ta­tion du Parti Populiste, 9 mars 2009 (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc... )

Nouveautés sur le Web

Diffusion

 

  • Suivre la vie du site RSS 2.0
  • Informations

    mondialisme.org | publié sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 fr | généré dynamiquement par SPIP & Blog'n Glop